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vendredi 6 mars 2026

Retraites de l’armée : entre privilège et utilité sociale contestée

S'il y a un secteur épargné par la dernière réforme des retraites, c'est bien celui de l'Armée. Et pourtant, le poids et l'origine des pensions militaires dans le budget de l'État sont rarement remis en cause. Ces deux aspects – poids et origine – sont-ils réellement justifiés ? Les pensionnés de l'Armée ne représentent-ils pas une charge durable pour l'État, bien supérieure à celle des retraités des autres services publics ? Et apportent-ils, dès leur départ, un bénéfice tangible à la société ?

En 2025, 550 000 personnes percevaient une rente publique militaire (1). Avec une carrière courte, très souvent limitée aux casernes, l'âge canonique de départ à la retraite s'établit à 45 ans. La charge de ces pensions représente 11 milliards d'euros, soit entre 17 et 20 % du budget total du ministère des Armées, qui s'élève à 50 milliards d'euros (hors dépense de la rente).

Le régime fonctionne comme celui des autres fonctionnaires : il n’est pas financé par une caisse autonome, mais directement par le budget de l’État. Les cotisations des militaires ne couvrent qu’une fraction limitée des pensions versées. En pratique, un militaire perçoit environ neuf fois plus que ce qu’il a cotisé, son capital-retraite étant financé par l’impôt. Avec une rente mensuelle moyenne de 1 900 euros brut sur une période de 33 ans, on peut difficilement éviter le terme de « retraites dorées », surtout au regard des budgets déjà grevés par la dette (2).

Dans les faits, avant l'obtention de leurs soldes, sur les dix dernières années, seuls 4 % des militaires français ont été engagés à un moment donné dans des opérations extérieures ou des zones de conflits, soit 6 000 à 8 000 soldats en OPEX (3). Autrement dit, des centaines de milliers de retraités perçoivent chaque année des pensions importantes financées par l’impôt, sans avoir jamais été exposés au moindre risque, ce qui soulève la question de l’efficacité sociale et budgétaire de ce système d'inactifs en service puis au repos. Ne devrait-on pas encore réduire drastiquement les effectifs de l’Armée (jusqu'à sa disparition) et, par conséquent, alléger la charge des pensions sur l’impôt  ? 

Comme beaucoup de pensions servent à des retraités qui n’ont donc jamais été exposés au danger (4), le lien entre coût et service social est faible. De son côté, l'efficacité budgétaire reste elle aussi déficiente : le système mobilise des milliards d’euros d’impôt pour une minorité réellement exposée, ce qui, en termes comptables, apparaît comme disproportionné. On ne saurait dire que ces retraités contribuent concrètement au "service de la Nation".

En des termes plus clairs : les pensions militaires sont pécuniairement sécurisantes pour les retraités, mais peu contributives au bien commun si l’on mesure le service réel rendu à la société ou à la proportion de risques assumés. En réalité, en comparaison aux services publics bien plus utiles pour une société, à l'exemple de la santé ou de l'éducation, parfois plus exposés – comme, la protection civile (5) – il est paradoxal de privilégier et de renforcer le rôle de ciels, qui n'ont jamais apporté un bénéfice social réel à leurs contemporains. À moins d'avoir indirectement du sang sur les mains si l'on travaille dans l'armement... voilà à quoi tient le PIB d'une nation.

(1) Total des personnes touchant une pension militaire (retraités + veuves/conjoints + orphelins) 

(2) Poids sur l’impôt : ≈ 3 %

(3) Source : Opex : Opération extérieure. Ministère des Armées

(4) Hors risque passif comme l'exposition invonlotaire aux radiations nucléaires.

(5) J'ai été pompier toute ma vie, à 59 ans, voici combien je touche de retraite. Article de Marie France. Mars 2025

https://www.mariefrance.fr/actualite/societe/quelle-pension-pompier-retraite-age-59-ans-1139723.html?utm_source=chatgpt.com 






mardi 20 mai 2025

La décroissance contrée par la démesure

Nombre d'experts indépendants le répètent : une croissance infinie dans un monde, physiquement et géologiquement fini, est impossible. Or nos sociétés occidentales, partisanes de la mondialisation à travers une consommation matérielle et immatérielle, toujours plus frénétique, entraînant derrière elles les continents émergents, s'emploient à explorer encore plus loin les limites de la démesure. Aucun domaine qu'il soit dans le secteur des biens (produits manufacturés, transformés, militarisés, capitalisés,...), celui des services (notamment dans le divertissement, le transport et la technologie) ou bien même dans la sphère comportementale, ne sont exempts dans leur responsabilité à se profaner devant le capitalisme. Pour illustrer cet antagonisme entre décroissance et démesure, on se contentera d'aborder dans cet article un seul domaine, celui du divertissement parce que la démesure s'enfonce partout.

