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samedi 14 février 2026

Montée des eaux. Quand Goulven deviendra Goulven-les-Bains

Repartage. Première parution, novembre 2021. 

Montée des eaux. Quand Goulven deviendra Goulven-les-Bains ou comment le bourg sera englouti.

La vue la plus remarquable de la baie de Goulven est réservée à la colline de Plouider, d'une laideur sans équivoque, qui surplombe le bourg de Goulc'hen. Planquée entre les toits, se niche la flèche de l'église du XIème siècle. De ce panorama, elle perd de sa grandeur face à l'embouchure de la grève qui se moque d'elle par sa forme, nettement mise à son avantage dans une robe brunie par la végétation rase. Plus loin, de l'autre côté du bras de mer tortueux, se calent une des autres communes du pays Pagan, Plouneour-trez. On ne s'attarde pas, car au creux de la vasière, l'extrémité de la langue des dunes de Keremma vient lécher la Manche toujours plus gourmande à voir les premiers éboulis sableux dans les herbus. Sur la droite, en contrebas des prairies convoitées par le bétail, s'étale une roselière dense, stoppée nette par une ligne rectiligne témoignant de l'activité passée des hommes. 

En s'approchant de Goulven, l'église se dévoile maintenant pleinement. L'étalement urbain hideux a épargné cette paroisse léonarde, convoitée uniquement par la mer qui s'immisce sur la bordure côtière. Deux ou trois rangées de maison encerclent ce lieu de dévotion, si serrées qu'on aurait l'impression qu'elles lui serviraient de remparts contre les éléments déchainés le moment venu. Ce village semble avoir dérivé au gré des courants et avoir échoué dans un creux de dune. Une arche d'un autre temps ? Et si le déluge ne s'était pas encore annoncé ?  L'inspection du bourg est égale à ce que l'on ressent : les murs figés délavent les fenêtres blêmes. Le silence instinctivement, semble lui avoir déserté déjà face au péril encore invisible. Même le deuil, en ce jour de commémoration, a préféré déguerpir pour être célébré sur les hauteurs environnantes.

Pour l'instant, le badaud dans les dunes est fort à son aise. Tant de joggers soucieux de leur bien-être, tant d'ornithologues amateurs happés dans la recherche d'un oiseau d'exception. Tandis que les premiers dandinent sur les sentiers, les autres en vigie, scrutent avec leurs appareils télescopiques la frange de la roselière ou bien les chevelus de la vasière, sans se soucier, les uns comme les autres, de ce qu'il advient de leur lieu de loisirs. Car il ne faut pas attendre les prévisions dévastatrices de ce début de siècle pour mesurer les premiers dégâts occasionnés par la montée inéluctable des océans. A en croire la carte interactive conçue par l'Institut de recherche américain Climate Central (lien ci-dessous), le littoral breton sera profondément égratigné par la montée des eaux d'ici à 2100, avec une élévation progressive du niveau de la mer de 1 mètre. Cette projection n'est pas une prophétie biblique ni une vision burlesque d'un écologiste. Elle est déjà tangible et bien visible quand elle s'effondre sous nos yeux. Et ce n'est pas un vulgaire cordon censé protéger la dune du piétinement humain qui endiguera ce phénomène, l'effacement des dunes ne viendra pas de la terre mais bien par la mer.



Ni le Conservatoire du littoral, propriétaire du site, qui se voyait comme le garant d'une nature sauvage préservée d'ici à 2050, ni la communauté de communes de la baie du Kernic qui en est le gestionnaire, ne pourront freiner l'ardeur d'une mer à jamais étal jusqu'aux premières encablures de Goulven. Mais l'érosion dunaire ne sera pas la seule modification notable de la côte bretonne. Les réseaux routiers seront avalés. Les propriétaires d'habitats côtiers érigés dans l'avidité de s'octroyer un bout de mer, privilégiés par la capacité financière de leur famille, verront leurs biens se dévaluer quand les vagues s'abattront, encore et encore, sur leurs toits délavés, troués par la puissance de tempêtes toujours plus ravageuses. En l'absence d'occupants ce sont les embruns qui s'inviteront dans les salons, salinant les meubles, souillant les lits, ils grignoteront le portrait décrépi de leurs aïeuls. C'est une anomalie clinique que d'avoir autorisé à la construction sur le front maritime breton.

Le plus insolite dans tout ça, est que l'homme ingénieux Louis Rousseau avait déjà modifié au 18ème siècle les caractéristiques de la baie de Goulven en comblant 500 ha de marais inondables pour en faire de bonnes terres agricoles (comme si le Léon en manquait...). C'est ainsi que la digue sert de barrage aux marées montantes, mais sera bien fragile et désuète devant les déferlantes futures, résultantes elles aussi des activités humaines.  A la décharge de Monsieur Rousseau, qui ne pouvait pas s'appesantir sur l'impact de ses décisions quelques centaines d'années plus tard, nous, nous savons ce qui se passe et ce qui se passera. Et que faisons-nous ? Eh bien, nous continuons à nous aveugler dans l'horizon de nos jumelles et à lorgner nos chaussures de sport, en attendant de voir l'anse du Kernic se transformer en ilot. Tout comme le bourg de Goulven qui gouttera aux joies de baignades glaciales et océaniques. Ses murs finiront par s'affaisser, telle la ville d'Ys en son temps. Et si Goulven-les-Bains n'était pas un mythe mais une prédiction ?





https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/montee-des-eaux/carte-monteedeseaux-votre-ville-ou-votre-plage-sont-elles-menacees-par-le-rechauffement-climatique_4205309.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR3Sec8Uep3O_Ajf6aQ4zWg0ejOifgz_NHwvv-Hc6rixIc61h8BY1xAwA40#Echobox=1635348954-5


Calcul de l'empreinte écologique de l'auteur : 2.5 T de rejets de CO2 en 2025 (niveau de soutenabilité : 2 T selon les données de l'Ademe)



vendredi 6 février 2026

Qui est Maxime Paul ? LE communiste de Plougastel

Tout comme un PCF fossilisé, Maxime Paul est un très, très vieux militant (1). À son actif, on peut lui reconnaître une continuité dans son ancrage à une gauche productiviste et dirigiste, une ténacité électorale à exister en deçà de 1,5 % (2)  des suffrages exprimés, ainsi qu'une fidélité inoxydable au Parti Socialiste. Cela exposé, on doit tout de même s'interroger à propos des raisons pour lesquelles il se retrouve à être le binôme de la tête de liste des partis, Marlène Le Meur (PS), pour les élections municipales à Plougastel-Daoulas. 

