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mardi 28 juillet 2026

L'adaptation climatique : le nouveau mantra des politiques

Depuis plusieurs semaines, commentateurs, responsables politiques et scientifiques mobilisent une même réponse court-termiste dans leurs discours : celle de l’« adaptation ». Devenu un véritable élément de langage de la transition climatique, le mot voudrait désormais s’imposer comme la clé face aux bouleversements à venir. Pourtant, il faut le dire clairement : au-delà d’un certain niveau de réchauffement, la question n’est plus seulement celle de l’adaptation, mais celle de ses limites. Dans une France confrontée à plusieurs degrés supplémentaires d’élévation des températures dans les prochaines décennies, certains changements agroclimatiques et certaines transformations de la biodiversité pourraient devenir irréversibles durant ce XXIᵉ siècle.

Champ de sorgho

À l’approche de l’élection présidentielle, il existe une difficulté politique majeure : peu de responsables, y compris parmi les formations de gauche et écologistes, paraissent prêts à porter un discours qui assume pleinement l’ampleur des ruptures à venir. Car derrière le terme rassurant d’adaptation se profile une réalité plus brutale : celle d’un basculement vers un monde profondément transformé par les conséquences du dérèglement climatique, dont les causes sont intimement liées au modèle économique dominant, fondé sur une accumulation continue de biens et de richesses, s’appuyant sur une forte consommation d’énergies fossiles.

Devant cette échéance ultrasensible que représente le scrutin présidentiel, aucun parti ne prendra le risque d’affirmer ce qui paraît inimaginable pour beaucoup de celles et ceux qui ont jusque-là décrédibilisé, ignoré ou insulté, à travers leurs mises en garde, les scientifiques ou les écologistes, qu’ils soient radicaux ou institutionnels : assumer un investissement massif dans la régulation, la transformation ou la transition, avec le risque que certains efforts deviennent insuffisants face à l’ampleur des bouleversements, du fait d’un système arrivé à bout de course. Compte tenu des enjeux, il est à parier que nous aurons affaire à une sorte de procrastination de la pensée politique, à un état léthargique de la puissance publique à des fins électoralistes, à moins de se complaire dans le populisme.

Qui expliquera demain à des propriétaires, à des agriculteurs, à des entrepreneurs ou aux populations les plus âgées que leur territoire pourrait ne plus offrir, à terme, les conditions de vie, de production ou de sécurité auxquelles ils s’étaient conformés, sans se soucier suffisamment de leurs actes et de leurs choix très personnels ? Qui assumera de dire qu’il faudra planifier le déplacement de populations exposées aux sécheresses, aux incendies, à l’érosion côtière ou au manque d’eau ? 

L’intérêt est-il d’abandonner des cultures acclimatées aux régions tempérées et ainsi entrer en concurrence avec des productions agricoles traditionnelles de pays dits émergents ? Rien que ce dernier cas de figure dévoile toute la difficulté à sortir d’un mécanisme complètement inextricable qui, de manière frontale et générale, sera toujours défavorable aux plus défavorisés, surtout s’ils vivent sur des continents lointains et étrangers.

Le cas du sorgho illustre parfaitement cette contradiction (1). Présenté comme une culture d’avenir face aux dérèglements climatiques, grâce à sa meilleure résistance à la sécheresse et aux fortes chaleurs, il pourrait devenir une alternative au maïs dans certaines régions françaises confrontées au stress hydrique. Mais derrière cette réponse agronomique se cache une autre réalité : celle d’une possible nouvelle concurrence économique avec des régions productrices historiques, notamment africaines, qui pourraient voir leurs capacités d’exportation vers des pays tiers fragilisées par l’évolution des productions agricoles des pays du Nord.

Ainsi, l’adaptation climatique des pays puissants pourrait, dans certains cas, reproduire ou accentuer des déséquilibres existants. Les territoires disposant des moyens financiers, scientifiques et technologiques nécessaires pourront transformer leurs modèles agricoles, investir dans de nouvelles filières et sécuriser leurs productions.

L’adaptation ne serait donc pas seulement une question de capacité technique à modifier nos pratiques. Elle deviendrait aussi une question de justice climatique : qui aura les moyens de s’adapter, qui devra subir les transformations imposées par un climat qu’il n’a pas contribué à dérégler, et jusqu’où les solutions trouvées par les uns ne deviendront-elles pas de nouvelles contraintes pour les autres ?

Dans la kyrielle des termes sémantiques gravitant autour de l’environnement et de l’écologie – "développement durable", "transition énergétique", "agriculture écologiquement intensive", "haute valeur environnementale" –, déployés depuis des décennies pour faire prendre des vessies pour des lanternes, l’« adaptation climatique » pourrait bien constituer la dernière tentative d’un État aux abois de garantir aux candidats à l’élection présidentielle un minimum de crédibilité et un espoir de stabilité, à travers des promesses financées à coups de milliards. Dans un monde fini, il y aura toujours matière à tenter de décrire l’indéfinissable : notre capacité à repousser les limites jusqu’à les franchir.

(1) Le sorgho, une petite graine qui a de l’avenir. https://www.horizons-journal.fr/le-sorgho-une-petite-graine-qui-de-lavenir?utm_source=chatgpt.com

jeudi 16 juillet 2026

Extrait. 3h52

Il ne fallait pas oublier d'emporter de quoi manger dans le train. Avec l'effondrement répété des colonies d'abeilles, qu'elles soient mellifères ou sauvages, les productions mondiales de fruits et légumes avaient fortement chuté. La propagande diététique « Mangez 5 fruits et légumes par jour » d'une époque qu'il avait connue n'avait plus d'écho et n'avait jamais eu de sens de toute façon. Il devrait se contenter d'un pâté végétalisé à base de tofu et d'une boisson lyophilisée qu'il glissa dans le sac à dos. Il restait suffisamment de place pour le colis qu'il attendait dans une consigne de la gare. Voilà, il était prêt à partir, le bus passait dans cinq minutes à proximité de l'immeuble. Enfin, presque prêt. Il ne put s'empêcher de s'immobiliser un instant dans le couloir de l'entrée. Sa fille, il ne la voyait plus et n'avait laissé guère de quoi regretter ses absences, et le chat qu'elle lui avait « donné » était mort l'an dernier.



« Alex ne supporte pas les chats, je te confie le mien.

— Eh bien si ! Je n'ai pas le choix ! Écoute papa, ne m'emmerde pas une nouvelle fois avec tes discours sur la responsabilité et qu'il faut assumer ses actes. Je ne peux pas faire autrement, voilà.

— Oui, quoi ? Alex n'est qu'un con ? Allez c'est bon, je m'en vais parce que tu abuses ! »

Il se retrouvait devant la porte qu'elle avait claquée en partant, il y a déjà trois ans. Elle ne manquait pas de lui adresser quelques messages via CloudNews, pour les anniversaires et la nouvelle année, lui demandant comment allait le chat. Il pensait que lorsqu'il lui avait annoncé sa mort, elle avait dû pleurer. Il ne s'était même pas donné la peine de penser si elle pleurerait à la sienne. Il avait tout d'un coup mal à la tête. Certainement une énième gueule de bois.

