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samedi 27 juin 2026

Dérèglement climatique : réaction à chaud

En France, il n'y a pas que les caisses de l'État qui sont vides. Depuis la deuxième vague de chaleur qui percute de plein fouet notre modèle de société, les débats autour de l'absence d'anticipation et des solutions à mettre en œuvre en urgence sonnent creux. Que l'on zappe d'une chaîne à l'autre, d'un plateau à l'autre, que l'on passe d'une journaliste à un politique, on perçoit, dans les discours, le peu de maîtrise du récit et la mauvaise foi qui l'accompagne. Il suffit, pour s'en convaincre, d'entendre l'intervention d'Emmanuel Macron sur le sujet, affirmant que des choses ont été faites, quel canular ! Quel farceur, ce Manu ! 

Iels sont démunis et, lorsqu'on leur pose la question : « Que doit-on faire ? », iels finissent par répondre, puisqu'il faut bien justifier leur présence. Alors, ça patine, ça tergiverse. À tel point que le peu qu'ils ont à proposer consiste à s'équiper de ventilateurs, partout, et à installer des climatiseurs dans les espaces publics, partout. Premier mirage. Réduire la question du dérèglement climatique à cette seule réponse technique est particulièrement affligeant et n'est certainement pas à la hauteur des enjeux.

Tilleuls et stress hydrique. Feuilles mortes. Juin 2026

Les commentaires qu'on essaie de nous faire accepter, et donc d'avaler, reviennent toujours au même refrain : malgré la faiblesse systémique des pouvoirs publics face aux profondes transformations de notre planète, « des choses ont été faites. Peu, c'est vrai, mais on fait avec ce que l'on a. » C'est en substance le discours tenu par Zyad Limam, directeur du mensuel Afrique Magazine, sur France 24.

« Nous avons quand même une énergie décarbonée.» Second mirage. Il n'est pas le seul à affirmer que la cloche nucléaire française contribue à réduire les rejets de CO₂ dans l'atmosphère. Cette affirmation est toutefois orientée. D'abord, elle est en partie fausse si l'on tient compte de l'externalisation des émissions liées à l'extraction, au traitement et à l'acheminement de l'uranium. On pourrait ajouter à cela que certaines centrales nucléaires sont à l'arrêt ou voient leur production limitée, la température de l'eau de certaines rivières ayant atteint ou dépassé le seuil réglementaire de 28 °C, au-delà duquel les rejets d'eau chaude peuvent avoir un impact significatif sur la faune aquatique. (1)

Rien que sur une semaine de hausse des températures en juin (2), les dysfonctionnements, les restrictions, les annulations, ainsi que les impacts sur la santé physique et mentale, font déjà des ravages et entraînent une hausse de la mortalité. Pour ciels qui s'en inquiétent, on voit des arbres se décharger de leurs feuilles les plus hautes.

Une seule semaine. Si l'on s'en tient aux modèles élaborés par les scientifiques, à court terme, ce ne sera pas seulement une question de durée, mais aussi d'intensité encore accrue. Entendre ces commentateurs prétendre que ces phénomènes sont exceptionnels, c'est se raconter une autre réalité. Cela n'a rien d'exceptionnel dès lors que, depuis cinquante ans, des visionnaires comme Haroun Tazieff (volcanologue) alertaient déjà, en 1979, sur les conséquences des émissions de CO₂

Tout récemment, Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, déclarait : « C’est insupportable d’avoir raison. » C’est insupportable pour cette raison, mais également parce que des personnes comme moi et mes proches, dont ma petite-fille, doivent subir les conséquences du capitalisme, l’égoïsme des classes moyennes et l’apathie de la classe populaire, en supportant soi-même ce que l’on refusait pour l’ensemble de la population mondiale. Cette évidence ne fera l'objet d'aucun commentaire: les écologistes, les Druides et Druidesses, les enfants, les personnes vulnérables et isolées sont les premières victimes collatérales du dérèglement climatique, sans oublier la faune et la flore. Pire : pas grand-chose n’est fait pour les protéger. l'État est défaillant, ce qui fait de lui un complice.

(1) Les installations de prélèvement d’eau peuvent entraîner un phénomène d’entraînement ou d’impaction d’organismes aquatiques

(2) Le 26 mai 2026 a été la journée la plus chaude jamais enregistrée en mai, avec une température moyenne nationale de 24,8 °C 



samedi 25 avril 2026

Quel avenir pour cet enfant en 2050

Repartage. Première publication, janvier 2020

Cet enfant, c’est mon garçon, le dernier d’une fratrie, né Breton en 2010. Cet enfant pourrait être le vôtre. Je suppose que, comme tout parent, je fais de mon mieux — y compris dans mes erreurs — pour l’accompagner dans la vie, protéger, voire défendre la sienne, l’élever selon quelques règles établies, et surtout lui rappeler à quel point je l’aime. Il a 10 ans ce mois-ci, et c’est une douceur pour moi de penser qu’il est bien dans sa peau.

Comme tout parent, je lui envisage un avenir meilleur que le mien, ce qui, en l’occurrence, ne saurait être inaccessible. Mais lorsque je parle d’un avenir « meilleur », je ne l’entends pas nécessairement dans le sens commun. Je ne fais pas partie de ceux qui souhaitent faire de leurs enfants, élevés dans le mythe de la réussite et de la compétition, des champions de la carrière professionnelle ou des placements au CAC 40. J’imagine plutôt pour lui un avenir dans lequel il évoluerait au sein d’un environnement préservé, qu’il pourrait choisir librement, en s’extrayant autant que possible de la recherche à tout prix du réconfort matérialiste.