Espace Avel vor, Plougastel-Daoulas (29)

Combien ont été interpellés par le montant des ventes des droits artistiques de Bruce Springsteen à Sony production en 2021 ? Sans que les deux parties aient confirmé, ni infirmé, la somme dévoilée par la presse, on estime à 500 millions de dollars la cessation de ces droits. 500 millions de dollars. Sans retirer à l'artiste le talent qui est le sien, ni remettre en cause son travail, sa résonance et son héritage dans la musique-monde, ni même son ambition à amoindrir la misère sur l'humanité, est-ce qu'il existe un seul argument pour expliquer ce montant astronomique ? Son seul talent ne pourrait l'expliquer, ni même son charisme qui viendrait chambouler certaines âmes sensibles que l'on mesurerait ensuite au nombre de zéros sur le chèque. Si on retirait un zéro au chèque, son talent serait-il davantage dégradé, dévalué ? Il est à supposer que non, et même pour un américain qui se consume dans le business. A n'en pas douter, le "Boss" assure ainsi à ses proches et à ses descendants la garantie de se maintenir dans une élite, à part de l'humanité qui, elle, subjuguée devant tant de zéros, se concilierait avec le phénomène délétère de tenter d'atteindre les mêmes horizons démesurés. 

En attendant, et si elle en a les moyens, cette humanité danse. Elle danse par millions à travers une planète bétonnée et polluée, sur des champs de batailles et dans des champs squattés. Elle danse de façon exponentielle, à travers une multitude de styles musicaux, à travers une offre plétorique de concerts gigantesques, de festivals de musique toujours plus consommateurs d'événements à la hauteur de leur réputation, une hauteur qui doit, d'une décennie sur l'autre, toujours être surélevée afin de maintenir un écosystème économique viable. Pour y parvenir, il faut dévorer toujours plus d'espace, toujours plus d'énergie et de moyens à l'expansion, toujours être compétitif et lorgner sur la concurrence régionale. Combien de zéros faut-il sur le chèque pour attirer un artiste ou un groupe de renom ? Peu importe, on décortiquera les comptes demain avec l'expert-comptable. Ce qui compte c'est de divertir davantage le fan et la groupie, pour que tous les deux se trémoussent et en aient pour leur argent, l'objectif étant d'accaparer toujours plus de fans et de groupies pour équilibrer les finances. On ne bat pas que la mesure, on bat avant tout des records de fréquentation, de vocalises, d'éclairage et d'effets spéciaux. 

Depuis les années 60 et l'apparition des concerts de masse, le phénomène pour le moins maîtrisé dans sa proportion (un rassemblement comme Woodstock fait exception puisque devenu historique), si au début attirait une jeunesse désireuse de se débarrasser du carcan conservateur et réactionnaire de leurs aieuls, d'une société de l'ennui perpétuel dans le travail et le repos dominical, pour le moins se mobilisant contre la guerre du Vietnam, 1/2 siècle plus tard, ce n'est plus le cas. On ne danse plus pour s'opposer par réaction, on ne danse encore moins par tradition, pour un rituel en lien avec les saisons et les greniers bien grenés, dans une communauté restreinte soulageant les corps dans une euphorie commune qui ajournait l'épuisement. On danse au 21ème siècle, de façon démesurée, pour consommer du spectacle et pour soulager des frustrations que des stars égocentrées soulagent en exhibant leur lumière extra, leurs tenues stylées et leurs magnifiques cylindrées, entourées de femmes toujours plus fantasmées, wesh ! 