Il prit soin, avant de sortir, de couper l'électricité. Qu'est-ce qu'il pouvait en faire comme gestes inutiles ! Surtout pour l'électricité de panneaux solaires éteints. Il avait beau avoir été fidèle à un opérateur qui fournissait de l'« énergie verte », la régie privée d'acheminement avait imposé à la République Nationale de rationner les watts avec des baisses de tension régulières. Voir les ampoules à LED clignoter avait un côté assez fantaisiste, voire subliminal, surtout que les « nuits » avaient rallongé du fait des brumes de pollution atmosphérique venues d'Afrique. Celui qui avait réussi à se faufiler pour la nuit dans le hall d'entrée migrait sûrement aussi du continent africain. Surpris, il se redressa prestement en le voyant arriver.

« Pardon Monsieur... Rien fait de mal... Fait froid, très froid dehors », dit-il paniqué.

— Du calme, du calme, répondit-il face à lui, écoute, je m'en vais plusieurs jours, prends cette clé, l'appartement est juste là, tu vois ? Tu t'installes, il y a de quoi prendre une douche je pense et tu te reposes le temps qu'il faut. D'accord ? Tu m'as compris ?

Hésitant, sûrement hagard par cette annonce, le locataire insista sur un ton plus direct :

— Écoute, je dois partir, mon bus arrive bientôt. Tu la prends cette clé ou pas ?

— Ok, merci Monsieur...

— Bien, pense à remettre l'électricité, à bientôt peut-être. »

Il ne se retourna pas, savoir si le bus arriverait à l'heure était sa nouvelle préoccupation. En général, au départ de la ligne, les bus se présentaient aux arrêts dans les temps. Ce serait le cas pour celui qui avançait bon an mal an et qui signalait son arrivée par une longue traînée de fumée grisâtre, balafrée par le faisceau des lampadaires, rivalisant avec cette brume tout aussi toxique qu'exotique. En approchant, le bus dégageait une odeur inhabituelle de poulet pané frit.

« Bonjour, un ticket s'il vous plaît.

— 2 euros 20, s'échappa froidement de la cabine capitonnée.

— Dites-moi, votre bus dégage une fumée plutôt douteuse, il n'y a pas de problème avec le bus ?

— La fumée ? Oh ! Ce n'est rien, nous sommes obligés d'utiliser de l'huile de friture comme carburant. On m'a dit que l'approvisionnement en bioéthanol était stoppé pour l'instant à cause d'un attentat sur un site de stockage. C'est tout ce que je sais. Bonne journée Monsieur. »

Le chauffeur interrompit sèchement leur échange, pressé certainement de repartir.

Un attentat ! Pourquoi un attentat ? Pourquoi ne pas plutôt voir ça comme un acte de violence ? S'en prendre à des biens privés, surtout s'il s'agit de multinationales agroalimentaires écocidaires, tout en faisant attention d'épargner des vies humaines, ne peut pas être assimilé à du terrorisme ! La propagande de l'État-Nation jouait à plein. Cet échange avec le chauffeur l'avait mis mal à l'aise. Il ne put s'empêcher, quand il s'installa sur la banquette défoncée, de vérifier autour de lui qu'on n'avait pas remarqué son émoi. Non. Pas de réactions particulières. Il y avait peu de passagers à cette heure du jour de toute façon. Les usagers faisaient du mieux qu'ils pouvaient pour se donner une contenance. Des visages confus qui s'oubliaient dans des portables digitalisés qu'ils commandaient avec leurs yeux. Les émotions captées dans la rétine étaient analysées puis transmises à une base de données de l'IA qui renvoyait sur le portable le type d'informations ou de publicités qui ciblaient le mieux la personne. Aux branlements du bus, il comprit que le chauffeur avait repris les commandes de l'engin.

lundi 6 juillet 2026

L'Anarchie ne cédera jamais

L'Anarchie ne cédera jamais. Pourtant, des tentatives de ralliement à de prochains candidats aux élections présidentielles essayent d'éroder les digues de l'îlot anarchiste. On assiste à des appels insistants à ciels qui se sentent anarchistes dans leur quotidien et dans leur façon de vivre, à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Ces appels, certainement bien intentionnés, sont voués à l'échec. Au-delà de la sympathie que certains voudraient accorder au candidat imposé de LFI, d'autres logiques politiques, démocratiques et historiques, devraient empêcher que les urnes se remplissent de bulletins de vote anarchistes en sa faveur. Cette élection suprême n'est ni plus ni moins qu'un piège démocratique.

Entrée de l'abri du champ de warm-izela
Jean-Luc Mélenchon est un pur produit de la République française, un homme d'État. Ancien troskiste et socialiste, jacobin, révolutionnaire autoritaire (1), il déverse depuis des années dans l'espace public sa haine du pluralisme des identités de la Nation. N'avait-il d'ailleurs pas qualifié les écoles Diwan de secte ? (2) S'il fait une entorse à la règle dogmatique de la France « une et indivisible » en reconnaissant une autonomie à la Corse au nom de sa spécificité identitaire, il prévoit, dans le même temps, de réorganiser l'échelon régional en proposant une carte de nouvelles écorégions hydriques complètement farfelue, qui ne tient compte que des grands bassins versants — dissolvant ainsi des régions à forte identité historique et culturelle, comme la Bretagne, dans de vastes ensembles purement hydrographiques. 

Aucune doctrine cohérente ne vient justifier ce traitement à géométrie variable : une reconnaissance identitaire accordée à la Corse, un effacement identitaire imposé ailleurs. Le tout, en maintenant l'échelon départemental, seul niveau réellement symptomatique du contrôle des populations par l'autorité centrale. Quant à la caution écologique de la préservation des espaces naturels et des zones humides, elle n'a aucune cohérence. Cela suffit déjà à l'écarter aux yeux de nombreux partisans d'une République fédéraliste, voire confédéraliste, pour ceux qui soutiennent cette option démocratique.

Si l'on peut envisager des entorses à la matrice anarchiste pour des élections locales — listes citoyennes, relais pour porter le municipalisme libertaire, entre autres, parce le niveau de pouvoir relève du mandat impératif —, les candidats à l'élection présidentielle incarnent, eux, tout ce que l'Anarchie rejette. Ils ne se présentent que dans l'unique ambition de trôner au sommet de l'État. Ce seul objectif est totalement inconciliable avec les principes mêmes de l'Anarchie.

Pire : soutenir un candidat, ou voter pour lui, est une anomalie sérieuse envers la mémoire de ciels, syndicalistes, individualistes, ou non, qui se sont battus, qui ont souffert de la misère, torturés, déportés, exclus, salis, tués, qui ont subi la répression de l'État français, la haine des médias, et le déclassement social — insupportable et intolérable — infligé par les bourgeois, industriels ou rentiers, aux travailleurs et travailleuses.

Enfin, l'argument massue du « barrage à l'extrême droite » relève certainement plus d'une maladresse que d'une injonction des partisans d'un vote utile pour le premier tour de l'élection de 2027. Si les sondages successifs commandés par les médias mainstream donnent invariablement le RN en tête du premier tour, rien ne vient démontrer que leur candidat remporterait la présidentielle au second tour (à moins d'y voir Jean-Luc Mélenchon lui-même qualifié). En admettant que la crainte de ciels qui voudraient nous voir abandonner un principe fondamental de l'Anarchie se concrétise par une présidence française personnifiée par l'extrême droite, de quoi aurions-nous peur ? Puisque nous n'avons pas cédé, viendra le temps de la Révolution. 

