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lundi 26 janvier 2026

"Les naufragés de St-Pol-de-Léon". Du manuscrit au livre


Le gérant de la Maison des Éditions des Montagnes noires a confirmé la publication dans son catalogue de mon prochain livre : Les naufragés de Saint-Pol-de-Léon, en juin ou septembre prochain.

Synopsis 

À partir de 1924, le quartier de Creac’h Mikael, dit Kermi, est construit à l’écart de Saint-Pol-de-Léon pour loger une population ouvrière issue des milieux populaires. Pensé comme une solution pragmatique à la pénurie de logements, il devient rapidement un espace de relégation sociale. Isolés géographiquement et symboliquement, ses habitants vivent entre précarité économique, conditions de travail pénibles — notamment dans l’emballage légumier — et méfiance persistante de la population locale.

Le récit s’attache à décrire le quotidien de ces hommes, femmes et enfants, pris dans un système social qui les maintient aux marges. À travers une chronique nourrie de faits historiques et de trajectoires humaines, le livre explore la formation d’un microcosme singulier, fait de solidarités discrètes, de conflits internes, de résilience, mais aussi d’échecs. Kermi apparaît comme un monde en soi, régi par ses codes, ses silences et ses fractures.

Sans héroïsation ni misérabilisme, l’ouvrage met en lumière les tensions sociales qui traversent le quartier : rapports de classe, sentiment d’exclusion, poids du travail saisonnier, fragilité des structures familiales. Certaines trajectoires basculent dans l’indigence, révélant les limites des mécanismes de solidarité et l’absence de véritables perspectives d’ascension sociale. Toutefois, l'auteur décrit, à travers des scènes particulières, des moments de communion.

En croisant personnages réels et figures fictionnelles, Les Naufragés de Saint-Pol-de-Léon propose un portrait inédit et collectif de la condition ouvrière dans le Haut-Léon au XXᵉ siècle. Le livre interroge la mémoire d’un lieu longtemps ignoré et restitue, avec rigueur et distance, l’histoire de ceux et celles qui y ont vécu, travaillé et parfois sombré. Un siècle après la construction du quartier, cette chronique s’impose comme une tentative de restitution fidèle d’un monde disparu, sans chercher à orienter l’émotion du lecteur, mais en donnant à voir les mécanismes sociaux à l’œuvre.

Marie Goasdu, à droite sur la photo. Avec le chien Pinard


Extrait

La première fois que Suzette Riou rencontra, ou plutôt entendit Marie Goasdu, c’était il y a plus de 20 ans, en avril 1947. Sa voix, criarde, variant dans les graves avec un fort accent breton, tonnait sur le marché, près des Halles. Sa colère se faufilait jusqu’à la grande place du parvis face à la cathédrale, ondulant dans les rafales, à travers les tentes des déballeurs. Son outrance se fracassait sur la façade imperturbable, imperméable de la cathédrale, tambourinait sur le portail à deux baies puis rebondissait dessus sans que celui-ci voulût céder. Avant même de la voir, Suzette comprit à qui elle avait affaire.

À ce niveau, Suzette qui remontait la Grand-rue, ne percevait que des fragments d’indignation, un mélange d’éructation dit en français et en breton. Le tintamarre ordinaire créé autour des étals ne parvenait pas à éteindre l’intonation courroucée de Marie Goasdu. Goasdu, homme noir, homme sombre : un nom qui convenait à l’humeur de Marie Derrien. 













samedi 24 janvier 2026

Mon iPhone est un livre

Voici mon iPhone. Il est de belle dimension, genre 11 x 18 cm. Il est stylé. La coque est personnalisée en permanence, avec le nom d'un influenceur et le titre d'une séquence qui s'ouvrira. Son épaisseur n'est ni une faiblesse ni un handicap : on scrolle de l'Histoire naturelle des morts d'Ernest Hemingway au Frères Karamazov de Dostoïeski avec frénésie. Étonnamment, il est toujours léger et, le plus souvent, tient dans une main.

Mon iPhone, contient des histoires ou des applications et je lui donne une occurence : "livre", et "bibliothèque" à force de choisir des applications et de les entasser dans un espace de stockage. Je sélectionne des petites capacités, de manière à le glisser dans une sacoche mais je peux les laisser à disposition dans les toilettes si leur volume est trop imposant comme Arbres remarquables du Finistère de "Locus solus".
Mon iPhone je l'emporte partout. Je le dépose sur la table de chevet comme sur une étagère sans me formaliser de sa surveillance. Pour ce modèle, je n'ai pas besoin de code PIN ni d'empreinte digitale. En un simple clin d'oeil, je le déverrouille. Et dès que je le souhaite, au bout d'1/4 heure, ou davantage, je peux le mettre en mode avion.

Le plus souvent, l'application me fait du bien et m'aide à faire une sieste, elle navigue encore dans mon esprit. Elle est un somnifère et je m'endors sur le canapé ou dans mon lit. Elle est le compagnon de mon intimité que je sois nu, en pyjama ou bien en jogging, sous la couette et souvent dans mon doudou. Je n'ai pas besoin de me mirer dedans : c’est plutôt elle qui occupe mon esprit.