Dans les années 80, les artistes mondiaux réussissaient à faire danser les foules dans le but de les mobiliser contre la famine en Ethiopie (Liv aid) et contre la pauvreté en France, à l'exemple du concert des "Enfoirés" conçu par Coluche en 1985. En 2025, combien d'artistes mondiaux se sont réunis pour organiser des concerts contre les terrorismes d'Etat et l'excès d'usage de la force et de la répression (Iran, Russie, Afghanistan, Biélorussie,...) ? Contre le fascisme qui défile dans les rues et les dictateurs qui se congratulent avec outrance ? Combien d'artistes ont fait danser en soutien aux populations de Gaza ? Du Soudan ? De Dniepr ? Les revendications s'affichent maintenant à l'Eurovision. 

Pour démocratiser la société du spectacle, les années 90 marquent un tournant. En France, chaque village bâtissait sa salle des fêtes, où l'on assistait au concert de Miossec, à ses débuts, lors d'une beuverie à Plouénan (29). Les bals musettes, avec le vieillissement des populations, y ont trouvé un refuge démultiplicateur pour satisfaire ces septuagénaires en recherche d'un souffle éternel. En Bretagne, le nombre de festoù noz organisés par le club de football local ou les Partis politiques en quête de célébrité était croissant. Les danses bretonnes étaient à l'honneur et s'étalaient devant des touristes médusés de découvrir un tel patrimoine. Dans ces instants, persistait pourtant une chaleur humaine qui transpirait sous les chemises, une convivialité de groupes restreints qui se transmettait de visage en visage. On avait la possibilité de serrer la main d'une inconnue sans qu'elle ait à se soucier d'alibis crapuleux. Et puis d'autres venaient danser puisqu'en parfaite vibration avec leur identité bretonne. Néanmoins, on s'aperçoit aujourd'hui qu'une salle des fêtes (plutôt multifonctionnelle) peut s'avèrer être un équipement démesuré pour des petites communes quand leur amortissement comptable doit supporter le désintérêt des lieux, en inadéquation avec les offres culturelles, hormis pour le loto annuel. Même Miossec ne vient plus à Plouénan. 

Au début du second millénaire, pour les communes les mieux loties pour l'investissement comme à Plougastel-Daoulas, la municipalité construisit, il y a 20 ans, non pas une salle des fêtes mais une salle de spectacle, l'Avel vor. Ce bâtiment, où se produisent d'innombrables divertisseurs, parce qu'il faut bien compenser les charges, prévoir l'entretien, sans oublier les obligations patronales de l'employeur, est vorace en espace, en matériaux et est particulièrement énergivore. L'intérêt général en a-t-il tiré un bénéfice vertueux ? A moins de débourser plusieurs dizaines d'euros, il faut croire que non. Eu égard à la taille de la commune (13 000 hab.), il aurait été plus avisé de réduire la superficie d'un tel édifice, mais la démesure est une marque de fabrique chez les personnes atteintes de mégalomanie*.

Quant à moi, adepte de la décroissance, je mesure à quel point le chemin à parcourir pour s'extirper d'un service culturel capitaliste (à 6 euro d'abonnement par mois. J'ai réussi à bloquer la publicité grâce à uBlock) comprend quelques assouplissements, quelques dérogations que j'admets  contradictoires mais admissibles en soupesant les contreparties de préservation de l'environnement sur une parcelle de 5000 m2 et de mon action dans le rôle de captage de CO2 sur une autre parcelle de 4000 m2. Enfin, pour la danse, c'est réglé depuis que mes genoux sont en vrac. Les loups iront danser ailleurs. 

 *Hebergée à l'Avel vor, l'association socio-culturelle de la commune peine à trouver des locaux adaptés à leur activité, la mairie ne répondant pas favorablement à leur attente depuis plusieurs années. C'est ce que l'on appelle la politique du "deux poids deux mesures".


dimanche 1 mai 2022

Transparence administrative, d'après la Cada c'est la cata !

Ce n'est pas "A quoi ça serre", association environnementale de Plougastel-Daoulas, mais la très sérieuse Cada (Commission à l'accès aux documents administratifs) qui le déplore : des administrations publiques, dont la mairie de Plougastel, sont hors la loi quand elles refusent d'accorder de plein droit à tout individu un accès dans le domaine public à des documents administratifs. 