Certains céderont ? Qu'importe. Nous resterons anarchistes.

(1) Il se revendique lui-même « robespierriste » et a défendu à plusieurs reprises la Terreur comme épisode nécessaire de la Révolution.

(2) À la même époque, j'éditais un livre sur les trente années d'existence du réseau Diwan. Voir son interview à Libération, 4 décembre 2001, et son intervention au Sénat, 13 mai 2008.


samedi 27 juin 2026

Dérèglement climatique : réaction à chaud

En France, il n'y a pas que les caisses de l'État qui sont vides. Depuis la deuxième vague de chaleur qui percute de plein fouet notre modèle de société, les débats autour de l'absence d'anticipation et des solutions à mettre en œuvre en urgence sonnent creux. Que l'on zappe d'une chaîne à l'autre, d'un plateau à l'autre, que l'on passe d'une journaliste à un politique, on perçoit, dans les discours, le peu de maîtrise du récit et la mauvaise foi qui l'accompagne. Il suffit, pour s'en convaincre, d'entendre l'intervention d'Emmanuel Macron sur le sujet, affirmant que des choses ont été faites, quel canular ! Quel farceur, ce Manu ! 

Iels sont démunis et, lorsqu'on leur pose la question : « Que doit-on faire ? », iels finissent par répondre, puisqu'il faut bien justifier leur présence. Alors, ça patine, ça tergiverse. À tel point que le peu qu'ils ont à proposer consiste à s'équiper de ventilateurs, partout, et à installer des climatiseurs dans les espaces publics, partout. Premier mirage. Réduire la question du dérèglement climatique à cette seule réponse technique est particulièrement affligeant et n'est certainement pas à la hauteur des enjeux.

Tilleuls et stress hydrique. Feuilles mortes. Juin 2026

Les commentaires qu'on essaie de nous faire accepter, et donc d'avaler, reviennent toujours au même refrain : malgré la faiblesse systémique des pouvoirs publics face aux profondes transformations de notre planète, « des choses ont été faites. Peu, c'est vrai, mais on fait avec ce que l'on a. » C'est en substance le discours tenu par Zyad Limam, directeur du mensuel Afrique Magazine, sur France 24.

« Nous avons quand même une énergie décarbonée.» Second mirage. Il n'est pas le seul à affirmer que la cloche nucléaire française contribue à réduire les rejets de CO₂ dans l'atmosphère. Cette affirmation est toutefois orientée. D'abord, elle est en partie fausse si l'on tient compte de l'externalisation des émissions liées à l'extraction, au traitement et à l'acheminement de l'uranium. On pourrait ajouter à cela que certaines centrales nucléaires sont à l'arrêt ou voient leur production limitée, la température de l'eau de certaines rivières ayant atteint ou dépassé le seuil réglementaire de 28 °C, au-delà duquel les rejets d'eau chaude peuvent avoir un impact significatif sur la faune aquatique. (1)

Rien que sur une semaine de hausse des températures en juin (2), les dysfonctionnements, les restrictions, les annulations, ainsi que les impacts sur la santé physique et mentale, font déjà des ravages et entraînent une hausse de la mortalité. Pour ciels qui s'en inquiétent, on voit des arbres se décharger de leurs feuilles les plus hautes.

Une seule semaine. Si l'on s'en tient aux modèles élaborés par les scientifiques, à court terme, ce ne sera pas seulement une question de durée, mais aussi d'intensité encore accrue. Entendre ces commentateurs prétendre que ces phénomènes sont exceptionnels, c'est se raconter une autre réalité. Cela n'a rien d'exceptionnel dès lors que, depuis cinquante ans, des visionnaires comme Haroun Tazieff (volcanologue) alertaient déjà, en 1979, sur les conséquences des émissions de CO₂

Tout récemment, Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, déclarait : « C’est insupportable d’avoir raison. » C’est insupportable pour cette raison, mais également parce que des personnes comme moi et mes proches, dont ma petite-fille, doivent subir les conséquences du capitalisme, l’égoïsme des classes moyennes et l’apathie de la classe populaire, en supportant soi-même ce que l’on refusait pour l’ensemble de la population mondiale. Cette évidence ne fera l'objet d'aucun commentaire: les écologistes, les Druides et Druidesses, les enfants, les personnes vulnérables et isolées sont les premières victimes collatérales du dérèglement climatique, sans oublier la faune et la flore. Pire : pas grand-chose n’est fait pour les protéger. l'État est défaillant, ce qui fait de lui un complice.

(1) Les installations de prélèvement d’eau peuvent entraîner un phénomène d’entraînement ou d’impaction d’organismes aquatiques

(2) Le 26 mai 2026 a été la journée la plus chaude jamais enregistrée en mai, avec une température moyenne nationale de 24,8 °C 



samedi 20 juin 2026

Extrait du manuscrit "À l'ombre du Menez moc'h". Constance Calvès

 Constance Calvès se lève pour ranimer la braise qui soupire sous la marmite. Bientôt, une fumée âcre s’en échappe et se répand dans la pièce. Marthe suit son va-et-vient sans en avoir l’air.

À la différence de son linge, lisse et immaculé, Constance porte sur elle les marques d’une vie vouée au travail. Sa silhouette se détache, solide et usée. Marthe la regarde se tenir ainsi, légèrement courbée à cause des nécessités, comme empaquetée dans sa tenue autant que dans ses habitudes. Cela ne fait que confirmer ce qu’elle ressent depuis toujours: une forme d’inaccessibilité, presque un verrou intérieur.

Un signe suffit à la convaincre. Si Constance sert avec droiture, depuis plus de vingt ans, la communauté religieuse de l’Institut, Marthe a pris conscience que son premier métier de sage-femme — transmis dans sa famille maternelle — garde toute sa faveur.

Elle a entendu dire que ses doigts, devenus crochus à force d’être plongés dans l’eau et durcis par l’arthrose, savent saisir le corps du nouveau-né pour l’arracher à la mère. Marthe ne sait pas si cela est vrai. Mais en la regardant faire, elle ne peut s’empêcher d’y croire.

Sans l’avoir voulu, l’image de son propre accouchement lui revient. Dans ces postures fermes, presque rudes, elle croit reconnaître quelque chose d’implacable, d’immortel.

Pendant que la blanchisseuse remet en place le tisonnier, Marthe gamberge. Elle se surprend à détailler ces rides profondes qui plissent davantage son visage, presque avec une forme de dégoût qu’elle ne réprime pas. Sous la lumière blafarde de la cuisine, la tache de naissance qui colonise la base de la joue gauche et disparaît sous le col de sa tunique vire au brun foncé. Ailleurs, la pâleur presque livide de sa peau l’associe à son métier.

Au fond, tout, dans son apparence, résiste aux modes. La coiffe du pays rouzig, qu’elle ne quitte jamais, suffit à marquer cette distance. Marthe devine sans peine ce que Constance pense de celles qui cèdent aux coiffures nouvelles — Mademoiselle Malléjac en tête — accusées de céder à des coupes grotesques.