Quand je glisse mon doigt pour ouvrir le livre, je ne sais pas toujours à quoi m'attendre. Quelquefois, ça rame comme La condition humaine de Malraux. Dans ce cas-là, je zappe l'application. Mais très souvent, elle est très tactile à l'exemple de Sang noir de Louis Guilloux. Je l'ouvre puis je la ferme. Je l'ouvre puis je la ferme. Ce papillonnage se répète jusqu'au moment où j'ai apaisé mon accoutumance. Parce que cela peut devenir compulsif. Si je suis accro ? Évidemment. La navigation est illimitée.

La lecture fatigue comme toute activité qui sollicite le cerveau et les yeux. Je verrouille l'iPhone. Toutefois, un léger signal dans la tête me rappelle bientôt sa présence. Une envie soudaine traverse le corps et au bout d'un moment, presque fébrile, il faut le reprendre entre les mains puis créer un nouveau chargement mental.

Cette fébrilité varie en fonction de l'intensité du contenu. Ici, il s'agit de Demande à la poussière de John Fante. Je n'apprécie pas trop le personnage principal, mais le style me touche et il est de la même veine que celui de Charles Bukowski. J'irai jusqu'au bout. De toute façon, l'application était gratuite. J'aurai à peine éteint l'iPhone qu'une autre application m'attend dans la mémoire, L'affaire Quinot d'Émile Danoën.

Mon iPhone, je peux le prêter. Je ne crains rien. Je demande juste qu'il revienne. Il peut prendre la poussière, ça fonctionnera toujours. Il ne sera jamais délaissé ni recyclé. Les métaux rares qui le composent n'ont d'impact que sur ma nature humaine, pour mieux l'enrichir.

L’inutilité parlementaire, à l’ombre de la présidentielle

Les fortes turbulences que traverse l'hémicycle de l'Assemblée nationale, depuis plusieurs mois, obligent à dresser quelques constats amers, en dehors des grands et lourds débats comme la dernière réforme des retraites. Elles interrogent sur la réelle mobilisation des parlementaires, au-delà de l'objectif inavoué de lorgner sur leur candidature à la présidentielle. Car, nous le savons tous et toutes, la Ve République est phagocytée par ce rendez-vous républicain. 

Photo : Buzzwebzine.fr

Autant le dire sans digression : la presque totalité des parlementaires est obsédée par le calendrier présidentiel(1). Beaucoup ont en ligne de mire, et parfois longtemps à l'avance, ces échéances électorales. Candidats potentiels, ils se rêvent tels, ou soutenant, à défaut de pouvoir l'être, leur guide. Et pour cela, il faut pouvoir se démarquer de la concurrence, hormis pour des groupes rigides dont la place du chef/de la cheffe reste essentielle dans la conquête du pouvoir (et non de la démocratie). 

Cet objectif traverse l'ensemble des élu.es du Parlement, et pour être encore plus précis, la presque totalité des partis de gauche. En parallèle, certain.es parlementaires de gauche font le choix - contraint, délibéré, heureux - de s'émanciper des partis et de leurs directions. Iels y gagnent une liberté d'expression relative, immédiatement convertie en capital médiatique. Aux médias traditionnels viennent s'ajouter les chaînes d'information en continu, les réseaux sociaux, et leur auto-publication (documentaires) ou l'auto-promotion (vidéos). Un seul objectif domine : percer l'écran, exister politiquement, se démarquer, durer. 

Mais cette quête permanente de visibilité accapare un temps et une énergie considérables. Pendant que l’on soigne son image, que l’on polit ses prises de position, que l’on ajuste ses postures, le travail parlementaire, lui, s’étiole (il faut observer le temps passé en commission et à élaborer un laïus...). Certes, certaines figures - François Ruffin, Clémentine Autain ou Delphine Batho - semblent user à bon escient de leur libre-arbitre, de leur prise de position percutante pour insuffler un peu de confiance, ce qui manque cruellement dans le milieu politique, et à juste titre. 

Alors, comment ne pas les solliciter sur des sujets qui ne semblent pas anodins pour une partie de nos concitoyens tels que le handicap et le logement ? Je laisse au lecteur le soin de découvrir le courriel que j'ai adressé aux trois parlementaires cités ci-dessus, début janvier 2026, et qui est resté sans réponse jusqu'à présent : 

"Accession encadrée à la propriété pour les locataires HLM en situation de handicap"

Mesdames les Députées / Monsieur le Député,

Je me permets de vous soumettre une proposition de réflexion législative portant sur le logement social et les personnes en situation de handicap. Je reconnais chez M. Juvin (député LR), l'audace d'avoir tenté de soumettre l'idée farfelue de la gratuité des logements HLM. Auriez-vous la même audace ? 

