S'il y a un secteur épargné par la dernière réforme des retraites, c'est bien celui de l'Armée. Et pourtant, le poids et l'origine des pensions militaires dans le budget de l'État sont rarement remis en cause. Ces deux aspects – poids et origine – sont-ils réellement justifiés ? Les pensionnés de l'Armée ne représentent-ils pas une charge durable pour l'État, bien supérieure à celle des retraités des autres services publics ? Et apportent-ils, dès leur départ, un bénéfice tangible à la société ?
En 2025, 550 000 personnes percevaient une rente publique militaire (1). Avec une carrière courte, très souvent limitée aux casernes, l'âge canonique de départ à la retraite s'établit à 45 ans. La charge de ces pensions représente 11 milliards d'euros, soit entre 17 et 20 % du budget total du ministère des Armées, qui s'élève à 50 milliards d'euros (hors dépense de la rente).
Le régime fonctionne comme celui des autres fonctionnaires : il n’est pas financé par une caisse autonome, mais directement par le budget de l’État. Les cotisations des militaires ne couvrent qu’une fraction limitée des pensions versées. En pratique, un militaire perçoit environ neuf fois plus que ce qu’il a cotisé, son capital-retraite étant financé par l’impôt. Avec une rente mensuelle moyenne de 1 900 euros brut sur une période de 33 ans, on peut difficilement éviter le terme de « retraites dorées », surtout au regard des budgets déjà grevés par la dette (2).
Dans les faits, avant l'obtention de leurs soldes, sur les dix dernières années, seuls 4 % des militaires français ont été engagés à un moment donné dans des opérations extérieures ou des zones de conflits, soit 6 000 à 8 000 soldats en OPEX (3). Autrement dit, des centaines de milliers de retraités perçoivent chaque année des pensions importantes financées par l’impôt, sans avoir jamais été exposés au moindre risque, ce qui soulève la question de l’efficacité sociale et budgétaire de ce système d'inactifs en service puis au repos. Ne devrait-on pas encore réduire drastiquement les effectifs de l’Armée (jusqu'à sa disparition) et, par conséquent, alléger la charge des pensions sur l’impôt ?
Comme beaucoup de pensions servent à des retraités qui n’ont donc jamais été exposés au danger (4), le lien entre coût et service social est faible. De son côté, l'efficacité budgétaire reste elle aussi déficiente : le système mobilise des milliards d’euros d’impôt pour une minorité réellement exposée, ce qui, en termes comptables, apparaît comme disproportionné. On ne saurait dire que ces retraités contribuent concrètement au "service de la Nation".
En des termes plus clairs : les pensions militaires sont pécuniairement sécurisantes pour les retraités, mais peu contributives au bien commun si l’on mesure le service réel rendu à la société ou à la proportion de risques assumés. En réalité, en comparaison aux services publics bien plus utiles pour une société, à l'exemple de la santé ou de l'éducation, parfois plus exposés – comme, la protection civile (5) – il est paradoxal de privilégier et de renforcer le rôle de ciels, qui n'ont jamais apporté un bénéfice social réel à leurs contemporains. À moins d'avoir indirectement du sang sur les mains si l'on travaille dans l'armement... voilà à quoi tient le PIB d'une nation.
(1) Total des personnes touchant une pension militaire (retraités + veuves/conjoints + orphelins)
(2) Poids sur l’impôt : ≈ 3 %
(3) Source : Opex : Opération extérieure. Ministère des Armées
(4) Hors risque passif comme l'exposition invonlotaire aux radiations nucléaires.
(5) J'ai été pompier toute ma vie, à 59 ans, voici combien je touche de retraite. Article de Marie France. Mars 2025




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire