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lundi 24 août 2026

La tentation de l'embourgeoisement des élu.es écologistes

« Je tiens à souligner que si les Verts (allemands) s'allient aux sociaux-démocrates, ils suivront une logique tragique : ils perdront leur identité. » Cette phrase, tirée du long entretien accordé par Murray Bookchin au magazine Kick it Over (1), trouve, quarante ans plus tard, un écho surréaliste en France, avec le ralliement du parlementaire écologiste Yannick Jadot à la candidature à la présidentielle du social-démocrate Raphaël Glucksmann. Elle est surréaliste à plus d'un titre, mais s'inscrit dans une tendance de fond déjà observée par le passé, notamment avec la transformation radicale de porte-parole des écologistes, à l'image de Daniel Cohn-Bendit, vers une forme d'embourgeoisement social et parlementariste.

On ne retracera pas ici les parcours de ces deux militants autrefois radicaux, car il ne faudrait pas limiter à ces deux seules personnalités, largement médiatisées, la tentation — ou plutôt la dérive — d'une partie des écologistes vers un conformisme de bon aloi, sans prise de risque ni tentative de bouleversement profond, ou à tout le moins de créativité démocratique. 

Ces deux personnalités politiques ont néanmoins en commun d'avoir goûté à la gamelle parlementariste, avec les avantages qui l'accompagnent, et ainsi éviter une aller simple vers l'anonymat dépressif ou la simplicité d'une vie. Car comment expliquer autrement la présence au Sénat de Yannick Jadot ? Le fait d'avoir été candidat à l'élection présidentielle lui confère-t-il un droit intangible à un parcours parlementaire compensateur ? On ne peut décidément pas s'en remettre au hasard, dans ce cas précis, si l'on se souvient du précédent de Dominique Voynet, devenue sénatrice en 2004 et restée au Sénat jusqu'en 2011.

Cet embourgeoisement d'une partie des écologistes se retrouve à tous les étages de la société et se diffuse discrètement au niveau local, retranchés qu'ils sont dans leurs maisons de paille et de torchis. Leur point commun ? Le renoncement à des engagements intrinsèquement liés au combat écologique sur un certain nombre de points stratégiques, comme le nucléaire. La dénonciation du capitalisme n'étant plus à l'ordre du jour, il devient difficile de critiquer la fabrication à l'échelle industrielle des voitures électriques, avec un impact non négligeable sur l'environnement.

Le cas Jadot est flagrant. Dans son interview sur France Inter, le 24 août, le journaliste politique Benjamin Duhamel l'a interrogé sur son soutien à la candidature de Raphaël Glucksmann. Pour promouvoir sa démarche auprès des électeurs et électrices de l'écologie politique, le sénateur a diffusé sur sa page Facebook quelques extraits sélectionnés de son passage à La Grande Matinale. Dans l'un d'eux, il espère que ces électeurs et électrices « vont rester fidèles à leurs valeurs ». Ou faut-il préciser : aux valeurs modulables des parlementaires, au gré des vents qui tournent ? Et puisque le monde politique a lui aussi ses archives, il est bon de rappeler que la parlementaire Dominique Voynet n'avait pas hésité, elle non plus, à s'écarter de ses valeurs en renonçant au principe du non-cumul des mandats (2).

Un dernier extrait de l'intervention de Yannick Jadot est éclairant sur les perspectives d'avenir en matière énergétique. « Je le regrette, mais il faut regarder la réalité en face : l'écologie politique n'est pas en capacité de rassembler et de jouer la gagne en 2027. Raphaël Glucksmann l'est. Et son engagement écologique est clair : sortir des énergies fossiles et adapter notre société au dérèglement climatique. »

Comment ne pas adhérer au principe d'une indépendance à l'égard des énergies fossiles ? Sauf que Benjamin Duhamel a pointé une contradiction flagrante entre les deux hommes politiques : leur positionnement sur la filière nucléaire française. À l'entendre s'entortiller dans les mots au sujet de la position du candidat de Place publique sur le maintien et le déploiement de réacteurs de nouvelle génération, on comprend que le sénateur n'ait pas retenu cet extrait pour le lancement de sa campagne de soutien (3).