Mais cela, bien sûr, lui appartiendra aussi. Pour ma part, je privilégie le maintien d’un environnement vivable au détriment d’une hypothétique réussite professionnelle. Car il est de ma responsabilité de parent de protéger cet enfant. Après tout, pourquoi vouloir le projeter dans une vie d’accumulation de biens et de richesses si, dans le même temps, son environnement se trouve saturé de carbone et de particules fines ? En revanche, ce qu’il ne pourra pas choisir — et qu’il devra subir inéluctablement —, c’est la transformation déjà engagée et accélérée du milieu dans lequel il grandira.

À ce stade, une multitude de publications scientifiques indépendantes reconnaissent que le dérèglement climatique est en cours. Il est avéré — et même visible — que nous assistons à une extinction massive d’espèces animales. Les méga-incendies australiens ont, à eux seuls, causé la mort de centaines de millions d’animaux, sans même compter la disparition d’une multitude d’insectes. Contrairement à ce que certains commentateurs continuent d’affirmer, nous ne nous dirigeons pas vers une catastrophe : nous y sommes déjà. Penser le contraire reviendrait à considérer que l’effondrement de la biodiversité serait dissocié de notre mode de vie, alors qu’il en est, en réalité, le corollaire direct. Comme le rappelle une devise pleine de bon sens : « Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend », à force d’agressions et d’exploitations.

Certains prédisent que « la fin du monde » est imminente. Non pas dans un siècle ou deux, mais peut-être dans une ou deux décennies. Mais de quel monde parle-t-on, au fond ? De notre civilisation thermo-fossile, bien sûr — et de celle dans laquelle vivra mon enfant. Qui sont ces prétendus prophètes de malheur qui semblent mettre en suspens l’avenir de cet enfant ? En France, on les retrouve notamment au sein de l’Institut Momentum, un groupe de réflexion consacré, entre autres, à la décroissance et à la collapsologie.

Je vous arrête tout de suite. Déjà que le correcteur orthographique du blogueur n’identifie pas ce mot, j’ai bien peur que mon fils le confonde avec un terme enfantin peu glorieux. Il m’est donc difficile de lui expliquer précisément ces notions. Car il faudrait alors lui dire qu’à l’horizon 2050, une catastrophe « éco-anthropologique », dans une société post-carbone, pourrait le priver — selon certaines analyses, comme celles d’Yves Cochet — de besoins essentiels : eau, alimentation, habillement, logement, énergie, etc.

Aïe. Plus de soda ni de bonbons, plus de vêtements de marque, plus d’électricité pour jouer à Fortnite.

Parmi ces supposés alarmistes, on peut aussi citer Pablo Servigne, Raphaël Stevens ou encore Agnès Sinaï. Des personnes hautement qualifiées. Faut-il pour autant les réduire à des discours irrationnels ou prophétiques ? Ou bien faut-il reconnaître qu’ils portent, aussi, un regard structuré et argumenté sur des évolutions possibles de notre société ?

Rassemblement en 2014 contre le projet d'une centrale à gaz - Landivisiau- Stop aux projets inutiles et imposés
Encore une fois, se pose la question de l’inertie, voire de la duplicité, des responsables politiques. Car même si les causes de cet emballement — dont le système économique actuel est largement partie prenante — sont identifiées, il appartient aux décideurs de favoriser un monde dans lequel nos enfants pourront vivre dignement. Et à défaut, il revient aussi aux parents de montrer qu’un autre chemin est envisageable.

Nous savons bien que les politiques, contraints par des logiques d’ajustement et confrontés à l’inefficacité de certaines mesures, peinent à répondre à la hauteur des enjeux : non-respect des engagements internationaux, poursuite des émissions de gaz à effet de serre, recul de la biodiversité… Trop souvent, on s’adapte à court terme au lieu d’anticiper réellement les risques à venir.

Après tout, l’État ne considérait-il pas la famille comme une forme de « petit État » ? À ce titre, je me sens légitime à anticiper le monde dans lequel mon fils évoluera, afin de lui transmettre les outils nécessaires pour s’y adapter. Je pense, par exemple, que la transmission de savoirs liés à des modes de vie plus résilients — comme la permaculture — est sans doute plus pertinente que de simples conseils en placement financier.

Certains, comme Aurélien Barrau, évoquent un « état d’hébétude » face à ces enjeux. D’autres, comme Glenn Albrecht, parlent de « solastalgie », une forme de détresse liée à la dégradation de notre environnement. Pour ma part, je choisis, pour l’instant, de faire barrage à tout cela.

Je préfère laisser à mon enfant le temps d’être un enfant. Jouer, rire, regarder des vidéos sur YouTube, jouer à Fortnite. Il aura bien assez d’années devant lui, plus tard — peut-être quand je ne serai plus là —, pour affronter ces réalités et tenter de s’y adapter.




Photo : Antony Rouxel

mardi 24 mars 2026

Le pouvoir d'achat contre la sobriété écologique

Première publication avril 2022


La distorsion entre des modes de vie subis ou choisis a commencé bien avant l'enchaînement des crises énergétiques de 2022. Bien que les constats aient été plusieurs fois ressassés, il est utile de rappeler encore une fois que, plus le niveau de vie des populations se trouve favorisé, plus il a un impact indéniable sur plusieurs mécanismes naturels. 

En l'état, alors que les indicateurs climatiques et de la biodiversité sont dans le rouge, les postures politiques en France en faveur du pouvoir d'achat ne font que renforcer l'absence de perspectives de sobriété, surtout si elle est écologique.



Qu'est-ce que le pouvoir d'achat selon la définition du site du Ministère de l'Économie, des Finances et de la Relance ?

« Le pouvoir d'achat (PA) correspond à la quantité de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter. L'évolution du PA dépend du niveau du revenu et du niveau des prix. »

Le PA est la quantité de biens et de services qu’il est possible d’acheter afin de maintenir ou d’accroître son niveau de vie, et de permettre aux ménages, a minima, de s’acquitter des charges incompressibles (loyer, emprunts, gaz, …). Plus les revenus sont élevés, plus la quantité de biens et services consommés assure un niveau de vie supérieur, par l'accumulation de biens (patrimoine immobilier, par exemple), mais aussi par l’adoption d’un certain détachement face à l’augmentation des prix de l'énergie ou de l'alimentation, qui impacte conjoncturellement les ménages les plus modestes.

