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dimanche 11 janvier 2026

Agriculture. Des élus léonards bafouent le principe de neutralité

Le vendredi 09 janvier 2026, les producteurs des syndicats de la Fdsea du Finistère et des Jeunes Agriculteurs, à leur appel, invitaient les élus du canton de Saint-Pol-de-Léon à se joindre à eux pour  afficher leur soutien aux protestations contre l'accord de libre-échange du "Mercosur"*. Plusieurs élu.es, dont le maire de Saint-Pol-de-Léon, Stéphane Cloarec, acceptèrent de se joindre aux manifestants pour une mobilisation spontanée sur la place de la mairie. Ce qui choque dans cette initiative contestataire, ce n'est pas tant la présence de personnes physiques qui soutiennent un mouvement de colère, mais davantage le fait que ces élus bafouent plusieurs règles républicaines et dévoilent un certain nombre d'hypocrisies.

Dans les faits. 

Même symbolique, le geste est fort, symptomatique d'un besoin irraisonné de trouver un responsable, surtout si il est lointain. En effet, il est décidé, au moment du rassemblement, avec l'aval du maire de la commune, arborant l'écharpe tricolore, de retirer le drapeau européen d'un mât municipal. Il est alors remplacé par un fanion reconnaissable d'un syndicat agricole. La mise en avant de leur drapeau sur un mât dans un lieu public, confié à la mairie, dépasse la liberté syndicale : elle donne une impression de légitimation officielle.

Ensuite, quand un maire porte l’écharpe tricolore, il n’agit plus comme une personne privée : il représente et engage la collectivité municipale pour des actes officiels (cérémonies, communication institutionnelle, décisions administratives). Par conséquent, le symbole de l’écharpe associe l’autorité publique aux actes posés dans ce contexte.

Combien de bénéficiaires des subventions de la PAC sur cette photo ?
Le maire de Saint-Pol-de-Léon, S. Cloarec, avec un fanion des JA

De plus, en droit administratif français, le principe de neutralité s’applique au personnel, aux services publics et aux bâtiments publicsles édifices publics ne doivent pas afficher de signes exprimant une opinion politique, philosophique ou idéologique, car cela reviendrait à utiliser l’institution pour diffuser un message partisan. Cela signifie que : un bâtiment public (comme une mairie) ne peut servir de support à un message politique ou idéologique déployé depuis ses façades ou ses mâts, même si l’élu prétend agir « par solidarité ». Concrètement, cet acte de pavoisement n'est pas conforme aux principes de neutralité du service public. 

Quelles seront les sanctions ? Aucunes. Surtout si un large public adhère à ce type d'irrégularité, que l'opposition paraît atone et la presse locale complaisante. De leur côté, les autorités préfectorales, comme à leur habitude, n'agissent pas dans un contexte de crise agricole, surtout quand il s'agit d'actions de la Fdsea-JA. Pourtant des sanctions existent : même une mise en demeure est un rappel à la loi qui s'impose. Souvenons-nous dans un autre cas de figure que les autorités publiques étaient plus promptes à s'opposer à un tel affichage dans une autre circonstance : il avait été signifié et ordonné à certaines municipalités, qui décidèrent de hisser le drapeau palestinien, en soutien à la population de Gaza, de le retirer sur le champ. Encore une fois, en fonction des événements, le principe infondé du "deux poids, deux mesures" s'applique.

Sur le fond.

La position des élu.es de la communauté de communes du Haut-Léon en dit plus long sur l'état de santé de la république française et sur l'incohérence des postures : ce ne sont ni plus ni moins que des brêches qui apparaissent dans le contrat civique qui lie une personne dans sa fonction d'élu et un État que l'on nous rabâche de droits. À vrai dire, ces actions d'incivilité, menées par les garants des missions publiques, peuvent donner accès à d'autres positionnements plus extrêmes.