En effet, si en 2016 l'éternel militant communiste annonçait dans un communiqué être un "atout en accompagnant une agriculture et une industrie agroalimentaire responsable écologiquement et socialement", son passage au poste de vice-président chargé de l'eau et de l'assainissement à Brest Métropole Océane, son bilan sur la responsabilité "écologique" des industriels, comme ses résultats visibles sur l'assainissement à Plougastel-Daoulas, se limitent à l'épaisseur d'un papier A4. Pour une simple et unique raison : dire qu'un communiste est un écologiste relève de l'oxymore. En plus d'apparaître tardivement dans le discours communiste français, l'écologie doit être avant tout pensée comme "une écologie de production". À vrai dire, l’écologie revendiquée par certains responsables communistes demeure contradictoire avec l’héritage productiviste du communisme.

La première vocation d’un communiste est le maintien d’un tissu industriel de production dans le but d’assurer l’accès à l’emploi au plus grand nombre (principe d'un concept de l'émancipation). La garantie de ce travail industriel doit passer par le développement de l’outil de production sur le territoire. Du fait de ses responsabilités au sein des Eaux du Ponant (société publique locale) (3), Maxime Paul a été un atout sans faille pour les industriels et l’extension de leurs serres de production de tomates à Plougastel. 

Sa signature, apposée au bas des autorisations dans le cadre du Spanc, notamment dans le cas des extensions des serres du Cosquer–Saint-Jean, comptabilisant aujourd’hui 14 ha de sols artificialisés sur le bassin versant de l’Elorn, le confirme. Pour un responsable de la gestion de l'eau, les résultats sont rapidement visibles avec un déversement continu et volumineux des eaux rejetées par les serres dans l'Elorn, tout proche, dès 2013. À minima, La régie dispose de mécanismes de contrôle techniques, mais ceux-ci restent largement insuffisants pour répondre aux enjeux environnementaux posés par l’extension des serres industrielles. En a-t-elle abusé ?

Serres industrielles contruites sur un remblai illégal
équipé d'un bassin de rétention sous dimensionné. Photo 2013




Extrait de l'examen au cas par cas déposé le 10 décembre 2012. Rien ne sera respecté



Déversement dans l'Elorn du surplus
des eaux pluviales des serres industrielles - Juillet 2017


Concernant l'assainissement sur la commune de Plougastel-Daoulas, on se contentera d'un constat d'une simplicité désarmante : aucun impact particulier durant toute la période de son mandat, pas même dans l'épaisseur d'une feuille de papier toilette. La station d'épuration de Kerziou, au-dessus de l'anse de Lauberlac'h, site sensible, aurait peut-être dû faire l'objet de contrôles réguliers et d'un entretien tout particulier des Eaux du Ponant, à voir son état délabré des dernières années. Toutefois, il aurait été instructif de savoir ce que pensait le militant communiste sur l'installation des micro-stations d'épuration en lien avec la phytoépuration.

Pour les élections municipales de mars prochain, l'examen des professions de foi donnera une vision plus éclairée des objectifs écologiques des candidats en lice lors de cette campagne électorale. Cependant, autant on connaît les positionnements de certaines listes sur le projet de zone d'aménagement de Ty ar Menez III (12 ha de terres agricoles détruites), autant on peut rester perplexe sur les prises de position de Maxime Paul, vieux compagnon de route de l'élu sortant socialiste, Stéphane Le Gall, présent lui aussi sur la liste de Marlène Le Meur. Ce dernier s'est déjà prononcé favorablement sur l'arasement de 12 ha et l'artificialisation des sols pour qu'émerge ce projet. Au regard de la manière dont la gestion des eaux pluviales est traitée avec rigueur sur la commune, on peut s'inquiéter pour la quiétude du hameau si bien nommé : l'Île, situé en contrebas du projet de TAM III, s'il se concrétise.


(1) Article "Brest Maville" de novembre 2016. https://brest.maville.com/actu/actudet_-pour-la-6e-circonscription-du-finistere-le-pcf-choisit-maxime-paul_6-3091104_actu.Htm?utm_source=chatgpt.com    


(2) Législatives 2017 – 6ᵉ circonscription du Finistère

📌 Maxime Paul (Parti communiste français – PCF)

  • 1ᵉʳ tour : 711 voix, soit 1,40 % des suffrages exprimés


(3) durée connue de son mandat début des années 2010

Photos : AQCS











Calcul de l'empreinte écologique de l'auteur : 2.5 T de rejets de CO2 en 2025 (niveau de soutenabilité : 2 T selon les données de l'Ademe)

mercredi 28 janvier 2026

Le film plastique fait son show


Repartage. Première publication août 2015.
D'autres avant moi sur Plougastel-Daoulas avaient alerté sur la nocivité du plastique laissé à l'abandon dans la presqu'île. Depuis ils sont devenus naturalistes, préférant photographier les petits papillons posés sur les fleurs du printemps, à proximité du plastique en question. J'ai même entendu l'un d'eux prétendre qu'il valait mieux laisser le plastique en place pour ne pas perturber l'écosystème. Je rêve ! Le plastique devient un élément naturel et banalisé.
De mon côté, après une intense activité, variée et pérenne, il y a 10 ans, à mon tour, j'ai laissé tomber. Si j'étais trop ambitieux sur les objectifs ou sur une approche moins "écologie punitive", je ne savais pas que les habitants de la commune se foutaient autant de la calamité écologique que représente ce plastique présent dans le sol, la végétation et les cours d'eau. Mais ils s'en foutent, à un point !! À 99.99 %. J'ai découvert depuis qu'ils se foutaient également du déversement dans la rade de leurs propres excréments. Ces personnes figurent plutôt dans le haut du panier social.
Étonnamment, des personnes se mobilisent pour ramasser les déchets des criques. Ils délaissent les déchets des talus. Curieux. Sachant qu'il existe des pollutions invisibles comme l'E. coli des bords de mer. Mais là aussi, (presque) personne. Curieux ?
Personnellement, J'ai fait le choix, depuis longtemps, de ne plus ramasser le plastique des talus et des bords de mer. Mais strictement rien ! C'est foutu. Je ne suis ni compable de sa pollution, ni de son impact, ni de sa nocivité, ni de son avenir. Ni de la merde déversée dans la plus belle rade du monde.

