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mercredi 28 janvier 2026

Le film plastique fait son show


Repartage. Première publication août 2015.
D'autres avant moi sur Plougastel-Daoulas avaient alerté sur la nocivité du plastique laissé à l'abandon dans la presqu'île. Depuis ils sont devenus naturalistes, préférant photographier les petits papillons posés sur les fleurs du printemps, à proximité du plastique en question. J'ai même entendu l'un d'eux prétendre qu'il valait mieux laisser le plastique en place pour ne pas perturber l'écosystème. Je rêve ! Le plastique devient un élément naturel et banalisé.
De mon côté, après une intense activité, variée et pérenne, il y a 10 ans, à mon tour, j'ai laissé tomber. Si j'étais trop ambitieux sur les objectifs ou sur une approche moins "écologie punitive", je ne savais pas que les habitants de la commune se foutaient autant de la calamité écologique que représente ce plastique présent dans le sol, la végétation et les cours d'eau. Mais ils s'en foutent, à un point !! À 99.99 %. J'ai découvert depuis qu'ils se foutaient également du déversement dans la rade de leurs propres excréments. Ces personnes figurent plutôt dans le haut du panier social.
Étonnamment, des personnes se mobilisent pour ramasser les déchets des criques. Ils délaissent les déchets des talus. Curieux. Sachant qu'il existe des pollutions invisibles comme l'E. coli des bords de mer. Mais là aussi, (presque) personne. Curieux ?
Personnellement, J'ai fait le choix, depuis longtemps, de ne plus ramasser le plastique des talus et des bords de mer. Mais strictement rien ! C'est foutu. Je ne suis ni compable de sa pollution, ni de son impact, ni de sa nocivité, ni de son avenir. Ni de la merde déversée dans la plus belle rade du monde.

Berge de l'Elorn - Plougastel-Daoulas


// Prod est une association qui entend sortir des sentiers battus pour mettre la création militante au service de la nature. Il s'agit de faire autrement, de manière décalée, pour accoucher de démonstrations éphémères afin d’alerter sur les risques encourus par des pollutions et de sensibiliser au maintien de la richesse de la biodiversité qui est menacée.
// Prod a investi le champ laissé sale par la prolifération de fragments de film plastique agricole, utilisé pour les cultures en pleine terre, puis, au mieux, rejeté et abandonné dans les talus de Plougastel-Daoulas, au pire brûlés en fin de cycle d’usage. Le principe est de sortir de la banalisation d’une pollution qui se généralise par délitement et devient calamiteuse faute de réponses adaptées de la part institutions pour gérer le passé et dégager des fonds publics pour financer des chantiers de collecte.
Chemin pédestre - Plougastel


L’idée de // Prod est donc de ramasser les morceaux de plastique noir, à nettoyer et dépourvus de salissure, puis de créer des atmosphères perturbantes. Ca peut être aussi bien :

+ utiliser la végétation morte, momifier les arbres déracinés ou des branches de gros calibres. Le concept est de reconstruire un paysage dénaturé en replantant ces arbres au cœur de l'écosystème intact et de créer un contraste entre une nature verdoyante et la souillure laissée sur place,
+ monter des mannequins à l’aide de grillage (formes humaines ou animales) et les enrubanner de la bâche agricole. Produire des mises en scène directement sur site avec un objectif narratif autour des menaces écologiques,
+ fabriquer des cercueils à partir de carton eux aussi recouverts de film plastique. Les suspendre aux arbres qui voûtent les chemins pédestres, devenant le symbole d’un cimetière végétal.
L’ensemble de ces réalisations est fixé par une colle naturelle(à base d'eau, de farine et de sucre).

Ci-dessous différentes réalisations

Où se glisse le danger ?


Au-delà de la recherche d’une plastique artistique, que nous dévoile cette mise en scène perturbée car dénaturée ?
Au début il y a l’arbre, symbole de la puissance de l’élévation et du cycle de la vie. Mais affaissé sur le flanc, il personnifie la fragilité de la nature, contrariée par l’emprise d’une calamité écologique, aliénée par une pollution, celle du film plastique agricole. Son déracinement renvoie à la condition humaine qui se fige de façon compulsive dans une organisation urbaine, venant rompre la symbiose de l’homme à son environnement. Perturbé par sa propre futilité, il ne saisit plus l’essentiel et s’éloigne des vraies attitudes à adopter, comme le suggère l’introduction des deux personnages dans ce paysage. On y voit un référent adulte, tout aussi bien un père, un animateur socioculturel ou bien encore un éducateur spécialisé.
Il est accompagné d’un enfant qu’il surveille. Cet enfant, qui dévale sur un toboggan, peut à chaque instant chuter et se faire mal. Au demeurant, la vigilance du référent est légitime. Mais son attention n’est-elle pas détournée du véritable danger que représente le plastique qui l’entoure et dont il a banalisé la nocivité ? Car en effet que devient ce plastique quand il se désagrège ? Transformé en fragment, ce plastique, avec la complicité des éléments (ruisseau, vent, …) rejoint les estuaires, puis file dans la rade de Brest, s’incruste sous la forme de micro-résidus et contribue à l’intoxication de la chaîne alimentaire. Certainement que le référent et l’enfant consomment régulièrement du poisson. Ils viennent, à leur tour, sans le suspecter, d’être contaminés par l’ingestion de plastique. A-t’on alors bien évalué le sens des responsabilités ?

Cimetière végétal
Bois classé. Bordure du domaine maritime. Loperhet (29). Le propriétaire du bois autorise un serriste de Plougastel à faire brouter son bétail dans la parcelle. Conséquence : les animaux arrachent les écorces des arbres, mettant la chair à nu. La surpopulation du troupeau entraîne un pâturage excessif, ce qui conjugué à de fortes intempéries durant l'hiver 2013 provoqua à la fois la chute des arbres malades sur un terrain en pente mais également d'arbres sains en bordure de l'Elorn. Le signalement par l'assocation "À quoi ça serre" des dégâts occasionnés dans ce bois, aurpès du propriétaire, a semble-t-il été efficace, car depuis aucune présence de bêtes n'a été relevée.




Lieux au culte

Sanctuariser un lieu de culte ne sauvera pas le sacré de la nature.

