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mardi 28 juillet 2026

L'adaptation climatique : le nouveau mantra des politiques

Depuis plusieurs semaines, commentateurs, responsables politiques et scientifiques mobilisent une même réponse court-termiste dans leurs discours : celle de l’« adaptation ». Devenu un véritable élément de langage de la transition climatique, le mot voudrait désormais s’imposer comme la clé face aux bouleversements à venir. Pourtant, il faut le dire clairement : au-delà d’un certain niveau de réchauffement, la question n’est plus seulement celle de l’adaptation, mais celle de ses limites. Dans une France confrontée à plusieurs degrés supplémentaires d’élévation des températures dans les prochaines décennies, certains changements agroclimatiques et certaines transformations de la biodiversité pourraient devenir irréversibles durant ce XXIᵉ siècle.

Champ de sorgho

À l’approche de l’élection présidentielle, il existe une difficulté politique majeure : peu de responsables, y compris parmi les formations de gauche et écologistes, paraissent prêts à porter un discours qui assume pleinement l’ampleur des ruptures à venir. Car derrière le terme rassurant d’adaptation se profile une réalité plus brutale : celle d’un basculement vers un monde profondément transformé par les conséquences du dérèglement climatique, dont les causes sont intimement liées au modèle économique dominant, fondé sur une accumulation continue de biens et de richesses, s’appuyant sur une forte consommation d’énergies fossiles.

Devant cette échéance ultrasensible que représente le scrutin présidentiel, aucun parti ne prendra le risque d’affirmer ce qui paraît inimaginable pour beaucoup de celles et ceux qui ont jusque-là décrédibilisé, ignoré ou insulté, à travers leurs mises en garde, les scientifiques ou les écologistes, qu’ils soient radicaux ou institutionnels : assumer un investissement massif dans la régulation, la transformation ou la transition, avec le risque que certains efforts deviennent insuffisants face à l’ampleur des bouleversements, du fait d’un système arrivé à bout de course. Compte tenu des enjeux, il est à parier que nous aurons affaire à une sorte de procrastination de la pensée politique, à un état léthargique de la puissance publique à des fins électoralistes, à moins de se complaire dans le populisme.

Qui expliquera demain à des propriétaires, à des agriculteurs, à des entrepreneurs ou aux populations les plus âgées que leur territoire pourrait ne plus offrir, à terme, les conditions de vie, de production ou de sécurité auxquelles ils s’étaient conformés, sans se soucier suffisamment de leurs actes et de leurs choix très personnels ? Qui assumera de dire qu’il faudra planifier le déplacement de populations exposées aux sécheresses, aux incendies, à l’érosion côtière ou au manque d’eau ? 

L’intérêt est-il d’abandonner des cultures acclimatées aux régions tempérées et ainsi entrer en concurrence avec des productions agricoles traditionnelles de pays dits émergents ? Rien que ce dernier cas de figure dévoile toute la difficulté à sortir d’un mécanisme complètement inextricable qui, de manière frontale et générale, sera toujours défavorable aux plus défavorisés, surtout s’ils vivent sur des continents lointains et étrangers.

Le cas du sorgho illustre parfaitement cette contradiction (1). Présenté comme une culture d’avenir face aux dérèglements climatiques, grâce à sa meilleure résistance à la sécheresse et aux fortes chaleurs, il pourrait devenir une alternative au maïs dans certaines régions françaises confrontées au stress hydrique. Mais derrière cette réponse agronomique se cache une autre réalité : celle d’une possible nouvelle concurrence économique avec des régions productrices historiques, notamment africaines, qui pourraient voir leurs capacités d’exportation vers des pays tiers fragilisées par l’évolution des productions agricoles des pays du Nord.

Ainsi, l’adaptation climatique des pays puissants pourrait, dans certains cas, reproduire ou accentuer des déséquilibres existants. Les territoires disposant des moyens financiers, scientifiques et technologiques nécessaires pourront transformer leurs modèles agricoles, investir dans de nouvelles filières et sécuriser leurs productions.

L’adaptation ne serait donc pas seulement une question de capacité technique à modifier nos pratiques. Elle deviendrait aussi une question de justice climatique : qui aura les moyens de s’adapter, qui devra subir les transformations imposées par un climat qu’il n’a pas contribué à dérégler, et jusqu’où les solutions trouvées par les uns ne deviendront-elles pas de nouvelles contraintes pour les autres ?

Dans la kyrielle des termes sémantiques gravitant autour de l’environnement et de l’écologie – "développement durable", "transition énergétique", "agriculture écologiquement intensive", "haute valeur environnementale" –, déployés depuis des décennies pour faire prendre des vessies pour des lanternes, l’« adaptation climatique » pourrait bien constituer la dernière tentative d’un État aux abois de garantir aux candidats à l’élection présidentielle un minimum de crédibilité et un espoir de stabilité, à travers des promesses financées à coups de milliards. Dans un monde fini, il y aura toujours matière à tenter de décrire l’indéfinissable : notre capacité à repousser les limites jusqu’à les franchir.