Marthe doit l’appréhender avant qu’elle ne regagne la buanderie. Avant tout, il faut prévoir une assiette creuse pour Jean Le Bot. Il aura certainement besoin de l’aide de François pour découper le sanglier. Mademoiselle Malléjac s’apprête à sortir pour fumer une énième cigarette. Calvès semble avoir deviné la manœuvre. Alors qu’elle se dirige dans sa direction, la cuisinière l’arrête:

— Constance ? Tu auras une cigarette à m’offrir ?

Entre-temps, les hommes rassemblent les couverts au centre de la table puis se ruent à leur tour vers la sortie. Coatmelen et Jaouen n’arrivent pas à se mettre d’accord à propos de la herse.

— François ? Jean-Marie va bientôt arriver. Tu fais bouillir de l’eau pour commencer la vaisselle ? S’il te plaît. Après son repas, je suppose qu’il te demandera de le rejoindre pour le sanglier. C’est compris, François ? interpelle la cuisinière.

Avant que Marthe ne rejoigne Constance sur le banc mis à la disposition du personnel, celle-ci a déjà allumé sa cigarette. Elle lui tend le paquet et la boîte d’allumettes. Marthe y voit une concession rare. Peut-être a-t-elle saisi que ce moment est idéal pour dire ce qui pèse et qui attend. Cette pause suffira à l’entendre. Elle ne lui concédera pas une minute supplémentaire. Sinon, elle parlerait. Et si elle parle…. La rancune, parfois, s’incruste et ternit indéfiniment les liens entre individus.

lundi 8 juin 2026

Vols low cost Nord-Sud : un appel d’air au tourisme opportuniste

La multiplication des vols low-cost à destination de pays prisés pour leur exotisme et leur accessibilité a considérablement modifié la nature du tourisme. Alors que les voyages à l'étranger dépendaient essentiellement du pouvoir d'achat, avec des billets longtemps coûteux et des départs organisés depuis les grandes plateformes aériennes, la libéralisation du transport et la généralisation des compagnies à bas coût ont profondément redessiné les mobilités internationales. Le Maroc est ainsi devenu une destination « facile d'accès », intégrée dans des circuits courts, répétables et peu onéreux. Or, la recrudescence du nombre de touristes s’est accompagnée d’un essor des secteurs de la construction et des loisirs, formels comme informels, répondant à une demande rapide et fluctuante.

Place de marché - Maroc
Cette restructuration d’un modèle économique consumériste, visible dans l’ampleur des infrastructures touristiques, n’a été rendue possible que par le développement d’une économie souterraine qui, de fait, favorise l’émergence de pratiques opportunistes. À cela s’ajoute une pression accrue sur les territoires : artificialisation des sols, concentration des activités sur les littoraux et les centres urbains, ainsi qu’une dépendance croissante à un tourisme de masse volatil. Faut-il dès lors se réjouir d’un tourisme bon marché reliant le Nord au Sud, alors qu’il contribue à banaliser des inégalités sociales profondes, mais aussi à fragiliser les équilibres locaux et des logiques de survie parfois insoutenables ?

Le premier à se féliciter de l’augmentation du nombre de touristes au Maroc est le ministre du Tourisme et de l’Artisanat (1). « L'accueil de près de 20 millions de touristes en 2025 reflète la transformation profonde du tourisme marocain (...). Ces chiffres nous confortent (...) dans le rôle du tourisme comme levier de croissance et de création d'opportunités. » Les mots sont lâchés, les logiques sont connues : croissance et opportunité. La croissance n’est envisagée qu’à condition que des investissements lourds dans les infrastructures suivent, logique parfaitement intégrée par les compagnies aériennes dans un pays en développement constant et dépendant des flux extérieurs. Quant aux « opportunités », elles reposent sur la capacité des populations locales à s’adapter aux exigences induites par l’expansion du marché touristique : flexibilité permanente, faible protection sociale et recours à des activités souvent précaires.

Ces zones grises, que recouvrent-elles ? Dans le secteur touristique, elles prennent la forme de services ou de produits non autorisés, comme des excursions interdites dans des espaces naturels protégés, parfois organisées en dehors de tout contrôle administratif. On observe également la location informelle de logements ou de chambres chez l’habitant, ainsi qu’un marchandage intensif visant à tirer profit de la méconnaissance des visiteurs. S’y ajoutent des circuits touristiques informels, festifs ou nocturnes, où certaines pratiques — notamment sexuelles ou liées à l’exploitation de la vulnérabilité économique — peuvent exister en dehors de tout cadre réglementaire effectif. Dans ce contexte, l’économie informelle représenterait environ 30 % du produit intérieur brut du Maroc, ce qui témoigne de son poids structurel dans le fonctionnement économique du pays (2), mais aussi de sa dépendance à ces formes d’activités hybrides.

Pour des personnes exclues du marché du travail formel, l’un des rares effets immédiats reste la possibilité de générer un revenu rapide, même sans qualification ni statut légal. Toutefois, cette insertion s’accompagne d’une forte instabilité : dépendance à la saisonnalité touristique, absence de droits sociaux, exposition aux variations de la demande internationale et impossibilité de projection à long terme. À l’inverse, les effets négatifs s’inscrivent dans la durée : précarisation structurelle, limitation de l’accès au crédit et à l’investissement, mais aussi exposition accrue à des rapports de domination et à des formes d’exploitation des populations vulnérables.

Comment, dès lors, ne pas interroger la responsabilité des flux touristiques eux-mêmes ? Dans les sociétés du Nord, si les pouvoirs publics et une partie croissante des opinions publiques dénoncent la fraude sociale, les logiques de mobilité internationale restent peu questionnées lorsqu’elles reposent sur des privilèges structurels liés à l’appartenance à l’hémisphère Nord et à la puissance d’achat. Il existe bien une dynamique d’appropriation par le Nord et d’externalisation des coûts sociaux, environnementaux et humains vers le Sud, révélant une asymétrie durable des rapports de pouvoir. Accepterait-on, dans les pays du Nord, qu’une part aussi importante de l’économie repose sur des circuits informels ? N’y verrait-on pas un scandale d’État si certaines formes de marchandisation des corps devenaient structurelles ? Ainsi, les vols low-cost ne sont pas neutres dans l'immédiateté et le renouvellement de pratiques condamnables : ils s’inscrivent dans des rapports de domination globaux, contribuent à intensifier les pressions locales et ouvrent un espace à un tourisme opportuniste, révélateur des inégalités contemporaines.


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mardi 19 mai 2026

Extrait du manuscrit "À l'ombre du Menez Moc'h"

Dans la cour, le frère Vincent précède le cortège à distance respectable, tandis que son homologue, le frère Ignace, ferme la marche. Avec un certain dégoût, il entre aperçoit, à travers ses deux minuscules globes astigmates, la carrure longiligne de François, bossu à cause d’une hotte, crapahuter à la lisière du bois.

La progression de la formation sur les gravillons s’accompagne d’un crissement régulier, dissimulant quelques échanges à voix basse. La buée dégagée par des souffles courts trahit une démarche soutenue. Pendant que certains évaluent les mouvements des autres, ça et là, des regards se croisent brièvement.

