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samedi 25 avril 2026

Iran : le récit héroïque d’un soldat américain face à une tragédie scolaire

Deux mois après la frappe américaine sur l'école primaire de Shajareh Tayyebeh à Minab, en Iran, occasionnant plus de 180 victimes, dont une large majorité d'enfants, le rapport de l'enquête a confirmé la responsabilité américaine (1). Pourtant, les résultats de cette enquête ne font plus l'objet d'une large couverture médiatique, qui aurait pu avoir comme effet de maintenir la pression sur le commandement américain et, en premier lieu, sur le chef suprême des armées aux États-Unis, Donald Trump. En comparaison avec le temps d'exposition du sauvetage d'aviateurs américains sur le sol iranien, le sort de fillettes, quelle que soit leur origine, aurait mérité un suivi et un intérêt bien plus continu.

Dès le 28 février 2026, sitôt l'événement connu, les médias se sont saisis du drame pour informer le public d'un bombardement visant, délibérément ou non, un bâtiment scolaire accueillant de jeunes civils. Même si, dans un premier temps, le président américain s'est empressé d'accuser les autorités iraniennes, capables d'atrocités bien pires, rapidement, l'attention médiatique s'est détournée des propos ineptes provenant de la Maison Blanche pour se concentrer sur une origine plus probable, celle d'un navire américain armé de missiles de précision, les Tomahawk (2). Pourtant, "l'actualité n'attend pas", selon l'expression d'un célèbre journaliste de LCI, surtout en période de forte intensité géopolitique, au cours d'un théâtre militaire aux conséquences mondialisées.


Des secouristes et des habitants fouillent les décombres de l'école
(Abbas Zakeri/Mehr News Agency via AP)

Effectivement, différentes péripéties et les imprévus d'une guerre asymétrique ont alimenté les sujets et les échanges sur les plateaux de télévision, dans un format plutôt classique. Jusqu'au 3 avril, où un avion de chasse américain est abattu au-dessus de l'Iran, date à laquelle un niveau élevé de saturation médiatique, de suffocation même, est atteint. Pendant plusieurs jours et durant de très longues heures, des officiers à la retraite, relayés par des spécialistes militaires, ont détaillé la mission de sauvetage de deux pilotes américains, à l'aide d'expertise et de contre-expertise.

Toute la séquence a été scrupuleusement décortiquée : avant, pendant, après, à l'aide de moyens démultipliés : animations vidéo, simulations par IA, etc. Le spectacle défile en haute résolution devant des téléspectateurs que l'on doit fidéliser au moyen d'un narratif alliant des ingrédients dignes de grands films hollywoodiens : suspense et hypothèses de coordinations militaires, images en boucle de chasse à l'homme, extraits de vidéo avec des échanges de tirs de nuit, déploiement renforcé des forces d'extraction, pour finir avec un dénouement heureux que tous et toutes souhaitaient voir se réaliser : une dramaturgie parfaitement calibré, idéal pour petit écran. En persistant un peu, on aurait pu connaître la marque des caleçons du second pilote secouru 24 heures après le crash de son avion. Dommage. Trump ne pourra pas en faire un business.

Mais alors, que vaut l'image d'un tas de gravats, figé, sous lesquels sont ensevelis 150 enfants, déchiquetés et démembrés, et qui n’ont pas l’avantage d’être occidentaux ? Puisqu’il est établi que le bombardement de l’école résulte d’une “erreur”, intentionnelle ou pas, d’appréciation de la cible, pourquoi ne pas continuer, de manière régulière, à interroger les causes d’un tel drame et, à défaut de pouvoir désigner des coupables, en identifier les responsabilités ? Pourquoi ? Parce que dans une guerre, celle-ci étant déclenchée par ces mêmes Américains, les victimes collatérales sont systématiquement — et odieusement — provisionnées ? Le sort de deux soldats en mission a donc plus de valeur que 180 enfants ? On est même parvenu à conclure que l'opération de sauvetage des aviateurs avait été un succès. Au contraire, en cas de capture, on aurait sans doute prétendu qu’ils étaient, eux aussi, des victimes. Deux mots suffiraient à résumer l’impression laissée par ces deux moments intenses de la guerre : l’obscénité trumpienne.

Dans cette économie de l’information libérale, où chaque actualité entre en concurrence immédiate avec la suivante, la hiérarchie éditoriale s'oriente vers ce qui capte une vision primitive plutôt que de ce qui interroge le fond. La durée d’exposition médiatique devient alors un révélateur brutal : elle insiste moins sur la gravité des faits que sur leur capacité à être retranscrits, mis en scène, encensés. Ce glissement progressif transforme le drame d'un bombardement en récit, et le récit en parti pris.