D'ailleurs, peut-on encore évoquer le PA dans le cas de hauts niveaux de revenus ? Ne serait-il pas plus adéquat de parler plutôt d'accumulation de richesses et de capitaux ?

En effet, le PA concernerait davantage les populations les plus précarisées par l'emploi, les plus défavorisées par leur âge et les plus pénalisées par leur niveau de revenu. Quand ce revenu est indexé sur le SMIC et plafonné, dans beaucoup de situations, par la hiérarchisation des postes au sein d'une même entreprise, il devient inévitable que des tensions s'exercent sur les foyers lorsque le poids des dépenses incompressibles augmente, même si ces hausses ne concernent qu'un ou deux postes de dépense (énergie, alimentation). Et ce n'est pas le report d'une partie de l'inflation des tarifs de l'énergie qui soulagera la pression sur les ménages les plus exposés.

Pour autant, si l'objectif d'achat d’équipements domestiques, de connectivité ou de mobilité reste souvent incontournable, il convient tout de même de s'interroger sur leur usage dans le temps : est-il nécessaire de céder au marketing des fabricants de téléphones portables et de les changer périodiquement ? Dans cet exemple, l'obsolescence n'est pas le seul fait des industriels.

Si l'une des solutions préconisées par les candidats à la présidentielle de 2022 est axée sur l'augmentation, certes souvent justifiée, des salaires afin de renforcer hypothétiquement le PA, un autre mode de vie, bien moins séduisant, existe : la sobriété écologique. Adosser la sobriété à l'écologie est sans doute un pléonasme : la sobriété ne peut qu’être écologique, l'écologie se fondant dans la sobriété.

De facto, la sobriété ne peut pas se traduire par la quantité de biens achetés ni par l'accumulation de capitaux. En revanche, la sobriété — ou, autrement dit, l'écologie — n'est pas l'ennemi de la technologie, contrairement à une idée répandue chez certains réfractaires aux nouveaux modes de vie.

L'éolien offshore, et le parc en cours de construction au large de la Bretagne, du côté de Saint-Nazaire, en est la preuve. Même s'il faut, dans un premier temps, absorber le coût environnemental de sa conception, de son acheminement et de son implantation, la transition écologique comprend nécessairement une phase, plus ou moins longue, d'adaptation.

À terme, pour ce type d'installation visant l'intérêt général (il est toutefois regrettable qu’EDF Renouvelables soit le porteur du projet : l'énergie pourrait relever davantage d'une compétence régionale, comme en Bretagne, à l’image du cas controversé de la centrale à gaz de Landivisiau, subventionnée par Chesnais-Girard), les coûts de l'énergie pourraient être mieux maîtrisés et permettre aux foyers de sécuriser leurs dépenses énergétiques, tout en réduisant leur dépendance aux énergies fossiles et à leurs fluctuations spéculatives.

Comment l'écrire sans paraître simpliste ? L'énergie éolienne n'a pas besoin de turbines thermiques, de piscines de refroidissement ou de chaudières pour être produite. Sa production est-elle intermittente ? Sans doute, mais des solutions de stockage peuvent être envisagées, tandis que d'autres énergies renouvelables peuvent prendre le relais.

On pourrait ainsi multiplier les exemples dans des domaines spécifiques liés à des modes de vie alternatifs (alimentation locale et agriculture biologique, textile, transport maritime, isolation des habitats, …).

S'agiter autour du pouvoir d'achat est bien plus confortable que d'agir en prenant des risques pour promouvoir la sobriété écologique. Pourtant, les populations ne sont pas prêtes à adopter de nouveaux modes de vie plus vertueux ; les responsables politiques non plus, souvent arc-boutés sur des approches populistes, causant, in fine, un préjudice important à l'humanité dans son ensemble.




Dessins de Marcel de la gare

jeudi 26 février 2026

P. Watson, H. Clement : leurs liens avec l'extrême droite

Tout d'abord, l'avertissement qui suit s’adresse à la lectrice ou au lecteur qui pourrait être irrité.e en lisant cet article : l'histoire contemporaine récente nous rappelle une évidence cruciale : on ne discute pas avec l'extrême droite, on la combat, quel que soit le sujet, et surtout s'il concerne l'écologie.

Paul Watson et Hugo Clément sont indéniablement deux personnalités publiques dont l'engagement en faveur de la cause animale et de leur bien-être ne peut être remis en cause. C’est sur ce thème, en particulier, qu’ils ont bâti leur notoriété médiatique, bien que chacun dispose d’une aura et de moyens de communication et d'action différents. Dans leurs espaces respectifs, les deux militants dérangent : ils provoquent de l’animosité à leur encontre et subissent des pressions de lobbyistes, tout comme n’importe quel autre militant écologiste à travers le monde. Beaucoup d’anonymes ont même été assassinés pour avoir résisté à des manœuvres hostiles envers leur environnement. Il s’agit plutôt de chercher un positionnement politique différent afin d’éclaircir certains points, ce qui est utile dans des sociétés de plus en plus endoctrinées par des discours et des postures nationalistes. Cet endoctrinement ne peut être banalisé. 

Rassemblement en soutien à Watson,
animé par Clément

En dehors de leur préoccupation légitime pour la préservation de la biodiversité et le bien-être animal, Paul Watson et Brigitte Bardot partagent un autre lien : leur amitié.

À première vue, en tant qu’ami, Paul Watson ne peut ignorer que l’icône française a été condamnée à plusieurs reprises par la justice pour provocation à la haine ou à la discrimination raciale (1). Il ne pouvait pas non plus faire abstraction sur les positions politiques publiques de Brigitte Bardot, favorables au Front National de Jean-Marie Le Pen. Cependant, il est possible que le vieux militant connaisse moins l’histoire du régime de Vichy, la collaboration française et la création du Front National. Faut-il lui rappeler qu'en France, le racisme n’est pas une opinion mais un délit.