Chapelle St Jean - Plougastel


Chapelle St Claude - Plougastel

Chapelle St Tremeur - Plougastel


Poème

Foutu film

Foutu film ! Il se faufile fossoyeur
Se défile habiller le lit des estuaires
Se prélasse sous une plastique noirceur
Tel un brai résidu délavé au polymère

Squatteur, il scarifie les murets à mûrier
Se plait en plaie, une pléiade de rats du sol
Immondice famélique de peu de fraisiers
Dès lors dévore les environs de Kergolle

Opportuniste, il se tapit végétal
Rivalise et s’enracine à se fossiliser
Dans le charnier d’une chimie létale
Dans la chimère boisée des prieurés 

Outrancier, il outrepasse son sort
S’éternise dans la friche défraîchie
S’abandonne atone dans le décor
Pour un temps décuplant sa gabegie

Kergolle - Plougastel

Certains textes et certaines photos font l'objet d'un supplément à la revue brestoise, Kraspeck. Publication d'août 2015.

lundi 26 janvier 2026

Ve République : l'arnaque du général

Depuis plusieurs années maintenant, la Ve République française est reconnue comme étant dans l'impasse par un nombre croissant d'observateurs(1). Pas seulement dans son aspect politique et constitutionnel mais aussi dans l'adhésion de la population ainsi que dans le rapport qu'elle entretient avec elle. En 1962, le principe du vote au suffrage universel direct du président de la République devait pourtant accorder une stabilité prolongée au pays. Avec l'élection d'Emmanuel Macron, les limites de l'exercice de manipulation ont été atteintes, précisément parce qu'il s'agissait, dès le début de la réforme voulue par De Gaulle, d'un coup d'état constitutionnel(2), dès lors incompatible avec la justesse d'une démocratie directe. 

Revenons un peu sur le cours de l'histoire. Au début de la IVe République, la France est empêtrée en Algérie. Le climat est insurrectionnel dans les rangs des officiers. On frôle à chaque instant un renversement de régime par les militaires(3). L'Assemblée nationale est perpétuellement agitée, bloque les réformes, se recompose pour mieux se diviser. Ce qui renforce le sentiment de perte d'autorité de l'État. Ce fatras parlementaire légitime la décision du général de Gaulle, guidé par sa seule volonté : instaurer le vote au suffrage universel direct du président de la République, engagé lors de son élection de 1962. Les Français sont ensuite consultés par référendum pour approuver la révision de la Constitution de 1958. Cette révision renforce ainsi la mainmise de De Gaulle sur la République, mais sans que le peuple ne soit véritablement impliqué comme un acteur du changement(4)

Cependant, ce passage au rôle suprême du président hiérarchise désormais les missions du gouvernement et de l'Assemblée nationale. De facto, le transfert des pouvoirs s'opère du Parlement vers l'exécutif. Ce moment marque le passage d'un régime parlementaire représentatif à un régime présidentiel de fait. En réalité, dès l'origine, cette réforme ne pouvait pas être validée par une Assemblée constituante, car le général avait déjà tout verrouillé pour éviter que cela, justement, ne se produise. L'objectif était clair : rétablir la stabilité ! Et qui mieux qu'un haut personnage de la Résistance - d'abord depuis l'Angleterre - puis celui qui a libéré Paris - avec le soutien des Alliés - pour incarner cette stabilité ? La France a besoin d'une figure tutélaire, elle sera sculptée dans le granit du général ! 

La question de la légalité de la Ve République et de son bras armé que représente le vote aux élections, peut alors se poser. Après tout, des accusations justifiées pèsent sur sa genèse : n'y a-t-il pas matière à contestation ? De manière assurée, affirmer que l'on vote aux élections présidentielles pour représenter le peuple est structurellement faux car le régime ne remplit pas la mission qu'il invoque : la souveraineté populaire. De surcroît, attribuer plus de pouvoir à un seul individu ne sous-entend pas que sa doctrine doive adopter le bonapartisme. Mais à cause de cette position hégémonique, les tentations à plus de fermeté sont régulièrement murmurées dans les couloirs de l'Élysée, y compris chez les socialistes, et s'insinuent davantage dans les relais médiatiques. Et par mimétisme, le ruissellement n'est pas collectif mais accaparatif, chacun.e lorgnant sur son propre lopin de royaume. 

Aujourd'hui, les décisions arbitraires et incompréhensibles d'Emmanuel Macron, surtout lors de son second mandat avec l'organisation d'une nouvelle élection législative, ouvre une nouvelle brèche, béante, dans l'édifice républicain. À force de présider ce pays dans le plus absolu rapport de force avec la représentation nationale(5), les décisions d'un seul homme ont profondément sapé ce que le général de Gaulle avait laborieusement manigancé : l'illusion d'une procuration solide par le vote. Ainsi, ce qui fut présenté comme un instrument de stabilisation devient le cœur même du chaos institutionnel(6), désormais permanent et diligenté par l'exécutif, lui-même. Par conséquent, l'échec de l'égalité, de la fraternité et de la liberté est patent. Effectivement, il y a de quoi se sentir fier d'être Français et de se rouler dans son patriotisme.

Le dogme de la Ve République se révèle à présent être une machine à concentrer le pouvoir, où le peuple, parce que hypnotisé, et acteur indirect, assiste (de plus en plus indifférent) à l’érosion progressive de sa souveraineté. Tandis qu'on exhorte le citoyen à se rendre toujours aux urnes, cette République est-elle, en fin de compte, encore légitime ? Et par extension, le vote aux élections majeures ?

Un vieil adage rappelle que "le ver est dans le fruit".


(1) Marie-Anne Cohendet, Thomas Snégaroff, Alain Duhamel

(2) La révision constitutionnelle de 1962 a été juridiquement contestée par le Parlement parce qu’elle a été réalisée en dehors de la procédure prévue par l’article 89, en recourant à l’article 11. Vote du mention de censure du Parlement contre le gouvernement de Georges Pompidou. Dissolution de l'Assemblée qui est neutralisée

(3) En 13 mai 1958,  à Alger, militaires et colons prennent le contrôle, créant un Comité de salut public. https://fr.wikipedia.org/wiki/Comit%C3%A9_de_salut_public_%281958%29?utm

(4) La révision constitutionnelle et le référendum de 1962. https://www.vie-publique.fr/fiches/38016-la-revision-constitutionnelle-et-le-referendum-de-1962?utm_source=chatgpt.com

(5) À l'exemple du recours au 49.3 pour la réforme des retraites de 2023

(6) Il y a des tentations persistantes à désigner l'anarchie comme vecteur de turbulences...

