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vendredi 30 octobre 2026

À l'ombre du Menez moc'h. L'infirmerie (extrait)

Il y avait eu d’abord le froid métallique du lit militaire. Une table d’opérations, offerte par un médecin gradé américain en remerciement de l’hospitalité de la Confrérie pour l’accueil des blessés de guerre.

L’inox engourdissait les membres nus et la nuque du jeune Arthur.

Dans l’étroite cellule, l’éther était obsédant, au point d’irriter les muqueuses et de brûler la gorge à force d'attente. Nouvel élève, privé de repères, Arthur n’avait pas compris l’injonction du frère-surveillant de se lever au cours de la nuit. Depuis, il grelottait à l’infirmerie. Un autre, avant lui avait servi d’intermédiaire. Il l'apprendrait plus tard.

Arthur de Penhoët

La première fois, il n’avait pas remarqué que le frère-surveillant avait verrouillé la porte. Perdu dans l’obscurité, incapable de réagir, il ne saisissait pas la raison de sa présence à cet endroit. Il avait suivi les consignes. Avait obéi sans poser de questions, ou peut-être lui avait-on précisé qu’il fallait vérifier le carnet de santé et le niveau de mise à jour de ses vaccins. Étonnante, tout de même, cette convocation nocturne…

Au bout de quelque temps, toujours dans la pénombre, le bruit d’une clé dans la serrure. Mécanique. Maîtrisé. Une ombre furtive, massive. Elle pénétra dans la cellule. Arthur, étendu sur le plateau en inox, comme ordonné par le frère-surveillant, ne bougeait toujours pas. Il avait à peine tenté de contracter le cou.

Puis, l’ombre s’immobilisa. Elle était aux aguets, humant une présence. Elle s’approcha. Très lentement. Pas un mot. Pas un signe. Quelque chose ne collait décidément pas. Une gêne particulière, inconnue d’Arthur, s’empara de lui. Et dans le même temps, il tentait de démêler tout cela: « C’est sûrement normal, c’est comme ça ici …».

Aussitôt, une main se posa sur sa cuisse droite. Déjà incommodé par l’inox et l’éther, Arthur bascula dans la sidération. Les ongles appuyèrent légèrement, comme des piqûres d’insecte. La paralysie se fixa jusque dans ses yeux. Il sentit la pression s’alourdir, infime mais indiscrète, et ébranler son corps. Il perçut une crispation parcourir son crâne et lui mordre le cuir chevelu. Il étouffait sans s’en rendre compte.

La confusion mentale vint anéantir toute urgence à se débattre, toute tentative d’expression, tout, jusque quelques fragments de pensée: « Je dois…, je ne peux pas… ». Un attouchement inhabituel, invraisemblable, frôla la peau, vint ensuite se faufiler et se blottir sous la culotte. La pression changea, devint plus précise, plus solide. Le geste, qui fouillait maladroitement, échappait à toute intimité: insistant, intrusif, impossible à définir.

Enfin, la main se fit fuyante, telle une souris s’échappant de crainte d’être surprise. Une agitation équivoque. Un soupir dégueulasse. Une volte-face ample. La porte s’entrouvrit, laissant davantage de noirceur pénétrer, telle une voyeuse empressée, puis une lame de fraîcheur nocturne, tandis qu’Arthur s’enfonçait dans une totale confusion, le souffle coupé, la gorge encore imprégnée d’éther.

Un flottement. Inconfortable. L’obscurité qui n’avait pas envie de partir. Mais qui pourtant s’affaissait, petit à petit, avec une lueur provenant de la lucarne de l’infirmerie qui surplombait le couloir. Avalée, elle se fondit dans une bougie, bizarrement en suspens dans la cellule. Arthur ne s’était pas risqué au moindre mouvement, glacé, comme fondu dans le métal.

Le frottement de la porte, puis une phrase chuchotée par le frère-surveillant: « Tu peux rejoindre ton lit, maintenant. »

Arthur se redressa. Malgré des jambes flageolantes, emprunta le couloir, à l’arrière de l’éclat qui vacillait. Pénétra dans la chambre collective où étaient assoupis neuf de ses camarades dans leurs lits. Ceux-ci le guidèrent jusqu’au sien alors que la lueur repartait dans le couloir. Il s’enfouit sous la couverture épaisse, espérant se faire oublier des ombres. Durant l’autre moitié de la nuit, il ne put dormir.