Berge de l'Elorn - Plougastel-Daoulas


// Prod est une association qui entend sortir des sentiers battus pour mettre la création militante au service de la nature. Il s'agit de faire autrement, de manière décalée, pour accoucher de démonstrations éphémères afin d’alerter sur les risques encourus par des pollutions et de sensibiliser au maintien de la richesse de la biodiversité qui est menacée.
// Prod a investi le champ laissé sale par la prolifération de fragments de film plastique agricole, utilisé pour les cultures en pleine terre, puis, au mieux, rejeté et abandonné dans les talus de Plougastel-Daoulas, au pire brûlés en fin de cycle d’usage. Le principe est de sortir de la banalisation d’une pollution qui se généralise par délitement et devient calamiteuse faute de réponses adaptées de la part institutions pour gérer le passé et dégager des fonds publics pour financer des chantiers de collecte.
Chemin pédestre - Plougastel


L’idée de // Prod est donc de ramasser les morceaux de plastique noir, à nettoyer et dépourvus de salissure, puis de créer des atmosphères perturbantes. Ca peut être aussi bien :

+ utiliser la végétation morte, momifier les arbres déracinés ou des branches de gros calibres. Le concept est de reconstruire un paysage dénaturé en replantant ces arbres au cœur de l'écosystème intact et de créer un contraste entre une nature verdoyante et la souillure laissée sur place,
+ monter des mannequins à l’aide de grillage (formes humaines ou animales) et les enrubanner de la bâche agricole. Produire des mises en scène directement sur site avec un objectif narratif autour des menaces écologiques,
+ fabriquer des cercueils à partir de carton eux aussi recouverts de film plastique. Les suspendre aux arbres qui voûtent les chemins pédestres, devenant le symbole d’un cimetière végétal.
L’ensemble de ces réalisations est fixé par une colle naturelle(à base d'eau, de farine et de sucre).

Ci-dessous différentes réalisations

Où se glisse le danger ?


Au-delà de la recherche d’une plastique artistique, que nous dévoile cette mise en scène perturbée car dénaturée ?
Au début il y a l’arbre, symbole de la puissance de l’élévation et du cycle de la vie. Mais affaissé sur le flanc, il personnifie la fragilité de la nature, contrariée par l’emprise d’une calamité écologique, aliénée par une pollution, celle du film plastique agricole. Son déracinement renvoie à la condition humaine qui se fige de façon compulsive dans une organisation urbaine, venant rompre la symbiose de l’homme à son environnement. Perturbé par sa propre futilité, il ne saisit plus l’essentiel et s’éloigne des vraies attitudes à adopter, comme le suggère l’introduction des deux personnages dans ce paysage. On y voit un référent adulte, tout aussi bien un père, un animateur socioculturel ou bien encore un éducateur spécialisé.
Il est accompagné d’un enfant qu’il surveille. Cet enfant, qui dévale sur un toboggan, peut à chaque instant chuter et se faire mal. Au demeurant, la vigilance du référent est légitime. Mais son attention n’est-elle pas détournée du véritable danger que représente le plastique qui l’entoure et dont il a banalisé la nocivité ? Car en effet que devient ce plastique quand il se désagrège ? Transformé en fragment, ce plastique, avec la complicité des éléments (ruisseau, vent, …) rejoint les estuaires, puis file dans la rade de Brest, s’incruste sous la forme de micro-résidus et contribue à l’intoxication de la chaîne alimentaire. Certainement que le référent et l’enfant consomment régulièrement du poisson. Ils viennent, à leur tour, sans le suspecter, d’être contaminés par l’ingestion de plastique. A-t’on alors bien évalué le sens des responsabilités ?

Cimetière végétal
Bois classé. Bordure du domaine maritime. Loperhet (29). Le propriétaire du bois autorise un serriste de Plougastel à faire brouter son bétail dans la parcelle. Conséquence : les animaux arrachent les écorces des arbres, mettant la chair à nu. La surpopulation du troupeau entraîne un pâturage excessif, ce qui conjugué à de fortes intempéries durant l'hiver 2013 provoqua à la fois la chute des arbres malades sur un terrain en pente mais également d'arbres sains en bordure de l'Elorn. Le signalement par l'assocation "À quoi ça serre" des dégâts occasionnés dans ce bois, aurpès du propriétaire, a semble-t-il été efficace, car depuis aucune présence de bêtes n'a été relevée.




Lieux au culte

Sanctuariser un lieu de culte ne sauvera pas le sacré de la nature.

Chapelle St Jean - Plougastel


Chapelle St Claude - Plougastel

Chapelle St Tremeur - Plougastel


Poème

Foutu film

Foutu film ! Il se faufile fossoyeur
Se défile habiller le lit des estuaires
Se prélasse sous une plastique noirceur
Tel un brai résidu délavé au polymère

Squatteur, il scarifie les murets à mûrier
Se plait en plaie, une pléiade de rats du sol
Immondice famélique de peu de fraisiers
Dès lors dévore les environs de Kergolle

Opportuniste, il se tapit végétal
Rivalise et s’enracine à se fossiliser
Dans le charnier d’une chimie létale
Dans la chimère boisée des prieurés 

Outrancier, il outrepasse son sort
S’éternise dans la friche défraîchie
S’abandonne atone dans le décor
Pour un temps décuplant sa gabegie

Kergolle - Plougastel

Certains textes et certaines photos font l'objet d'un supplément à la revue brestoise, Kraspeck. Publication d'août 2015.