Yves Mevel s’agite. Augustin fait défection. Il hésite, puis tire brusquement sur la manche d’Auguste Saillour, son camarade et ami d’Augustin.

      –  Quoi ? Qu’est-ce que tu veux ?

     – Tu sais où se trouve Augustin ?

Auguste examine subrepticement les individus autour de lui. Si les cols sont remontés, il discerne tout de même Arthur de Penhoët, le menton pointé vers le haut, affublé d’une grimace qui, en toute vraisemblance, singera un sourire emprunté. Des nuques, des épaules, des coupes de cheveux réglementaires, un rigorisme vestimentaire sans la cravate… mais pas d’Augustin. Il secoue la tête. Non.

Mais où est-il, bon sang ! Il va s’attirer des ennuis, pressent-il.

Quelques rangs plus bas, des gloussements goguenards, mal contenus, accompagnent les derniers mètres avant de parvenir à la chapelle. Sans doute est-ce Gaspard Vigouroux, qui s’essaie aux inflexions du père Joseph, que les Cubiques surnomment entre eux « Père Jojo », pour « joyeux ». Le « silence ! » époumoné du Frère Vincent disperse les ricaneries, pouvant à tout moment contaminer les plus incrédules.

À travers la brumasse qui s’écarte et s’enfuit vers les bois, une masse plate, grisâtre, assez grossière, s’étale sur un pan entier de la façade, obstruant l’accès. Scrutant au pignon, Père Joseph les entend approcher. Comme à chaque fois, il lève les bras vers les cieux. L’exaltation gonfle ses joues déjà potelées.

– Les voilà enfin ! s’exclame-t-il.

Chaque phrase chez lui ressemble à une cantate. La tonalité aiguë de sa voix, particulièrement exagérée, vrille les oreilles et abrutit ses auditeurs. Peu goûtent à ses homélies, davantage intrigués par ses manières peu communes chez un abbé. À part quelques invités pour la messe dominicale, rarement prévenus, les autres s’accordent en le murmurant : d’après eux, le père Joseph confond ferveur et cacophonie, piété et théâtre.

Oui, mais voilà : son investissement dans la Fête-Dieu se situe à une position des plus remarquables, notamment pour le maintien méticuleux des bannières. La direction ne se formalise donc pas davantage de ce comportement un peu déconcertant ; les travaux de broderie ne figurant pourtant pas dans le programme de formation d’un frère. Sans vouloir se l’avouer, Frère Philippe a tout de même souligné que le côté facétieux de l’abbé attirait de nombreux curieux, garantissant une assistance des plus solides à chaque messe du dimanche. Au besoin, il lui suffit d’enrober son discours de mots lénifiants devant les administrateurs de Kervivot pour apaiser les inquiétudes. Il profite de ces occasions pour souligner l’engagement constant et sérieux de l’abbé au sein de cet enclos que représente l’église.

Quelque part dans les hêtres, un geai lance son cri perçant : krèèèk, krèèèk, encouragé par l’acclamation du père Joseph. Arthur de Penhoët tressaille. Le cri râpeux l’assiége. La voix ne lâche jamais prise. Immanquablement, la catéchèse de l’abbé allait offenser ses tympans.

En file indienne, on pénètre dans la chapelle. Les deux frères surveillants encadrent la mini- procession, sous l’approbation allègre de l’abbé Joseph. Il salue de la tête chacun d’entre eux, qui frôlent au passage sa soutane, comme pour mesurer leur niveau de renoncement. Surtout, ne pas oublier de plonger le doigt dans le bénitier.

mardi 12 mai 2026

Extrait du manuscrit "À l'ombre du Menez Moc'h". Le rangement

En plus de l’intérêt mécanique d’entraîner diverses machines agricoles telles que la batteuse Albaret, le broyeur de tourteau ou encore une scie circulaire, ainsi que d’éclairer la station expérimentale des poules Wyandotte blanches, l’usine hydraulique alimente également l’Institut en électricité. Les ampoules, derrière des fenêtres surdimensionnées, taraudent la façade d’une clarté artificielle, clignotant çà et là. À une certaine distance, sur une quelconque butte autour de Kervivot, on aurait pu croire à un manège à l’arrêt, attendant le prochain tour, les prochaines pièces de monnaie, dans un concert de traînements, une rengaine incompréhensible et des cris d’épouvante.

La lune, quelque peu rosie par la colère, sûrement par dépit, trop lointaine pour exercer sa tutelle sur la nature, couvre les alentours d’une lueur, certes opaque, mais suffisamment vigoureuse pour éviter le superflu. Elle donne ainsi du mouvement à ce qui ne saurait être de bon augure. Plus tard dans la nuit, elle n’aura pas le rôle de veilleuse. Les hardes de sangliers divagueront sur leur terre, près d’un chevelu de la stêr-noz et dans les sous-bois, confiantes, sans aucun rival. À part celui qui a prévu de se calquer sur leur ressemblance et de se dérober au globe.



On voit, depuis l’extérieur, du bas vers le haut de l’édifice, jusque sous les combles, une agitation pour l’instant dissimulée troubler l’éclairage général, faire vaciller, sans jamais les éteindre, les lustres : ce sont les jeunes qui se sont éparpillés dans les étages et s’activent pour le rangement et le ménage, sous l’étroite surveillance des frères.

À chaque niveau, un frère patrouille. De Frère Désiré, affecté au premier étage, au Frère Vincent, dans les dortoirs des Premières et des Terminales, en passant par Frère Ignace, gardien de l’étage intermédiaire. Leur similitude dans l’attitude ne saurait souffrir d’aucun écart. Leur code vestimentaire ajoute à une impression de version clonée de leur fonction, comme si chacun d’eux n’était qu’un exemplaire reproductible d’un même modèle.

Seule la couleur de leurs socquettes de laine, dans les sandales, introduit, à défaut de véritable singularité, une nuance dérisoire dans ce dispositif d’uniformité. Frère Vincent paraît le plus pittoresque d’entre eux, du fait de la blondeur de ses cheveux et de ses lunettes rondes à la monture blanche.

Chacun dispose d’un trousseau de clés qui s’entrechoquent entre elles sur le torse à la moindre sollicitation, au moindre geste brusque. Pas un bloc sanitaire, pas une classe, pas un placard ne sauraient échapper à la servitude des clés. Uniques, elles ne peuvent être égarées. En cas de nécessité, elles sont donc confiées aux élèves désignés comme référents, tel Arthur de Penhoët.

À son retour de l’étude du soir, dans sa chambre, Frère Ignace a reçu un ordre écrit, précis, concernant la clé de l’infirmerie et le référent. Un signe de croix. Un froissement erratique. Il mâche puis avale le morceau de papier. Il réapparaît cette nuit. Il doit s’y préparer. Un nouveau signe de croix.

À présent, une ombre tout entière dévouée à sa tâche enserre le bâtiment. Bientôt, elle se muera en une masse hirsute, furtive, renâclant dans la nuit. Un voile se pose sur toutes choses. Devenir invisible.