(1) Le sorgho, une petite graine qui a de l’avenir. https://www.horizons-journal.fr/le-sorgho-une-petite-graine-qui-de-lavenir?utm_source=chatgpt.com

jeudi 16 juillet 2026

Extrait. 3h52

Il ne fallait pas oublier d'emporter de quoi manger dans le train. Avec l'effondrement répété des colonies d'abeilles, qu'elles soient mellifères ou sauvages, les productions mondiales de fruits et légumes avaient fortement chuté. La propagande diététique « Mangez 5 fruits et légumes par jour » d'une époque qu'il avait connue n'avait plus d'écho et n'avait jamais eu de sens de toute façon. Il devrait se contenter d'un pâté végétalisé à base de tofu et d'une boisson lyophilisée qu'il glissa dans le sac à dos. Il restait suffisamment de place pour le colis qu'il attendait dans une consigne de la gare. Voilà, il était prêt à partir, le bus passait dans cinq minutes à proximité de l'immeuble. Enfin, presque prêt. Il ne put s'empêcher de s'immobiliser un instant dans le couloir de l'entrée. Sa fille, il ne la voyait plus et n'avait laissé guère de quoi regretter ses absences, et le chat qu'elle lui avait « donné » était mort l'an dernier.



« Alex ne supporte pas les chats, je te confie le mien.

— Eh bien si ! Je n'ai pas le choix ! Écoute papa, ne m'emmerde pas une nouvelle fois avec tes discours sur la responsabilité et qu'il faut assumer ses actes. Je ne peux pas faire autrement, voilà.

— Oui, quoi ? Alex n'est qu'un con ? Allez c'est bon, je m'en vais parce que tu abuses ! »

Il se retrouvait devant la porte qu'elle avait claquée en partant, il y a déjà trois ans. Elle ne manquait pas de lui adresser quelques messages via CloudNews, pour les anniversaires et la nouvelle année, lui demandant comment allait le chat. Il pensait que lorsqu'il lui avait annoncé sa mort, elle avait dû pleurer. Il ne s'était même pas donné la peine de penser si elle pleurerait à la sienne. Il avait tout d'un coup mal à la tête. Certainement une énième gueule de bois.

Il prit soin, avant de sortir, de couper l'électricité. Qu'est-ce qu'il pouvait en faire comme gestes inutiles ! Surtout pour l'électricité de panneaux solaires éteints. Il avait beau avoir été fidèle à un opérateur qui fournissait de l'« énergie verte », la régie privée d'acheminement avait imposé à la République Nationale de rationner les watts avec des baisses de tension régulières. Voir les ampoules à LED clignoter avait un côté assez fantaisiste, voire subliminal, surtout que les « nuits » avaient rallongé du fait des brumes de pollution atmosphérique venues d'Afrique. Celui qui avait réussi à se faufiler pour la nuit dans le hall d'entrée migrait sûrement aussi du continent africain. Surpris, il se redressa prestement en le voyant arriver.

« Pardon Monsieur... Rien fait de mal... Fait froid, très froid dehors », dit-il paniqué.

— Du calme, du calme, répondit-il face à lui, écoute, je m'en vais plusieurs jours, prends cette clé, l'appartement est juste là, tu vois ? Tu t'installes, il y a de quoi prendre une douche je pense et tu te reposes le temps qu'il faut. D'accord ? Tu m'as compris ?

Hésitant, sûrement hagard par cette annonce, le locataire insista sur un ton plus direct :

— Écoute, je dois partir, mon bus arrive bientôt. Tu la prends cette clé ou pas ?

— Ok, merci Monsieur...

— Bien, pense à remettre l'électricité, à bientôt peut-être. »

Il ne se retourna pas, savoir si le bus arriverait à l'heure était sa nouvelle préoccupation. En général, au départ de la ligne, les bus se présentaient aux arrêts dans les temps. Ce serait le cas pour celui qui avançait bon an mal an et qui signalait son arrivée par une longue traînée de fumée grisâtre, balafrée par le faisceau des lampadaires, rivalisant avec cette brume tout aussi toxique qu'exotique. En approchant, le bus dégageait une odeur inhabituelle de poulet pané frit.

« Bonjour, un ticket s'il vous plaît.

— 2 euros 20, s'échappa froidement de la cabine capitonnée.

— Dites-moi, votre bus dégage une fumée plutôt douteuse, il n'y a pas de problème avec le bus ?

— La fumée ? Oh ! Ce n'est rien, nous sommes obligés d'utiliser de l'huile de friture comme carburant. On m'a dit que l'approvisionnement en bioéthanol était stoppé pour l'instant à cause d'un attentat sur un site de stockage. C'est tout ce que je sais. Bonne journée Monsieur. »

Le chauffeur interrompit sèchement leur échange, pressé certainement de repartir.

