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samedi 27 novembre 2021

Pôle emploi contre la formation en langue bretonne

Témoignage de Luc1, 50 ans, finistérien, chômeur en fin de droits.

Au cours du printemps 2020, Luc, inscrit à Pôle emploi, entame des démarches pour suivre une formation diplômante ou qualifiante en langue bretonne auprès de l'agence de "Brest Marine". Comme l'exige Pôle Emploi, Luc doit se présenter physiquement afin de faire le point avec une conseillère qu'il ne reverra jamais. Après avoir repris les différentes expériences passées du demandeur d'emploi, précisant d'emblée qu'il déclinait toutes les offres en lien avec l'agriculture notamment le travail sous serres, la conseillère énumère avec Luc les différentes possibilités offertes pour le breton, même si sa préférence va pour une inscription à l'Université afin de poursuivre une licence complète. 


Actuellement l'offre de centres de formation qualifiante en langue bretonne pour adultes ne manque pas. L'un de ces centres de formation situé à Landerneau s'appelle "Stumdi". Fort de ses 35 ans d'existence, la réputation du centre n'est pas à remettre en cause, quand on voit le nombre de stagiaires qui le fréquente tous les ans et le soutien apporté par la région Bretagne. Sauf que la conseillère, qui doit se prononcer via les directives de sa hiérarchie, déconseille prudemment à Luc de s'inscrire à Stumdi car la possibilité de trouver un emploi à l'issue de la formation est mince. Sur quelles données se basent-ils pour soutenir un tel positionnement ? Ne sont-ils pas au service des desiderata des demandeurs qui aspirent à trouver un emploi conforme à leur volonté (plus qu'à leur cursus scolaire qui arrivait à un âge ne signifie plus grand chose), et non pas, à l'inverse, orienter leurs recherches vers des métiers sous qualifiés ou en pénurie chronique de main d'œuvre, corvéable selon les exigences des employeurs ?  

Selon la dernière étude de l'Observatoire de l'Office public de la langue bretonne, il existe près de 1300 emplois ETP2 (Equivalent Temps-Plein) nécessitant la maîtrise du breton aujourd'hui. La plupart de ces métiers ont trait à l'enseignement (près de 80 %), d'autres secteurs tendent à se développer tels que les médias et la gestion de structures et d'associations. De nouveaux postes sont à pourvoir dans le secteur de la petite enfance en lien avec la création de lieux d'accueil bilingues pour les tout-petits (source : office public de la langue bretonne). 

Avec 8 millions d'euro d'investissement de la région Bretagne dans la langue bretonne, le montant reste en deçà de 1% de son budget total de 2020. Il est évident que ça ne suffit pas à consolider et développer les différentes filières capables de proposer des métiers qualifiés. On se doute bien que l'offre d'emplois, et donc leur attractivité, exploserait si les investissements étaient à la hauteur de la nécessité de maintenir le breton, autant d'ailleurs dans le privé que dans le public. 

Même si le premier choix de Luc d'une formation universitaire se confirme, il reste néanmoins dubitatif quant à la position de Pôle emploi face à ceux qui forment les adultes à l'apprentissage de la langue bretonne. Il sera alors moins surpris de constater que sa demande de prise en charge du coût de formation par Pôle emploi obtiendra un avis défavorable, soulignant une forme de mépris envers ces acteurs de la langue bretonne. 

En parallèle, Pôle emploi continue d'adresser à Luc des annonces de formation dans le secteur de la production de tomates sous serres. Le marketing déployé pour le recrutement est offensif et favorise particulièrement cette activité, à lire leurs argumentaires du type : "Vous recherchez un emploi sans travailler les week-ends ? Vous aimez les produits locaux, vous avez le sens du respect de l'environnement ? Ce secteur d'activité est peut-être fait pour vous !!!", ou encore : "Les producteurs du bassin de Brest mettent un point d'honneur à respecter la nature au cœur de leurs activités." Il s'agirait presque d'une publicité intempestive, quasi mensongère, illustrée par de jolies photos de tomates industrielles. Luc songe à demander à Pôle emploi qu'ils cessent de lui envoyer ces annonces, non conformes à ses choix initiaux. En attendant, Il est facile de comprendre où se concentrent les efforts de recrutement de Pôle emploi sur le bassin brestois : vers plus d'emplois sous-qualifiés et non vers des métiers attrayants potentiellement innovants, à condition évidemment d'y mettre des moyens en les associant à une réelle volonté politique linguistique.