lundi 3 novembre 2025

Dérogations pour espèces protégées : un jeu de dupes

Dans son livre "Désobéissance civile et démocratie" (paru en 2010 aux éditions Agone), l'historien américain, Howard Zinn, aborde le dilemme entre, le recours à la justice dans le cas de situations extrêmes ou l'application stricto-sensus de la loi. Pour développer sa réflexion, l'auteur s'appuie à plusieurs reprises sur l'exemple de la guerre au Vietnam et les nombreuses manifestations hostiles, citoyennes et non violentes qui ont remis en cause cette guerre à travers la désobéissance civile mais se sont retrouvées hors la loi (dégradations de biens privés, etc.) selon les décisions de juges intransigeants. À n'en pas douter sa démonstration est convaincante et abonde dans le sens de la justice. Cependant, l'historien est Américain et non Français. En France, la législation en matière d'application de la loi fait intervenir d'innombrables acteurs surtout lorsqu'ils sont réfractaires à son bon usage et notamment quand il s'agit des questions environnementales. C'est sur ce point que l'on peut diverger quelque peu avec Howard Zinn, car les règles en matière d'environnement en France sont définies de façon précise et rigoureuse et sont censées protéger efficacement la biodiversité. Dans les faits, la situation est toute autre et relève de l'imposture. 

La première étape, dans le cas d'un régime parlementaire adossé à un pouvoir exécutif, admet un principe législatif qui repose sur deux approches : un projet de loi ou une proposition de loi. Cette loi est débattue à l'Assemblée nationale et au Sénat et fait l'objet de navettes parlementaires entre les deux chambres, la première détenant le dernier mot grâce à l'expression à la majorité par un vote décisif. Après la loi, suivent les décrets d'application et les actes administratifs, ce que l'on nomme dans cette seconde étape "la hiérarchie des normes" en les ajustant en fonction des particularités régionales (comme l'escargot de Quimper pour la Bretagne dans le cas de l'inventaire élargie des espèces protégées). La dernière strate, et pas la moins déterminante, consiste à ce que l'Administration s'approprie la loi, et par ricochet respecte la Constitution. Le chef d'un des secteurs de cette administration délocalisée, non élu avec une délégation de pouvoir considérable s'appelle le Préfet ou la Préfète, intervenant au nom de l'Etat sur tout le département et dans de nombreux domaines de compétences. 

L'escargot de Quimper repéré sur le site du projet
TAM III à Plougastel-Daoulas

Si on s'en tient au pôle "Eau et biodiversité" de la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer rattachée à la préfecture), à bien des égards et en dehors de tout contrôle législatif, la tentation est grande de tergiverser lorsque le Préfet obtempère aux sollicitations insistantes d'interlocuteurs représentants l'agriculture, l'économie, la politique (et l'urbanisme) ou bien encore la chasse. Dans de nombreux cas, ils peuvent obtenir des dérogations. Tout commence avec la directive européenne "Habitats-Faune-Flore" (92/43/CEE) du 21 mai 1992. Cette directive impose aux États membres de protéger strictement certaines espèces animales et végétales. Mais elle prévoit aussi la possibilité de dérogations, dans des cas exceptionnels, à condition de ne pas nuire au maintien des populations dans un bon état de conservation, et de répondre à certains motifs précis (exemple : santé publique, sécurité, intérêt public majeur, recherche scientifique…). Transposée en droit français, l’article L411-2 introduit les dérogations comme suit : “Des dérogations peuvent être accordées (…) à condition qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées.” Pour être légale, une dérogation doit respecter trois conditions cumulativespas d’autre solution satisfaisantepas d’atteinte au maintien des espèces concernées et un motif valable. Or, à force de vouloir satisfaire aux exigences de lobbys et/ou aux élus, les cas de dérogations ne paraissent plus exceptionnelles mais semblent devenir la norme. Or, comment un représentant de l'Etat, sans mandat électif, n'ayant pas de compte direct à rendre aux législateurs, peut-il avoir autant de marges de manoeuvre sans que cela pose le moindre problème par rapport au respect de la loi ? L'interprétation excessive de la dérogation à la loi pourrait d'ailleurs s'apparenter à un abus de pouvoir. 

Rien que pour le Finistère, le Préfet par arrêté préfectoral de 2024 a autorisé l'abattage de 8000 choucas des tours. 8000 choucas sur une population estimée entre 50000 et 140000 individus* soit environ 10 % de la population. Quel organisme a demandé à agir ? La Chambre d'agriculture détenue par la Fdsea, sous prétexte de destructions des cultures et notamment du maïs. Sur les dix dernières années, plus de quinze arrêtés** ont été pris portant dérogation concernant la destruction d'innombrables espèces protégées et de leurs aires de repos et de reproduction à des fins plus que discutables : carrières, élargissement de routes, complexe sportif, etc.. À force se posera la question incontournable de la conservation favorable des espèces et le maintien suffisant de leurs populations sinon nous risquerions de voir réduit à la portion congrue de nombreuses espèces que la législation devait censément protéger. 

D'ailleurs, quand la députée ou le député revient dans sa circonscription ose-t-il interférer auprès du Préfet pour exiger un sort plus républicain de la loi ? On peut faire le pari que non. Alors, à quoi sert un régime parlementaire s'il laisse à des intouchables haut-fonctionnaires zélés, le devenir de notre biodiversité ? Et plus largement de l'environnement. Quel sens cela a-t-il de rédiger des lois si on peut les détricoter à la moindre sollicitation d'élus qui corrompent leur fonction et ainsi ouvrir des brèches démocratiques ? À vouloir tous nous considérer comme des oies, certains ont fini tout de même par s'interroger et ont compris le jeu de dupes qui se déroulait sous leurs yeux.