"Les naufragés de St-Pol-de-Léon". Du manuscrit au livre


Le gérant de la Maison des Éditions des Montagnes noires a confirmé la publication dans son catalogue de mon prochain livre : Les naufragés de Saint-Pol-de-Léon, en juin ou septembre prochain.

Synopsis 

À partir de 1924, le quartier de Creac’h Mikael, dit Kermi, est construit à l’écart de Saint-Pol-de-Léon pour loger une population ouvrière issue des milieux populaires. Pensé comme une solution pragmatique à la pénurie de logements, il devient rapidement un espace de relégation sociale. Isolés géographiquement et symboliquement, ses habitants vivent entre précarité économique, conditions de travail pénibles — notamment dans l’emballage légumier — et méfiance persistante de la population locale.

Le récit s’attache à décrire le quotidien de ces hommes, femmes et enfants, pris dans un système social qui les maintient aux marges. À travers une chronique nourrie de faits historiques et de trajectoires humaines, le livre explore la formation d’un microcosme singulier, fait de solidarités discrètes, de conflits internes, de résilience, mais aussi d’échecs. Kermi apparaît comme un monde en soi, régi par ses codes, ses silences et ses fractures.

Sans héroïsation ni misérabilisme, l’ouvrage met en lumière les tensions sociales qui traversent le quartier : rapports de classe, sentiment d’exclusion, poids du travail saisonnier, fragilité des structures familiales. Certaines trajectoires basculent dans l’indigence, révélant les limites des mécanismes de solidarité et l’absence de véritables perspectives d’ascension sociale. Toutefois, l'auteur décrit, à travers des scènes particulières, des moments de communion.

En croisant personnages réels et figures fictionnelles, Les Naufragés de Saint-Pol-de-Léon propose un portrait inédit et collectif de la condition ouvrière dans le Haut-Léon au XXᵉ siècle. Le livre interroge la mémoire d’un lieu longtemps ignoré et restitue, avec rigueur et distance, l’histoire de ceux et celles qui y ont vécu, travaillé et parfois sombré. Un siècle après la construction du quartier, cette chronique s’impose comme une tentative de restitution fidèle d’un monde disparu, sans chercher à orienter l’émotion du lecteur, mais en donnant à voir les mécanismes sociaux à l’œuvre.

Marie Goasdu, à droite sur la photo. Avec le chien Pinard


Extrait

La première fois que Suzette Riou rencontra, ou plutôt entendit Marie Goasdu, c’était il y a plus de 20 ans, en avril 1947. Sa voix, criarde, variant dans les graves avec un fort accent breton, tonnait sur le marché, près des Halles. Sa colère se faufilait jusqu’à la grande place du parvis face à la cathédrale, ondulant dans les rafales, à travers les tentes des déballeurs. Son outrance se fracassait sur la façade imperturbable, imperméable de la cathédrale, tambourinait sur le portail à deux baies puis rebondissait dessus sans que celui-ci voulût céder. Avant même de la voir, Suzette comprit à qui elle avait affaire.

À ce niveau, Suzette qui remontait la Grand-rue, ne percevait que des fragments d’indignation, un mélange d’éructation dit en français et en breton. Le tintamarre ordinaire créé autour des étals ne parvenait pas à éteindre l’intonation courroucée de Marie Goasdu. Goasdu, homme noir, homme sombre : un nom qui convenait à l’humeur de Marie Derrien. 













samedi 24 janvier 2026

Mon iPhone est un livre

Voici mon iPhone. Il est de belle dimension, genre 11 x 18 cm. Il est stylé. La coque est personnalisée en permanence, avec le nom d'un influenceur et le titre d'une séquence qui s'ouvrira. Son épaisseur n'est ni une faiblesse ni un handicap : on scrolle de l'Histoire naturelle des morts d'Ernest Hemingway au Frères Karamazov de Dostoïeski avec frénésie. Étonnamment, il est toujours léger et, le plus souvent, tient dans une main.

Mon iPhone, contient des histoires ou des applications et je lui donne une occurence : "livre", et "bibliothèque" à force de choisir des applications et de les entasser dans un espace de stockage. Je sélectionne des petites capacités, de manière à le glisser dans une sacoche mais je peux les laisser à disposition dans les toilettes si leur volume est trop imposant comme Arbres remarquables du Finistère de "Locus solus".
Mon iPhone je l'emporte partout. Je le dépose sur la table de chevet comme sur une étagère sans me formaliser de sa surveillance. Pour ce modèle, je n'ai pas besoin de code PIN ni d'empreinte digitale. En un simple clin d'oeil, je le déverrouille. Et dès que je le souhaite, au bout d'1/4 heure, ou davantage, je peux le mettre en mode avion.

Le plus souvent, l'application me fait du bien et m'aide à faire une sieste, elle navigue encore dans mon esprit. Elle est un somnifère et je m'endors sur le canapé ou dans mon lit. Elle est le compagnon de mon intimité que je sois nu, en pyjama ou bien en jogging, sous la couette et souvent dans mon doudou. Je n'ai pas besoin de me mirer dedans : c’est plutôt elle qui occupe mon esprit.

Quand je glisse mon doigt pour ouvrir le livre, je ne sais pas toujours à quoi m'attendre. Quelquefois, ça rame comme La condition humaine de Malraux. Dans ce cas-là, je zappe l'application. Mais très souvent, elle est très tactile à l'exemple de Sang noir de Louis Guilloux. Je l'ouvre puis je la ferme. Je l'ouvre puis je la ferme. Ce papillonnage se répète jusqu'au moment où j'ai apaisé mon accoutumance. Parce que cela peut devenir compulsif. Si je suis accro ? Évidemment. La navigation est illimitée.

La lecture fatigue comme toute activité qui sollicite le cerveau et les yeux. Je verrouille l'iPhone. Toutefois, un léger signal dans la tête me rappelle bientôt sa présence. Une envie soudaine traverse le corps et au bout d'un moment, presque fébrile, il faut le reprendre entre les mains puis créer un nouveau chargement mental.

Cette fébrilité varie en fonction de l'intensité du contenu. Ici, il s'agit de Demande à la poussière de John Fante. Je n'apprécie pas trop le personnage principal, mais le style me touche et il est de la même veine que celui de Charles Bukowski. J'irai jusqu'au bout. De toute façon, l'application était gratuite. J'aurai à peine éteint l'iPhone qu'une autre application m'attend dans la mémoire, L'affaire Quinot d'Émile Danoën.