Quelques-uns de ceux qui partageaient la chambre furent étonnés de le surprendre si tôt dans la salle de toilettes. Jamais Arthur de Penhoët ne s’était senti aussi sale. Après s’être abondamment aspergé d’eau tiède, il quitta précipitamment la pièce, incapable de supporter la présence des autres.

À l’extrémité du couloir se tenait le frère-surveillant, sorti de son bocal. Il contrôlait le va-et-vient des garçons. Arthur de Penhoët le reconnut, hésitant sur l’attitude à adopter. Les salutations forcées, bien que bienveillantes, de Frère Ignace l’interloquèrent. Que pouvait-il faire d’autre que de répondre poliment ?

Les jours suivants, Arthur de Penhoët, la stupéfaction évacuée, vécut dans une sorte d’apesanteur. Ce qu’il avait enduré dans l’infirmerie le plaçait à part, au point de se persuader qu’il avait été choisi, un élu parmi des êtres insignifiants. Il avait fini par reconnaître — sans encore mesurer combien il savait se mentir à lui-même pour préserver son orgueil — que ce passage dans l’infirmerie avait une signification sacrée, faisant de lui une personne unique et privilégiée. Sinon, pourquoi Frère Ignace aurait-il joué un rôle là-dedans ? Que recherchait-on dans cet événement ? Les jeunes étaient confiés à la bienveillance et à l’enseignement des frères religieux. Cela devait en faire partie.


mercredi 21 octobre 2026

Takotsubo. L'Abeillaud (extrait)

  « Takotsubo » (蛸壺) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut prendre le ventricule gauche pendant le syndrome du « cœur brisé » : une partie du cœur se dilate suite à un stress émotionnel et rappelle un récipient traditionnel japonais utilisé pour capturer les poulpes.

— Vous seriez disponible pour le sapin de Noël de la gendarmerie ?

— Je vous remercie, mais je crains de devoir décliner votre invitation. Je pourrais fort bien séduire vos épouses en apparaissant dans cette tenue.

Cet échange cocasse et insolite avec un commandant des forces de l'ordre scellait vingt-quatre heures d'occupation de la CECAB, usine de transformation de tourteaux de soja OGM importés d'Amérique latine, implantée dans le Morbihan. Paul découvrit, au cours de cette action de désobéissance civile menée par les Faucheurs volontaires d'OGM, que l'intervention improvisée de l'Abeillaud avait marqué les esprits, même au-delà des gardes mobiles qui les avaient virés manu militari au petit matin, et notamment celui de Dominique Legeard, dit Marcel de la gare.

Pourtant, Paul pressentait qu'il devait renforcer son personnage afin d'honorer pleinement son intervention, prévue à court terme, devant la Commission européenne, au sujet de la préservation des innombrables populations d'abeilles sauvages et de celle dite mellifère. Il n'avait pas d'autre distraction.

Malgré tout, au contact du public, dans la rue ou au cours d'événements festifs, beaucoup de gens se trompaient sur ses intentions premières :

— Tu es apiculteur ?

— Entre apiculteur et abeille, j'ai choisi abeille, déclarait-il invariablement, légèrement détaché, bien que soucieux de défendre son objectivité.

Derrière ce costume, Paul gardait son libre arbitre, insistant sur le fait qu'il était avant tout un individu de la société civile, sans parti pris visible ni intérêt personnel. Il avait sa propre marque de créativité, une sincère contribution détachée de toute valeur pécuniaire. Il ne représenterait les apiculteurs que s'il obtenait leur confiance et leur aval dans sa démarche citoyenne. Ce qui fut admis sans sourciller lors de sa représentation décalée, juché sur une ruche devant une centaine d'apiculteurs au Jardin du Luxembourg, à Paris. Leurs applaudissements répétés et enthousiastes avaient consacré ses choix.

Un essaim, échappé d'un univers inconnu, avait survolé la scène, éparpillant ainsi l'annonce du prochain rôle de l'Abeillaud. Paul avait des certitudes profondes, pour ainsi dire naturelles, et croyait aux signes qu'elles éparpillaient dans les histoires. Il n'y avait qu'à se laisser guider, ou tenter, pour les discerner.

À la suite d'un défilé d'abeilles.