L'embourgeoisement ne se limite pas à une apparence physique, une posture sociale ou une attitude ostentatoire. Il se glisse dans les commentaires politiques, dans les prises de position publique, dans un opportunisme fait de délégations par les suffrages indirects,  à plusieurs milliers d'euros, sans plus se soucier de la rigueur des propos ni de la probité des formules. Qu'il est plus confortable de s'associer à des revirements de circonstance et court-termistes que de relier son acte politique à une vision plus vitale, nourrie des révolutions sociales.

Murray Bookchin avait raison sur la perte d'identité des écologistes. Mais je nuancerais quelque peu son appréciation : il est peut-être davantage question de changement que de perte d'identité. Le discours de Yannick Jadot sur le nucléaire a changé en à peine cinq ans. Opposant hier, il dit aujourd'hui : « débattons. » Avec qui ? Avec les bourgeois sociaux-démocrates. Qui peut encore croire, aujourd'hui, à leur fiabilité ? À part les opportunistes.

Photo Greenbox — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

(1) Bookchin, Murray. “Democratizing the Republic and Radicalizing the Democracy: An Interview with Murray Bookchin.” Partie 2. Kick It Over, no. 14, Winter 1985–86, p. 9

(2) Cumul : Dominique Voynet se donne le temps de la réflexion https://www.nouvelobs.com/politique/municipales-2008/20080319.OBS5785/cumul-dominique-voynet-se-donne-le-temps-de-la-reflexion.html

(3) Présidentielles 2027 : l'écologiste Yannick Jadot choisit de soutenir raphaël Glusckmann https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-24-aout-2026-2695433  à partir de 6'52

lundi 17 août 2026

Climatosceptique. L'idiocratie a un QI

Contrairement aux idées reçues, l'Idiocratie n'est pas exclusivement un univers peuplé d'écervelé·es, figé·es au degré zéro de l'évolution. Ou, tout du moins, ce n'est pas nécessairement un univers dans lequel les moins compétents, les moins informés ou les plus démagogues exercent le pouvoir ou influencent fortement les décisions.



Car, pour exister et prospérer, un système idiocratique a besoin d'avis solides, d'arguments construits et de démonstrations présentées comme inattaquables, incarnés par des hommes d'envergure dans leurs domaines respectifs : scientifiques, ingénieurs, politiques, journalistes, influenceurs, etc. Certains finissent même par devenir des figures emblématiques sur lesquelles l'Idiocratie peut s'appuyer.

La doxa « climatosceptique » dispose précisément de ce type de personnalités : des idiocrates dotés d'un QI élevé, de compétences reconnues dans leur domaine et capables de produire des arguments concernant la part anthropique du dérèglement climatique. En voici quelques portraits.

Avant toute chose, une précision s'impose. Ces idiocrates mettent l'accent, dans leurs interventions, sur la notion de « réchauffement climatique ». J'insiste sur ce point, car il ne s'agit pas seulement d'une question sémantique. Les bouleversements observables relèvent plus largement du dérèglement climatique : en été, on aurait tendance, sciemment ou non, à oublier les inondations de l'hiver ; en hiver, les incendies de l'été. Le climat ne se résume pas à une simple courbe de température : ses dérèglements se manifestent par une multiplication et une intensification de phénomènes extrêmes, dont la succession et la répartition saisonnière peuvent brouiller notre perception du dérèglement. (1) 

On pourrait débuter cette galerie de portraits par le plus polémique d’entre eux : Claude Allègre. Même si sa voix a distillé un certain nombre d’allégations, cet ancien ministre socialiste, ardent défenseur du déploiement du nucléaire civil, était avant tout un géochimiste de métier. Il est décédé en 2025. Il mérite notre oubli.

D’autres, bien vivants ceux-là, peut-être inspirés par cette figure historique du climatoscepticisme, contestent à leur tour le rôle du CO₂ dans le dérèglement climatique et continuent d’alimenter cette mouvance, notamment grâce à la publication de nombreux ouvrages sur le sujet. Les relais qu'ils trouvent dans certains médias sont soutenue par des organisations libérales, de droite, voire d'extrême droite.