A maintes reprises la Cada a pointé du doigt les insuffisances démocratiques
des élus de Plougastel (de g. à d. : JJ André et le maire Dominique Cap)

Pire, cette "mauvaise foi voire d'obstruction de certaines administrations" (extrait du rapport rédigé par la députée Paula Forteza, avril 2022), est anticonstitutionnelle selon toujours la rapporteuse, et contraire à l'article 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : "la Société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration." Encore que nous pourrions admettre que les sollicitations adressées à la Cada puissent paraître abusives, sauf que : "un nombre important de ces sollicitations (environ 40 %) ne sont pas justifiées car elles correspondent à des situations ne posant pas de question juridique nouvelle et pour lesquelles les règles de communicabilité des documents sont clairement établies et parfaitement connues. Les administrations auraient donc dû y faire droit sans que notre intervention soit nécessaire", explique t-on dans un passage du rapport d'activité de la commission en 2022. 

Dans le concret d'"A quoi ça serre", l'obstruction peut aller très loin, jusqu'à tenter d'intimider vainement son président (en l'occurrence moi), par la présence physique du Directeur Général des services de la mairie de Plougastel, accompagné par son vice-maire Jean-Jacques André, et de le sommer de quitter le service d'urbanisme manu militari. Le grotesque de la situation m'étant des plus favorables, je ne me pressais point d'obtempérer et je continuais à consulter les documents recherchés et mis à ma disposition par le service. "Les administrations tardent à procéder à la communication des documents demandés, quand elles n'en réduisent pas à l'excès la portée, voire opposent, en toute mauvaise foi, une inertie persistante" rapportait déjà en 2013 la sénatrice Corinne Bouchoux.

"Quand les administrations traînent des pieds, même en cas d'avis favorable de la Cada, les demandeurs n'ont d'autres choix que de se tourner vers le Tribunal Administratif." (Extrait du rapport d'avril 2022). A chaque fois qu'"A quoi ça serre" a été contrainte de saisir la Cada, dans toutes les situations exposées par elle, la Cada a donné un avis favorable à la demande de l'association et continuera sûrement à se ranger derrière elle au regard du niveau de mépris du maire Dominique Cap envers les demandes légitimes d'"A quoi ça serre". 

Néanmoins les requêtes dès lors adressées au Tribunal Administratif de Rennes génèrent de nouvelles incertitudes quant à la finalité des décisions de la justice alors en possession de l'avis favorable de la Cada. Nonobstant les délais allongés de l'instruction, la constitution d'avocats pour la partie adverse, les jugements ne peuvent être définitifs; le défendeur a la possibilité de faire appel de la décision auprès du Tribunal Administratif de Nantes. Dans ce cas précis il convient au requérant d'être accompagné d'un avocat afin de lui assurer le respect de l'application du droit public initialement prévu par la loi. "Le rapport de force est alors très déséquilibré pour le demandeur, notamment en termes de ressources financières, temporelles et juridiques", précise un ancien adhérent de la Cada.

La conclusion de cet article revient à pronostiquer que, d'après toujours un ancien adhérent de la Cada : " Quand une demande est traitée dans le pire des cas par le mépris, dans le meilleur des cas pas l'oubli ou parce que l'administration a autre chose à faire, il est difficile ensuite d'avoir confiance dans les institutions." A titre personnel c'est effectivement le cas. 


Jean-Jacques André, adjoint au développement durable (sic) à Plougastel, avait tenté de m'intimider en me refusant l'accès à des documents administratifs, surement sur ordre du maire Dominique Cap. Dans ce court extrait, il confirme que, en tant que représentant d'une association de protection de l'environnement je ne peux pas avoir accès à un droit légitime pour n'importe quel autre citoyen

https://www.youtube.com/watch?v=zNfFdiIki4c


mercredi 8 décembre 2021

A Plougastel, démantèlement d'un squatt municipal

Une fois n'est pas coutume, c'est une municipalité réactionnaire qui a été contrainte de respecter les règles d'urbanisme qui prévalent sur l'accès au périmètre du littoral en démantelant une cabane illégalement installée dans la fameuse "bande des 100m." d'un terrain communal. Le phénomène est assez rare pour le souligner. Généralement ces mêmes communes voient d'un mauvais œil l'arrivée de nouveaux habitants, décrits le plus souvent comme anarchistes, altermondialistes, squatteurs, mais surtout hors de contrôle des autorités, ce qui paraît d'emblée suspect, qui adoptent de nouvelles mœurs étranges en matière de logement quand ils souhaitent installer une yourte ou un tiny house pour y vivre et qui tomberaient sous le couperet de la loi "Loppsi 2" comme "habitat illicite". 