Un autre point les rapproche : la question de la démographie. Brigitte Bardot déclare :

« Mon pays, la France, ma patrie, ma terre, est de nouveau envahi par une surpopulation d’étrangers, surtout de musulmans. »

Paul Watson, pour sa part, affirme :

« Nous devons réduire radicalement et intelligemment la population humaine à moins d’un milliard… Guérir un corps atteint d’un cancer nécessite une thérapie radicale et invasive, et, par conséquent, guérir la biosphère du virus humain nécessitera également une approche radicale et invasive. » 

Ces propos auraient pu être qualifiés par Murray Bookchin d’« anti-humanistes », tandis que d’autres figures écologistes, comme Hubert Reeves, jugent la méthode de Watson « ridicule » et « totalement improductive ». Certains activistes vont même jusqu’à le qualifier d’« écofasciste ». (2) (3)

Un autre lien moins connu relie Watson à Dave Foreman, cofondateur du mouvement Earth First! aux États-Unis. Foreman défendait une stabilisation ou une réduction de la population humaine non pas pour des motifs politiques ou sociaux, mais pour protéger la vie sauvage et les habitats naturels. Là encore, Murray Bookchin a critiqué ces positions, reprochant à Foreman de placer la nature au centre de l’engagement radical sans vouloir réformer profondément les structures sociales pour préserver l’environnement. (4)

Murray Bookchin aurait-il pu rencontrer Hugo Clément ? Impossible : le philosophe social est décédé en 2006, tandis que le journaliste est né en 1989. Pourtant, les théories de Bookchin continuent d’influencer certains médias et acteurs engagés, qui peuvent s’en inspirer sans déformer sa pensée.

Le 24 février 2026, Hugo Clément est convoqué devant une commission parlementaire à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Que lui reproche-t-on exactement ?

Une députée de LFI, Ersilia Soudais, l’accuse de « réhabiliter » l’extrême droite après sa participation à un débat avec Jordan Bardella, président du Rassemblement National, publié dans la revue Valeurs actuelles en 2023 (5). Pour se justifier, Clément explique :

« Cette période nous montre que le débat est toujours préférable au lynchage. »
« Si débattre, c’est débattre avec les gens qui pensent comme vous, ça n’a aucun intérêt. Il est très important d’arrêter d’opposer les gens et de ne pas tomber dans une logique sectaire. »

Le problème ne réside pas dans son plaidoyer pour le débat, mais dans le contexte: Valeurs actuelles a été condamnée en 2021 pour injure publique à caractère raciste, dans le cadre d’une publication sur la députée Danièle Obono (6). La condamnation a été confirmée en appel en novembre 2022, puis définitivement en janvier 2024. En tant que journaliste de premier plan, Clément ne pouvait omettre ces antécédents judiciaires. De plus, d’autres controverses viennent renforcer le caractère sensible de la ligne éditoriale de ce journal.

En théorie, Clément aurait pu intervenir dans le journal en tant que simple citoyen, garantissant son droit à l’expression. Mais il a choisi d’utiliser sa plateforme médiatique et son expertise journalistique pour informer et sensibiliser le public, plutôt que pour défendre des opinions personnelles. Cela pose la question suivante : jusqu’où va la responsabilité d’un journaliste lorsqu’il utilise un média controversé pour diffuser un débat?

Ensuite, l'animateur audiovisuel prétend qu'il faut dialoguer avec l'ensemble des partis politiques et que la programmatique dans le domaine de l'écologie, qui, selon lui, est une science, n'appartient pas à un parti ou à un groupe d'activistes. Il a raison sur ces deux points. Sauf qu'il n’est pas complet : oui, l'écologie est une science, mais elle devient politique lorsqu’on se positionne autrement en adoptant les principes de l’écologie sociale.

Enfin, l’ambition, louable, d’élargir les débats à l'extrême droite, dans une recherche d’évitement des conflits a, par le passé, été extrêmement préjudiciable à la paix en Europe. Deux films illustrent cette problématique : Les Vestiges du jour, du réalisateur James Ivory, sorti en 1993, et prochainement Les Rayons et les ombres, réalisé par Xavier Giannoli.

Avis personnel : si Watson et Clément ont trouvé dans l’écologie une raison d’exister, pour ma part, j’y ai trouvé une raison de vivre. Dans ces deux cas cités dans l'article, il s'agit, à minima, d'une grossière erreur d'appréciation.

(1) https://www.lexpress.fr/societe/15000-euros-d-amende-pour-brigitte-bardot_507009.html?utm_source=chatgpt.com

(2) https://www.ledevoir.com/actualites/societe/184768/les-ecoterroristes-des-impatients-marginaux-et-anti-humanistes

(3) https://www.nouvelobs.com/ecologie/20251031.OBS109295/paul-watson-un-pirate-reac-pourquoi-le-fondateur-de-sea-shepherd-divise-les-ecologistes.html

(4) http://atelierdecreationlibertaire.com/Quelle-ecologie-radicale,957.html

(5) https://www.ladepeche.fr/2026/02/25/hugo-clement-responsable-de-la-montee-de-lextreme-droite-selon-linsoumise-ersilia-soudais-le-militant-ecologiste-recadre-la-deputee-13243538.php

(6) https://www.ladepeche.fr/2021/09/29/daniele-obono-depeinte-en-esclave-valeurs-actuelles-condamne-pour-injure-raciste-9820729.php?utm_source=chatgpt.com












mardi 17 février 2026

L'anormalité du palmier

Le Chamaerops humilis, ou plus communément nommé palmier, se caractérise par sa propension à envahir les jardins pavillonnaires. On le distingue entre tous, avec ses proportions ostentatoires et sa silhouette hérissée. Ce qui n’est pas, chez lui, un signe de rébellion, ni une marque d’extravagance, ni même une quelconque menace — à l’image de Sideshow Bob dans Les Simpsons— pour l’irremplaçable et indétrônable hortensia. 