Quand on n'a plus rien, il reste l'empathie

(1) Bombardement d'une école pour filles en Iran : la responsabilité américaine confirmée https://www.publicsenat.fr/actualites/international/bombardement-dune-ecole-pour-filles-en-iran-la-responsabilite-americaine-confirmee?utm_source=chatgpt.com

(2) Article complet par Amnesty international du 16 mars 2026 2026 https://www.amnesty.org/en/latest/news/2026/03/usa-iran-those-responsible-for-deadly-and-unlawful-us-strike-on-school-that-killed-over-100-children-must-be-held-accountable/?utm_source=chatgpt.com

Quel avenir pour cet enfant en 2050

Repartage. Première publication, janvier 2020

Cet enfant, c’est mon garçon, le dernier d’une fratrie, né Breton en 2010. Cet enfant pourrait être le vôtre. Je suppose que, comme tout parent, je fais de mon mieux — y compris dans mes erreurs — pour l’accompagner dans la vie, protéger, voire défendre la sienne, l’élever selon quelques règles établies, et surtout lui rappeler à quel point je l’aime. Il a 10 ans ce mois-ci, et c’est une douceur pour moi de penser qu’il est bien dans sa peau.

Comme tout parent, je lui envisage un avenir meilleur que le mien, ce qui, en l’occurrence, ne saurait être inaccessible. Mais lorsque je parle d’un avenir « meilleur », je ne l’entends pas nécessairement dans le sens commun. Je ne fais pas partie de ceux qui souhaitent faire de leurs enfants, élevés dans le mythe de la réussite et de la compétition, des champions de la carrière professionnelle ou des placements au CAC 40. J’imagine plutôt pour lui un avenir dans lequel il évoluerait au sein d’un environnement préservé, qu’il pourrait choisir librement, en s’extrayant autant que possible de la recherche à tout prix du réconfort matérialiste.

Mais cela, bien sûr, lui appartiendra aussi. Pour ma part, je privilégie le maintien d’un environnement vivable au détriment d’une hypothétique réussite professionnelle. Car il est de ma responsabilité de parent de protéger cet enfant. Après tout, pourquoi vouloir le projeter dans une vie d’accumulation de biens et de richesses si, dans le même temps, son environnement se trouve saturé de carbone et de particules fines ? En revanche, ce qu’il ne pourra pas choisir — et qu’il devra subir inéluctablement —, c’est la transformation déjà engagée et accélérée du milieu dans lequel il grandira.

À ce stade, une multitude de publications scientifiques indépendantes reconnaissent que le dérèglement climatique est en cours. Il est avéré — et même visible — que nous assistons à une extinction massive d’espèces animales. Les méga-incendies australiens ont, à eux seuls, causé la mort de centaines de millions d’animaux, sans même compter la disparition d’une multitude d’insectes. Contrairement à ce que certains commentateurs continuent d’affirmer, nous ne nous dirigeons pas vers une catastrophe : nous y sommes déjà. Penser le contraire reviendrait à considérer que l’effondrement de la biodiversité serait dissocié de notre mode de vie, alors qu’il en est, en réalité, le corollaire direct. Comme le rappelle une devise pleine de bon sens : « Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend », à force d’agressions et d’exploitations.

Certains prédisent que « la fin du monde » est imminente. Non pas dans un siècle ou deux, mais peut-être dans une ou deux décennies. Mais de quel monde parle-t-on, au fond ? De notre civilisation thermo-fossile, bien sûr — et de celle dans laquelle vivra mon enfant. Qui sont ces prétendus prophètes de malheur qui semblent mettre en suspens l’avenir de cet enfant ? En France, on les retrouve notamment au sein de l’Institut Momentum, un groupe de réflexion consacré, entre autres, à la décroissance et à la collapsologie.

Je vous arrête tout de suite. Déjà que le correcteur orthographique du blogueur n’identifie pas ce mot, j’ai bien peur que mon fils le confonde avec un terme enfantin peu glorieux. Il m’est donc difficile de lui expliquer précisément ces notions. Car il faudrait alors lui dire qu’à l’horizon 2050, une catastrophe « éco-anthropologique », dans une société post-carbone, pourrait le priver — selon certaines analyses, comme celles d’Yves Cochet — de besoins essentiels : eau, alimentation, habillement, logement, énergie, etc.

Aïe. Plus de soda ni de bonbons, plus de vêtements de marque, plus d’électricité pour jouer à Fortnite.