Indistinctement, plus de quatre-vingts besogneux jettent, nettoient et récurent avec effort, assidûment, selon des règles de domestication minutieusement encadrées. Tendus, courbés, parfois à quatre pattes. Une serpillière pour l’un, un balai pour l’autre. L’astreinte doit être acceptée avec gratitude. On efface les notes tracées à la craie par Frère Martin : Mardi 10 mars 1953 — Révision pour demain : la reproduction chez les ovins. L’éponge, partiellement tiède, frotte avec frénésie. Yves Mevel éprouve une satisfaction discrète à voir disparaître une écriture si soignée, si posée. Le trait, tout de même serré.

Les craquements du bois rivalisent avec les raclements des chaises et des pupitres. Pas un mot. Surtout pas de mots. Les frères-surveillants arpentent, dans toute leur longueur les couloirs, faisant riper leurs sandales pour les mettre à l’épreuve, sourcilleux, méticuleux, intransigeants. À leur passage, il ne faut pas lambiner ou s’égosiller :

– M. Guillerm, tenez votre langue. Les corbeilles ne sont pas encore vidées ?

L’éclairage, puissant et accaparant, favorise l’examen, un tantinet névrosé, des surveillants.

– Regardez, M. Le Boulch, il vous reste de la poussière dans le coin, insiste Frère Vincent. Oui, là ! Encore un petit effort. Ne soupirez pas M. Le Boulch. Vous devriez voir ceci comme une récompense.

– Oui, Frère Vincent… s’essaye une voix, piégée, timorée, froissée.

– Tenez, vous devriez prendre exemple sur votre camarade, Édouard Salaün. Vous avez terminé, M. Salaün ? L’élève tient son balai à la manière d’un garde dans sa guérite. Le menton relevé. Le Boulch fait la moue. Quel fayot, celui-là !

– Oui, Frère Vincent, j’ai terminé.

– Très bien. Vous pouvez maintenant ranger votre matériel dans le placard. Patientez ensuite en haut des escaliers. Les retardataires vont faire refroidir la soupe !

Il a haussé le ton pour se faire entendre de toute la troupe.

– N’est-ce pas, M. Le Boulch ? À cause de vous, il va y avoir encore des plaintes.

Le Boulch éternue, puis se mouche sur le revers de sa manche. Maudite poussière. Maudit soit ce prêtre. Édouard n’est décidément qu’un « premier de la classe ».

Il y a une certaine exaltation impure à la nudité. Un pouvoir sur les autres et sur le Domaine. Une dimension surnaturelle à se mirer, vêtu, dans la peau d’une bête sauvage. Cette érection incontrôlable, incommodante, le rend fébrile, perplexe. Trop tôt. Encore trop tôt. Il faut se ressaisir. À moins de devenir taciturne.

mardi 5 mai 2026

Le Fédéralisme breton n’est pas une décentralisation renforcée

Avec la création du mouvement libéral « Faisons Bretagne », voulu par le député français, Macron-compatible, Paul Molac, le mot « indépendance » réapparaît au cœur du débat public breton — y compris chez ciels qui s’emploient méthodiquement à en nier la pertinence. À force d’affirmer que « l’autonomie n’est pas l’indépendance », ils contribuent paradoxalement à maintenir une affirmation qu’ils prétendent hors de propos. Si le vocabulaire est rétréci, le contexte politique breton reste entier. À n'en pas douter et dans le fond, l'approche de "Faisons Bretagne" est la même : c'est une vision française de l'organisation d'une société, celle du haut vers le bas, celle du ruissellement supposé. Ce modèle social est connu et il est désastreux.


Une partie du microcosme politique breton, de crainte d'être distancée, s’interroge sur les motivations de cette nouvelle initiative. Pourtant, l’enjeu dépasse largement les stratégies de chacun.e à l'échéance des élections régionales. Il révèle une constante : la question du séparatisme n’a jamais disparu depuis le début du XXe siècle, elle a seulement été déplacée, étouffée, ignorée. Mais cette voie ne peut être explorée pleinement qu’à la condition de ne pas être frileux ni timoré, et d’envisager clairement la question du séparatisme comme déterminisme libertaire dans un contexte européen. Le wenojenn de l'indépendance est étroit, mais il n’a jamais été clos.

Avant cela, le nationalisme breton a structuré l’ensemble des courants politiques avant la Seconde Guerre mondiale, avant d’être durablement disqualifié par l’engagement fasciste d’une minorité de fanatiques. Cette disqualification historique, devenue argument politique récurrent, a eu pour effet d’entraver toute lecture renouvelée des traditions politiques bretonnes. Néanmoins quelques survivances idéologiques persistent, dans une logique de reproduction symbolique épuisée, fascinée par une construction nationaliste de la Bretagne adossée à l’idée de la fondation d’un État breton. Réduite à cette seule perspective, la question bretonne se trouve enfermée dans une alternative étroite et xénophobe. Pour contrecarrer cette contraction extrême, et éviter la résurgence d’une calomnie visant l’ensemble des militants bretons, un choix demeure théoriquement pertinent et moderne : celui du confédéralisme démocratique.

Ce choix ne peut être pensé sérieusement qu’à la condition de rompre avec une contrainte persistante : celle d’un fédéralisme compatible avec le centralisme français. Le fédéralisme n’est pas une technique territoriale d’aménagement du pouvoir, ni une modalité avancée de décentralisation, contrairement à l'autonomie. Il suppose une cession réelle de la souveraineté, donc une transformation inéluctable et irréversible en dehors du système pyramidal et multicouche français.

C’est ce que met en perspective Le séparatisme en Bretagne de Michel Nicolas, notamment à travers les extraits de la revue Avel an Trec'h (1) : un projet de fédéralisme allant des communes aux régions, puis aux États, pour aboutir à une République fédérale. Les promoteurs de cette orientation, parmi lesquels Youenn Olier, avaient esquissé une rupture conceptuelle sans la transformer en rupture politique effective. Le fédéralisme restait, chez eux, un compromis plus qu’un basculement.

Dans ce cadre fédéraliste, Goulven Mazéas propose une lecture plus radicale, inspirée des thèses anarchistes de Pierre-Joseph Proudhon. Son Social-fédéralisme (2) développe une critique conjointe de l’État et du nationalisme comme formes complémentaires de domination. L’État y apparaît comme instrument de centralisation des pouvoirs au service du capitalisme, tandis que la nation est analysée comme un cadre artificiel produisant les nationalismes qu’elle prétend contenir.

Mais celui à qui l’on peut véritablement attribuer la paternité d’un fédéralisme à la bretonne reste Morvan Marchal. Longtemps relégué à la marge, notamment en raison de condamnations souvent infondées, il ne saurait être ignoré ni maintenu dans une position secondaire, tant son rôle apparaît aujourd’hui comme celui d’un précurseur majeur. Lecteur lui aussi de Pierre-Joseph Proudhon, le créateur du Gwenn ha du s’oriente progressivement vers une conception fédéraliste, presque naturellement pourrait-on dire.

Autour de lui se structurent alors des outils politiques et intellectuels explicites : la revue « La Bretagne fédérale » et une organisation politique, la Ligue fédéraliste de Bretagne, fondée en 1931. Il publie en 1938 le « Manifeste des Bretons fédéralistes », texte programmatique qui, près d’un siècle plus tard, n’a rien perdu de sa portée et ne peut être disqualifié sans un examen sérieux (3).