Pour préparer sa rencontre avec les représentants de la Commission européenne à Bruxelles, il avait convaincu la FFAP, Fédération française des apiculteurs professionnels, de lui apporter un appui technique, avec des argumentaires sur les pesticides, notamment sur les néonicotinoïdes. Il sollicita également l'appui institutionnel de la région Bretagne, qu'il obtint. L'adhésion militante fut quasi immédiate. Plus inattendu, et inespéré, fut le soutien financier que lui apportèrent l'association des Dessin'acteurs et le Comité breton de soutien aux Faucheurs volontaires. L'Abeillaud avait maintenant une certaine légitimité, et ses ailes en feutrine lui donnèrent de l'allant.

Alors que l'entretien qu'il avait obtenu auprès d'un membre du cabinet de John Dalli, en charge des questions de santé au sein de la Commission, fut assez rapidement acté, Paul rencontra davantage de difficultés avec des députés européens du groupe « Les Verts/ALE » au Parlement. Il faudrait agir autrement. Dans l'immédiat, l'Abeillaud rencontrerait Monsieur Vassallo, collaborateur du commissaire.

Bruxelles.

À peine avait-il quitté la rue où stationnait le véhicule que des gens, fumant une cigarette pour leur pause, l'apostrophèrent et le soutinrent dans sa démarche. Il captait leurs sourires et la sympathie qui se dégageait de ce bref échange. Il prenait de la hauteur, parce qu'il devait lever la tête pour apercevoir le sommet du bâtiment. Il n'avait pas sa ruche aujourd'hui. Elle lui aurait pourtant été bien utile pour se hisser plus haut !

Dès l'entrée, des regards amusés, impassibles ou interloqués se posaient sur lui. Il essayait de les oublier pour se concentrer sur son seul objectif : l'accueil.

— Monsieur l'Abeillaud ?

— Oui ?

— Vous êtes attendu. Je prépare votre accréditation.

Le type de l'accueil, plutôt solennel, austère au premier abord, méticuleux dans son style, engagea la conversation.

— Vous savez, mon frère est apiculteur et il a énormément de pertes d'abeilles. Ça devient vraiment problématique ! Je vous souhaite bon courage.

Paul, un peu médusé, fut ravi par ce premier contact. Soulagé, admettait-il. Aucune hostilité dans les propos du frère de l'apiculteur. Au contraire, même. Le personnage de l'Abeillaud suscita plutôt chez lui un encouragement imprévisible, une approbation curieuse, compte tenu du fait qu'une abeille XXL s'était présentée à son guichet.

Il dut ensuite attendre que l'on vienne le chercher, sous les mêmes regards qui continuaient à le scruter du coin de l'œil, distraits par un élément incongru que leurs objectifs de la journée dissiperaient aussitôt. Il fixa un point sur un écran géant qui diffusait les débats des députés dans le vaste enclos du Parlement européen. Paul n'écoutait pas vraiment ces débats interminables et inaccessibles puisque formulés en anglais. Il rencontrait d'ailleurs des difficultés à se concentrer.

Ce fut Catherine Saermans, secrétaire de Monsieur Vassallo, qui vint finalement le secourir. Dès les premiers instants, son empathie lui fut des plus agréables et, tout en plaisantant, ils se déplaçaient tous deux dans un dédale de couloirs feutrés, béats devant l'architecture bruxelloise que la merveilleuse lueur du jour étendait très loin. Dans une salle patientait l'eurocrate.

Paul ne venait pas les mains vides. Il lui remit une bouteille de vin bio, transportée par bateau à voile, ainsi qu'un bel ouvrage sur l'art en Bretagne. Après des échanges courtois, tout aussi déconcertants pour eux trois, la conversation s'engagea. À leur demande, il ne filma que la première partie de la discussion. Quel contenu pour quel objectif ? Elle dura une demi-heure. Les sourires étaient de circonstance lorsque Paul devenait l'Abeillaud dans un dédoublement de personnalité, mais les positions étaient clairement définies, et, sans que Paul n’ait à l’ignorer, ce court interstice n'entraverait en rien la grande manœuvre du monde. Catherine Saermans le raccompagna jusqu'à la sortie et lui confia, discrètement, et si les lieux avaient été tout autres, plutôt intimement :

— C'est bien ce que vous faites. C'est une jolie cause que vous défendez là.