Mon iPhone, je peux le prêter. Je ne crains rien. Je demande juste qu'il revienne. Il peut prendre la poussière, ça fonctionnera toujours. Il ne sera jamais délaissé ni recyclé. Les métaux rares qui le composent n'ont d'impact que sur ma nature humaine, pour mieux l'enrichir.

L’inutilité parlementaire, à l’ombre de la présidentielle

Les fortes turbulences que traverse l'hémicycle de l'Assemblée nationale, depuis plusieurs mois, obligent à dresser quelques constats amers, en dehors des grands et lourds débats comme la dernière réforme des retraites. Elles interrogent sur la réelle mobilisation des parlementaires, au-delà de l'objectif inavoué de lorgner sur leur candidature à la présidentielle. Car, nous le savons tous et toutes, la Ve République est phagocytée par ce rendez-vous républicain. 

Photo : Buzzwebzine.fr

Autant le dire sans digression : la presque totalité des parlementaires est obsédée par le calendrier présidentiel(1). Beaucoup ont en ligne de mire, et parfois longtemps à l'avance, ces échéances électorales. Candidats potentiels, ils se rêvent tels, ou soutenant, à défaut de pouvoir l'être, leur guide. Et pour cela, il faut pouvoir se démarquer de la concurrence, hormis pour des groupes rigides dont la place du chef/de la cheffe reste essentielle dans la conquête du pouvoir (et non de la démocratie). 

Cet objectif traverse l'ensemble des élu.es du Parlement, et pour être encore plus précis, la presque totalité des partis de gauche. En parallèle, certain.es parlementaires de gauche font le choix - contraint, délibéré, heureux - de s'émanciper des partis et de leurs directions. Iels y gagnent une liberté d'expression relative, immédiatement convertie en capital médiatique. Aux médias traditionnels viennent s'ajouter les chaînes d'information en continu, les réseaux sociaux, et leur auto-publication (documentaires) ou l'auto-promotion (vidéos). Un seul objectif domine : percer l'écran, exister politiquement, se démarquer, durer. 

Mais cette quête permanente de visibilité accapare un temps et une énergie considérables. Pendant que l’on soigne son image, que l’on polit ses prises de position, que l’on ajuste ses postures, le travail parlementaire, lui, s’étiole (il faut observer le temps passé en commission et à élaborer un laïus...). Certes, certaines figures - François Ruffin, Clémentine Autain ou Delphine Batho - semblent user à bon escient de leur libre-arbitre, de leur prise de position percutante pour insuffler un peu de confiance, ce qui manque cruellement dans le milieu politique, et à juste titre. 

Alors, comment ne pas les solliciter sur des sujets qui ne semblent pas anodins pour une partie de nos concitoyens tels que le handicap et le logement ? Je laisse au lecteur le soin de découvrir le courriel que j'ai adressé aux trois parlementaires cités ci-dessus, début janvier 2026, et qui est resté sans réponse jusqu'à présent : 

"Accession encadrée à la propriété pour les locataires HLM en situation de handicap"

Mesdames les Députées / Monsieur le Député,

Je me permets de vous soumettre une proposition de réflexion législative portant sur le logement social et les personnes en situation de handicap. Je reconnais chez M. Juvin (député LR), l'audace d'avoir tenté de soumettre l'idée farfelue de la gratuité des logements HLM. Auriez-vous la même audace ? 

Cette proposition viserait à permettre aux personnes reconnues en situation de handicap, locataires d’un logement HLM depuis une durée longue (par exemple vingt années), de devenir propriétaires de leur logement, dans un cadre strictement encadré et sans remise en cause du parc locatif social.

Il est essentiel de préciser que, lorsque le handicap survient au cours de la location, l’ensemble des années de location antérieures serait intégralement pris en compte dans le calcul de la durée ouvrant droit à l’accession à la propriété. Est-ce que le cumul d'années en HLM peut être comptabilisé ? Le point de départ serait ainsi l’entrée dans le logement, et non la date de reconnaissance du handicap par les Mdph.

L’accession à la propriété serait assortie de plusieurs obligations :

  • le logement devrait demeurer la résidence principale du bénéficiaire, toute sous-location étant strictement interdite ;

  • le propriétaire serait tenu de verser des redevances obligatoires couvrant l’entretien courant, la consommation d'eau, la maintenance du chauffage collectif, des parties communes et l’enlèvement des ordures ménagères, etc ;

  • une participation à la taxe foncière serait maintenue, modulée selon les revenus, la situation familiale et le degré de handicap;

  • l'entretien général reste à la charge du nouveau propriétaire : sol, mur, plafond, décoration, aménagements domestiques, etc.

Afin d’éviter toute spéculation immobilière et de préserver le parc social :

  • en cas de vente ou de déménagement, le logement serait obligatoirement réintégré dans le parc locatif social ;

  • le bailleur social d’origine disposerait d’un droit de rachat prioritaire, à un prix strictement encadré ;

  • toute cession sur le marché privé serait interdite.

Cette mesure, amendable forcément, aurait pour objectif de garantir une stabilité résidentielle durable aux personnes handicapées, discriminées pour l'accès au travail, détentrices de salaires minimales, souvent contraintes d’adapter leur logement sur le long terme et faire appel à une assistance extérieure, vivant parfois seule, tout en reconnaissant l’effort financier consenti par des décennies de loyers. 

Il ne s’agit pas d’un dispositif d’assistance, mais d’un mécanisme de sécurisation sociale fondé sur la durée d’occupation, la contribution effective du locataire et le respect de l’intérêt général. Un discours récent et nauséabond contre les locations longues durées commence à émerger.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir étudier cette proposition, blablabla, blablabla. 

Néanmoins, le constat demeure. À moins d’être le représentant d’un groupe constitué ou d’une institution influente, la sollicitation isolée d’un individu ne suscite aucun intérêt, alors qu'elle concerne l'intérêt général. Et sauf à être contraint·es par des événements qui les rattrapent, et les obligent à réagir dans l’urgence, les parlementaires démontrent leur incapacité persistante à anticiper les mouvements sociétaux. C’est cette passivité structurelle qui nourrit, en partie, la défiance.