Parmi ces supposés alarmistes, on peut aussi citer Pablo Servigne, Raphaël Stevens ou encore Agnès Sinaï. Des personnes hautement qualifiées. Faut-il pour autant les réduire à des discours irrationnels ou prophétiques ? Ou bien faut-il reconnaître qu’ils portent, aussi, un regard structuré et argumenté sur des évolutions possibles de notre société ?

Rassemblement en 2014 contre le projet d'une centrale à gaz - Landivisiau- Stop aux projets inutiles et imposés
Encore une fois, se pose la question de l’inertie, voire de la duplicité, des responsables politiques. Car même si les causes de cet emballement — dont le système économique actuel est largement partie prenante — sont identifiées, il appartient aux décideurs de favoriser un monde dans lequel nos enfants pourront vivre dignement. Et à défaut, il revient aussi aux parents de montrer qu’un autre chemin est envisageable.

Nous savons bien que les politiques, contraints par des logiques d’ajustement et confrontés à l’inefficacité de certaines mesures, peinent à répondre à la hauteur des enjeux : non-respect des engagements internationaux, poursuite des émissions de gaz à effet de serre, recul de la biodiversité… Trop souvent, on s’adapte à court terme au lieu d’anticiper réellement les risques à venir.

Après tout, l’État ne considérait-il pas la famille comme une forme de « petit État » ? À ce titre, je me sens légitime à anticiper le monde dans lequel mon fils évoluera, afin de lui transmettre les outils nécessaires pour s’y adapter. Je pense, par exemple, que la transmission de savoirs liés à des modes de vie plus résilients — comme la permaculture — est sans doute plus pertinente que de simples conseils en placement financier.

Certains, comme Aurélien Barrau, évoquent un « état d’hébétude » face à ces enjeux. D’autres, comme Glenn Albrecht, parlent de « solastalgie », une forme de détresse liée à la dégradation de notre environnement. Pour ma part, je choisis, pour l’instant, de faire barrage à tout cela.

Je préfère laisser à mon enfant le temps d’être un enfant. Jouer, rire, regarder des vidéos sur YouTube, jouer à Fortnite. Il aura bien assez d’années devant lui, plus tard — peut-être quand je ne serai plus là —, pour affronter ces réalités et tenter de s’y adapter.




Photo : Antony Rouxel

mardi 21 avril 2026

Extrait du manuscrit "À l'ombre du Menez Moc'h". L' étang

Jean-Marie Coatmelen affectionne tout particulièrement l’encadrement des jeunes. Le vieil ouvrier ne se contente plus de remplir les missions qui lui sont assignées — parfois d’une insignifiance telle qu’il en vient à s’interroger sur les services qu’il peut encore rendre à la communauté.

Avec la généralisation des travaux agricoles confiés aux machines, les notions de mécanique et d’électricité s’imposent désormais dans la formation des élèves. Et quoi de mieux que l’usine hydraulique, construite dans les années vingt, pour se familiariser avec un enchevêtrement de fils, de connexions et de fusibles massifs ?

Chez les Cubiques, l’excitation s’intensifie. Non pas tant à cause des explications de Coatmelen, souvent laborieuses, que des souvenirs de baignade dans l’étang artificiel creusé et aménagé à proximité dans le but d’alimenter la centrale.

Peu profond, le bassin figure parmi les distractions favorites — chez les élèves comme chez certains membres du corps religieux, dont les talents de nageurs s’apparentent parfois à ceux d’un chat en difficulté.

L’été, cerné de saules, de sureaux et de frênes, le plan d’eau s’alanguissait sous un chapelet de feuilles clairsemées, préservé de l’agitation des jouvenceaux, retournés dans leurs foyers. Les nageurs, du voisinage ou de passage, venaient s’y prélasser, à l’abri des regards, étendus sur une étroite bande de sable grossier, lézardant dans une torpeur satisfaite. Le pique-nique n’était qu’un prétexte à d’autres appétits. Derrière le bosquet, en surplomb, il avait une vue panoramique. Le passage de prédateur à voyeur était régi par le même objectif : la dissimulation. Et l’ombre du feuillage ou celle d’une tenue de travail aidait en cela.

Mais à cette saison — au cœur du printemps dénudé — il en allait tout autrement. Dès que les températures de mai ou de juin se réconciliaient avec l’oisiveté qui bourgeonnait, et que la pudeur s’allégeait des chemises d’un épais coton, les après-midi dominicaux prenaient des allures de défouloir. Sauts en cascade, éclaboussures bruyantes, courses improvisées : la détente nautique, concédée par la direction, virait à un simulacre de mini-jeux olympiques d’une rusticité remarquable, où la rivalité entre garçons s’exacerbait.