Benoît Rittaud est enseignant-chercheur en mathématiques (2). Il préside l'association des Climato-réalistes. Dans l'émission de Sud Radio animée par André Bercoff, le jeudi 9 novembre 2023, il intervenait sur la conception qu'il se fait de l'écologie qui, d'après lui, relèverait avant tout de l'univers du mythe et des légendes. Des extraits de cet entretien ont été relayés par le média en ligne « Méchant Réac » (3).

En cinq minutes de diffusion, l'ensemble de son argumentaire peut être balayé d'un revers de main. Selon ses dires, l'apparition du « mythe écologiste » remonterait au début de la guerre froide. En affirmant cela, il prend d'emblée des risques extrêmes. Premièrement, l'écologie n'est pas un mythe, mais une science ; deuxièmement, même au cours des siècles passés, on ne la nommait évidemment pas encore « écologie », mais de nombreux érudits s'intéressaient déjà aux interactions entre les activités humaines et la nature.

Le géographe libertaire Élisée Reclus, dès le XIXe siècle, consacrait ainsi une grande partie de son œuvre à l'étude des relations entre les sociétés humaines et leur environnement. Dans L'Homme et la Terre, publié à partir de 1905, il analyse notamment la manière dont les activités humaines transforment les milieux naturels. Faire de la guerre froide le point de départ de la pensée écologique revient donc à faire l'impasse sur plusieurs décennies de réflexion consacrées aux rapports entre l'homme et son environnement.

Autre aspect de l'intervention de Rittaud (que l'on retrouve d'ailleurs chez les autres idiocrates) : la peur irrationnelle. Le mathématicien présente des figures telles que Rachel Carson (3) comme des sortes de prédicateurs ayant contribué, notamment à travers son livre à succès Le Printemps silencieux, à distiller dans les esprits une peur irrationnelle de la fin du monde. Il soutient ainsi que « la pollution des sols par des composants chimiques allait faire qu'il n'y aurait plus d'oiseaux, c'était déjà très poétique ».

Il n'y a pourtant rien de poétique à constater la disparition des oiseaux. Quant à la « peur irrationnelle » qu'il évoque, encore faudrait-il démontrer en quoi l'alerte lancée par Rachel Carson relevait de l'irrationalité. 

Chritian Gérondeau. Nucléiste obsessionnel, haut fonctionnaire, Christian Gérondeau fustige depuis plusieurs décennies le « dogme écologique », selon lequel l'homme serait responsable de la transformation du climat, ainsi que l'ampleur du dérèglement climatique qui en résulterait. À l'écouter, le climat a toujours changé et obéit à une succession de cycles alternant « périodes chaudes » et « périodes froides ». Dans un entretien accordé en février 2025 au média Tocsin (5), il affirme ainsi que, depuis le milieu du XIXe siècle, « la période actuelle est un nouvel optimum, la Terre se réchauffe, c'est une très, très bonne nouvelle ». Curieusement, pour cette dernière période, il ne fait pas le lien entre la naissance de l'ère industrielle et ses conséquences sur le climat.

À ce stade, inutile d'être exhaustif à moins de vouloir attraper la nausée, surtout s'il faut nommer tous les idiocrates de droite et d'extrême-droite. Malgré tout, on pourrait citer : 

Vincent Courtillot
Géophysicien, Académie des sciences

Proche d’Allègre et probablement l'un des scientifiques français les plus associés à au climato-scepticisme après Allègre (les autres se présentent plutôt comme climato-réalistes) . Il a défendu l’importance de facteurs naturels, notamment solaires, dans les variations climatiques récente.

François Gervais
Physicien
A publié L'Innocence du carbone, conteste notamment l'importance du CO₂ anthropique et certaines conclusions du GIEC. Il est régulièrement cité parmi les scientifiques français climatosceptiques.