Un attentat ! Pourquoi un attentat ? Pourquoi ne pas plutôt voir ça comme un acte de violence ? S'en prendre à des biens privés, surtout s'il s'agit de multinationales agroalimentaires écocidaires, tout en faisant attention d'épargner des vies humaines, ne peut pas être assimilé à du terrorisme ! La propagande de l'État-Nation jouait à plein. Cet échange avec le chauffeur l'avait mis mal à l'aise. Il ne put s'empêcher, quand il s'installa sur la banquette défoncée, de vérifier autour de lui qu'on n'avait pas remarqué son émoi. Non. Pas de réactions particulières. Il y avait peu de passagers à cette heure du jour de toute façon. Les usagers faisaient du mieux qu'ils pouvaient pour se donner une contenance. Des visages confus qui s'oubliaient dans des portables digitalisés qu'ils commandaient avec leurs yeux. Les émotions captées dans la rétine étaient analysées puis transmises à une base de données de l'IA qui renvoyait sur le portable le type d'informations ou de publicités qui ciblaient le mieux la personne. Aux branlements du bus, il comprit que le chauffeur avait repris les commandes de l'engin.

lundi 6 juillet 2026

L'Anarchie ne cédera jamais

L'Anarchie ne cédera jamais. Pourtant, des tentatives de ralliement à de prochains candidats aux élections présidentielles essayent d'éroder les digues de l'îlot anarchiste. On assiste à des appels insistants à ciels qui se sentent anarchistes dans leur quotidien et dans leur façon de vivre, à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Ces appels, certainement bien intentionnés, sont voués à l'échec. Au-delà de la sympathie que certains voudraient accorder au candidat imposé de LFI, d'autres logiques politiques, démocratiques et historiques, devraient empêcher que les urnes se remplissent de bulletins de vote anarchistes en sa faveur. Cette élection suprême n'est ni plus ni moins qu'un piège démocratique.

Entrée de l'abri du champ de warm-izela
Jean-Luc Mélenchon est un pur produit de la République française, un homme d'État. Ancien troskiste et socialiste, jacobin, révolutionnaire autoritaire (1), il déverse depuis des années dans l'espace public sa haine du pluralisme des identités de la Nation. N'avait-il d'ailleurs pas qualifié les écoles Diwan de secte ? (2) S'il fait une entorse à la règle dogmatique de la France « une et indivisible » en reconnaissant une autonomie à la Corse au nom de sa spécificité identitaire, il prévoit, dans le même temps, de réorganiser l'échelon régional en proposant une carte de nouvelles écorégions hydriques complètement farfelue, qui ne tient compte que des grands bassins versants — dissolvant ainsi des régions à forte identité historique et culturelle, comme la Bretagne, dans de vastes ensembles purement hydrographiques. 

Aucune doctrine cohérente ne vient justifier ce traitement à géométrie variable : une reconnaissance identitaire accordée à la Corse, un effacement identitaire imposé ailleurs. Le tout, en maintenant l'échelon départemental, seul niveau réellement symptomatique du contrôle des populations par l'autorité centrale. Quant à la caution écologique de la préservation des espaces naturels et des zones humides, elle n'a aucune cohérence. Cela suffit déjà à l'écarter aux yeux de nombreux partisans d'une République fédéraliste, voire confédéraliste, pour ceux qui soutiennent cette option démocratique.

Si l'on peut envisager des entorses à la matrice anarchiste pour des élections locales — listes citoyennes, relais pour porter le municipalisme libertaire, entre autres, parce le niveau de pouvoir relève du mandat impératif —, les candidats à l'élection présidentielle incarnent, eux, tout ce que l'Anarchie rejette. Ils ne se présentent que dans l'unique ambition de trôner au sommet de l'État. Ce seul objectif est totalement inconciliable avec les principes mêmes de l'Anarchie.

Pire : soutenir un candidat, ou voter pour lui, est une anomalie sérieuse envers la mémoire de ciels, syndicalistes, individualistes, ou non, qui se sont battus, qui ont souffert de la misère, torturés, déportés, exclus, salis, tués, qui ont subi la répression de l'État français, la haine des médias, et le déclassement social — insupportable et intolérable — infligé par les bourgeois, industriels ou rentiers, aux travailleurs et travailleuses.

Enfin, l'argument massue du « barrage à l'extrême droite » relève certainement plus d'une maladresse que d'une injonction des partisans d'un vote utile pour le premier tour de l'élection de 2027. Si les sondages successifs commandés par les médias mainstream donnent invariablement le RN en tête du premier tour, rien ne vient démontrer que leur candidat remporterait la présidentielle au second tour (à moins d'y voir Jean-Luc Mélenchon lui-même qualifié). En admettant que la crainte de ciels qui voudraient nous voir abandonner un principe fondamental de l'Anarchie se concrétise par une présidence française personnifiée par l'extrême droite, de quoi aurions-nous peur ? Puisque nous n'avons pas cédé, viendra le temps de la Révolution. 

Certains céderont ? Qu'importe. Nous resterons anarchistes.

(1) Il se revendique lui-même « robespierriste » et a défendu à plusieurs reprises la Terreur comme épisode nécessaire de la Révolution.

(2) À la même époque, j'éditais un livre sur les trente années d'existence du réseau Diwan. Voir son interview à Libération, 4 décembre 2001, et son intervention au Sénat, 13 mai 2008.


L'adaptation climatique : le nouveau mantra des politiques

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