* chiffres de l'avis 2023-19 de la Dreal Bretagne de 2023

** ceux-ci listent l'escargot de Quimper et la vipère péliade. Il peut exister plusieurs autres arrêtés sans que ces espèces soient concernées.

dimanche 27 juillet 2025

Loi Duplomb : signer une pétition n'est pas un acte de résistance

Sans revenir sur l'agitation médiatique autour d'une loi scélérate adoptée le 08 juillet dernier à l'Assemblée nationale, il convient de s'interroger à la fois sur la mobilisation citoyenne à travers la signature d'une pétition cristallisant des inquiétudes légitimes sur la gestion de l'eau, l'usage des néonicotinoïdes et leur impact sanitaire, ou au sujet des fermes-usines, et sur sa capacité à modifier un tant soit peu le sort réservé à l'environnement et aux possibilités de protections durables des populations. Il ne faut pas se leurrer, signer une pétition depuis son ordinateur ou son portable ressemble à une forme de résignation face à des adversaires bien plus motivés parce qu'ils ont à leur disposition un modèle économique cadenassé, monolithe dans leur monopôle.

D'emblée, l'engagement pour l'écologie, qu'il soit citoyen ou militant, qu'il ne faudrait pas qualifier de radicale afin de ne pas effrayer les plus pudibonds, s'apparente à un combat permanent eu égard aux oppositions décrétées par on ne sait quelle nécessité de productivisme et de rentabilité soutenus de façon fallacieuse par un éventail très large d'opportunistes affairistes et d'irresponsables politiques. Puisque le terme de combat a été avancé, il convient alors de décrypter quelques exemples d'un éventail plus large d'opposition, affirmée mais non violente. 

Etonnement, le premier de ces combats consiste à réclamer auprès des élu.es la stricte application de la loi et du code de l'environnement (voir être fidèles à la Charte de l'environnement inscrite dans la Constitution) et d'attendre d'eux ou elles qu'iels agissent contre des actes illicites voire écocidaires. Alors même que ces politiques ne cessent de s'identifier à l'Etat de droits, quand bien même ce droit est adopté par le législateur et promulgué par le Président de la République, et donc qui ne dépend pas de leur fonction mais que l'on exige d'eux son application, il n'est pas exagéré d'affirmer que l'énergie déployée dans les cas d'abandon dans leur rôle civique, relève du parcours du combattant : est-ce que la signature par le maire d'un permis de construire pour une nouvelle porcherie est un acte contraire à l'intérêt fondamental de la Nation ? Il faut croire que oui, à voir l'état des plages en Bretagne et notamment à Douarnenez mais qu'on continue à souhaiter l'extension en facilitant leur implantation par un assouplissement des règles environnementales, octroyée par les Préfets. Est-ce que la signature d'une convention entre une commune et un entrepreneur pour l'édification d'un ouvrage urbain exigeant une ICPE (Installation classée protection de l'environnement) comprenant des déchets, est contraire à l'esprit de l'intérêt fondamental de la Nation ? A constater le type et le volume des polluants, certainement. Est-ce que la réintroduction d'un néonicotinoïde (acétamypride) est contraire à l'esprit de la Charte de l'environnement qui proclame la préservation de la biodiversité ? La réponse est connue. 

Alors, que peut transformer une pétition, même populaire, face à l'insignifiante volonté des républicains à s'accorder à leur propre texte constitutionnel ? Le relais opportuniste de la gauche parlementaire marque bien la faiblesse de leur représentativité et leur incapacité à fléchir l'orientation des partisans de la "loi Duplomb". La gauche n'a plus qu'à supplier le Président français pour saisir l'Article 10 de la Constitution dans le but de provoquer un nouveau débat parlementaire... sans effets pour la suite. Le modèle parlementariste marque une nouvelle fois ses limites.

Nonobstant ce fait, un arsenal de contre mesures encourage, de surcroît, à la désertion des élu.es face aux enjeux écologiques. Si la France reste une championne dans l'empilement des lois, elle fait de leur dérogation une norme quand il s'agit de destruction d'espèces protégées ou d'abattage de corvidés. Mieux, on octroît à ces représentants une sortie de secours à travers une nomenclature déviante, le sésame de toutes les facilitations d'urbanisme : "Eviter, réduire, compenser", aux oubliettes la "Zéro articifialisation nette" remplacée par la compensation. Aucune pétition ne viendra modifier cet état de fait. Au fond, ce genre de réaction s'apparente davantage à une distraction citoyenne.

De plus, l'ampleur prise par cette pétition a un précédent. "Le cap du million de signatures a été franchi haut la main à la fin 2019". Voilà ce qu'annonçait le mouvement des coquelicots sur son site il y a 5 ans, concernant leur propre pétition. Les animateurs du collectif titraient : "Et maintenant, que va faire l'Etat ?" Eh bien : la loi Duplomb, le renforcement du lobbying de la Fnsea et la structuration du syndicat d'extrême droite que représente la Coordination rurale, porter davantage le discrédit sur les écologistes, la création du dispositif "demeter" orchestrée par la Fnsea depuis la Place Beauvau, le peu d'empressement pour condamner les pressions exercées sur le personnel de l'OFB et pour trouver les responsables des dégradations de leurs locaux, les désengagements et les relâchements divers et variés (mégabassines notamment). L'Etat français et E. Macron ont fait peu de cas pour ce genre d'apostrophe par le passé, est-on convaincu d'une volte face pour cette nouvelle pétition ?

Occupation de la Draf Bretagne par des apiculteurs et des militants dont dédé l'Abeillaud (David Derrien). Mars 2012

D'autre part, l'outil numérique qu'utilise le pétitionnaire a un effet délétère car il participe à l'abandon de la rue, haut lieu de toutes les insurrections et des contestations populaires, et il renvoie aux souvenirs ce que "faire corps social" signifie. L'inquiétude des parents sur le barrage sanitaire partiellement escamoté par cette nouvelle dérogation ne souffre d'aucune contestation à l'endroit de la santé de leurs enfants. Néanmoins, l'efficacité des mobilisations de rues, d'intrusions citoyennes ou d'occupation de lieux symboliques ont démontré leur efficacité à faire plier les décideurs de tout acabit. Les Anarchistes le savent mieux que qui compte dans un autre domaine : les bouleversements sociaux en faveur du peuple passent par la Révolution et non par les urnes. 