Rémy Prud'homme
Économiste
Critique du discours climatique et surtout du coût économique des politiques climatiques ; auteur de L'Idéologie du réchauffement

Que faut-il de plus pour démontrer que des certitudes solidement encrées, orientées vers la droite et le nucléaire, peuvent perturber les meilleures décisions à prendre ? Pendant que le dérèglement climatique métamorphose dangereusement les conditions du vivant sur Terre, les Idiocrates continueront de régner sur un monde de cendres. Ils trouveront certainement encore à disserter sur leur propre échec en Idiocratie.

(1) Déréglement climatique ou changement climatique ? https://www.socialisme-libertaire.fr/2024/11/dereglement-climatique-ou-changement-climatique.html

(2) Benoît Rittaud. Enseignant chercheur en mathématiques https://www.futura-sciences.com/sciences/personnalites/mathematiques-benoit-rittaud-140/

(3) J'ai lu et aimé : le déraisonnement climatique  https://mechantreac.blogspot.com/2023/11/jai-lu-et-aime-le-deraisonnement.html

(4) Le printemps silencieux https://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps_silencieux

(5) Tocsin média https://www.youtube.com/watch?v=zbf8iA7rYGI



vendredi 14 août 2026

Ferrand and co, tueurs d'abeilles

Richard Ferrand, ancien député du Finistère et ancien homme fort de la majorité Macron, est aujourd’hui président du Conseil constitutionnel. Il le présidait lorsque celui-ci a statué favorablement sur les dispositions de Duplomb 2 relatives aux pesticides, le 14 août 2026.

L’important n’est pas de savoir comment on se mobilise, mais à quel moment on le fait. Tous les potagistes le savent : quand la larve est dans le fruit ou le légume, elle s’installe, grignote la pulpe et fait pourrir l'intérieur. Puis, devient généralement, une mouche ou un papillon.

Dommage que les 1 300 lecteurs de l’article n’aient pas davantage réagi à l’époque afin de tenter de se débarrasser de ce gros ver parlementaire. Ce n'est pas une loi qu'il faut condamner mais le système électoral qui la favorise. Tans que ce ne sera pas le cas, on aura encore des gros vers comme Duplomb. Étre consterné ne suffit pas.

Première publication, juin 2018

Ce matin, à Lindouar, pendant que je coupais quelques feuilles de consoude à l’usage d’un purin, je m’interrogeais sur plusieurs points concernant la décision des parlementaires et du gouvernement Macron de maintenir l’usage du glyphosate.

D’abord, sans remettre en cause la bonne volonté des organisateurs, je m’interrogeais sur l’efficacité des appels à des rassemblements citoyens pour tenter de mobiliser au-delà des apiculteurs et des militants environnementaux. Je pense que ce type de manifestation est désuet et n’apporte plus les résultats escomptés. Il me semble que la population est informée du sinistre en cours. Il me semble que des médias relaient cette information. Il me semble que le législateur ne l’ignore nullement.

Que se passe-t-il alors ? Il me semble que, comme M. Hulot l’affirmait dans un remarquable éclair de lucidité, peut-être pour justifier sa place au sein de ce gouvernement ou, plus simplement, pour alléger sa conscience, tout le monde s’en fout !

Tout le monde se fout de la disparition des insectes et, notoirement, des pollinisateurs. La résignation n’a pas non plus de frontières. La campagne se meurt pendant que la ville se goinfre. Et ce ne sont pas quelques ruches sentinelles perchées sur les toits qui inverseront la tendance.

Je m’interrogeais également sur le buzz de Sandrine Le Feur, députée de LaREM de la 4e circonscription du Finistère, qui déclarait hors micros et caméras que Stéphane Travert était un « salaud », à propos de l’amendement rejeté sur le glyphosate (voir l’article du 29 mai : https://dderrien.blogspot.com/2018/05/glyphosate-on-marche-sur-la-tete-mme-le.html.

Ça paraît tellement évident que, face caméra, elle aurait tenu les mêmes propos ! C’est assez rare qu’une députée traite de « salaud » un membre du gouvernement issu de la même majorité, devant un panel de journalistes.

