Le Chamaerops humilis, ou plus communément nommé palmier, se caractérise par sa propension à envahir les jardins pavillonnaires. On le distingue entre tous, avec ses proportions ostentatoires et sa silhouette hérissée. Ce qui n’est pas, chez lui, un signe de rébellion, ni une marque d’extravagance, ni même une quelconque menace — à l’image de Sideshow Bob dans Les Simpsons— pour l’irremplaçable et indétrônable hortensia.
On le plante surtout dans le carré de pelouse pour des raisons infiniment plus futiles comme l'affichage. Cela prêterait à sourire, voire à le ridiculiser, si son indice écologique n'atteignait pas un score désastreux et ne rendait pas ce sourire nettement plus amer.
Pourtant, au tout début de la colonisation, son esthétisme était l’apanage de quelques demeures cossues. Il évoquait de lointains rivages, des vacances exotiques en Outre-mer ou dans les pays du Maghreb. Doté d’une maturité exceptionnelle et érigé en marqueur d’une flatterie dite « chic », le palmier est progressivement devenu l’étalon banal du mimétisme esthétique.
Il pulule comme pulule le pavillon, avec le même gabarit, la même uniformité, la même illusion de distinction. Car c’est bien le cas : une illusion. Il est le symbole végétal de la standardisation des gestes sans effort ni cueillettes. D’un mimétisme sans créativité, d’un ennui visuel, de rêves interchangeables pour des destinations où l’on s’entasse sous les cocotiers.
Et pourtant. Il est devenu un exemple patrimonial, capable de s’acclimater, pensait-on, dans des zones tempérées comme sur l’Île-de-Batz. Le palmier donne l’illusion d’un ailleurs alors que, sur ce récif, nous y sommes déjà, ailleurs. Même si sa portée scientifique et botanique, au sein du jardin de Georges Delaselle, s’illustrait dans un site classé « Jardin remarquable », les effets de la tempête Ciarán sur lui ont été dévastateurs. Ils soulignent, par cet exemple, la fragilité des paysages exotiques face aux aléas du dérèglement climatique en Bretagne.
Nonobstant cet épisode hivernal d’une intensité qui s'installe, la normalisation du palmier dans les jardins ornementaux présente, en termes environnementaux, bien des inconvénients, loin de la passivité qu’il exhibe. Empreinte carbone élevée (production et transport), utilisation intensive d’engrais, modes de culture — notamment sous serres énergivores — derrière la silhouette décorative se cache une mécanique coûteuse et peu vertueuse.
Le plus inquiétant, dans la généralisation d’un paysage pavillonnaire banalisé, où le palmier désigne une certaine forme de paisibilité factice, est que l’on en revienne toujours à la même observation : une passivité non coupable, une oisiveté sans autre horizon que d’attendre les beaux jours afin de caler le barbecue sous le palmier, comme si l’ombre exotique suffisait à donner sens au quotidien.
Ainsi, le palmier n'explique rien du voyage, rien de l’exotisme, ni même de la botanique. Il dit le confort d’un imaginaire prêt-à-planter, l’économie d’un effort, la reproduction immobile d’un décor standardisé. Sous ses palmes, ce n’est pas l’ailleurs qui se pavane, mais l'anormalité.
Calcul de l'empreinte écologique de l'auteur : 2.5 T de rejets de CO2 en 2025 (niveau de soutenabilité : 2 T selon les données de l'Ademe)




En Espagne, depuis une vingtaine d'années, les Palmiers sont attaqués de l'intérieur du tronc par la larve d'une sorte de Charançon, appelée "Pico rojo", jusqu'à la mort de ces arbres (ex. la palmeraie d'Elx/Elche, au sud d'Alicante). Cf. internet.
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