Il supposa qu'elle savait ce qu'il savait. Elle disparut à son tour.

Sur le trottoir, l'Abeillaud fit une pause. Se remplit de l'énergie qui l'enveloppait. Ferma les yeux et respira à fond. Vivant. Il se sentait vivant. Il gravissait l’espace dans un vol nuptial, tout droit vers le soleil, au risque de se brûler les deux paires d’ailes. Il n'avait plus qu'à reprendre une apparence humaine pour embarquer l’insecte géant jusqu'à la prochaine étape, Colmar, où se déroulait le procès des Faucheurs volontaires. Mais avant cela, il avait décidé d’entreprendre un détour vers Strasbourg, au Parlement européen, pour y introniser l'Abeillaud. Cette fois-ci, il ne devrait pas être seul, car Zabeille, en costume elle aussi, débarquée à Colmar pour le procès, lui avait confirmé sa présence.

Paul quitta Bruxelles au petit matin. Il venait à peine de traverser le Luxembourg qu'il reçut un appel de Zabeille lui indiquant qu'elle prenait le train pour rejoindre Strasbourg. Phénoménal. Phénoménal fut le mot qui lui apparut avec évidence. Il y avait quelque chose d'euphorisant à se confronter à l'inattendu, à improviser hors d'un cadre fabriqué pour d'autres, ce qui supposait une vaillance arbitraire, empreinte d'une authenticité sans fard ni dard ! Le costume d'abeille convenait à Paul comme une seconde peau. La cravate ou le bleu de travail n'avaient décidément pas ses faveurs.

Arrivé à Strasbourg, il récupéra Zabeille à la gare. Après de chaleureuses accolades, ils élaborèrent dans la voiture l'intervention de chacun : lui sur son entretien de Bruxelles et les pesticides, elle sur la question des OGM. Il était déjà 11 heures et il fallait anticiper la suite, précipiter les événements, car « on » avait fixé un rendez-vous à 11 h 30, sans avoir de rendez-vous. Le « on », en l'occurrence, était Michel Dupont, attaché parlementaire de José Bové. Auparavant, ils avaient échangé par téléphone et, lui semblait-il, ils étaient parvenus à se mettre d'accord pour une rencontre.

Il s'agissait surtout d'interpeller les parlementaires en séance à Strasbourg. L'actualité était de surcroît brûlante autour de la question de la présence de pollen OGM dans du miel retrouvé en Allemagne et de la décision de la Cour de justice européenne d'émettre un avis défavorable à la commercialisation de produits contaminés.

Abeillaud = faux-bourdon

- Petite anecdote -
Courant 2011, je m’inscris à deux journées d’information consacrées au monde des abeilles domestiques, au lycée agricole du Nivot, à Lopérec (29). Cet établissement privé est réputé pour ses connaissances en apiculture.

On nous remet un certain nombre de documents. Je constate alors que les pesticides ne figurent pas dans la liste des ennemis des abeilles. Je lève la main pour le signaler au formateur. « Hors sujet ! » s’exclame-t-il. Sur la centaine de personnes présentes, je suis le seul à avoir réagi.

lundi 12 octobre 2026

Antisémitisme français. Le syndrome de Vichy

Le 28 septembre 2026, des journalistes de Mediapart ont dévoilé des propos attribués à Jordan Bardella au sujet de la communauté juive, partagés à partir de 2013 sur un espace d'échange en ligne, pendant au moins deux ans (1). Lors de sa conférence de presse de rentrée, le président du Rassemblement National a démenti en être l'auteur. Des messages tels que « les banques sont toutes détenues par des juifs » seraient, selon lui, de « faux grossiers ». Dans la foulée, entouré de Marine Le Pen et de leur garde rapprochée, Jordan Bardella a déclaré une guerre totale au site d'investigation, en annonçant d'abord une saisine de la justice.

Sans attendre les conclusions des tribunaux, il est permis de rappeler ce que les archives, accessibles à tous, montrent de la composition de l'ancien Front national : il comptait parmi ses membres d'anciens nostalgiques du régime de Vichy, aux côtés de son fondateur historique, Jean-Marie Le Pen.