Un exemple concret s'illustre dans un autre domaine. Sans s’attarder sur d’autres élu·es comme Sandrine Le Feur(2) (LREM du Finistère) ou Paul Molac(3) (ex-LREM du Morbihan), dont leur poste doit beaucoup à leur ralliement à Emmanuel Macron, arrêtons-nous sur les parlementaires écologistes. Dans ce cas précis, on est en droit d’attendre une réaction — ne serait-ce qu’un retour écrit ou même un appel téléphonique d'un.e attaché.e parlementaire — face à la contrainte que représente le bourdon d’élevage échappé des serres industrielles sur les populations sauvages d’insectes mellifères(4).

Collète du lierre

Le travail a pourtant été fait en amont. Un document solide, argumenté, a été produit par l’association environnementale À quoi ça serre basée à Plougastel-Daoulas. Sa qualité a été reconnue, y compris par un journaliste du média indépendant breton Splann !. Résultat ? Là encore, aucune réaction. Enfin si — une promesse écrite de l’instance régionale des Écologistes, indiquant que des représentants locaux prendraient contact avec l’association. On pouvait toujours attendre.

Et la députée socialiste de la 6ème circonscription, Mélanie Thomin ? Celle dont la dernière profession de foi ne contient pas une seule occurrence du mot « écologie », pourtant socialiste ? Rien non plus. Ni réponse, ni position, ni engagement.

Conclusion qui paraît définitive : plébiscitez l'abstention. Ils et elles finiront, à terme, par comprendre que la politique, ce n’est pas seulement de l'affichage électoraliste ou un strapontin au seul avantage de leurs partisan.es. Et même s’iels pensent avoir une mission suprême à accomplir, ou se croient investis d’un destin unique et universaliste, leur action publique elle-même est jalonnée par cette seule dévotion à la présidentielle. Mais en définitive, suis-je VRAIMENT surpris ?


(1) François Hollande briguerait un second mandat présidentiel 😳❗❓

(2) Loi alimentation : mais où est passée Mme Le Feur ?

https://dderrien.blogspot.com/2018/09/loi-alimentation-mais-ou-est-passe-mme.html

(3) Loi Molac. Un cas d'école de la farz bretonne

https://dderrien.blogspot.com/2021/06/loi-molac-un-cas-decole-de-la-fars.html

(4) Les bourdons d'élevage polluent depuis 30 ans

https://dderrien.blogspot.com/2023/08/les-bourdons-delevage-polluent-depuis.html

lundi 19 janvier 2026

Disons : "Oui au Frexit !"

Même si le discours de la sortie de l'Europe de politiques comme Dupont-Aignan ou Asselineau, partisans du Frexit, n'est pas majoritaire, il n'en demeure pas moins que l'adhésion des Français à cette option évolue de concert avec la montée du populisme souverainiste en France. En effet, dans un récent sondage réalisé par Eurobazooka, pour le site du Grand Continent (1), pas moins de 30 % des Français se déclareraient favorables à une sortie de l'U.E., sans que l'on dispose pour autant, de données détaillés selon l'âge, le niveau d'éducation et la catégorie socioprofessionnelle. 

Pour différentes raisons, jugées légitimes par leurs disciples, si le sentiment d'eurosceptisisme s'est accru ces dernières années au sein de la population(2), sans pour autant remettre frontalement en cause le rôle et l'importance de l'U.E. dans le quotidien des institutions, des politiques publiques et des particuliers, on est tout de même en droit de s'interroger sur les effets qu'impliquerait un scénario à l'anglaise, et notamment sur la Bretagne.

Après tout, pourquoi ne pas s'attarder sur leurs arguments ? Les Frexiters utilisent souvent le chiffre de la contribution de la France à l'Europe pour soutenir leurs diatribes. En 2025, le montant versé par la France s'établissait dans une fourchette de 40 à 45 milliards d'euros pour l'année. En contrepartie, elle recevrait l'équivalent de 30 à 35 milliards d'euros d'aides et de subventions et notamment dans le cadre de la PAC (Politique agricole commune). Cela fait de la France un contributeur net. Mais il y a plusieurs nuances à retenir en particulier sur les effets indirects positifs sur le commerce et le libre échange. Dans les faits, les anti-européens ont raison sur le plan budgétaire, mais ils omettent systématiquement les gains économiques indirects pour la France.

À n'en pas douter, les conséquences économiques et sociales en cascade, et ce point est loin d'être mineur, dans le secteur monétaire, seraient objectivement catastrophiques, notamment pour l'économie bretonne. D'abord, le départ de l'U.E. occasionnerait une instabilité financière : la perte de l'Euro avec pour perspectives sérieuses une inflation marquée ou une dévaluation, une hausse des taux directeurs, la volatilité des actions et obligations françaises. Faut-il ajouter à cela l'alourdissement probable du coût de la dette française ? 

Ensuite, il serait mis fin aux accords commerciaux existants : les exportations comme l'agroalimentaire seraient fortement impactées (hausse des quotas ou des taxes), les entreprises devraient s'adapter aux règles internationales du commerce, souvent plus rigides et moins protectrices que les règles européennes, avec une risque réel d'une baisse des investissements de l'étranger. Jusque là, ce tableau semble plutôt conforter la vision "lucide", cohérente et harmonieuse des Frexiters

En Bretagne, les effets seraient immédiats, surtout pour les filières agricoles et les activités agroalimentaires. D'une part, la Bretagne est l'une des régions agricoles les plus exportatrices. Les filières bovine, porcine et laitière perçoivent des aides importantes de la PAC (ces aides pouvant représenter jusqu'à 15 % du revenu pour un exploitant laitier). Globalement, la Bretagne obtient environ 1,5 à 2 milliards d'euros via la PAC, une partie étant fléchée vers la production végétale à l'exemple du maïs. 

D'autre part, concernant les exportations bretonnes, on peut évaluer les pertes, en cas de mesures douanières et de l'abaissement de l'attractivité des produits bretons, à presque 2 milliards, dans le cas d'un Frexit. Les retombées pour les agriculteurs et pour l'emploi dans l'agroalimentaire seraient incommensurables, très certainement dévastatrices.