On le plante surtout dans le carré de pelouse pour des raisons infiniment plus futiles comme l'affichage. Cela prêterait à sourire, voire à le ridiculiser, si son indice écologique n'atteignait pas un score désastreux et ne rendait pas ce sourire nettement plus amer.

Pourtant, au tout début de la colonisation, son esthétisme était l’apanage de quelques demeures cossues. Il évoquait de lointains rivages, des vacances exotiques en Outre-mer ou dans les pays du Maghreb. Doté d’une maturité exceptionnelle et érigé en marqueur d’une flatterie dite « chic », le palmier est progressivement devenu l’étalon banal du mimétisme esthétique

Il pulule comme pulule le pavillon, avec le même gabarit, la même uniformité, la même illusion de distinction. Car c’est bien le cas : une illusion. Il est le symbole végétal de la standardisation des gestes sans effort ni cueillettes. D’un mimétisme sans créativité, d’un ennui visuel, de rêves interchangeables pour des destinations où l’on s’entasse sous les cocotiers.

Et pourtant. Il est devenu un exemple patrimonial, capable de s’acclimater, pensait-on, dans des zones tempérées comme sur l’Île-de-Batz. Le palmier donne l’illusion d’un ailleurs alors que, sur ce récif, nous y sommes déjà, ailleurs. Même si sa portée scientifique et botanique, au sein du jardin de Georges Delaselle, s’illustrait dans un site classé « Jardin remarquable », les effets de la tempête Ciarán sur lui ont été dévastateurs. Ils soulignent, par cet exemple, la fragilité des paysages exotiques face aux aléas du dérèglement climatique en Bretagne.

Nonobstant cet épisode hivernal d’une intensité qui s'installe, la normalisation du palmier dans les jardins ornementaux présente, en termes environnementaux, bien des inconvénients, loin de la passivité qu’il exhibe. Empreinte carbone élevée (production et transport), utilisation intensive d’engrais, modes de culture — notamment sous serres énergivores —  derrière la silhouette décorative se cache une mécanique coûteuse et peu vertueuse.

Le plus inquiétant, dans la généralisation d’un paysage pavillonnaire banalisé, où le palmier désigne une certaine forme de paisibilité factice, est que l’on en revienne toujours à la même observation : une passivité non coupable, une oisiveté sans autre horizon que d’attendre les beaux jours afin de caler le barbecue sous le palmier, comme si l’ombre exotique suffisait à donner sens au quotidien.

Ainsi, le palmier n'explique rien du voyage, rien de l’exotisme, ni même de la botanique. Il dit le confort d’un imaginaire prêt-à-planter, l’économie d’un effort, la reproduction immobile d’un décor standardisé. Sous ses palmes, ce n’est pas l’ailleurs qui se pavane, mais l'anormalité.

Calcul de l'empreinte écologique de l'auteur : 2.5 T de rejets de CO2 en 2025 (niveau de soutenabilité : 2 T selon les données de l'Ademe)



mercredi 28 janvier 2026

Le film plastique fait son show


Repartage. Première publication août 2015.
D'autres avant moi sur Plougastel-Daoulas avaient alerté sur la nocivité du plastique laissé à l'abandon dans la presqu'île. Depuis ils sont devenus naturalistes, préférant photographier les petits papillons posés sur les fleurs du printemps, à proximité du plastique en question. J'ai même entendu l'un d'eux prétendre qu'il valait mieux laisser le plastique en place pour ne pas perturber l'écosystème. Je rêve ! Le plastique devient un élément naturel et banalisé.
De mon côté, après une intense activité, variée et pérenne, il y a 10 ans, à mon tour, j'ai laissé tomber. Si j'étais trop ambitieux sur les objectifs ou sur une approche moins "écologie punitive", je ne savais pas que les habitants de la commune se foutaient autant de la calamité écologique que représente ce plastique présent dans le sol, la végétation et les cours d'eau. Mais ils s'en foutent, à un point !! À 99.99 %. J'ai découvert depuis qu'ils se foutaient également du déversement dans la rade de leurs propres excréments. Ces personnes figurent plutôt dans le haut du panier social.
Étonnamment, des personnes se mobilisent pour ramasser les déchets des criques. Ils délaissent les déchets des talus. Curieux. Sachant qu'il existe des pollutions invisibles comme l'E. coli des bords de mer. Mais là aussi, (presque) personne. Curieux ?
Personnellement, J'ai fait le choix, depuis longtemps, de ne plus ramasser le plastique des talus et des bords de mer. Mais strictement rien ! C'est foutu. Je ne suis ni compable de sa pollution, ni de son impact, ni de sa nocivité, ni de son avenir. Ni de la merde déversée dans la plus belle rade du monde.