1 Le prénom a été changé pour garantir l'anonymat du témoin

2 Ce chiffre est contesté par la Coordination des travailleurs de la langue bretonne qui avance plutôt 1600 emplois répartis sur les cinq départements bretons


vendredi 19 novembre 2021

Comment l'Etat coule la pêche bretonne

Fidèle à son  histoire, l'Etat français a décidé de "baisser pavillon" devant le refus des britanniques d'octroyer des licences supplémentaires à des pêcheurs bretons, pourtant négociées lors des accords du Brexit. 

Pendant que les économistes nous ressassent que la pêche ne représente que 1 % du PIB européen, et qu'au fond il ne faudrait pas cristalliser les tensions sur ce seul désaccord, au risque de plomber d'autres volets des négociations, que la France après avoir bondé le torse, en menaçant les anglais de rétorsions économiques, se dérobe en proposant d'indemniser les navires bretons "bon pour la casse", c'est encore un secteur d'activité emblématique de la Bretagne que l'on sacrifie, tout autant l'Histoire qui lui est consacré, après bien des turbulences retentissantes du soulèvement de 1994, ou que l'on méprise comme l'a fait Nicolas Sarkozy lors d'une visite au Guilvinec en 2007.  

Cimetière de bateaux à Camaret

Les anglais, et à sa tête Boris Johnson, parviennent une nouvelle fois à obtenir gain de cause par un joli bras d'honneur adressé non seulement à la commission européenne mais aux Bretons eux-mêmes. Car ce n'est pas les seuls pêcheurs qui sont concernés, c'est toute la population bretonne, généralement si fière de ses pêcheurs, qui devrait se sentir en colère. En colère non seulement contre les anglais, peu scrupuleux, mais aussi contre les français, qui à l'image de ce qu'elle a fait subir à l'industrie, se désolidarise des pêcheurs que l'on mène vers une issue irréversible. Le président du conseil régional, Loig Chesnais-Girard l'a bien compris. Il prétendait d'ailleurs faire mieux que la ministre de la mer, Annick Girardin, en annonçant que "la Bretagne montre ses muscles". Le 01 octobre il déclarait : "Je veux que dans les 10 jours il y ait une réunion des trois régions (Bretagne, Normandie, Hauts-de-France), du gouvernement, de l'Union européenne face au Royaume-Uni et à Jersey pour définir et appliquer les règles." Il faut croire que seuls les goélands l'ont entendu à voir l'issue du rapport de force franco-anglais 1 mois plus tard; les navires jersiais pourront continuer à débarquer leur pêche dans les ports bretons sans être pénalisés. Les seuls qui le seront, sont ceux à qui l'on propose de détruire leur outil de travail, équipé certainement des dernières installations technologiques et obtenir en contrepartie une compensation financière qui démarrerait à 40 millions d'euro. 

Non seulement c'est un fiasco comme le tonnent les pêcheurs de St-Malo, mais c'est surtout une nouvelle aberration financière : détruire un outil de travail performant financé par de jeunes entrepreneurs pour qu'il soit compensé par la dette via l'Europe.... Entendons-nous les économistes libéraux sur ce point ? Eux qui soutiennent que les écologistes sont contre la technologie ? Non, il existe des écologistes bretons qui se nourrissent à partir des produits de la mer et qui par leur acte d'achat soutiennent la filière toute entière tant qu'elle s'adapte à ses obligations de respect des ressources et des méthodes artisanales de pêche,  en se dotant de moyens technologiques pour y parvenir s'il le faut. 

"La France a baissé son froc" a affirmé le président du comité des pêches des Côtes d'Armor, Alain Coudray. Certes. Mais si les Bretons doivent montrer les dents contre les britanniques, ce n'est pas en regardant vers Paris que les pêcheurs se feront respecter par leurs homologues anglais. Quant au président de la région Bretagne, il ne peut que se cacher derrière de l'affichage public car il sait l'impuissance d'un nain provincial dans le giron de la république française. S'il a en partie la main sur les ports bretons, il n'a pas la poigne, et pas grand chose dans le pantalon, pour s'opposer au revers des Anglais et à l'autorité de l'Etat. Il aurait peut-être déjà pu annoncer un boycott sur les produits de la mer en provenance de l'Angleterre félonne ? Si la France est fidèle à son histoire, la Bretagne aussi, coincée entre deux puissances qui la malmènent.



Autonomie bretonne et nucléaire français : des épousailles impossibles

Cet article ne se veut pas un énième réquisitoire contre le nucléaire, qu’il soit civil ou militaire. Les ONG environnementales et les sourc...