Qui se souvient de Pierre Lellouche, d'Yves Jégo, d’Alain Madelin ou bien encore de Julien Dray ? S’ils n’étaient pas, à intervalles réguliers, invités sur les plateaux des chaînes d’info pour leur « expertise » ou leur point de vue éditorial, on les aurait relégués à l’époque révolue des marionnettes des Guignols de l'info, à défaut d’un Musée Grévin des anciens élus de la Nation. Pour ciels qui auraient une mémoire perlée, un petit tour d’horizon s’impose.
Avant de brosser rapidement leur portrait politique, on notera tout de même que les spécialistes de la défense, de la fiscalité ou des questions internationales étaient, dans leur gouvernement respectif et successif, à l’unanimité des hommes. Ces questions étaient certainement trop sérieuses pour être confiées à des femmes, que l’on préférait nommer aux ministères de l’Éducation ou de la Santé. Une époque où les femmes politiques étaient particulièrement invisibilisées, à moins de s’appeler Ségolène Royal, qui a su être très opiniâtre et opportuniste. Tous ont déployé leur carrière politique entre 1980 et 2010. Hormis Julien Dray, les autres personnalités politiques ont évolué dans des partis allant du centre vers une droite décomplexée.Commençons en partant de la gauche pour aller vers la droite, par le cas qui paraît le plus atypique : Julien Dray, un ancien député socialiste. Julien Dray incarne cette figure particulière d'un responsable politique devenu chroniqueur : invité régulier de CNews, il y défend moins une ligne de gauche qu’une critique constante de La France insoumise, au point d’apparaître davantage comme un opposant interne que comme un représentant de son camp. Il est à se demander si sa présence en tant que commentateur n’est pas un prolongement de son ancienne carrière politique.
Au centre, on découvre ou redécouvre Yves Jégo. Maire, député, secrétaire d’État, on l’a vu à plusieurs reprises sur LCI. Personnage du centre et de la droite modérée (UDI), c’est avec une certaine verve qu’il commente les enjeux et les sujets nationaux qui lui sont soumis. Certains diront qu’il développe son analyse avec talent et clarté.
Plus à droite, on trouve Pierre Lellouche, député et ministre essentiellement de l'UMP puis Alain Madelin député de l'UDF s'exilant à l'UMP, et ministre à maintes reprises. Pendant que le premier polémique sur CNews, le second débat vivement sur le volet économique et social sur LCI. Pendant que Lellouche, plus nationaliste, se crispe sur l’immigration illégale et l’insécurité, Madelin, le libéral, vitupère les politiques économiques des derniers gouvernements.
Qu’ont en commun ces quatre hommes politiques ? Ils ont en commun d’avoir, d’une manière ou d’une autre, validé les politiques publiques et les budgets nationaux, au cours des quarante dernières années. Ils ont en commun d’avoir évalué et utilisé les capacités financières et d’investissement de l’État français, État qu’ils ont servi avec dévouement et qui, en retour, leur assure une pension d’ancien élu.
Voilà pourquoi le terme de “décyclé” leur convient mieux que celui de "recyclé" : on fait réagir ceux qui ont été la cause des déficits publics et de la mauvaise gestion des finances de l'État, en attendant d’eux qu’ils décryptent l’actualité nationale et proposent des solutions pour améliorer le sort de leurs compatriotes. En les invitant sur les plateaux télé, on n’assiste pas à un simple recyclage de dinosaures politiques, mais on pollue de façon permanente les échanges fertiles et le paysage cathodique. C’est consternant de conservatisme et d'inutilité. Le compostage est grossier. Tout comme pour les Guignols de l’info, il existe certainement pour eux des placards où les anciens élus sont traités comme des has been.


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