Quand je vois le nombre de personnes qui l’encouragent : « Oui, bravo, elle a raison ! », je peux comprendre que tout le monde s’en fout ! D’ailleurs, ce ne sont pas les quelques syndicalistes de la Confédération paysanne qui applaudissent le discours public de Sandrine Le Feur, improvisé dans la rue, qui inverseront la tendance (bis).

(Si je peux me permettre une parenthèse, et à regarder de plus près, l’augmentation des surfaces agricoles cultivées en bio n’a pas empêché l’hécatombe prononcée de la biodiversité. Le modèle proposé présente certainement plusieurs failles systémiques. Je pense notamment à la tolérance de la mixité dans les conduites végétales.)

Mais en premier lieu, celui qui se fout royalement du silence des campagnes, c’est bien notre cher député de la 6e circonscription du Finistère, M. Richard Ferrand.

Il se fout des rassemblements citoyens. Il se fout des commentaires de Sandrine Le Feur. Lui, il vote contre l’interdiction du glyphosate dans la loi Alimentation. Lui, c’est une petite gâchette de Macron, une petite frappe, un tueur d’abeilles !

Alors, je me demandais ce matin, à Lindouar, comment faire savoir que Ferrand est un tueur d’abeilles. Comment me rendre devant sa permanence de député à Châteaulin ?

Quoique peu occupé par mes activités de plein air, je fus interrompu par un appel de Joséphine (une amie de Plougastel que l’on appellera comme ça). Embêtée par une voiture en panne, elle me demandait si je pouvais l’accompagner jusqu’à son lieu de travail, qui se trouve à Châteaulin.

Quelle heureuse coïncidence pour quelqu’un qui ne croit pas au hasard.

Je motorisais donc Joséphine jusqu’à Châteaulin, qui devint alors une complice bien utile pour jeter mon dévolu sur ce monsieur insignifiant. Et, autant que faire se peut, je rendais aussi responsable la section locale du PS, qui décida d’apporter son soutien à la candidature de ce monsieur insignifiant.

Richard Ferrand = tueur d’abeilles !




 






mardi 11 août 2026

Décarbonation : l'impasse électorale de l'écologie

Acidification des océans, artificialisation des sols, extraction de minerais, pollutions chimiques et aux particules fines, effondrement de la biodiversité, destruction des zones humides et du bocage, présence d'espèces invasives, eutrophisation des milieux, agriculture intensive, alimentation industrielle... Cette liste, non exhaustive, rappelle que le seul dérèglement climatique — avec ses bouleversements visibles (inondations, incendies...) atteignant un niveau d'intensité jamais égalé — ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. L'accumulation de ces phénomènes devrait engager l'ensemble des sociétés libérales vers un objectif de décroissance afin de contenir la pression anthropique sur la nature et, paradoxalement, sur leurs propres conditions d'expansion. Leurs représentants avaient pourtant engagé des protocoles fixés par eux-mêmes et leurs partenaires de la mondialisation : la décarbonation d'un modèle économique hautement accumulatif. Pourtant, dix ans après les accords de Paris, signés lors de la COP21, le modèle démocratique, fondé sur l'électoralisme à outrance, montre ses défaillances collectives et sa vulnérabilité face aux moyens à mettre en œuvre pour parvenir à protéger l'ensemble de l'humanité. 

Ce n'est pas un scoop, mais l'écologie ne s'affiche pas comme une priorité chez les Français et, a fortiori, pour une majorité de partis politiques — surtout ceux plutôt situés à droite de l'échiquier. Aucune classe sociale n'échappe à ce constat amer. Toutefois, il convient de s'interroger sur les capacités de chacun à se mobiliser pour modifier profondément, voire structurellement, ses habitudes de consommation dans l'alimentation, le logement, les loisirs et les modes de transport. 