A Plougastel-Daoulas que nenni. La mairie montrant l'exemple d'un laxisme ordinaire concernant les autorisations d'installation, de construction et d'extension sur le littoral beaucoup lui emboîtent le pas. Quel que soit d'ailleurs le type de projets, ou plus grave, quels que soient les discours d'affichage des "vrais défenseurs de l'environnement" dont des élu.es de l'opposition. Des élu.es qui sont bien entendu informés de toutes ces entorses à l'urbanisme mais n'agissent pas, surement par souci de clairvoyance auprès de leurs électeurs en situation de litige, lorsque les élections au conseil municipal sont dans leur viseur.

David Derrien d'"A quoi ça serre" posant fièrement devant l'ancienne baraque à frites de certains privilégiés 

Même si ce démantèlement n'est que provisoire (l'instruction du dossier est toujours en cours au TA de Rennes) il est déjà symbolique car il reconnaît le caractère illicite de l'occupation des lieux. Il a été possible que grâce à l'acharnement juridique de la seule association "A quoi ça serre" et de la mobilisation des adhérents, comme le montre la chronologie de leurs interventions parfois bien amusantes. 

Présentation de la situation. https://ddlabeillaud.blogspot.com/2019/11/la-paillote-illegale-dixit-la-mairie-de.html

Quand le taulier du bistrot clandestin avoue le forfait en caméra cachée. Jean-Jacque André adjoint à Dominique Cap, dans toute sa splendeur. 

Loi littoral. Plougastel. Comment un élu avoue un forfait (vidéo 1) et interdit l'accès au service de l'urbanisme (vidéo 2)

https://www.youtube.com/watch?v=FtCjknBaDUc 

https://ddlabeillaud.blogspot.com/2019/12/la-democratie-locale-devoree-par-les_2.html

Communiqué de presse complet d'"A quoi ça serre"
Après plus d'1 an de mobilisation des adhérents d'"A quoi ça serre" sur le contentieux l'opposant  à la mairie concernant l'emplacement illégal d'une cabane sur un terrain municipal à porzh gwenn, David Derrien peut annoncer que l'association a fini par avoir gain de cause. Suite à une demande d'opposition préalable fin février 2021 restée sans réponse, l'association a dû saisir le Tribunal Administratif de Rennes courant juin. Fort est de constater que son objectif a fini par payer en septembre avec le retrait de la cabane qui venait de surcroît se retrouver en porte-à-faux avec les nouvelles directives de la Dreal, ordonnées par le Préfet de la région Bretagne. L'arrêté préfectoral stipule en effet que la parcelle concernée se trouve dans le périmètre des sites d'intérêt géologique. Toutefois, David Derrien estime que l'association est bien seule encore une fois pour rappeler à l'ordre le maire Dominique Cap alors que l'opposition municipale emmenée par David Moan avait été sollicitée sur ce dossier. 

Article du Ouest-France du 08/12/21



vendredi 29 octobre 2021

"Demeter" j'ai gouté, c'est délétère


Septembre 2020, Plougastel-Daoulas, récit inspiré de faits réels.

"Allo ! David ? C'est Vincent Esnault,
- Ah ! Salut Vincent, comment vas-tu ?"
Vincent Esnault est l'un des rares adhérents d'EELV, élu à Fouesnant, que j'apprécie pour son engagement sincère, ses actions concrètes et son franc-parler. Avec "A quoi ça serre" nous l'avions invité en 2018 pour qu'il évoque la loi Littoral lors d'une soirée-débat en compagnie d'un avocat spécialisé sur le sujet.
"Dis moi, j'ai mon collègue de Plougastel qui m'a parlé d'un truc qui se passait avec des extensions de serres et l'effacement de parcelles par un remblai et j'ai vu la publication de ta photo (ci-dessous). Est-ce que tu sais de quoi il s'agit ?
- Oui, je suppose que ton ami a évoqué la situation des extensions de serres de la famille Le Bot à Breilez,
- Je suis à Plougastel la semaine prochaine, tu pourrais me montrer ?
- Oui bien-sur. On confirme ton passage ?
- D'accord, bye !
- A bientôt."
Chantier du remblai. L'arbre a fini par être abattu

Quelques jours plus tard, nous finalisons le rendez-vous sur les réseaux sociaux, en mode public. Echanges : 