Dans un autre domaine comment des élu.es peuvent-ils expliquer à la fois leur désaccord avec des politiques européennes, tout en bénéficiant des financements en lien avec la Politique agricole commune ?  Quand une collectivité affiche un symbole syndical, retire un drapeau européen, tout en bénéficiant massivement des fonds européens*, elle envoie ce message : « L’Europe est bonne quand elle paie, illégitime quand elle décide. » Ce n’est plus une critique politique normale : c’est une utilisation sélective de la République et de l’Europe. Cette critique ne fait qu'aller dans le sens de ceux qui prônent la désunion avec l'Europe, autrement dit, une aberration.

* Les désaccords sont défendables surtout dans le cas de la réciprocité. Mais là encore, on a affaire à une autre hyprocrisie. Des échanges existent déjà avec l'Amérique du sud, notamment avec l'importation de tourteaux de soja OGM, intégrés dans l'alimentation du bétail

* Première ligne du tableau des bénéficiaires de mesures dans le cadre de la PAC à Saint-Pol-de-Léon (période de paiement octobre 2023 - octobre 2024) : la communauté de communes "Haut-Léon Communauté" avec 28 700 euros alloués


jeudi 29 septembre 2022

Bio à la cantine : les locaux AB court-circuités par la mairie de Plougastel

Arrivé à son terme au bout de 5 ans, la mairie de Plougastel-Daoulas lançait en octobre 2021 un nouvel appel d'offres émanant de la cuisine centrale des écoles communales. Il s'agissait aux fournisseurs de candidater sur un lot intitulé "légumes bio en circuits courts" couvrant 1000 repas par jour. Mais avant d'expliquer comment la municipalité a shunté les maraîchers AB de la commune pour cet appel d'offres, quelques dispositions réglementaires demandent à être éclaircies.

Le bio à la cantine c'est pour quand ? Mais surtout avec qui
Depuis 2019, du 21 décembre et jusqu'au 30 avril, les étals bio sont exempts de fruits et légumes d'été. La mesure, votée par Le Comité national d'agriculture biologique (Cnab) avait pour double objectif d'orienter les consommateurs vers des achats de légumes et de fruits de saison et surtout de mieux encadrer le recours aux serres chauffées. Logiquement, il n'est plus possible de trouver dans le commerce des tomates ou autre concombre bio produits en France pendant cette période. Logiquement, car paradoxalement, l'interdiction ne concerne pas les fruits et légumes produits ailleurs en Europe. Ils peuvent être donc importés en France avec un coût carbone élevé (chauffage des serres, transports et stockages frigorifiques).

L'autre disposition à retenir est la notion de "circuits courts". Contrairement à ce que ce terme sous entend, l'aspect géographique n'entre pas en compte dans ce type de circuit. Le producteur et le consommateur peuvent être en effet éloignés l'un de l'autre. La condition du circuit court donne la possibilité de faire néanmoins intervenir un intermédiaire, qui s'apparente le plus souvent à un grossiste ou un distributeur.  Dans le Finistère l'un des grossistes les plus en vue s'appelle "Le Saint" et après avoir diversifié en 20 ans sa gamme de denrées brutes (légumes, poissons puis viandes et produits frais ainsi qu'une gamme en bio), l'entreprise familiale finit par rayonner au-delà des étals et devient un mécène incontournable dans le sport, notamment au sein du stade brestois de football. Automatiquement leur influence se décuple auprès des décideurs et notamment des élus de Brest Métropole, instance où siège le maire de Plougastel, Dominique Cap.

A Plougastel justement, puisque le précédent fournisseur rompt le contrat qui le liait à la mairie, le service des Marchés publics sollicite les acteurs de la filière bio afin de répondre à l'appel d'offres du lot 18 susnommé d'un montant de 10000 euro HT par an. Pour les maraîchers AB la relation avec la municipalité est assurée par la Maison de l'Agriculture Biologique (MAB) de Daoulas. Un collectif de producteurs se forme alors, constitué d'une petite dizaine d'agriculteurs.  Après leur formation supervisée par le Groupement des Agriculteurs Biologiques (GAB 29) sur l'approvisionnement dans la restauration collective, le contrat présenté par les maraîchers est approuvé par la MAB. Elle leur a suggéré d'ailleurs de conserver les prix pratiqués par le prédécesseur. 