Carte de propagande de l'État français,
1940-1944.
Source :Wikimedia Commons

Ce même Jean-Marie Le Pen n'a pas hésité à afficher des opinions antisémites, qui glaçaient tous ciels qui ont combattu, et combattent encore, toutes les formes de xénophobie et de racisme. Or, Jordan Bardella avait rejeté les accusations d'antisémitisme de son prédécesseur. (2)

On aurait pu penser que l'affaire Bardella, qui semble suffisamment étayée pour être prise au sérieux, provoquerait un tollé général, une réaction immédiate et unanime des médias généralistes, surtout après les attaques du 7 octobre 2023 en Israël. Ils auraient pu, dans un premier temps, décider de ne plus inviter ni interroger celui qui est accusé d'une grave entorse au principe de rejet de toute forme d'antisémitisme, visant ici une communauté à part entière de la République française, laquelle lui garantit sa protection constitutionnelle.

Il n'en est rien. Pire encore.

Depuis les révélations de Mediapart, des sondages ont été commandés (3) pour mesurer les intentions de vote à l'élection présidentielle. Le résultat est sans appel : dans les enquêtes disponibles, Marine Le Pen se maintient entre 33 et 35 % des intentions de vote (doit-on aussi comptabiliser les pourcentages de Dupont-Aignan et de Zemmour ?).

Autrement dit, plus d'un tiers des personnes interrogées ne semblent pas avoir modifié leur intention de vote à la suite de ces révélations. On peut dès lors s'interroger sur le poids que pèse l'antisémitisme attribué à certains membres ou responsables du RN, dans le choix électoral de ses sympathisants. L'antisémitisme pour l'essentiel d'entre eux ne semble pas être une priorité. Tout comme sous l'Occupation. 

Dès 1940, les Français avaient leur chef, le maréchal Pétain, auréolé de sa victoire de 1914-1918. On lui confiait la gouvernance du pays pour mener à bien son programme : " Travail, Famille, Patrie". Une partie importante du peuple français, ainsi qu'une part de ses élites intellectuelles, politiques et religieuses, s'accommodait de la politique antisémite du Maréchal et de son gouvernement.

Comment ne pas voir entre ces deux récits au moins une forme de continuité dans les attitudes à l'égard de la place des juifs de France ? Ces attitudes traduisent une forme de sympathie pour des pouvoirs autoritaires et xénophobes. On pourrait l'appeler le « syndrome de Vichy » : une adhésion aveugle à l’égard d’une force politique malgré des propos condamnables. 

On pourrait inviter les juifs de France, croyants ou laïques par choix, qu'ils condamnent le sionisme ou non, à rester particulièrement prudents face à une extrême droite française dont certains discours peuvent encore porter les traces d'un héritage raciste et antisémite (4). La vigilance démocratique reste nécessaire lorsque des représentations visant une communauté continuent de trouver une audience chez les Français de souche, sous des formes moins dévoilées ou révélées longtemps après les faits.

Nous sommes toutes et tous les tenants et les héritiers d'une histoire. À titre personnel, j'ai vécu en 2018 entouré d'Yonnais, dans la commune de Saint-Privé. S'ils n'avaient pas voté, dans leur grande majorité, pour Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2017, leur choix se portait sur le candidat Dupont-Aignan. Certains reprenaient dans des lieux publics le cri de ralliement « Reviens Jean-Marie, reviens ! » Les élus de la droite dite « républicaine » ne s'en offusquaient pas. Les juifs français auraient pu l'être.

La nostalgie française est forte lorsqu'il s'agit d'honorer les grands chefs de son histoire.

(1) "Antisémitisme : nos révélations sur Jordan Bardella. https://www.mediapart.fr/journal/politique/dossier/antisemitisme-nos-revelations-sur-jordan-bardella?page=2%3Fpage%3D2

(2) Le Monde a rappelé cet épisode dans son article consacré aux révélations de Mediapart : en 2023, Bardella avait estimé que Jean-Marie Le Pen n’était « pas antisémite », avant de tempérer son propos face au tollé

(3) Sondage de l'élection de 2027 https://sondage-presidentielle.fr/

(4) À lire : « La petite Algérienne », https://dderrien.blogspot.com/2024/11/la-petite-algerienne-et-le-resume-du.html


À l'ombre du Menez moc'h. L'infirmerie (extrait)

Il y avait eu d’abord le froid métallique du lit militaire. Une table d’opérations, offerte par un médecin gradé américain en remerciement d...