Au final, serions-nous aujourd'hui incapables d'imaginer 2 millions de personnes défilées dans les rues des villes et des villages, côte-à-côte, dans un pacifisme absolu au cours d'une révolution douce, parce que justement, les enfants accompagneraient leurs parents ? Même Retailleau n'exigerait pas la charge des forces de l'ordre contre ces jeunes agitateurs qui se rejoigneraient à propos du maintien du Vivant. 

Actions des faucheurs volontaires. Cecab à Saint Sylvestre. Mai 2011

https://www.dailymotion.com/video/xim0ak

Intrusion citoyenne, castorama de Brest. Etiquetage de bidons "round up". Juin 2013

https://vimeo.com/manage/videos/68953034/player



dimanche 23 juin 2024

"A quoi ça serre" exclue de la vie locale

L'association de protection de l'environnement "A quoi ça serre" (AQCS) de Plougastel-Daoulas prévoyait un programme complet d'animations en lien avec l'objet de ses statuts, dans le cadre de ses 10 années d'existence. Entre une visite botanique sur la parcelle d'une autre association communale et la volonté d'échanger avec le Conseil municipal des jeunes, ses organisateurs voulaient montrer le fort attachement de l'association à la vie locale sur la commune et son implication dans le cadre de l'intérêt général et de l'intérêt à une nature préservée. A cette occasion et uniquement à cet effet, un membre d'AQCS sollicitait le conseil municipal pour l'obtention d'une subvention, dont le montant restait modique, pour l'aider dans le bon déroulement de la journée du 22 juin. Une autre des adhérentes se présentait au bureau du service jeunesse de la mairie afin de préparer la rencontre avec le CMJ. Dans les deux cas de figure, l'association a obtenu une fin de non recevoir comme réponse. 

Dans un premier temps, l'employée communale en charge du service de la jeunesse, interrompait la représentante d'AQCS au prétexte que sa demande ne pouvait être examinée du fait du "caractère politique" de l'association. Il s'agit ni plus ni moins que de propos calomnieux envers les membres de l'association. D'ailleurs aucune mention à ce type d'activités ne figure dans les statuts. AQCS peut même se targuer d'avoir réussi à rassembler des personnes avec des  opinions divergentes et à aucun moment l'avis de chacun n'a été exprimé ni n'a pris le pas sur l'action collective à mener. Puis, le dossier de demande de subvention, remis dans les temps, avec l'ensemble des pièces exigées, ne pouvant faire l'objet d'aucune contestation puisque conforme aux statuts, n'a même pas fait l'objet d'un traitement par la commune. L'opposition, alertée, ne semblait elle-même pas informée de ce rejet implicite et irrecevable de traitement de la demande*.

Puisqu'il apparaissait évident que ces agissements se trouvaient ternis par l'irrégularité et le mensonge, AQCS se tournait vers la presse locale pour exposer ces faits. Après avoir essuyé plusieurs refus de publications de communiqué de presse sur des sujets qui pourtant étaient de l'ordre de la sécurité routière (accident route de Kervenal), de l'intérêt général (suspension des mises en demeure pour des installations défectueuses dans les serres du Cosquer-St Jean) et de l'intérêt à une nature préservée (découvert d'un dépotoir sur une zone remarquable à Pontkalleg), l'association prenait acte, une nouvelle fois, de l'absence de réponses des journaux locaux. Quand bien même l'association n'exige pas la publication de l'ensemble de ses communiqués, il apparaît curieux qu'elle ne bénéficie plus depuis 1 an d'une couverture médiatique locale dans le Télégramme et le Ouest-France, alors que jusqu'à présent le relai de l'information était plutôt satisfaisant; il n'est pas dans les habitudes de l'association d'observer un tel effacement dans l'actualité locale.

Alors qu'est ce qui pourrait expliquer une telle censure à mettre au crédit des rédactions des journaux susnommés ? Si je peux me permettre d'avancer une opinion toute personnelle, je soutiens que notre association dérange. Elle dérange certainement parce que son représentant, qui n'est autre que moi, n'abdique pas malgré les doutes, le ras le bol, la démobilisation et les fatigues auxquels chacun et chacune peut s'identifier. Elle dérange parce que nous gardons un cap, celui de la probité et du respect de l'application des réglementations sur l'environnement. Et que fait-on des organisations ou d'individus qui dérangent ? Et bien on décide de les bannir de la vie locale après avoir tenté de salir leur réputation et d'avoir exercé sur eux des menaces, en vain. Il faut donc arriver à cette ultime exclusion de la vie publique par les soi-disant garants de la démocratie locale et de ceux porteurs du devoir à une information objective et non orientée, pour s'apercevoir que nous flirtons continuellement avec des agissements autocratiques, puant fort la droite extrême voire le totalitarisme, car enfin comment expliquer la censure sur l'écologie si ce n'est que tout ceci nous prépare à l'extrême droite ?

* A ce jour l'opposition reste de nouveau atone

jeudi 31 août 2023

Les bourdons d'élevage polluent depuis 30 ans

L'avènement de l'agriculture industrielle depuis le début des années 90 a vu l'apparition de nouvelles pratiques qui ont densifié les rendements au m2 générés par l'expansion de serres à production notamment de tomates et de fraises. La Bretagne, et plus particulièrement le Finistère, terre agricole par excellence, n'ont pas échappé à des phénomènes de changements dans la conduite des cultures avec l'introduction de la biotechnologie.

Présentation au public d'une ruche de bourdons Saveol

Pour parfaire leurs techniques culturales, les apprentis sorciers que représentent les dirigeants des coopératives les plus mercantiles ont modifié la façon dont les opérations des plus naturelles de pollinisation s'effectuaient par les butineurs dans la nature, en recourant massivement et à une échelle industrielle, au Bombus terrestris, le bourdon terrestre d'élevage, ou encore surnommé le "cul blanc". Ainsi cette abeille des plus performantes, au génome probablement modifié afin surement de la rendre moins vulnérable aux pathologies, assurait à l'agro-industriel une production dès plus conséquente, conforme à des normes de calibrage sensées répondre aux besoins du consommateur. Mais pas seulement. La collaboration active d'un auxiliaire vivant redorait l'image quelque peu ébréchée de l'industriel et pouvait dès lors l'associer à une vision naturelle d'une production généralement confinée et hors-sol.