Comme convenu nous nous retrouvons sur le parking, je convie pour l'occasion un autre adhérent d"A quoi ça serre". Avec Franck O. nous expliquons à Vincent le cas des serres "Le Bot". Ces serristes, producteurs industriels de fraises en hors-sol, sont l'exemple même d'une dérive litigieuse, en amassant des terres excavées probablement polluées, provenant du site de la nouvelle école publique "Mona Ozouf". Une terre qui aurait dû être entreposée sur un site spécifique, mais qu'"on" a préféré acheminer sur une parcelle par un ballet incessant de camions-bennes dans des ruelles de villages, dont les largeurs sont inadaptées au gabarit des engins. Ces manœuvres sont donc faites en toute illégalité, à la convenance des serristes. L'opacité reste une règle dans des chantiers municipaux à Plougastel. C'est ce que l'on pourrait qualifier de "petits arrangements entre amis". 
Je propose de servir de chauffeur dans une AX qui ne passe pas inaperçu. Comme la fourgonnette de la gendarmerie que je finis par distinguer dans le rétro. Je comprends quand je tourne à droite dans la ruelle qui descend au village de breilez, que la gendarmerie nous piste. J'en informe mes passagers quelque peu sidérés. Nous avions en effet prévu qu'une visite de terrain, sans pénétrer sur les parcelles visées, sachant que le chantier en cours est visible de la route et plus particulièrement d'un sentier communal que les serristes avaient tout de même tenté d'effacer en le privatisant. 
Je me gare sur le bas côté à l'entrée du site. Les gendarmes font de même. Je sors : "Bonjour, c'est pour quoi ? demandais-je peu crédule,
"Vous savez pour quoi, me répond un gendarme passablement agacé,
- Ah non je ne vois pas pour quoi". Ce que l'on finit par voir par contre c'est l'attroupement qui vient de se former autour de nous : les 3 gendarmes et la famille Le Bot, dont le patriarcat et les fils qui sortent soudainement de nulle part.
S'en suit une série d'échanges infructueux, de propos grotesques et d'attitudes nerveuses. Mes camarades préfèrent vainement discuter avec les serristes pendant que je m'exerce à freiner l'ardeur des assauts du père Le Bot. "Moi aussi je vais venir prendre des photos chez toi ! Oh ben t'as qu'à venir j'habite dans un immeuble". "Garde la distance physique, t'approche pas de moi Le Bot !" (mesures sanitaires obligent). Ce n'est pas la première fois que j'ai affaire à ce genre d'énergumènes, je finis par me lasser. Un gendarme s'approche avec un carnet : "Votre identité s'il vous plait ? Vous la connaissez déjà". "Pourquoi êtes-vous ici ? Je me promène." Fermer le ban. Ils ne peuvent rien entreprendre, nous sommes restés sur la voie publique, sachant que la loi ne condamne pas l'accès à une parcelle qualifiée de privée.
Le retour jusqu'au parking du Super _ nous permet de faire le point. Déjà on relève que mes publications sont épiées, puis que nous avons été suivis à partir de notre point de départ. Inquiétant tout de même que des gendarmes se mobilisent activement dans ce cas de figure (et sur ordre de qui ?)  alors que lorsqu'il s'agit d'enquêter suite à ma plainte pour détérioration volontaire de matériel professionnel, la plainte est archivée et que dans certaines situations dénoncées par "A quoi ça serre", les gendarmes semblent décidés à faire le strict minimum.
Par contre quand il s'agit d'appliquer à la lettre voire à la marge comme cette fois-ci (ce qui nous interroge donc sur les abus de pouvoir et sur leur volonté d'intimidations) le dispositif de la cellule "Demeter" conventionnée entre la Fnsea et l'Etat, est exécuté avec zèle. Car en effet à aucun moment les agriculteurs se sont retrouvés dans une situation d'insécurité manifeste. Je peux donc conclure à un abus de pouvoir qui en dit long sur l'ambiance délétère, dégradée à cause de ce type d'agissements préoccupants et qui piétinent notre droit à l'information citoyenne. En fin de compte je reste sidéré de voir la gendarmerie, et par voie de conséquence l'Etat français, protéger de probables pollueurs et nous faire passer pour de véritables délinquants.

de g. à d., Vincent Esnault et David Derrien

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