Berge de l'Elorn - Plougastel-Daoulas


// Prod est une association qui entend sortir des sentiers battus pour mettre la création militante au service de la nature. Il s'agit de faire autrement, de manière décalée, pour accoucher de démonstrations éphémères afin d’alerter sur les risques encourus par des pollutions et de sensibiliser au maintien de la richesse de la biodiversité qui est menacée.
// Prod a investi le champ laissé sale par la prolifération de fragments de film plastique agricole, utilisé pour les cultures en pleine terre, puis, au mieux, rejeté et abandonné dans les talus de Plougastel-Daoulas, au pire brûlés en fin de cycle d’usage. Le principe est de sortir de la banalisation d’une pollution qui se généralise par délitement et devient calamiteuse faute de réponses adaptées de la part institutions pour gérer le passé et dégager des fonds publics pour financer des chantiers de collecte.
Chemin pédestre - Plougastel


L’idée de // Prod est donc de ramasser les morceaux de plastique noir, à nettoyer et dépourvus de salissure, puis de créer des atmosphères perturbantes. Ca peut être aussi bien :

+ utiliser la végétation morte, momifier les arbres déracinés ou des branches de gros calibres. Le concept est de reconstruire un paysage dénaturé en replantant ces arbres au cœur de l'écosystème intact et de créer un contraste entre une nature verdoyante et la souillure laissée sur place,
+ monter des mannequins à l’aide de grillage (formes humaines ou animales) et les enrubanner de la bâche agricole. Produire des mises en scène directement sur site avec un objectif narratif autour des menaces écologiques,
+ fabriquer des cercueils à partir de carton eux aussi recouverts de film plastique. Les suspendre aux arbres qui voûtent les chemins pédestres, devenant le symbole d’un cimetière végétal.
L’ensemble de ces réalisations est fixé par une colle naturelle(à base d'eau, de farine et de sucre).

Ci-dessous différentes réalisations

Où se glisse le danger ?


Au-delà de la recherche d’une plastique artistique, que nous dévoile cette mise en scène perturbée car dénaturée ?
Au début il y a l’arbre, symbole de la puissance de l’élévation et du cycle de la vie. Mais affaissé sur le flanc, il personnifie la fragilité de la nature, contrariée par l’emprise d’une calamité écologique, aliénée par une pollution, celle du film plastique agricole. Son déracinement renvoie à la condition humaine qui se fige de façon compulsive dans une organisation urbaine, venant rompre la symbiose de l’homme à son environnement. Perturbé par sa propre futilité, il ne saisit plus l’essentiel et s’éloigne des vraies attitudes à adopter, comme le suggère l’introduction des deux personnages dans ce paysage. On y voit un référent adulte, tout aussi bien un père, un animateur socioculturel ou bien encore un éducateur spécialisé.
Il est accompagné d’un enfant qu’il surveille. Cet enfant, qui dévale sur un toboggan, peut à chaque instant chuter et se faire mal. Au demeurant, la vigilance du référent est légitime. Mais son attention n’est-elle pas détournée du véritable danger que représente le plastique qui l’entoure et dont il a banalisé la nocivité ? Car en effet que devient ce plastique quand il se désagrège ? Transformé en fragment, ce plastique, avec la complicité des éléments (ruisseau, vent, …) rejoint les estuaires, puis file dans la rade de Brest, s’incruste sous la forme de micro-résidus et contribue à l’intoxication de la chaîne alimentaire. Certainement que le référent et l’enfant consomment régulièrement du poisson. Ils viennent, à leur tour, sans le suspecter, d’être contaminés par l’ingestion de plastique. A-t’on alors bien évalué le sens des responsabilités ?

Cimetière végétal
Bois classé. Bordure du domaine maritime. Loperhet (29). Le propriétaire du bois autorise un serriste de Plougastel à faire brouter son bétail dans la parcelle. Conséquence : les animaux arrachent les écorces des arbres, mettant la chair à nu. La surpopulation du troupeau entraîne un pâturage excessif, ce qui conjugué à de fortes intempéries durant l'hiver 2013 provoqua à la fois la chute des arbres malades sur un terrain en pente mais également d'arbres sains en bordure de l'Elorn. Le signalement par l'assocation "À quoi ça serre" des dégâts occasionnés dans ce bois, aurpès du propriétaire, a semble-t-il été efficace, car depuis aucune présence de bêtes n'a été relevée.




Lieux au culte

Sanctuariser un lieu de culte ne sauvera pas le sacré de la nature.

Chapelle St Jean - Plougastel


Chapelle St Claude - Plougastel

Chapelle St Tremeur - Plougastel


Poème

Foutu film

Foutu film ! Il se faufile fossoyeur
Se défile habiller le lit des estuaires
Se prélasse sous une plastique noirceur
Tel un brai résidu délavé au polymère

Squatteur, il scarifie les murets à mûrier
Se plait en plaie, une pléiade de rats du sol
Immondice famélique de peu de fraisiers
Dès lors dévore les environs de Kergolle

Opportuniste, il se tapit végétal
Rivalise et s’enracine à se fossiliser
Dans le charnier d’une chimie létale
Dans la chimère boisée des prieurés 

Outrancier, il outrepasse son sort
S’éternise dans la friche défraîchie
S’abandonne atone dans le décor
Pour un temps décuplant sa gabegie

Kergolle - Plougastel

Certains textes et certaines photos font l'objet d'un supplément à la revue brestoise, Kraspeck. Publication d'août 2015.

lundi 3 novembre 2025

Dérogations pour espèces protégées : un jeu de dupes

Dans son livre "Désobéissance civile et démocratie" (paru en 2010 aux éditions Agone), l'historien américain, Howard Zinn, aborde le dilemme entre, le recours à la justice dans le cas de situations extrêmes ou l'application stricto-sensus de la loi. Pour développer sa réflexion, l'auteur s'appuie à plusieurs reprises sur l'exemple de la guerre au Vietnam et les nombreuses manifestations hostiles, citoyennes et non violentes qui ont remis en cause cette guerre à travers la désobéissance civile mais se sont retrouvées hors la loi (dégradations de biens privés, etc.) selon les décisions de juges intransigeants. À n'en pas douter sa démonstration est convaincante et abonde dans le sens de la justice. Cependant, l'historien est Américain et non Français. En France, la législation en matière d'application de la loi fait intervenir d'innombrables acteurs surtout lorsqu'ils sont réfractaires à son bon usage et notamment quand il s'agit des questions environnementales. C'est sur ce point que l'on peut diverger quelque peu avec Howard Zinn, car les règles en matière d'environnement en France sont définies de façon précise et rigoureuse et sont censées protéger efficacement la biodiversité. Dans les faits, la situation est toute autre et relève de l'imposture. 