Autant que l’eau en absorbait les débordements virils et les remous de leur âge.

Sur la berge, les frères-surveillants, convertis en arbitres, débitaient quelques interdictions de principe, parfois assorties de remontrances, aussitôt relâchées. Les plus audacieux — ou les plus sournois — étaient régulièrement sermonnés, avec un passage obligatoire sur la rive. Jusqu’à présent, aucune noyade n’avait été recensée. Mieux valait qu’un tel accident ne survienne pas sous leur surveillance, d’autant que de nombreux fils de paysans ne savaient pas nager et se contentaient d’observer ou d’encourager, depuis le rebord, leurs camarades avec une envie tempérée par l’appréhension. Il ne fallait donc pas céder à leur titillation imprudente.

En ce mois de mars, chez de nombreux Terminales, l’attraction dérive vers l’étang, piégée par le soi-disant exploit de leurs plongeons antérieurs et par les étranges reflets à la surface du plan d’eau ; les propos de Coatmelen ne suffisent pas à les faire émerger des flots ni à les ramener à lui.

On fait semblant de prendre des notes. Frustrés, on se chicane sans vergogne — manière à peine dissimulée de contester le sérieux de Frère Ignace et de balayer d’un revers de main l’empathie concédée au vieillard.

– On est toujours d’accord, Jérôme ?

De Penhoët parle à mi-voix, derrière le bourdonnement des petits moteurs dont le ronflement couvre les mots et protège des manigances.

Quillivéré tergiverse. Les emportements d’Arthur de Penhoët sont connus — imprévisibles, parfois incontrôlables. Ses combines révèlent une impréparation chronique, étonnamment peu sanctionnée, qui en favorise la répétition.

– On est toujours d’accord ? C’est juste un petit bizutage ? J’veux pas être mêlé à vos histoires.

– Mais oui… te tracasse pas. On fait comme prévu. Juste une manière de lui rappeler qui décide, dans ce trou… Il se tait volontairement. Puis. Il peut pas me voler des clopes sans que ça reste sans réponse.

Un déclic sec.

Coatmelen vient de couper l’interrupteur. Le ronronnement tombe, aussitôt remplacé par un braillement enrouillé — explication sur la puissance, nouvelle démonstration, gestes précis qui n’intéressent plus grand monde.

– Bon… on fait comme ça, se décide Quillivéré. Mais moi aussi, je veux récupérer une ou deux cigarettes.

– Ça marche. Tu verras. Ils y verront que du feu pendant la découpe du sanglier.

L’arrangement est scellé, sans le moindre état d’âme.

On s’accorde toujours, finalement, quand il s’agit de persécuter quelqu’un.

Tout est prêt : piquet, corde, et quelques carottes pour persuader « Pue-du-bec » d’avancer sur le chemin jusqu’à destination.

Près de l’enclos du bélier, Augustin voit surgir Jérôme Quillivéré à grandes enjambées. Sans attendre de reprendre son souffle, il lui ordonne de saisir l’animal.

Par habitude, « Pue-du-bec » s’est accommodé de la présence des jeunes. La présentation d’une carotte suffit à l’amadouer ; la boucle de la corde est ajustée sans hostilité.

Le bélier affiche toutes les caractéristiques de la race « Lande de Bretagne » : peu haut sur pattes, mais suffisamment vif pour tirer brusquement et mettre à l’épreuve les bras de celui qui le mène.

– Je vais où, maintenant ?

– Tu vois où se situe le hameau de Kereneud ?

– Oui, très bien.

– Alors tu descends jusqu’à la prairie, près de la route en fer à cheval, en bas du vallon. L’herbe n’a pas été fauchée depuis la fin de l’été dernier, il devrait y avoir ce qu’il faut. Je te rejoins vers seize heures. C’est compris ?

– Oui… c’est compris.

– Prends une ou deux carottes en plus. On ne sait jamais avec cet engin.

Le trajet — pas plus de cinq cents mètres — jusqu’au val de Kereneud réjouit Augustin.

À la sortie de l’exploitation, Augustin s’arrête, s’écarte avec le bélier docile pour laisser passer le Latil. Jean Le Bot conduit, flegmatique, infrangible sous les secousses du tracteur et le vacarme des bielles. L’ombre de la visière durcit encore ses traits. À l’arrière de la remorque, François se pavane, les jambes dans le vide, ravi. Dans un éclair, Augustin distingue la dépouille du sanglier étendue sur le flanc. Puis la poussière l’engloutit.


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