Il n'y a pas d'avenir. À moins d'affirmer et de reconnaître que la mort est le point d'orgue de l'avenir. Soit. Il ne peut donc pas y avoir d'avenir sans la mort. Certains, emplis de chimères séculaires, affirmeront que la mort n'est qu'une étape — une énième, peut-être — vers un univers si curieux qu'aucun sur cette Terre n'en connaît la forme, l'odeur, la couleur, la texture. Ni les innombrables beautés disparues et ensevelies. La nature et ses torrents impétueux n'ont pas de place dans l'avenir. Au point que l'on suppose qu'ils s'en moquent ! On peut s'agripper à des Dieux antiques ou aux nouveaux Dieux, le ciel n'y changera rien.
L'avenir, on le cajole depuis la naissance. On le prévoit. On le promet. On le planifie. À force, on le verrait presque planqué derrière un léger brouillard de certitudes. Il vient bercer tous ceux et celles qui s'inquiètent du présent. Il est une sortie de tunnel, une vision pleine et entière, sans doute sans mystères — seulement faite de désirs. Et puis, tant qu'à faire, puisqu'ils ont confiance en l'avenir, ils y emmènent leurs gosses. Ils les trimbalent à travers des routes droites, jalonnées par le confort de ne jamais se tromper. « L'avenir est une promesse ! » avait-on écrit sur un bout de papier. Comment le perçoit-on d'ailleurs, l'avenir ? Comme une maison solidement bâtie. Ou bien comme un parent qui vieillit, tout en souriant. Enfin... qui peut prévoir l'avenir ?
On vend du rêve pour se plonger dans l'avenir. Des publicités. Des destinations. Des études. Un emploi dans la fonction publique. Un arc-en-ciel, sans noir et blanc. Et des enfants. Les enfants. Nous. À peine nés, déjà projetés — encombrés ou piégés — dans la mort. Et sans aucun doute, nous ferons la fierté de la famille, tout au long de ces années qui nous séparent de l'avenir. Mais jamais, ô grand jamais, on ne nous vendra l'avenir comme une fin. Cramoisi. Périlleux. Perdu.
Alors, puisqu'il n'existe pas d'avenir, parlons du passé. Qu'a-t-on fait du passé ? À quoi s'identifie-t-il, en fait ? Aux souvenirs ? Aux expériences ? Aux rencontres ? Aux possibilités offertes par l'avenir ? Le passé se fout bien de nous. Il s'est barré, harassé de porter tout le fatras de la mémoire — tout ce qui n'a pas pu se construire, se réaliser. Il nous laisse seuls avec l'oubli. Et des miettes. Peu généreux, le passé éparpille quelques miettes, histoire de nous rappeler que nous avons été vivants. Joyeux, câlins, honteux, vigoureux, lamentables, aimants. C'est parfois soyeux tout de même d'oublier.
Le passé, pour le commun des mortels, est ennuyeux. Il se répète dans le présent afin de s'accorder à la nostalgie. « C'était mieux avant. » Un concert de Johnny, ou son vinyle qu'ils cylindrent en boucle. Au mieux, on s'achètera un ticket pour une tournée nostalgique. Un peu cabossés, ou flasques, mais ce sont eux — revenus du passé en le grimant ! La mélancolie, elle, a quelque chose de plus sacrificiel. Elle ne fait pas du passé une compagne. Leur différence ? Pendant que la première regrette les temps anciens, la seconde sait qu'ils ne reviendront plus. C'est certainement plus terrifiant à vivre.
À présent, à l'instant même où ces mots défilent sur l'écran, le présent s'est éclipsé. Il a pris la tangente, préférant sûrement s'acoquiner avec le passé, trop effrayé par l'avenir.
Passé, présent, avenir. Il n'y a rien de tout cela. Une vague idée de la tournure des événements, d'un carrousel en bois patiné par les efforts et dont le mécanisme s'épuisera pour s'arrêter définitivement. Piteux. Rabougri. Gras et sali. Les punks du monde entier ont raison. Ce sont eux les véritables visionnaires et fossoyeurs, ces chacals : No future !
Ni Dieu ni maître.
La vie file, ne s'accroche à rien et surtout pas à l'avenir


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