Que peut-on attendre des 15 % de la population la plus pauvre, qui se ronge les sangs quotidiennement pour payer les factures, faire le plein de carburant, remplir le réfrigérateur et s'occuper, parfois seule, du foyer ? Si, en 2024, l'empreinte carbone moyenne d'un Français s'établit à 8,2 tonnes de CO₂ par an (source : ADEME), les ménages modestes ne sont pas les plus émetteurs. Sont-ils responsables de la qualité des logements locatifs ? Des choix énergétiques de l'État, notamment du développement massif du chauffage électrique au cours de la période nucléaire ? À quoi pourrait-elle renoncer ? À un véhicule acquis d'occasion parce que les voitures électriques lui sont inaccessibles et qu'on ne trouvera pas sur chaque parking de chaque immeuble des bornes de recharge ? On le sait : Les ménages les plus modestes disposent de marges de manœuvre plus faibles pour modifier leurs modes de déplacement, notamment lorsqu'ils dépendent de leur véhicule pour accéder à l'emploi ou sont plus tributaires du déploiement des transports en commun quand ils vivent en zone periurbaine.



Détourner les regards pour désigner les 10 % les plus riches, dont l'empreinte carbone est plus de deux fois supérieure à celle des 10 % les plus pauvres, reviendrait à ignorer la source de la dégradation de la condition fondamentale d'une existence digne, accordée à chaque habitant de cette planète. Cependant, la gauche française, y compris les écologistes, fait, volontairement ou non, l'erreur de ne pointer du doigt que l'unique cible des multinationales, de l'économie de la rente et du profit. Celles-ci ont été tellement privilégiées et protégées (ou assistées) par les gouvernements successifs depuis que la République est passée de la IIIᵉ à son modèle actuel, que la classe dominante est devenue intouchable, inatteignable, invisibilisée, pourvoyeuse de médias d'opinions réactionnaires. Selon toute vraisemblance, l'application d'une nouvelle taxe, type Zucman, ne suffirait probablement pas, à elle seule, à produire leur décarbonation (1).

Reste alors la classe intermédiaire, répartie entre sa tranche supérieure et sa partie moyenne inférieure. Tous les enjeux socio-économiques de transition écologique reposeraient sur l'ensemble de cette classe sociale, avec un indice bourgeois assez conséquent, qui représente, selon les conventions retenues, autour de 40 % de la population active. Directement ou indirectement, elle influence les politiques publiques et les programmes électoraux par : sa capacité contributive et fiscale, sa souplesse électorale (entre socio-démocrates, centre-droit, voire écologistes, même si un nombre plus croissant se laisse séduire par les positions de l'extrême droite), son capital économique, social et culturel et sa possibilité financière de tendre vers une transition énergétique supposée moins impactante. Entrepreneurs, professions libérales, fonctionnaires, ingénieurs, cadres, retraités les plus aisés, les militaires-rentiers de la manne publique — même s'ils forment un ensemble hétéroclite —, ont le même objectif : le maintien de leur niveau de vie (biens matériels et patrimoniaux), qu'ils considèrent comme incompressible et inaliénable. Question : une majorité d'entre eux assurerait-il, de facto, le niveau de vie néfaste de la classe la plus élevée ?

Les dirigeants des partis n'ignorent pas la faculté de la classe moyenne à mobiliser sa conscience citoyenne lors des échéances électorales. Quelle organisation politique se risquerait alors à scier la branche sur laquelle elle est assise ? Pour une démocratie française, même en deuil, cette classe demeure un corps électoral puissant qu'il convient de ménager, dans le but de tenter de l'orienter vers des décisions individuelles plus sobres. Jean-Luc Mélenchon lui-même le résumait sans détour pendant la campagne des législatives 2022 : " Ce n'est pas normal que la classe moyenne porte sur son dos toute la société." Sauf que, contrairement au niveau le plus élevé, les écologistes — les moins nombreux, les plus investis et décidés à renoncer à un modèle sociétal destructeur — remarquent, partageant le même espace public, que les ménages concernés n'ont pas renoncé à l'achat du dernier modèle de SUV, d'une piscine à deux pas de la plage, d'habitations surdimensionnées, de voyages à l'étranger et de vacances hivernales à la montagne.