Les critères, établis par la mairie, afin de valider l'offre pour le marché des denrées alimentaires, sont confirmés par des notes et tiennent compte : du prix, des délais de livraison, d'un certain nombre de points sur la qualité et de garantie de fraicheur. A côté du groupement des producteurs locaux, la société Le Saint se positionne sur le marché. Après une analyse des deux offres par la mairie, le groupement apprend fin mars 2022 que la leur n'a pas été retenue. C'est la douche froide chez les agriculteurs locaux. Après avoir demandé des explications écrites, ils reçoivent le 04 avril 2022 un courrier signé par l'adjoint en charge des finances, Bernard Nicolas, qui détaille les raisons pour lesquelles ils ont rejeté leur offre. A la lecture des motifs on s'aperçoit que le premier critère qui leur a été défavorable est celui du prix, alors que ce critère n'est pas éliminatoire. Comme le souligne l'adjoint : "la formule retenue est celle qui est recommandée par la Direction des affaires juridiques". Comment peuvent-ils d'ailleurs écarter leur offre de prix alors qu'ils sont identiques à ceux du maraicher précédent ?  Pire, ils sont disqualifiés sur les délais de livraison. Comment Le Saint peut-il être mieux indiqué alors que leurs entrepôts sont implantés à 20' de la cuisine centrale et que les producteurs se situent aux environs des 5-10' du point de dépôt ? Bernard Nicolas conclut sa lettre en précisant que "La commission d'appel d'offres a donc attribué ce lot au candidat présentant l'offre la plus avantageuse." Les maraîchers apprendront surtout que la mairie ne pouvait pas être déloyale envers l'entreprise Le Saint.

Le marché est donc confié au grossiste qui, selon la définition du circuit-court, représente l'intermédiaire. Sauf que, n'étant pas contraint par un critère géographique, Le Saint  approvisionnerait la cuisine centrale en fruits et légumes hors de France et hors saison, afin de tenter d'être conforme à l'objectif des 20 % de bio à la cantine (en parcourant les menus, on devine que les légumes parviennent congelés). A ce stade, même bio, le coût carbone des produits s'envole au point qu'une augmentation du ticket-cantine est arrêtée à cause des tarifs de transport que répercute dorénavant Le Saint. Dans cette décision inique il n'y a aucune disposition prise pour s'engager vers l'achat de denrées au maximum décarbonées. La seule garantie pour y parvenir reste les productions de proximité. En fin de compte, en sus d'un mépris des élus pour les acteurs locaux,  la municipalité de Plougastel se trouve vraiment à rebours d'engagements de sobriété économique. 


vendredi 29 octobre 2021

"Demeter" j'ai gouté, c'est délétère


Septembre 2020, Plougastel-Daoulas, récit inspiré de faits réels.

"Allo ! David ? C'est Vincent Esnault,
- Ah ! Salut Vincent, comment vas-tu ?"
Vincent Esnault est l'un des rares adhérents d'EELV, élu à Fouesnant, que j'apprécie pour son engagement sincère, ses actions concrètes et son franc-parler. Avec "A quoi ça serre" nous l'avions invité en 2018 pour qu'il évoque la loi Littoral lors d'une soirée-débat en compagnie d'un avocat spécialisé sur le sujet.
"Dis moi, j'ai mon collègue de Plougastel qui m'a parlé d'un truc qui se passait avec des extensions de serres et l'effacement de parcelles par un remblai et j'ai vu la publication de ta photo (ci-dessous). Est-ce que tu sais de quoi il s'agit ?
- Oui, je suppose que ton ami a évoqué la situation des extensions de serres de la famille Le Bot à Breilez,
- Je suis à Plougastel la semaine prochaine, tu pourrais me montrer ?
- Oui bien-sur. On confirme ton passage ?
- D'accord, bye !
- A bientôt."
Chantier du remblai. L'arbre a fini par être abattu

Quelques jours plus tard, nous finalisons le rendez-vous sur les réseaux sociaux, en mode public. Echanges : 