Alors, pourquoi pas ? Disons "chiche au Frexit !". Au lieu de combattre cette orientation politique, cette conjugaison de destins de gaulois réfractaires, ce patriotisme vaillant seul contre le reste du monde, il faudrait activement soutenir le Frexit. Dans cette hypothèse, certes chaotique, mais presque souhaitable par effet de contraste, combien de Breton.nes s'interrogeraient alors instinctivement et sérieusement sur l'option d'un Brittoxit ? Décideraient-ils enfin à se rallier à la cause d'une Bretagne émancipée, dans un contexte d'une Europe fédérale ? L'option est ténue, mais particulièrement tentante. Alors, "Oui au Frexit !" 

Finalement, le signal donné par les maires bretons, qui ont retiré le drapeau européen, en soutien aux agriculteurs, va dans le bon sens. Au moins en ce qu’il révèle, par la provocation, les contradictions profondes de ce débat. 


(1) Le sondage Eurobazooka est conduit techniquement par l’institut Cluster17 (présidé par Jean-Yves Dormagen, spécialiste des sondages). Le Grand Continent est une revue en ligne française de géopolitique et d’analyse européenne, fondée en 2019 et publiée par une association indépendante appelée le Groupe d’études géopolitiques (GEG), basée à l’École normale supérieure (ENS) à Paris. Sondage publié en décembre 2025

(2) Détail sur l'adhésion au Frexit, selon l'orientation politique

CatégorieTendance pro-Frexit
Sympathisants RNÉlevée (~60 %)
Sympathisants ReconquêteMoyenne/élevée (~53 %)
Sympathisants LFIMinoritaire mais présente (~31 % selon formulation)
Sympathisants centristes/pro-UETrès faible

Sources :

Observatoire environnement Bretagne

Draaf Bretagne

AgriEco


samedi 17 janvier 2026

Affaire Durand. Le cas Lallemant ou la logique d'État

Extrait. Procès de Jules Durand en novembre 1910, accusé à tort de meurtre.

Curieusement, Lallemant ressentait chez les onze autres jurés, un supplément d’agitation, ou plus exactement d’inconfort. En effet, ils n’étaient pas sans ignorer la pression qui pèserait sur eux, lors de la décision finale à adopter. Parmi cette surreprésentation de notables et de rentiers, où se perdaient quelques ouvriers, Lallemant faisait figure d’exception : il était le seul représentant de la fonction publique, ou tout du moins assimilée. Ce siège unique lui accordait un poids central par rapport aux autres jurés. Agé de plus de 50 ans, fort d’une expérience solide auprès d’une population aliénée, d’apparence stricte dans des costumes sobres, Lallemant s’attribuait une place singulière : on l’écoutait. Il n’avait pas besoin de convaincre longuement, et son influence ne passait pas par un discours flamboyant mais plutôt par une ou deux phrases dites calmement, sur un ton posé, proposant une reformulation « raisonnable » du problème. On aurait pu l’entendre défendre, dans le confinement de leur salle, que : « Nous ne sommes pas ici pour juger des idées, mais des conséquences », ou encore : « L’homme n’est peut-être pas violent, mais ce qu’il incarne l’est. » Lallemant ne se vit jamais comme violent. Et c’était précisément ce qui le rendait pertinent. Il pouvait présenter Durand non comme un assassin, mais comme un homme dangereux, un catalyseur, un facteur de désordre. C’était une rhétorique basée sur la prévention, et non sur la vengeance.

 

Jules Durand, avant le procès, puis pendant son isolement à l'asile

Dans cette ambiance tendue qui ne déstabilisait nullement Lallemant, ce qui le frappait, après une série d’observations pointues, était l’attitude du prévenu. Dès le début du procès, Jules Durand fit preuve d’une grande maîtrise de soi, malgré l’intimidation du président, du public et d’un séjour en prison qui commençait à durer. Son comportement digne et silencieux pouvait probablement amadouer certains jurés et observateurs : il montrait qu’il était un homme ordinaire face à l’accusation, renforçant l’idée qu’il n’était pas un criminel de sang. Ce qui aurait pu rendre crédible le récit de Jules Durand résidait dans son abstinence vis-à-vis de l’alcool. On pouvait donc supposer qu’il maîtrisait à la fois ses réactions et ses propos, ce qui le distinguait d’une population réputée bruyante et querelleuse en raison d’abus de consommation. Derrière de légers hochements de tête, à peine visibles, et une écoute sans émotion apparente, fixant les témoins qui s’exprimaient difficilement, légèrement penché en avant, il ne répondit pas une seule fois aux provocations. Cependant, le système judiciaire et social ne laissait aucune place à la compréhension émotionnelle : la loi et le contexte politique primaient sur la posture de l’accusé. Lallemant, quant à lui, ne se laisserait pas duper par une telle attitude figée, il pouvait s’agir d’un subterfuge de la part de Jules Durand.

Intégralité de la nouvelle littéraire dans le journal "Libertaire"


Pour en savoir plus sur Jules Durand : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Durand


dimanche 11 janvier 2026

Agriculture. Des élus léonards bafouent le principe de neutralité

Le vendredi 09 janvier 2026, les producteurs des syndicats de la Fdsea du Finistère et des Jeunes Agriculteurs, à leur appel, invitaient les élus du canton de Saint-Pol-de-Léon à se joindre à eux pour  afficher leur soutien aux protestations contre l'accord de libre-échange du "Mercosur"*. Plusieurs élu.es, dont le maire de Saint-Pol-de-Léon, Stéphane Cloarec, acceptèrent de se joindre aux manifestants pour une mobilisation spontanée sur la place de la mairie. Ce qui choque dans cette initiative contestataire, ce n'est pas tant la présence de personnes physiques qui soutiennent un mouvement de colère, mais davantage le fait que ces élus bafouent plusieurs règles républicaines et dévoilent un certain nombre d'hypocrisies.

Dans les faits. 

Même symbolique, le geste est fort, symptomatique d'un besoin irraisonné de trouver un responsable, surtout si il est lointain. En effet, il est décidé, au moment du rassemblement, avec l'aval du maire de la commune, arborant l'écharpe tricolore, de retirer le drapeau européen d'un mât municipal. Il est alors remplacé par un fanion reconnaissable d'un syndicat agricole. La mise en avant de leur drapeau sur un mât dans un lieu public, confié à la mairie, dépasse la liberté syndicale : elle donne une impression de légitimation officielle.