Contrairement à ce que l'on voudrait faire croire, la décarbonation drastique n'est pas à l'ordre du jour dans les états-majors politiques, surtout si l'on doit atteindre, comme le préconise l'ADEME, 2 tonnes d'émissions de CO2/habitant/an en 2050. De façon évidente, les rapports d'ONG ou de scientifiques réputés, les commissions ad hoc, les conventions citoyennes pèsent peu en comparaison aux bulletins que l'on glisse dans l'urne. En réalité, ce n'est plus l'écologie qui est dans l'impasse, mais la démocratie représentative et l'intérêt général. Avec les débats autour de l'écologie, la question de la lutte des classes n'a jamais été autant d'actualité.

(1)Climat: "compter sur les riches ne suffira pas" https://www.inegalites.fr/Climat-Compter-sur-les-riches-ne-suffira-pas?utm_source=chatgpt.com

dimanche 2 août 2026

Le carrousel

Il n'y a pas d'avenir. À moins d'affirmer et de reconnaître que la mort est le point d'orgue de l'avenir. Soit. Il ne peut donc pas y avoir d'avenir sans la mort. Certains, emplis de chimères séculaires, affirmeront que la mort n'est qu'une étape — une énième, peut-être — vers un univers si curieux qu'aucun sur cette Terre n'en connaît la forme, l'odeur, la couleur, la texture. Ni les innombrables beautés disparues et ensevelies. La nature et ses torrents impétueux n'ont pas de place dans la mort. Au point que l'on suppose qu'ils s'en moquent ! On peut s'agripper à des Dieux antiques ou aux nouveaux Dieux, le ciel n'y changera rien.

L'avenir, on le cajole depuis la naissance. On le prévoit. On le promet. On le planifie. À force, on le verrait presque planqué derrière un léger brouillard de certitudes. Il vient bercer tous ceux et celles qui s'inquiètent du présent. Il est une sortie de tunnel, une vision pleine et entière, sans doute sans mystères — seulement faite de désirs. Et puis, tant qu'à faire, puisqu'ils ont confiance en l'avenir, ils y emmènent leurs mômes. Ils les trimbalent, les poussent souvent, à travers des routes droites, jalonnées par le confort de ne jamais se tromper. « L'avenir est une promesse ! » avait-on écrit sur un bout de papier. Comment le perçoit-on d'ailleurs, l'avenir ? Comme une maison solidement bâtie. Ou bien comme un parent qui vieillit, tout en souriant. Enfin... qui peut prévoir sa mort ?

On vend du baratin pour se plonger dans l'avenir. Des publicités. Des destinations. Des études. Un emploi dans la fonction publique. Un arc-en-ciel, sans noir et blanc. Et des enfants. Les enfants. Nous. À peine nés, déjà projetés — encombrés ou piégés — dans la mort. Et sans aucun doute, nous ferons la fierté de la famille, tout au long de ces années qui nous séparent de l'avenir. Mais jamais, ô grand jamais, on ne nous vendra l'avenir comme une fin. Cramoisi. Périlleux. Perdu. Mort. 

Alors, puisqu'il n'existe pas d'avenir, parlons du passé. Qu'a-t-on fait du passé ? À quoi s'identifie-t-il, en fait ? Aux souvenirs ? Aux expériences ? Aux rencontres ? Aux possibilités offertes par l'avenir ? Le passé se fout bien de nous. Il s'est barré, harassé de porter tout le fatras de la mémoire — tout ce qui n'a pas pu se construire, se réaliser. Il nous laisse seuls avec l'oubli. Et des miettes. Peu généreux, le passé éparpille quelques miettes, histoire de nous rappeler que nous avons été vivants. Joyeux, câlins, honteux, vigoureux, lamentables, aimants. C'est parfois soyeux tout de même d'oublier.

Le passé, pour le commun des mortels, est ennuyeux. Il se répète dans le présent afin de s'accorder à la nostalgie. « C'était mieux avant. » Un concert de Johnny, ou son vinyle qu'ils cylindrent en boucle. Au mieux, on s'achètera un ticket pour une tournée nostalgique. Un peu cabossés, ou flasques, mais ce sont eux — revenus du passé en le grimant ! La mélancolie, elle, a quelque chose de plus sacrificiel. Elle ne fait pas du passé une compagne. Leur différence ? Pendant que la première regrette les temps anciens, la seconde sait qu'ils ne reviendront plus. C'est certainement plus mortel à vivre.

