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lundi 17 août 2026

Climatosceptique. L'idiocratie a un QI

Contrairement aux idées reçues, l'Idiocratie n'est pas exclusivement un univers peuplé d'écervelé·es, figé·es au degré zéro de l'évolution. Ou, tout du moins, ce n'est pas nécessairement un univers dans lequel les moins compétents, les moins informés ou les plus démagogues exercent le pouvoir ou influencent fortement les décisions.



Car, pour exister et prospérer, un système idiocratique a besoin d'avis solides, d'arguments construits et de démonstrations présentées comme inattaquables, incarnés par des hommes d'envergure dans leurs domaines respectifs : scientifiques, ingénieurs, politiques, journalistes, influenceurs, etc. Certains finissent même par devenir des figures emblématiques sur lesquelles l'Idiocratie peut s'appuyer.

La doxa « climatosceptique » dispose précisément de ce type de personnalités : des idiocrates dotés d'un QI élevé, de compétences reconnues dans leur domaine et capables de produire des arguments concernant la part anthropique du dérèglement climatique. En voici quelques portraits.

Avant toute chose, une précision s'impose. Ces idiocrates mettent l'accent, dans leurs interventions, sur la notion de « réchauffement climatique ». J'insiste sur ce point, car il ne s'agit pas seulement d'une question sémantique. Les bouleversements observables relèvent plus largement du dérèglement climatique : en été, on aurait tendance, sciemment ou non, à oublier les inondations de l'hiver ; en hiver, les incendies de l'été. Le climat ne se résume pas à une simple courbe de température : ses dérèglements se manifestent par une multiplication et une intensification de phénomènes extrêmes, dont la succession et la répartition saisonnière peuvent brouiller notre perception du dérèglement. (1) 

On pourrait débuter cette galerie de portraits par le plus polémique d’entre eux : Claude Allègre. Même si sa voix a distillé un certain nombre d’allégations, cet ancien ministre socialiste, ardent défenseur du déploiement du nucléaire civil, était avant tout un géochimiste de métier. Il est décédé en 2025. Il mérite notre oubli.

D’autres, bien vivants ceux-là, peut-être inspirés par cette figure historique du climatoscepticisme, contestent à leur tour le rôle du CO₂ dans le dérèglement climatique et continuent d’alimenter cette mouvance, notamment grâce à la publication de nombreux ouvrages sur le sujet. Les relais qu'ils trouvent dans certains médias sont soutenue par des organisations libérales, de droite, voire d'extrême droite.

Benoît Rittaud est enseignant-chercheur en mathématiques (2). Il préside l'association des Climato-réalistes. Dans l'émission de Sud Radio animée par André Bercoff, le jeudi 9 novembre 2023, il intervenait sur la conception qu'il se fait de l'écologie qui, d'après lui, relèverait avant tout de l'univers du mythe et des légendes. Des extraits de cet entretien ont été relayés par le média en ligne « Méchant Réac » (3).

En cinq minutes de diffusion, l'ensemble de son argumentaire peut être balayé d'un revers de main. Selon ses dires, l'apparition du « mythe écologiste » remonterait au début de la guerre froide. En affirmant cela, il prend d'emblée des risques extrêmes. Premièrement, l'écologie n'est pas un mythe, mais une science ; deuxièmement, même au cours des siècles passés, on ne la nommait évidemment pas encore « écologie », mais de nombreux érudits s'intéressaient déjà aux interactions entre les activités humaines et la nature.

Le géographe libertaire Élisée Reclus, dès le XIXe siècle, consacrait ainsi une grande partie de son œuvre à l'étude des relations entre les sociétés humaines et leur environnement. Dans L'Homme et la Terre, publié à partir de 1905, il analyse notamment la manière dont les activités humaines transforment les milieux naturels. Faire de la guerre froide le point de départ de la pensée écologique revient donc à faire l'impasse sur plusieurs décennies de réflexion consacrées aux rapports entre l'homme et son environnement.

Autre aspect de l'intervention de Rittaud (que l'on retrouve d'ailleurs chez les autres idiocrates) : la peur irrationnelle. Le mathématicien présente des figures telles que Rachel Carson (3) comme des sortes de prédicateurs ayant contribué, notamment à travers son livre à succès Le Printemps silencieux, à distiller dans les esprits une peur irrationnelle de la fin du monde. Il soutient ainsi que « la pollution des sols par des composants chimiques allait faire qu'il n'y aurait plus d'oiseaux, c'était déjà très poétique ».

Il n'y a pourtant rien de poétique à constater la disparition des oiseaux. Quant à la « peur irrationnelle » qu'il évoque, encore faudrait-il démontrer en quoi l'alerte lancée par Rachel Carson relevait de l'irrationalité. 

Chritian Gérondeau. Nucléiste obsessionnel, haut fonctionnaire, Christian Gérondeau fustige depuis plusieurs décennies le « dogme écologique », selon lequel l'homme serait responsable de la transformation du climat, ainsi que l'ampleur du dérèglement climatique qui en résulterait. À l'écouter, le climat a toujours changé et obéit à une succession de cycles alternant « périodes chaudes » et « périodes froides ». Dans un entretien accordé en février 2025 au média Tocsin (5), il affirme ainsi que, depuis le milieu du XIXe siècle, « la période actuelle est un nouvel optimum, la Terre se réchauffe, c'est une très, très bonne nouvelle ». Curieusement, pour cette dernière période, il ne fait pas le lien entre la naissance de l'ère industrielle et ses conséquences sur le climat.

À ce stade, inutile d'être exhaustif à moins de vouloir attraper la nausée, surtout s'il faut nommer tous les idiocrates de droite et d'extrême-droite. Malgré tout, on pourrait citer : 

Vincent Courtillot
Géophysicien, Académie des sciences

Proche d’Allègre et probablement l'un des scientifiques français les plus associés à au climato-scepticisme après Allègre (les autres se présentent plutôt comme climato-réalistes) . Il a défendu l’importance de facteurs naturels, notamment solaires, dans les variations climatiques récente.

François Gervais
Physicien
A publié L'Innocence du carbone, conteste notamment l'importance du CO₂ anthropique et certaines conclusions du GIEC. Il est régulièrement cité parmi les scientifiques français climatosceptiques.

Rémy Prud'homme
Économiste
Critique du discours climatique et surtout du coût économique des politiques climatiques ; auteur de L'Idéologie du réchauffement

Que faut-il de plus pour démontrer que des certitudes solidement encrées, orientées vers la droite et le nucléaire, peuvent perturber les meilleures décisions à prendre ? Pendant que le dérèglement climatique métamorphose dangereusement les conditions du vivant sur Terre, les Idiocrates continueront de régner sur un monde de cendres. Ils trouveront certainement encore à disserter sur leur propre échec en Idiocratie.

(1) Déréglement climatique ou changement climatique ? https://www.socialisme-libertaire.fr/2024/11/dereglement-climatique-ou-changement-climatique.html

(2) Benoît Rittaud. Enseignant chercheur en mathématiques https://www.futura-sciences.com/sciences/personnalites/mathematiques-benoit-rittaud-140/

(3) J'ai lu et aimé : le déraisonnement climatique  https://mechantreac.blogspot.com/2023/11/jai-lu-et-aime-le-deraisonnement.html

(4) Le printemps silencieux https://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps_silencieux

(5) Tocsin média https://www.youtube.com/watch?v=zbf8iA7rYGI



1 commentaire:

  1. Coucou David,

    tu oublies de mentionner que les 2 camps ne parlent pas du sujet le plus important qui est : les manipulations climatiques.

    Bien à toi. J.L.

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