Comme convenu nous nous retrouvons sur le parking, je convie pour l'occasion un autre adhérent d"A quoi ça serre". Avec Franck O. nous expliquons à Vincent le cas des serres "Le Bot". Ces serristes, producteurs industriels de fraises en hors-sol, sont l'exemple même d'une dérive litigieuse, en amassant des terres excavées probablement polluées, provenant du site de la nouvelle école publique "Mona Ozouf". Une terre qui aurait dû être entreposée sur un site spécifique, mais qu'"on" a préféré acheminer sur une parcelle par un ballet incessant de camions-bennes dans des ruelles de villages, dont les largeurs sont inadaptées au gabarit des engins. Ces manœuvres sont donc faites en toute illégalité, à la convenance des serristes. L'opacité reste une règle dans des chantiers municipaux à Plougastel. C'est ce que l'on pourrait qualifier de "petits arrangements entre amis". 
Je propose de servir de chauffeur dans une AX qui ne passe pas inaperçu. Comme la fourgonnette de la gendarmerie que je finis par distinguer dans le rétro. Je comprends quand je tourne à droite dans la ruelle qui descend au village de breilez, que la gendarmerie nous piste. J'en informe mes passagers quelque peu sidérés. Nous avions en effet prévu qu'une visite de terrain, sans pénétrer sur les parcelles visées, sachant que le chantier en cours est visible de la route et plus particulièrement d'un sentier communal que les serristes avaient tout de même tenté d'effacer en le privatisant. 
Je me gare sur le bas côté à l'entrée du site. Les gendarmes font de même. Je sors : "Bonjour, c'est pour quoi ? demandais-je peu crédule,
"Vous savez pour quoi, me répond un gendarme passablement agacé,
- Ah non je ne vois pas pour quoi". Ce que l'on finit par voir par contre c'est l'attroupement qui vient de se former autour de nous : les 3 gendarmes et la famille Le Bot, dont le patriarcat et les fils qui sortent soudainement de nulle part.
S'en suit une série d'échanges infructueux, de propos grotesques et d'attitudes nerveuses. Mes camarades préfèrent vainement discuter avec les serristes pendant que je m'exerce à freiner l'ardeur des assauts du père Le Bot. "Moi aussi je vais venir prendre des photos chez toi ! Oh ben t'as qu'à venir j'habite dans un immeuble". "Garde la distance physique, t'approche pas de moi Le Bot !" (mesures sanitaires obligent). Ce n'est pas la première fois que j'ai affaire à ce genre d'énergumènes, je finis par me lasser. Un gendarme s'approche avec un carnet : "Votre identité s'il vous plait ? Vous la connaissez déjà". "Pourquoi êtes-vous ici ? Je me promène." Fermer le ban. Ils ne peuvent rien entreprendre, nous sommes restés sur la voie publique, sachant que la loi ne condamne pas l'accès à une parcelle qualifiée de privée.
Le retour jusqu'au parking du Super _ nous permet de faire le point. Déjà on relève que mes publications sont épiées, puis que nous avons été suivis à partir de notre point de départ. Inquiétant tout de même que des gendarmes se mobilisent activement dans ce cas de figure (et sur ordre de qui ?)  alors que lorsqu'il s'agit d'enquêter suite à ma plainte pour détérioration volontaire de matériel professionnel, la plainte est archivée et que dans certaines situations dénoncées par "A quoi ça serre", les gendarmes semblent décidés à faire le strict minimum.
Par contre quand il s'agit d'appliquer à la lettre voire à la marge comme cette fois-ci (ce qui nous interroge donc sur les abus de pouvoir et sur leur volonté d'intimidations) le dispositif de la cellule "Demeter" conventionnée entre la Fnsea et l'Etat, est exécuté avec zèle. Car en effet à aucun moment les agriculteurs se sont retrouvés dans une situation d'insécurité manifeste. Je peux donc conclure à un abus de pouvoir qui en dit long sur l'ambiance délétère, dégradée à cause de ce type d'agissements préoccupants et qui piétinent notre droit à l'information citoyenne. En fin de compte je reste sidéré de voir la gendarmerie, et par voie de conséquence l'Etat français, protéger de probables pollueurs et nous faire passer pour de véritables délinquants.

de g. à d., Vincent Esnault et David Derrien

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