Oui mais voilà, il serait vain de croire que le bourdon d'élevage limite sa recherche de pollen aux seuls plants de tomates. Sa vocation est toute autre et sa voracité, ainsi que son adaptabilité, l'entraînent en dehors des rangées bien ordonnées pour s'égarer dès que les trappes sont ouvertes, jusqu'à 3 km à travers une flore sauvage qu'il explore parfois bien avant les populations locales sauvages. Ce bourdon d'élevage se retrouve donc aux contacts répétés de congénères dont l'existence est sérieusement bouleversée par une telle concurrence. Si comme le rapporte Jacques Le Gall, producteur de fraises chez Saveol, les premiers bourdons sont libérés dès la mi-janvier jusqu'à approximativement la fin août, avec une production de 15000 ruches par an, c'est à un véritable tsunami sans fracas auquel sont confrontés depuis plus de 30 ans les autres pollinisateurs endémiques, dans leur besoin vital d'extraire leur subsistance. Pire, la répétition annuelle d'une cohabitation indésirable a sûrement falsifié les caractéristiques innées d'individus s'établissant dans la circonférence des serres industrielles. Benoît Geslin, professeur agrégé à l'Université de Rennes, ne dit pas autre chose : "Ces populations d'élevage "polluent" très certainement les populations locales et doivent "gommer" certaines de leur adaptation". Il y a pas d'autre terme pour qualifier ces changements préjudiciables à la biodiversité que celui de pollution génétique. S'ajoute à cela, la probable substitution de populations de butineurs sauvages par celle issue de couvains industriels. C'est à dire qu'à force de concurrence exacerbée, les autres espèces de bourdons finissent par abdiquer. N'aurions nous pas alors affaire à une double peine avec l'effondrement des espèces dans ces lieux exposés à l'implantation des serres ?

Devant un tel phénomène et à ce stade de la commercialisation des ruches de bourdons, on s'attendrait à découvrir un discours à charge ou tout du moins une littérature scientifique abondamment consacrée à ce sujet depuis 30 ans. Mais force est de constater que l'on doit se contenter d'une portion bien mince dans la recherche scientifique française, à l'instar des travaux écologiques d'interactions des pollinisateurs publiés en janvier 2017 à travers des études de cas, même si elles ne font toutefois pas état de l'incidence du Bombus terrestris d'élevage utilisé dans les serres sur le milieu naturel dans l'hexagone*. Au contraire même. L'enthousiasme des rédacteurs de sites sur l'utilisation des bourdons d'élevage vient sournoisement détourner l'attention que mérite indéniablement ce traumatisme que vivent, dans l'indifférence quasi-générale, les populations de pollinisateurs sauvages.

Il est donc fort à parier, vue l'ampleur de la catastrophe que la parcelle de lindouar du Dreff à Plougastel-Daoulas, située à 800 m des premières serres implantées au Cosquer Saint-Jean, n'échappe pas à la visite de bourdons sponsorisés "Saveol". La haie de consoudes, plante dont raffolent ces intrus, a été installée par un adhérent de l'association "A quoi ça serre" afin que ces légumes profitent avant tout de la complicité de pollinisateurs sauvages, et non de bourdons "Saveol". Par conséquent, le préjudice environnemental subi par cet adhérent est avéré. Il va s'en dire que cet adhérent ne se contentera pas de constatations. Une des premières étapes, et non des moindres, sera d'exiger auprès des autorités ministérielles ou du législateur, que les serres soient reconnues comme ICPE : Installation classée protection de l'environnement. Mais ce ne serait qu'une première étape.

*On apprend à la lecture du document que le marché mondial des colonies du Bombus terrestris atteint plus de deux millions de colonies échangées par an. Suite à ce commerce massif de colonies, de nombreux pays ont signalé des cas d'invasion comme en Nouvelle-Zélande, au Japon ou encore en Isarël. Et rien en France ? Lire aussi : https://www.lesbelleshistoires.info/le-bourdon-terrestre-une-espece-invasive/Auteur: S Delorme)

Deux vidéos sont à la disposition des lecteurs. La première montre la présence turbulente du bourdon terrestre sur les fleurs de consoude (mai 2023). Dans la seconde vidéo, le bourdon terrestre a disparu. Cela peut s'expliquer par la fermeture des trappes des serres à cause d'une météo peu clémente et/ou de l'interruption de l'usage des ruches par les serristes (fin août 2023).

https://www.youtube.com/watch?v=u07YbeA-PZk&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/shorts/QSI_D8UGVQM


vendredi 25 août 2023

Dérèglement climatique ou changement climatique ?

L'exigence d'impartialité oblige à dicter de manière sémantique la nature des mots employés en matière d'écologie. De façon analogique, il faut s'atteler à un acte chirurgical ou à un travail d'orfèvre pour décortiquer l'interprétation, qui subsiste dans la confusion à dessein ou pas, dans l'usage qui est fait des mots "dérèglement" et "changement". Car en brandissant l'un des termes, on bannit d'office le premier, donnant plus de crédibilité à la banalité et à la popularité du second. Car, enfin, que cherchent à diffuser les irréductibles climatosceptiques si ce n'est détourner l'attention du "citoyen-monde" de la réalité anthropique des perturbations météorologiques en inondant le vaste champ médiatique de l'"insignifiant changement climatique" et de facto minimisant l'impact inhérent aux véritables responsables ?

Au niveau local, le dérèglement climatique agit 
sur la montée des eaux et l'éboulement du trait de côte
(l'Anse du Guilliec à Plougoulm-Finistère)

Pour apprécier à travers un large spectre les phénomènes climatiques, rien de tel qu'un petit rappel du béotien concernant le climat de la Planète. D'après ce que les sciences ont décrypté, les climats oscillent depuis des millions d'années entre des périodes glaciaires longues et des phases de réchauffement dont les influences peuvent être attribuées aux variations de l'orbite de la Terre autour du Soleil et de son inclinaison. Si le Soleil influe par son bombardement en particules, d'autres Planètes plus éloignées dans le système solaire favoriseraient de nouvelles contraintes physiques. En complément, des paramètres internes à la Planète-Terre ajoutent aux modifications des climats de ce que les géographes qualifient plutôt de "Variations climatiques naturelles de la Terre" et sont consécutives d'éruptions volcaniques ou de la circulation des échanges océaniques, en particuliers.