Ensuite, quand un maire porte l’écharpe tricolore, il n’agit plus comme une personne privée : il représente et engage la collectivité municipale pour des actes officiels (cérémonies, communication institutionnelle, décisions administratives). Par conséquent, le symbole de l’écharpe associe l’autorité publique aux actes posés dans ce contexte.

Combien de bénéficiaires des subventions de la PAC sur cette photo ?
Le maire de Saint-Pol-de-Léon, S. Cloarec, avec un fanion des JA

De plus, en droit administratif français, le principe de neutralité s’applique au personnel, aux services publics et aux bâtiments publicsles édifices publics ne doivent pas afficher de signes exprimant une opinion politique, philosophique ou idéologique, car cela reviendrait à utiliser l’institution pour diffuser un message partisan. Cela signifie que : un bâtiment public (comme une mairie) ne peut servir de support à un message politique ou idéologique déployé depuis ses façades ou ses mâts, même si l’élu prétend agir « par solidarité ». Concrètement, cet acte de pavoisement n'est pas conforme aux principes de neutralité du service public. 

Quelles seront les sanctions ? Aucunes. Surtout si un large public adhère à ce type d'irrégularité, que l'opposition paraît atone et la presse locale complaisante. De leur côté, les autorités préfectorales, comme à leur habitude, n'agissent pas dans un contexte de crise agricole, surtout quand il s'agit d'actions de la Fdsea-JA. Pourtant des sanctions existent : même une mise en demeure est un rappel à la loi qui s'impose. Souvenons-nous dans un autre cas de figure que les autorités publiques étaient plus promptes à s'opposer à un tel affichage dans une autre circonstance : il avait été signifié et ordonné à certaines municipalités, qui décidèrent de hisser le drapeau palestinien, en soutien à la population de Gaza, de le retirer sur le champ. Encore une fois, en fonction des événements, le principe infondé du "deux poids, deux mesures" s'applique.

Sur le fond.

La position des élu.es de la communauté de communes du Haut-Léon en dit plus long sur l'état de santé de la république française et sur l'incohérence des postures : ce ne sont ni plus ni moins que des brêches qui apparaissent dans le contrat civique qui lie une personne dans sa fonction d'élu et un État que l'on nous rabâche de droits. À vrai dire, ces actions d'incivilité, menées par les garants des missions publiques, peuvent donner accès à d'autres positionnements plus extrêmes.

Dans un autre domaine comment des élu.es peuvent-ils expliquer à la fois leur désaccord avec des politiques européennes, tout en bénéficiant des financements en lien avec la Politique agricole commune ?  Quand une collectivité affiche un symbole syndical, retire un drapeau européen, tout en bénéficiant massivement des fonds européens*, elle envoie ce message : « L’Europe est bonne quand elle paie, illégitime quand elle décide. » Ce n’est plus une critique politique normale : c’est une utilisation sélective de la République et de l’Europe. Cette critique ne fait qu'aller dans le sens de ceux qui prônent la désunion avec l'Europe, autrement dit, une aberration.

* Les désaccords sont défendables surtout dans le cas de la réciprocité. Mais là encore, on a affaire à une autre hyprocrisie. Des échanges existent déjà avec l'Amérique du sud, notamment avec l'importation de tourteaux de soja OGM, intégrés dans l'alimentation du bétail

* Première ligne du tableau des bénéficiaires de mesures dans le cadre de la PAC à Saint-Pol-de-Léon (période de paiement octobre 2023 - octobre 2024) : la communauté de communes "Haut-Léon Communauté" avec 28 700 euros alloués


jeudi 8 janvier 2026

Centenaire de la mort de Jules Durand

 Repartage. Publié le 01 janvier 2026 sur le site Le Libertaire

Le Libertaire du Vendredi 26 février 1926

SEIZE ANS APRÈS – DURAND EST MORT

Il y a un peu plus de quinze ans, il y eut une « affaire Durand ».

En septembre 1910, il y avait la grève des charbonniers du Havre ; Jules Durand était le secrétaire du syndicat.

Un ouvrier, Dongé, après avoir voté la grève, avait fait le jaune*. Le 9 septembre 1910, Dongé, argent et revolver en poche, parcourait les cabarets des quais. L’ivrogne fut provocant. Il y eut une rixe et il fut tué.

Non seulement les grévistes provoqués furent arrêtés, mais tout le Bureau syndical fut emprisonné et accusé de meurtre pour "complicité morale".

Les grosses firmes de charbon et de navigation firent une abominable campagne de presse. La police et la magistrature furent à la dévotion d’un patronat peureux et méchant. Des faux témoins furent soudoyés pour affirmer que la mort de Dongé avait été votée en réunion syndicale sur la proposition de Durand, le secrétaire.

Quelque temps après, Jules Durand était condamné à mort par la Cour d’assises siégeant à Rouen, malgré, les efforts de son avocat, Paul Meunier, malgré la solidarité de la C. G. T. et des organisations syndicales du Havre et d’ailleurs.

Le lendemain, la grève générale éclatait en matière de protestation. Le port du Havre fut immobilisé 24 heures. De partout, la classe ouvrière faisait entendre sa réprobation contre un verdict aussi monstrueux.

La peine de mort fut commuée en vingt ans de travaux forcés.

La C. G. T. ne s’arrêta pas là. Les témoins soudoyés se rétractèrent. Devant ce « fait nouveau », une grande agitation fut faite pour obtenir la révision du procès. La Bataille Syndicaliste, alors quotidienne, aidée par quelques rares journaux, prouva l’innocence de Jules Durand. Le malheureux syndicaliste fut enfin reconnu innocent, mais trop tard. La condamnation odieuse et la prison l’avaient rendu fou.

Agé de 29 ans, il quitta la geôle pour un asile d’aliénés, celui des Quatre-Marcs, près de Rouen.

Sa vieille mère devint pour ainsi dire folle de chagrin. Le père de Durand, qui travaillait depuis 22 ans dans une maison d’affrètement, fut congédié.

Pendant plus de quinze ans, le pauvre Jules Durand fut le triste pensionnaire d’un asile de fous. Il fut poursuivi et frappé parce que syndicaliste : il a souffert et il est mort parce que syndicaliste.

Jules Durand est mort le samedi 20 février, à l’âge de 46 ans. Ses obsèques ont eu lieu au Havre, au milieu d’une grande affluence. Le chômage était fort important.

La vieille mère de Durand était venue rendre un dernier hommage à son enfant.

