Synopsis
Le récit s’attache à décrire le quotidien de ces hommes, femmes et enfants, pris dans un système social qui les maintient aux marges. À travers une chronique nourrie de faits historiques et de trajectoires humaines, le livre explore la formation d’un microcosme singulier, fait de solidarités discrètes, de conflits internes, de résilience, mais aussi d’échecs. Kermi apparaît comme un monde en soi, régi par ses codes, ses silences et ses fractures.
Sans héroïsation ni misérabilisme, l’ouvrage met en lumière les tensions sociales qui traversent le quartier : rapports de classe, sentiment d’exclusion, poids du travail saisonnier, fragilité des structures familiales. Certaines trajectoires basculent dans l’indigence, révélant les limites des mécanismes de solidarité et l’absence de véritables perspectives d’ascension sociale. Toutefois, l'auteur décrit, à travers des scènes particulières, des moments de communion.
En croisant personnages réels et figures fictionnelles, Les Naufragés de Saint-Pol-de-Léon propose un portrait inédit et collectif de la condition ouvrière dans le Haut-Léon au XXᵉ siècle. Le livre interroge la mémoire d’un lieu longtemps ignoré et restitue, avec rigueur et distance, l’histoire de ceux et celles qui y ont vécu, travaillé et parfois sombré. Un siècle après la construction du quartier, cette chronique s’impose comme une tentative de restitution fidèle d’un monde disparu, sans chercher à orienter l’émotion du lecteur, mais en donnant à voir les mécanismes sociaux à l’œuvre.
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| Marie Goasdu, à droite sur la photo. Avec le chien Pinard |
Extrait
La première fois que Suzette Riou rencontra, ou plutôt entendit Marie Goasdu, c’était il y a plus de 20 ans, en avril 1947. Sa voix, criarde, variant dans les graves avec un fort accent breton, tonnait sur le marché, près des Halles. Sa colère se faufilait jusqu’à la grande place du parvis face à la cathédrale, ondulant dans les rafales, à travers les tentes des déballeurs. Son outrance se fracassait sur la façade imperturbable, imperméable de la cathédrale, tambourinait sur le portail à deux baies puis rebondissait dessus sans que celui-ci voulût céder. Avant même de la voir, Suzette comprit à qui elle avait affaire.
À ce niveau, Suzette qui remontait la Grand-rue,
ne percevait que des fragments d’indignation, un mélange d’éructation dit en
français et en breton. Le tintamarre ordinaire créé autour des étals ne
parvenait pas à éteindre l’intonation courroucée de Marie Goasdu. Goasdu, homme noir, homme sombre :
un nom qui convenait à l’humeur de Marie Derrien.


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