Durant des ères de peuplement ou de dépeuplement, variables en fonction de la nature inhospitalière du climat planétaire, la présence humaine n'a semble donc pas interrompu ou même perturbé ces cycles naturels. C'est seulement à partir de la fin du 19ème siècle, en procédant à ce moment-là aux relevés systématiques des températures, que l'homme vient déranger les fluctuations gigantesques du climat par l'accroissement de ses activités en lien avec la révolution industrielle.

Dès lors, les variations naturelles du climat planétaire ne peuvent plus être qualifiées de changement si on s'en tient aux métamorphoses précédentes qui régissaient l'ordre naturel de la vie sur Terre. Dorénavant l'influence des activités humaines interfère sur ces cycles que seul le climat planétaire ordonnait. Ainsi selon une étude de l'Université de Cambridge de 2017, la Terre aurait dû entamer une nouvelle période de glaciation.

Du pétrole a été découvert au large de la Namibie en 2023,
de quoi accroitre la production à 11 milliards de barils d'ici 2040
avec des incidences dévastatrices à l'autre bout du monde comme à Plougoulm

D'ailleurs il serait peut-être plus approprié d'évoquer le dérèglement des climats considérant que la perception que l'on se fait des conditions météorologiques n'est pas la même d'un point à l'autre de la Terre, ce qui à l'évidence profite à tous ceux et celles qui font croire que Dieu est à l'origine du Monde ou à tous ceux que le discours écologique horripile au point de tomber dans le déni.

jeudi 3 novembre 2022

Quand la protection d'espèces protégées devient une exception, c'est la démocratie qui est bafouée

Dans sa question écrite, publiée au Journal officiel le 23 avril 2020, le sénateur Guillaume Gontard voulait attirer l'attention de la Ministre de la Transition écologique sur le "caractère abusif de nombreuses dérogations à l'interdiction de destruction d'espèces protégées." 

L'escargot de Quimper dans la zone
de la future ZAC TAM III à Plougastel.
Une seule condition : le droit à vivre

Avant de partager l'entièreté de l'interpellation, à laquelle nous ne pouvons que souscrire, deux constats s'imposent. Le première est qu'à force de déroger au code de l'environnement les élus locaux s'en accommodent et continuent à faire preuve de satiétés quand il s'agit de rayer de la carte des zones naturelles et agricoles. Certains, comme les élus communautaires de Brest Métropole, affichent même une certaine légitimité arrogante au nom de l'expansion économique et du développement de leur collectivité. Ils voient même les autres espèces comme une nuisance, un frein à leur besoin d'aménager des espaces voués à l'artificialisation. La duplicité des Préfets font de leur protection une coquille vide et quand les ministres prennent le relai en ne se prononçant pas*, c'est à travers ce deuxième constat qu'ils viennent tous bafouer la démocratie alors qu'ils devraient en être les garants. Cette règle législative désavouée devient une exception, un droit à détruire. En cas de recours, le Tribunal Administratif devra se prononcer à la fois sur l'aspect légitime de la dérogation comme sur son angle réglementaire. Si la dérogation reste un acte légal, elle devient illégitime au regard de la première intention qui est justifiée par la perte en biodiversité et défendable car inscrite dans le code de l'environnement.

"Le code de l'environnement a érigé en principe l'interdiction de destruction des espèces protégées, tout en prévoyant la possibilité de déroger à cette interdiction dès lors que trois conditions cumulatives sont réunies.

En premier lieu, qu'il n'existe pas de solution alternative satisfaisante. Ensuite, que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle. Enfin, que le projet réponde à une raison impérative d'intérêt public majeur.

Tandis que de nombreux projets d'aménagements et d'infrastructures s'accompagnent de demandes d'autorisations de destruction d'espèces protégées, on observe que la majeure partie des autorisations préfectorales de dérogation sont in fine suspendues ou annulées par la justice, et l'absence de raisons impératives d'intérêt public majeur en est très souvent la cause.

Plusieurs risques apparaissent avec cette dérogation, mettant en péril les écosystèmes et les espaces naturels protégés. D'abord, le nombre grandissant d'annulations ou de suspensions, par les trois niveaux de juridictions administratives, mène à constater que la dérogation n'est plus l'exception mais la règle de droit. Son application quasi-systématique par les préfectures, alors même que le conseil national de protection de la nature rend des avis défavorables, pose la question de l'impartialité et d'un système légal de protection de la biodiversité effectif.

Ensuite, l'absence de ligne jurisprudentielle claire et précise et de définition des « raisons impératives d'intérêt public majeur », dans les textes français ou communautaires, entraînent une application aléatoire de la règle de dérogation ainsi que des décisions contradictoires rendues par les juges, qui examinent au cas par cas sans veiller à une continuité jurisprudentielle.

Le risque encouru, à ce jour, serait un allégement de la législation en vigueur, au nom de la sécurité juridique et de la liberté d'entreprendre, au risque de fragiliser les dispositifs de protection des espèces protégées, et de couvrir juridiquement des dérogations qui entraineraient des conséquences graves sur la préservation de la biodiversité. De plus, la crise sanitaire actuelle risque de provoquer une hausse de l'octroi des dérogations aux espèces protégées, afin de privilégier les projets d'aménagements et d'infrastructures qui stimuleraient la relance économique.

Il lui demande donc de bien vouloir donner des instructions strictes aux préfets pour qu'ils cessent d'accorder de façon injustifiée, voire irrégulière, des dérogations à l'interdiction de destruction des espèces protégées ; il lui demande également de clarifier les conditions d'octroi de telles dérogations.

Transmise au Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires

La question est caduque."

* La question posée est restée sans réponses

L'adaptation climatique : le nouveau mantra des politiques

Depuis plusieurs semaines, commentateurs, responsables politiques et scientifiques mobilisent une même réponse court-termiste dans leurs dis...