Les organisations ouvrières étaient toutes représentées. Il y eut l’unité de la douleur et du souvenir devant la tombe du syndicaliste Durand, victime de la société capitaliste.

Benoit Broutchoux

(Deux erreurs sont écrites par Broutchoux : C’est René Coty qui était l’avocat de Jules Durand et non Paul Meunier. Le 31 décembre 1910, sur intervention du Président de la République : commutation de la peine de mort en 7 années de réclusion et non 20 ans).

mardi 6 janvier 2026

"Les naufragés de Kermi". Extrait. Le pique-nique

Publié en janvier 2025. Corrigé et mis à jour un an plus tard.

L’été 1958 étincelait avec force, permettant à la lumière de ruisseler sans entrave. Au-dessus de la bande côtière, le bleu avait kidnappé le ciel depuis plusieurs jours, reléguant la masse nuageuse aux contours des Monts d’Arrée qui calfeutraient leurs crêtes d’une étoupe grossière. À l’aurore, il badigeonnait de sa couleur des heures consacrées à l’expectative. Même les oiseaux désertaient l’azur pour ne pas déchirer dans leur vol cette plénitude que la joie des enfants amplifiait. Cette immobilité heureuse gagnait les enfants.

Marc-Jean Derrien, communiant. 1960

La chaleur se logeait lentement dans les corps, au fur et à mesure que le soleil parsemait la terre et la mer de son abondance fertile. Les jeunes papillonnaient dehors, jupes courtes, shorts et chemises légères, dès l’aube éteinte comme s’il fallait amasser le plus possible de satisfaction, surtout ne rien louper, parvenir à tout ce qui attendait, à vouloir ravir une multitude d’excitations. Sur la Plaine, les chiens bataillaient contre les enfants, jappaient sans succès pour conserver leur royaume, pendant que les volatiles slalomaient entre leurs jambes pour échapper à la vélocité des tirs de ballon. Tout ceci convenait à Marc jusqu’à l’appel de sa grand-mère. « Marco ! Ohe ! Marcooo ! Criait-t-elle, insistant bien sur un « r » qu’elle enroulait sous sa langue alors que le « k » remplaçait le « c », achevant ce prénom dans un « o » lesté. Ce n’était pas qu’une question de prononciation. C’était pour cela, ce « o », une particule qu’il trimballait de façon à renforcer son côté latin et effacer toute allusion éventuelle à son origine germanique. Marc, navré, larguait les autres enfants, et se ruait vers le n° 30. Elle reconnaissait sans le dire, ne dévoilant aucun encouragement, que Molly et son fils faisaient du bon boulot avec leurs ouailles et surtout avec Marc. « Oui mémé ? Qu’est-ce qu’y a ? » Marie Goasdu aimait ce garçon. Toujours premier de sa classe, obéissant à sa grand-mère avec ça, et puis il était beau. Déjà à presque 10 ans il arborait un bel air italien, avec ses cheveux sombres, renforcé par une masculinité affirmée et ténébreuse. Son menton, cacheté d’une fossette naissante, lui octroyait un attribut gracieux, une marque divine lésant les autres garçons de son âge puisque l’on prétendait que c’était Dieu, lui-même, qui y avait posé son index de façon à désigner ceux qui le seconderaient pour propager la bonté des hommes.

L’affection n’excluait jamais l’utilité. « Tu vas m’aider à étendre les toiles pour le pique-nique à midi. Va chercher ton cousin pour les récupérer au grenier ! Ajoutait-t-elle, assise dans la maison près de la fenêtre ouverte, son poste d’observation.

-          On fait pique-nique ce midi ? Ouais ! Chouette !

-     Et pense à prévenir ta mère et tes frères et sœurs. Ah oui ! Rhoo ! Ferme ta gueule, Pinard ! Le chien, affalé sous la table, sentait le besoin de rivaliser avec celle qui aboyait, demande-lui si je peux t’envoyer faire des courses avec René.

-         Oui Mémé. »

L’été pouvait bien s’étendre à perte de vue, certaines injonctions ne souffraient aucun retard. Marc se braquait dans l’autre sens, dévalait la pente, démantibulé comme une marionnette, puis freinait au dernier moment pour ne pas s’écraser sur la route. Le messager accomplit sa mission avec le sérieux qu’exigeaient les ordres de la maison.

Au cours des années 50, les départs pour les vacances d’été dans des campings du littoral se généralisaient, sauvages ou pas. Les automobiles plus spacieuses permettaient aux familles de voyager sur de plus longues distances. À Kermi, à défaut d’argent et de voiture, Marie Goasdu avait eu l’ingénieuse idée de planter sur les fils à linge, de gros sacs en jute qu’elle avait cousus entre eux et d’ordinaire utilisés pour stocker dans le grenier les pommes de terre. Ainsi, se montait un campement provisoire au milieu des champs d’artichauts, pour la plus grande joie des enfants. Marc et René, revenus de l’épicerie, n’étaient pas au bout de leur peine. « Bon, maintenant vous allez acheter du lait chez les Guillou. Tiens, Marco, prends les sous et va chercher le pot à lait. Et vérifiez bien que la mère Guillou ne mette pas trop de mousse, hein ! Quelle voleuse celle-là aussi ! Et ne tardez pas trop sur la route. » La ferme des Guillou se situait à l’arrière de Kermi, au-delà d’un talus qui balisait la route de Santec. Pour avoir du lait frais, on devait passer après la traite du matin et glisser quelques pièces dans la vilaine main de la maritorne surnommée « Mique ». Affichant un air rogue et bourru, elle les inspectait minutieusement avant de les fourrer dans la poche de sa blouse. À chaque fois, c’était la même scène, les mêmes manières grotesques. On sentait, et même s’ils la remerciaient, qu’elle n’appréciait pas vraiment ces fripons de Kermi en les accueillant avec réticence, toutefois un sou restait un sou. En guise de butin illicite, c’était souvent que les garçons s’autorisaient une halte à l’abri du talus et lampaient ce liquide soyeux et encore tiède. En cas de suspicion sur la quantité vendue, Marie Goasdu n’aurait qu’à râler après cette pingre. Mais avant de déposer le pot chez Marie Goasdu, il ne fallait surtout pas oublier d’effacer la minuscule moustache opalescente au-dessus de la bouche. 


Texte inspiré de faits réels

Autonomie bretonne et nucléaire français : des épousailles impossibles

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