Ce qui distingue profondément les penseurs Bretons du XXe siècle comme Goulven Mazéas ou Morvan Marchal (4) des élus politiques contemporains, locaux et/ou parlementaires, est double. D’une part, leur refus de considérer l’État central comme un horizon indépassable de la pensée politique. D’autre part, leur non-alignement à une logique de vassalité permanente : on ne mord pas la main qui nous nourrit.

Aujourd’hui, toute trajectoire politique s’inscrit dans des structures partisanes intégrées aux dynamiques institutionnelles françaises, comme le montre le cas de Paul Molac, dont le parcours s’inscrit dans l’orbite du mouvement présidentiel La République En Marche. Dans ces conditions, l’autonomie de décision et d'action se trouve nécessairement contrainte, réduite à cause de sempiternels carcans réglementaires français.

Déjà, dans leur manifeste fédéral, les coauteurs en étaient persuadés : la solution au problème breton ne viendra pas de l’extérieur, mais d’une capacité interne à formuler et à construire ses propres formes d’expression politique. C’est là une condition première de toute émancipation réelle.

Et pourquoi ne pas commencer par l’organisation d’un référendum sur le statut le plus adapté à un pays capable de s'affirmer, par sa dimension et ses potentialités, auprès d’autres nations européennes comparables ?

(1) Avel an Trec'h, n° 8, mars 1948, p. 3 : "le fédéralisme libérateur"

(2) "Social-fédéralisme", Goulven Mazéas, Presses populaires de Bretagne, 2024

(3) Le Manifeste des Bretons fédéralistes https://bibliotheque.idbe.bzh/data/cle_federaliste/cle_mi-janvier_2016/cle_pnb/Manifeste_des_Bretons_FAdAralistes_.pdf

(4) On aurait pu citer également Ronan Klec'h, Émile Masson, etc.



mercredi 29 avril 2026

Extrait du livre "La petite Algérienne". Le pogrom de l'extrême droite en 1934 à Constantine

La France du début du XXe siècle n’était pas seulement antisémite. À travers son racisme systémique se répandait une aliénation sociale dont les Juifs, les Arabes et les migrants blancs pauvres d’Algérie demeuraient les premières victimes. Et quoi de mieux que la rivalité pour les opposer ?

À commander.

La petite Algérienne. Récit d'une colonisation et de l'antisémitisme français. 164 pages. Prix de vente : 15 euro, port compris. Paiement par chèque à David Derrien. Adresse : 36 rue de cornouaille, 29470 Plougastel-Daoulas. 

Contact : 06 41 14 74 47 ou derrien.david29@protonmail.com

De son côté, A.L. Pignol, après des débuts hésitants, maintenait son activité de négoce en spiritueux dans d’assez bonnes conditions. Son commerce l’emmenait régulièrement sur les routes du département de Constantine, qu’il sillonnait à l’aide d’un utilitaire Citroën B14, commode dans le cas de livraison de dernière minute. Le lien qu’il entretenait avec ses clients, puisque la plupart cafetiers et restaurateurs, lui donnait l’occasion de croiser des personnes d’influence, favorisant ainsi la transmission d’informations qu’il jugeait précieuses, au point de les communiquer à son ami Khalel Bachir dans le cas d’interventions musclées. De retour de Constantine le 03 août 1934, A.L. Pignol retrouva son comparse dans son taudis, encore sous le coup de l’exaltation, suite au pogrom de la journée. 

A.L. Pignol et une retraite paisible à Tebessa

« Bon sang, Bachir ! Tu as entendu les infos sur les troubles à Constantine ? L’autre gredin qui n’avait pas eu le temps de réagir, s’efforça de montrer un intérêt quelconque aux propos d’A.L. Pignol.

- Oui, vaguement… Tu en sais plus, toi ?

- Si j’en sais plus ! Mais pauvre diable ! Un appartement de youpin a été saccagé par un groupe de Musulmans, ça chauffe à Constantine, il faut qu’on agisse ! On ne peut pas rester à l’écart.

- D’accord, et tu aurais plus de détails ? Cette fois-ci, Khalel Bachir était sorti pour de bon de sa torpeur, excité à l’idée de potentiels affrontements,


- Eh bien, on dit que tout serait parti d’une altercation entre un Juif éméché et des Musulmans en prière qu’il aurait insultés. Ils se sont sentis blasphémés et ont décidé de saccager son domicile le jour même, ce qui a eu pour conséquence de faire intervenir les habitants des immeubles voisins qui ont jeté des projectiles sur la foule en colère. Les notables sont intervenus pour calmer tout ce petit monde mais on ne peut pas en rester là : la mèche est allumée il faut que ça explose ! J’ai une idée à te soumettre Bachir, tu m’écoutes attentivement ? Bien. J’ai rencontré des personnes de la mairie de Constantine, des proches de Morinaud, au Casino Municipal, et j’ai appris que, vu les circonstances, il serait opportun de maintenir la pression sur les Juifs. J’ai eu la confirmation que ni les autorités administratives ni Morinaud ne feraient intervenir les forces de l’ordre en cas de nouveaux troubles, en tout cas pas dans les premiers instants, surtout s’ils ne leur distribuent pas des cartouches. Il faut qu’on balance une fausse rumeur auprès de la population musulmane comme quoi… Je ne sais pas moi… Euh… Que des Juifs envisageraient de se venger… et viendraient … Euh… Perturber les marchés. Ca tient la route, non ?* Surtout qu’on va se faire aider par un certain El-Maadi qui a déjà rameuté large chez les Musulmans et que d’autres colons devraient se joindre à nous.


- Ouais… Comme ça, oui, et comment tu comptes t’y prendre ?


- Déjà, on doit trouver des burnous qu’on enfilera pour se faire passer pour des locaux. Tu as toujours un contact avec Aïssa ben Messaoud ? Il travaille toujours avec toi pour les alfas ?


- Oui, toujours, même si je le vois moins souvent à cause de l’activité qui est en baisse. Pour les burnous, ce n’est pas un souci, j’ai les tenues dans une cabane avec l’outillage habituel.


- Tu sais dans quel douar crèche Messaoud ? Bachir hocha la tête. Bon. On passe à ta cabane pour récupérer le matériel et on file chez Messaoud pour le mettre au courant.


- On doit agir vite ! On part demain dès l’aube, on empruntera mon B14 pour la route vers Constantine et je vous détaillerai mon plan sur le trajet. » 


Les colons avaient souvent refusé toute forme de coexistence pacifique avec les autres communautés. Leur volonté de maintenir une domination totale sur les populations locales les avait poussés à voir toute autre communauté, y compris les Juifs, comme une menace à leur position privilégiée. Cette mentalité de siège avait renforcé leur propension à utiliser la brutalité pour maintenir l'ordre colonial. Pour certains colons, comme A.L. Pignol, les ratonnades représentaient une opportunité de punir une communauté qu'ils considéraient comme ayant trahi leur statut d'indigènes en accédant à la citoyenneté française. Les violences étaient aussi une manière de rappeler la domination des Européens sur toutes les autres communautés, renforçant ainsi leur propre sentiment de supériorité et leur position dans la hiérarchie coloniale.