La première étape, dans le cas d'un régime parlementaire adossé à un pouvoir exécutif, admet un principe législatif qui repose sur deux approches : un projet de loi ou une proposition de loi. Cette loi est débattue à l'Assemblée nationale et au Sénat et fait l'objet de navettes parlementaires entre les deux chambres, la première détenant le dernier mot grâce à l'expression à la majorité par un vote décisif. Après la loi, suivent les décrets d'application et les actes administratifs, ce que l'on nomme dans cette seconde étape "la hiérarchie des normes" en les ajustant en fonction des particularités régionales (comme l'escargot de Quimper pour la Bretagne dans le cas de l'inventaire élargie des espèces protégées). La dernière strate, et pas la moins déterminante, consiste à ce que l'Administration s'approprie la loi, et par ricochet respecte la Constitution. Le chef d'un des secteurs de cette administration délocalisée, non élu avec une délégation de pouvoir considérable s'appelle le Préfet ou la Préfète, intervenant au nom de l'Etat sur tout le département et dans de nombreux domaines de compétences. 

L'escargot de Quimper repéré sur le site du projet
TAM III à Plougastel-Daoulas

Si on s'en tient au pôle "Eau et biodiversité" de la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer rattachée à la préfecture), à bien des égards et en dehors de tout contrôle législatif, la tentation est grande de tergiverser lorsque le Préfet obtempère aux sollicitations insistantes d'interlocuteurs représentants l'agriculture, l'économie, la politique (et l'urbanisme) ou bien encore la chasse. Dans de nombreux cas, ils peuvent obtenir des dérogations. Tout commence avec la directive européenne "Habitats-Faune-Flore" (92/43/CEE) du 21 mai 1992. Cette directive impose aux États membres de protéger strictement certaines espèces animales et végétales. Mais elle prévoit aussi la possibilité de dérogations, dans des cas exceptionnels, à condition de ne pas nuire au maintien des populations dans un bon état de conservation, et de répondre à certains motifs précis (exemple : santé publique, sécurité, intérêt public majeur, recherche scientifique…). Transposée en droit français, l’article L411-2 introduit les dérogations comme suit : “Des dérogations peuvent être accordées (…) à condition qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées.” Pour être légale, une dérogation doit respecter trois conditions cumulativespas d’autre solution satisfaisantepas d’atteinte au maintien des espèces concernées et un motif valable. Or, à force de vouloir satisfaire aux exigences de lobbys et/ou aux élus, les cas de dérogations ne paraissent plus exceptionnelles mais semblent devenir la norme. Or, comment un représentant de l'Etat, sans mandat électif, n'ayant pas de compte direct à rendre aux législateurs, peut-il avoir autant de marges de manoeuvre sans que cela pose le moindre problème par rapport au respect de la loi ? L'interprétation excessive de la dérogation à la loi pourrait d'ailleurs s'apparenter à un abus de pouvoir. 

Rien que pour le Finistère, le Préfet par arrêté préfectoral de 2024 a autorisé l'abattage de 8000 choucas des tours. 8000 choucas sur une population estimée entre 50000 et 140000 individus* soit environ 10 % de la population. Quel organisme a demandé à agir ? La Chambre d'agriculture détenue par la Fdsea, sous prétexte de destructions des cultures et notamment du maïs. Sur les dix dernières années, plus de quinze arrêtés** ont été pris portant dérogation concernant la destruction d'innombrables espèces protégées et de leurs aires de repos et de reproduction à des fins plus que discutables : carrières, élargissement de routes, complexe sportif, etc.. À force se posera la question incontournable de la conservation favorable des espèces et le maintien suffisant de leurs populations sinon nous risquerions de voir réduit à la portion congrue de nombreuses espèces que la législation devait censément protéger. 

D'ailleurs, quand la députée ou le député revient dans sa circonscription ose-t-il interférer auprès du Préfet pour exiger un sort plus républicain de la loi ? On peut faire le pari que non. Alors, à quoi sert un régime parlementaire s'il laisse à des intouchables haut-fonctionnaires zélés, le devenir de notre biodiversité ? Et plus largement de l'environnement. Quel sens cela a-t-il de rédiger des lois si on peut les détricoter à la moindre sollicitation d'élus qui corrompent leur fonction et ainsi ouvrir des brèches démocratiques ? À vouloir tous nous considérer comme des oies, certains ont fini tout de même par s'interroger et ont compris le jeu de dupes qui se déroulait sous leurs yeux.

* chiffres de l'avis 2023-19 de la Dreal Bretagne de 2023

** ceux-ci listent l'escargot de Quimper et la vipère péliade. Il peut exister plusieurs autres arrêtés sans que ces espèces soient concernées.

dimanche 27 juillet 2025

Loi Duplomb : signer une pétition n'est pas un acte de résistance

Sans revenir sur l'agitation médiatique autour d'une loi scélérate adoptée le 08 juillet dernier à l'Assemblée nationale, il convient de s'interroger à la fois sur la mobilisation citoyenne à travers la signature d'une pétition cristallisant des inquiétudes légitimes sur la gestion de l'eau, l'usage des néonicotinoïdes et leur impact sanitaire, ou au sujet des fermes-usines, et sur sa capacité à modifier un tant soit peu le sort réservé à l'environnement et aux possibilités de protections durables des populations. Il ne faut pas se leurrer, signer une pétition depuis son ordinateur ou son portable ressemble à une forme de résignation face à des adversaires bien plus motivés parce qu'ils ont à leur disposition un modèle économique cadenassé, monolithe dans leur monopôle.

D'emblée, l'engagement pour l'écologie, qu'il soit citoyen ou militant, qu'il ne faudrait pas qualifier de radicale afin de ne pas effrayer les plus pudibonds, s'apparente à un combat permanent eu égard aux oppositions décrétées par on ne sait quelle nécessité de productivisme et de rentabilité soutenus de façon fallacieuse par un éventail très large d'opportunistes affairistes et d'irresponsables politiques. Puisque le terme de combat a été avancé, il convient alors de décrypter quelques exemples d'un éventail plus large d'opposition, affirmée mais non violente. 

