Repartage. Première publication août 2015.
D'autres avant moi sur Plougastel-Daoulas avaient alerté sur la nocivité du plastique laissé à l'abandon dans la presqu'île. Depuis ils sont devenus naturalistes, préférant photographier les petits papillons posés sur les fleurs du printemps, à proximité du plastique en question. J'ai même entendu l'un d'eux prétendre qu'il valait mieux laisser le plastique en place pour ne pas perturber l'écosystème. Je rêve ! Le plastique devient un élément naturel et banalisé.
De mon côté, après une intense activité, variée et pérenne, il y a 10 ans, à mon tour, j'ai laissé tomber. Si j'étais trop ambitieux sur les objectifs ou sur une approche moins "écologie punitive", je ne savais pas que les habitants de la commune se foutaient autant de la calamité écologique que représente ce plastique présent dans le sol, la végétation et les cours d'eau. Mais ils s'en foutent, à un point !! À 99.99 %. J'ai découvert depuis qu'ils se foutaient également du déversement dans la rade de leurs propres excréments. Ces personnes figurent plutôt dans le haut du panier social.
Étonnamment, des personnes se mobilisent pour ramasser les déchets des criques. Ils délaissent les déchets des talus. Curieux. Sachant qu'il existe des pollutions invisibles comme l'E. coli des bords de mer. Mais là aussi, (presque) personne. Curieux ?
Personnellement, J'ai fait le choix, depuis longtemps, de ne plus ramasser le plastique des talus et des bords de mer. Mais strictement rien ! C'est foutu. Je ne suis ni compable de sa pollution, ni de son impact, ni de sa nocivité, ni de son avenir. Ni de la merde déversée dans la plus belle rade du monde.
| Berge de l'Elorn - Plougastel-Daoulas |
// Prod
est une association qui entend sortir des sentiers battus pour mettre la
création militante au service de la nature. Il
s'agit de faire autrement, de manière décalée, pour accoucher de démonstrations
éphémères afin d’alerter sur les risques encourus par des pollutions et de
sensibiliser au maintien de la richesse de la biodiversité qui est menacée.
// Prod
a investi le champ laissé sale par la prolifération de fragments de film
plastique agricole, utilisé pour les cultures en pleine terre, puis, au mieux, rejeté
et abandonné dans les talus de Plougastel-Daoulas, au pire brûlés en fin de
cycle d’usage. Le principe est de sortir de la banalisation d’une pollution qui
se généralise par délitement et devient calamiteuse faute de réponses adaptées
de la part institutions pour gérer le passé et dégager des fonds publics pour financer
des chantiers de collecte.
| Chemin pédestre - Plougastel |
L’idée de // Prod est donc de ramasser les morceaux de
plastique noir, à nettoyer et dépourvus de salissure, puis de créer des
atmosphères perturbantes. Ca peut être aussi bien :
+ utiliser la végétation morte, momifier les arbres
déracinés ou des branches de gros calibres. Le concept est de reconstruire un
paysage dénaturé en replantant ces arbres au cœur de l'écosystème intact et de créer un contraste entre une nature verdoyante et la souillure laissée sur
place,
+ monter des mannequins à l’aide de grillage (formes humaines ou animales) et les enrubanner de la bâche agricole. Produire des mises en scène
directement sur site avec un objectif narratif autour des menaces écologiques,
+ fabriquer des cercueils à partir de carton eux aussi
recouverts de film plastique. Les suspendre aux arbres qui voûtent les chemins
pédestres, devenant le symbole d’un cimetière végétal.
L’ensemble de ces réalisations est fixé par une colle
naturelle(à base d'eau, de farine et de sucre).
Ci-dessous différentes réalisations
Où se glisse le danger ?
Au-delà de la recherche d’une plastique artistique, que nous
dévoile cette mise en scène perturbée car dénaturée ?
Au début il y a l’arbre, symbole de la puissance de
l’élévation et du cycle de la vie. Mais affaissé sur le flanc, il personnifie
la fragilité de la nature, contrariée par l’emprise d’une calamité écologique, aliénée
par une pollution, celle du film plastique agricole. Son déracinement renvoie à
la condition humaine qui se fige de façon compulsive dans une organisation
urbaine, venant rompre la symbiose de l’homme à son environnement. Perturbé par
sa propre futilité, il ne saisit plus l’essentiel et s’éloigne des vraies
attitudes à adopter, comme le suggère l’introduction des deux personnages dans ce
paysage. On y voit un référent adulte, tout aussi bien un père, un animateur socioculturel
ou bien encore un éducateur spécialisé. Il est accompagné d’un enfant qu’il surveille. Cet enfant, qui dévale sur un toboggan, peut à chaque instant chuter et se faire mal. Au demeurant, la vigilance du référent est légitime. Mais son attention n’est-elle pas détournée du véritable danger que représente le plastique qui l’entoure et dont il a banalisé la nocivité ? Car en effet que devient ce plastique quand il se désagrège ? Transformé en fragment, ce plastique, avec la complicité des éléments (ruisseau, vent, …) rejoint les estuaires, puis file dans la rade de Brest, s’incruste sous la forme de micro-résidus et contribue à l’intoxication de la chaîne alimentaire. Certainement que le référent et l’enfant consomment régulièrement du poisson. Ils viennent, à leur tour, sans le suspecter, d’être contaminés par l’ingestion de plastique. A-t’on alors bien évalué le sens des responsabilités ?
Cimetière végétal
Bois classé. Bordure du domaine maritime. Loperhet (29). Le propriétaire du bois autorise un serriste de Plougastel à faire brouter son bétail dans la parcelle. Conséquence : les animaux arrachent les écorces des arbres, mettant la chair à nu. La surpopulation du troupeau entraîne un pâturage excessif, ce qui conjugué à de fortes intempéries durant l'hiver 2013 provoqua à la fois la chute des arbres malades sur un terrain en pente mais également d'arbres sains en bordure de l'Elorn. Le signalement par l'assocation "À quoi ça serre" des dégâts occasionnés dans ce bois, aurpès du propriétaire, a semble-t-il été efficace, car depuis aucune présence de bêtes n'a été relevée.
Lieux au culte
Sanctuariser un lieu de culte ne sauvera pas le sacré de la nature.
| Chapelle St Jean - Plougastel |
Foutu film
Foutu film ! Il se
faufile fossoyeur
Se défile habiller le
lit des estuaires
Se prélasse sous une
plastique noirceur
Tel un brai résidu
délavé au polymère
Squatteur, il
scarifie les murets à mûrier
Se plait en plaie,
une pléiade de rats du sol
Immondice famélique
de peu de fraisiers
Dès lors dévore les
environs de Kergolle
Opportuniste, il se
tapit végétal
Rivalise et
s’enracine à se fossiliser
Dans le charnier
d’une chimie létale
Dans la chimère
boisée des prieurés
Outrancier, il
outrepasse son sort
S’éternise dans la
friche défraîchie
S’abandonne atone
dans le décor
Pour un temps
décuplant sa gabegie
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| Kergolle - Plougastel |
Certains textes et certaines photos font l'objet d'un supplément à la revue brestoise, Kraspeck. Publication d'août 2015.






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