Le dimanche 05 août à Constantine, plusieurs centaines de Musulmans, toujours remontés, se réunirent pour en découdre, sans doute à la suite d’une fausse rumeur propagée dans les cafés fréquentés par les indigènes, probablement par les deux complices d’A.L. Pignol, prétendument maraîchers d’un oued voisin. Dès lors, les sources divergèrent quant aux responsabilités de chacun. Dans tous les cas, des coups de feu furent tirés, soit ils blessèrent des maraîchers arabes installés sur une place du marché, soit des bandes armées du côté arabe investirent le quartier du même marché. A ce stade, il fut rapporté que des boutiques juives furent attaquées. En surnombre, les Musulmans se déchaînèrent sur les habitants et le massacre fit rage jusqu’à la fin de la matinée. A.L. Pignol, camouflé par la foule et son burnous, la tête enrubannée dans un chèche, galvanisé par ce tourbillon de férocité qui lui garantissait l’anonymat, se déchaîna à son tour entouré de ses deux acolytes. « Pas de Juifs ! Vive la France ! » Criait-il. L’outillage emporté n’était autre que des battes et leur usage fut intentionnellement belliqueux : ils tapèrent le Juif à portée de coups, ils détruisirent ses biens en brisant les vitres des boutiques et effrayèrent les populations en jetant dans la rue les femmes et les enfants sans néanmoins succomber à l’attrait d’une arme à feu et en déplorer l’usage, que d’autres, moins scrupuleux, ignorèrent. Comme une traînée de poudre, le tumulte créé s’étendit dans tout Constantine. 


Dès lors, d’autres colons vinrent se joindre à l’agitation chaotique et gonflèrent les rangs des premiers manifestants européens. Les forces de l’ordre, dépêchées sur place trois jours plus tard, finiront par s’interposer puis disperseront les émeutiers, transmués en pillards. Là encore les récits de la presse de l’époque s’opposèrent quant à leur attitude. D’un côté, et notamment dans la presse israélite, on avança une certaine passivité intentionnelle des militaires, de l’autre on invoqua un sous-effectif de la police et l’absence de cartouches pour expliquer le retard des interventions au départ des troubles. Le bilan de ces émeutes fut lourd. Le chiffre officiel des autorités se monta à 26 morts : 23 Juifs, y compris femmes et enfants, et 3 Musulmans ainsi qu’une centaine de blessés. Cependant, aucune mention ne fut faite de la présence de colons français dans les rangs des agresseurs. 


« Allo ? Laurette ? Oui c’est moi, Huguette, bonjour, comment allez-vous ?


- Oh ! Bonjour Huguette. Oui, on va bien avec Yves. On profite bien du soleil et des vacances avec le loulou. Là, on partait au café pour voir François.


- Je ne vais pas t’embêter longtemps Nonette, je voulais juste savoir si tu avais entendu parler des événements de Constantine d’avant-hier ?


- Oui, j’ai parcouru un article dans la presse à ce sujet,


- Et papa, tu l’as vu récemment ?


- Qu’est-ce que tu veux savoir exactement Huguette ? Tu voudrais savoir si papa a participé aux troubles ?


- Oui, entre autres, je voudrais surtout savoir s’il va bien, tu sais bien que c’est difficile pour moi d’appeler directement,


- Á vrai dire je ne peux pas te répondre vraiment. François l’a vu hier pour la livraison de boissons et il m’a dit qu’il portait un bandage à la main. Il avait l’air un peu fatigué, d’après François, mais c’est à peu près tout. Tu penses bien qu’il ne l’a pas interrogé pour connaître la raison du bandage.


- Oui, je comprends… Mais il devrait davantage faire attention, il a déjà 54 ans quand même ! Enfin puisque tu me dis que François l’a rencontré, ça suffit pour me rassurer. Pourvu qu’il n’y ait pas de suite à cette histoire. On va prier pour lui. Bon, on se voit dimanche prochain de toute façon ?


- Oui, on n’a pas oublié. Charles sera revenu de sa mission ?


- Logiquement oui, il me l’a encore confirmé ce matin,


- D’accord, très bien, on doit filer là, à dimanche !


- Oui, à dimanche Nonette. »


Il existerait des témoignages selon lesquels certains responsables locaux avaient pu encourager ou tolérer les violences, soit par conviction personnelle, soit par calcul politique, à l’image du Maire de Constantine, Emile Morinaud, en déplacement lors du pogrom. En effet, certains administrateurs pouvaient voir dans ces événements une occasion de renforcer le contrôle colonial en laissant les différentes communautés s'affronter, affaiblissant ainsi toute forme de solidarité qui pouvait menacer l'autorité française. Après les événements, l'administration coloniale avait montré peu d'empressement à traduire les responsables des violences en justice. Les colons impliqués dans les ratonnades avaient souvent échappé aux sanctions, ce qui avait renforcé le sentiment d'impunité parmi les Européens et avait alimenté la colère et le ressentiment des communautés juives et musulmanes. Cette incapacité à rendre justice avait non seulement trahi les victimes, mais avait aussi encouragé de futures violences.


Si l’animosité d’A.L. Pignol contre les Juifs perdurait dans le temps, ses exactions d’août 1934 figureront dans sa longue liste de « ratonneur » comme ses ultimes efforts à commettre des actes répressifs. Rattrapé par l’âge, souffrant de plus en plus de sa tuberculose, bien plus handicapante à la cinquante franchie, A.L. Pignol s’écarta définitivement de toute tentative de coalitions punitives et se consacrera dorénavant à soutenir les membres de sa famille, qu’elle fût résidente à Tébessa ou rapatriée en France. Toutefois, quand commença la Seconde Guerre mondiale, son engagement prit une nouvelle dimension, versant dans le nationalisme extrême. La France avait peut-être perdu sa confrontation contre l’Allemagne, mais la France collaborationniste n’avait pas perdu l’Algérie. En 1940, le pays passa sous le contrôle du régime de Vichy. Alger, l’autre Capitale de la « révolution nationale », où régnaient les pétainistes, devint un laboratoire du fascisme français. Soutenus par les gros colons, ils rétablirent l’ordre colonial strict par l’abrogation, avec effet immédiat, du Décret Crémieux. De facto, les Juifs perdirent leur nationalité française et rejoignirent le cortège des parias. A.L. Pignol s’associa à l’établissement de ce nouvel ordre, comme le prouva sa volonté d’être recruté pour le service militaire en 1941 en faisant de lui un fervent partisan d’un gouvernement collaborationniste. Toutefois, sa demande d’incorporation fut rejetée par le bureau de recrutement de Constantine, le 21 novembre de la même année, sur avis médical des médecins militaires qui le jugèrent inapte « pour la durée de la guerre. » Le fait d’être déjà âgé de 60 ans et atteint d’une maladie pulmonaire aggravée expliquait cela. En fin de compte, la guerre s’acheva l’année suivante en Algérie avec le débarquement des Américains à Alger.

 

* Version plus officielle : dans la matinée du 05 août, une personne aurait mentionné le décès de Mohamed Salah Bendjelloul, dignitaire arabe, rumeur à l’origine du Pogrom



"Salut David. Je suis en train de finir "la petite Algérienne". Vraiment plaisant, tant dans le déroulé non chronologique que dans l'ambiance et les personnages, bon boulot". 

G. Thomas. 28 août 2025


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