Etonnement, le premier de ces combats consiste à réclamer auprès des élu.es la stricte application de la loi et du code de l'environnement (voir être fidèles à la Charte de l'environnement inscrite dans la Constitution) et d'attendre d'eux ou elles qu'iels agissent contre des actes illicites voire écocidaires. Alors même que ces politiques ne cessent de s'identifier à l'Etat de droits, quand bien même ce droit est adopté par le législateur et promulgué par le Président de la République, et donc qui ne dépend pas de leur fonction mais que l'on exige d'eux son application, il n'est pas exagéré d'affirmer que l'énergie déployée dans les cas d'abandon dans leur rôle civique, relève du parcours du combattant : est-ce que la signature par le maire d'un permis de construire pour une nouvelle porcherie est un acte contraire à l'intérêt fondamental de la Nation ? Il faut croire que oui, à voir l'état des plages en Bretagne et notamment à Douarnenez mais qu'on continue à souhaiter l'extension en facilitant leur implantation par un assouplissement des règles environnementales, octroyée par les Préfets. Est-ce que la signature d'une convention entre une commune et un entrepreneur pour l'édification d'un ouvrage urbain exigeant une ICPE (Installation classée protection de l'environnement) comprenant des déchets, est contraire à l'esprit de l'intérêt fondamental de la Nation ? A constater le type et le volume des polluants, certainement. Est-ce que la réintroduction d'un néonicotinoïde (acétamypride) est contraire à l'esprit de la Charte de l'environnement qui proclame la préservation de la biodiversité ? La réponse est connue. 

Alors, que peut transformer une pétition, même populaire, face à l'insignifiante volonté des républicains à s'accorder à leur propre texte constitutionnel ? Le relais opportuniste de la gauche parlementaire marque bien la faiblesse de leur représentativité et leur incapacité à fléchir l'orientation des partisans de la "loi Duplomb". La gauche n'a plus qu'à supplier le Président français pour saisir l'Article 10 de la Constitution dans le but de provoquer un nouveau débat parlementaire... sans effets pour la suite. Le modèle parlementariste marque une nouvelle fois ses limites.

Nonobstant ce fait, un arsenal de contre mesures encourage, de surcroît, à la désertion des élu.es face aux enjeux écologiques. Si la France reste une championne dans l'empilement des lois, elle fait de leur dérogation une norme quand il s'agit de destruction d'espèces protégées ou d'abattage de corvidés. Mieux, on octroît à ces représentants une sortie de secours à travers une nomenclature déviante, le sésame de toutes les facilitations d'urbanisme : "Eviter, réduire, compenser", aux oubliettes la "Zéro articifialisation nette" remplacée par la compensation. Aucune pétition ne viendra modifier cet état de fait. Au fond, ce genre de réaction s'apparente davantage à une distraction citoyenne.

De plus, l'ampleur prise par cette pétition a un précédent. "Le cap du million de signatures a été franchi haut la main à la fin 2019". Voilà ce qu'annonçait le mouvement des coquelicots sur son site il y a 5 ans, concernant leur propre pétition. Les animateurs du collectif titraient : "Et maintenant, que va faire l'Etat ?" Eh bien : la loi Duplomb, le renforcement du lobbying de la Fnsea et la structuration du syndicat d'extrême droite que représente la Coordination rurale, porter davantage le discrédit sur les écologistes, la création du dispositif "demeter" orchestrée par la Fnsea depuis la Place Beauvau, le peu d'empressement pour condamner les pressions exercées sur le personnel de l'OFB et pour trouver les responsables des dégradations de leurs locaux, les désengagements et les relâchements divers et variés (mégabassines notamment). L'Etat français et E. Macron ont fait peu de cas pour ce genre d'apostrophe par le passé, est-on convaincu d'une volte face pour cette nouvelle pétition ?

Occupation de la Draf Bretagne par des apiculteurs et des militants dont dédé l'Abeillaud (David Derrien). Mars 2012

D'autre part, l'outil numérique qu'utilise le pétitionnaire a un effet délétère car il participe à l'abandon de la rue, haut lieu de toutes les insurrections et des contestations populaires, et il renvoie aux souvenirs ce que "faire corps social" signifie. L'inquiétude des parents sur le barrage sanitaire partiellement escamoté par cette nouvelle dérogation ne souffre d'aucune contestation à l'endroit de la santé de leurs enfants. Néanmoins, l'efficacité des mobilisations de rues, d'intrusions citoyennes ou d'occupation de lieux symboliques ont démontré leur efficacité à faire plier les décideurs de tout acabit. Les Anarchistes le savent mieux que qui compte dans un autre domaine : les bouleversements sociaux en faveur du peuple passent par la Révolution et non par les urnes. 

Au final, serions-nous aujourd'hui incapables d'imaginer 2 millions de personnes défilées dans les rues des villes et des villages, côte-à-côte, dans un pacifisme absolu au cours d'une révolution douce, parce que justement, les enfants accompagneraient leurs parents ? Même Retailleau n'exigerait pas la charge des forces de l'ordre contre ces jeunes agitateurs qui se rejoigneraient à propos du maintien du Vivant. 

Actions des faucheurs volontaires. Cecab à Saint Sylvestre. Mai 2011

https://www.dailymotion.com/video/xim0ak

Intrusion citoyenne, castorama de Brest. Etiquetage de bidons "round up". Juin 2013

https://vimeo.com/manage/videos/68953034/player



L'adaptation climatique : le nouveau mantra des politiques

Depuis plusieurs semaines, commentateurs, responsables politiques et scientifiques mobilisent une même réponse court-termiste dans leurs dis...