À présent, à l'instant même où ces mots défilent sur l'écran, le présent s'est éclipsé. Il a pris la tangente, préférant sûrement s'acoquiner avec le passé, trop effrayé par l'avenir.

Passé, présent, avenir. Il n'y a rien de tout cela. Une vague idée de la tournure des événements, d'un carrousel en bois patiné par les efforts et dont le mécanisme s'épuisera pour s'arrêter définitivement. Piteux. Rabougri. Gras et sali. 

J'ai plongé mes yeux dans ceux de l'amour et je n'y ai vu qu'une petite mort.

Les punks du monde entier ont raison. Ce sont eux les véritables visionnaires et fossoyeurs, ces chacals : No future ! 

Ni Dieu ni maître.

La vie file, ne s'accroche à rien et surtout pas à l'avenir

samedi 1 août 2026

Antisémitisme. Livre "La petite Algérienne" en accès libre

En juillet de cette année se sont tenues les cérémonies de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux Justes de France. À Paris, un rassemblement a notamment commémoré la rafle du Vél' d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942, au cours de laquelle 12 884 Juifs furent arrêtés par la police française.

Réduire l'antisémitisme français à la seule période de Vichy reviendrait à effacer un siècle d'histoire. Dès la fin du XIXᵉ siècle, sous la IIIᵉ République, il s'enracine dans une partie de la société française, nourrit les ligues nationalistes, éclate au grand jour lors de l'affaire Dreyfus, trouve sous Vichy sa traduction institutionnelle, puis continue de resurgir, notamment dans les milieux d'extrême droite, jusqu'à aujourd'hui.

J'ai tenté, modestement, avec ce livre, d'apporter un éclairage précis sur des comportements ordinaires et documentés.

Il me semble également nécessaire de rendre hommage à toutes les victimes des violences liées à la période coloniale française en Algérie, notamment celles du pogrom de Constantine en 1934 et des massacres d'Algériens du 8 mai 1945. 

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Présentation

A.L. Pignol fut un odieux personnage de l’extrême droite française. Colon algérien, il profita de son statut de notable pour exécuter avec ferveur sa monomanie viscérale : ratonner du Juif. A.L. Pignol se sentait à l’aise au coeur de ces années folles, dans lesquelles l’antisémitisme français agissait comme un catalyseur pour toutes les aversions et les persécutions envers une communauté tout entière.

A.L. Pignol à droite sur la photo

Tout comme en Algérie, l’antisémitisme français, avant et pendant l’occupation allemande dans l’hexagone, s’il ne fut pas encouragé par une majorité de Vendéens, ne fut pas moins une discrimination extrême. De nombreux Français s’affilièrent à sa systématisation, soit avec frénésie et virulence, soit par allégeance au régime de Vichy ou encore par détachement routinier.

Ce récit d’une saga familiale française, inspiré de faits réels nous emmenant en Bretagne, prend sa source à la fin du 19ème siècle lorsque des migrants français s’accaparèrent le territoire algérien. Il y est question d’implantation des populations, de haine du Juif, de conflits et de répits. Henriette Mingam, fille aînée d’A.L. Pignol, épouse d’un officier d’origine bretonne, reste une icône centrale de cette mésaventure algérienne.

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David Derrien est l’auteur du livre « La bête au coin du cimetière » — avec une nouvelle publication "Les naufragés de Saint-Pol-de-Léon" en 2027— Son blog aborde des thèmes en lien avec la littérature, l’écologie, l’anarchie, les politiques locales et la Bretagne : dderrien.blogspot.com. 

Ses passages dans les milieux culturel et politique breton depuis 30 ans font de lieu un observateur attentif et atypique de son pays, porté par une réelle liberté d’opinions et d’agissements. On l’a connu aussi comme sentinelle de l’environnement à travers son personnage « dédé l’Abeillaud ».

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Lien vers le livre

https://heyzine.com/flip-book/18aefe20ce.html

Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...