Cette proposition viserait à permettre aux personnes reconnues en situation de handicap, locataires d’un logement HLM depuis une durée longue (par exemple vingt années), de devenir propriétaires de leur logement, dans un cadre strictement encadré et sans remise en cause du parc locatif social.

Il est essentiel de préciser que, lorsque le handicap survient au cours de la location, l’ensemble des années de location antérieures serait intégralement pris en compte dans le calcul de la durée ouvrant droit à l’accession à la propriété. Est-ce que le cumul d'années en HLM peut être comptabilisé ? Le point de départ serait ainsi l’entrée dans le logement, et non la date de reconnaissance du handicap par les Mdph.

L’accession à la propriété serait assortie de plusieurs obligations :

  • le logement devrait demeurer la résidence principale du bénéficiaire, toute sous-location étant strictement interdite ;

  • le propriétaire serait tenu de verser des redevances obligatoires couvrant l’entretien courant, la consommation d'eau, la maintenance du chauffage collectif, des parties communes et l’enlèvement des ordures ménagères, etc ;

  • une participation à la taxe foncière serait maintenue, modulée selon les revenus, la situation familiale et le degré de handicap;

  • l'entretien général reste à la charge du nouveau propriétaire : sol, mur, plafond, décoration, aménagements domestiques, etc.

Afin d’éviter toute spéculation immobilière et de préserver le parc social :

  • en cas de vente ou de déménagement, le logement serait obligatoirement réintégré dans le parc locatif social ;

  • le bailleur social d’origine disposerait d’un droit de rachat prioritaire, à un prix strictement encadré ;

  • toute cession sur le marché privé serait interdite.

Cette mesure, amendable forcément, aurait pour objectif de garantir une stabilité résidentielle durable aux personnes handicapées, discriminées pour l'accès au travail, détentrices de salaires minimales, souvent contraintes d’adapter leur logement sur le long terme et faire appel à une assistance extérieure, vivant parfois seule, tout en reconnaissant l’effort financier consenti par des décennies de loyers. 

Il ne s’agit pas d’un dispositif d’assistance, mais d’un mécanisme de sécurisation sociale fondé sur la durée d’occupation, la contribution effective du locataire et le respect de l’intérêt général. Un discours récent et nauséabond contre les locations longues durées commence à émerger.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir étudier cette proposition, blablabla, blablabla. 

Néanmoins, le constat demeure. À moins d’être le représentant d’un groupe constitué ou d’une institution influente, la sollicitation isolée d’un individu ne suscite aucun intérêt, alors qu'elle concerne l'intérêt général. Et sauf à être contraint·es par des événements qui les rattrapent, et les obligent à réagir dans l’urgence, les parlementaires démontrent leur incapacité persistante à anticiper les mouvements sociétaux. C’est cette passivité structurelle qui nourrit, en partie, la défiance.

Un exemple concret s'illustre dans un autre domaine. Sans s’attarder sur d’autres élu·es comme Sandrine Le Feur(2) (LREM du Finistère) ou Paul Molac(3) (ex-LREM du Morbihan), dont leur poste doit beaucoup à leur ralliement à Emmanuel Macron, arrêtons-nous sur les parlementaires écologistes. Dans ce cas précis, on est en droit d’attendre une réaction — ne serait-ce qu’un retour écrit ou même un appel téléphonique d'un.e attaché.e parlementaire — face à la contrainte que représente le bourdon d’élevage échappé des serres industrielles sur les populations sauvages d’insectes mellifères(4).

Collète du lierre

Le travail a pourtant été fait en amont. Un document solide, argumenté, a été produit par l’association environnementale À quoi ça serre basée à Plougastel-Daoulas. Sa qualité a été reconnue, y compris par un journaliste du média indépendant breton Splann !. Résultat ? Là encore, aucune réaction. Enfin si — une promesse écrite de l’instance régionale des Écologistes, indiquant que des représentants locaux prendraient contact avec l’association. On pouvait toujours attendre.

Et la députée de la 6ème circonscription, Mélanie Thomin ? Celle dont la dernière profession de foi ne contient pas une seule occurrence du mot « écologie », pourtant socialiste ? Rien non plus. Ni réponse, ni position, ni engagement.

Conclusion qui paraît définitive : plébiscitez l'abstention. Ils et elles finiront, à terme, par comprendre que la politique, ce n’est pas seulement de l'affichage électoraliste ou un strapontin au seul avantage de leurs partisan.es. Et même s’iels pensent avoir une mission suprême à accomplir, ou se croient investis d’un destin unique et universaliste, leur action publique elle-même est jalonnée par cette seule dévotion à la présidentielle. Mais en définitive, suis-je VRAIMENT surpris ?


(1) François Hollande briguerait un second mandat présidentiel 😳❗❓

(2) Loi alimentation : mais où est passée Mme Le Feur ?

https://dderrien.blogspot.com/2018/09/loi-alimentation-mais-ou-est-passe-mme.html

(3) Loi Molac. Un cas d'école de la farz bretonne

https://dderrien.blogspot.com/2021/06/loi-molac-un-cas-decole-de-la-fars.html

(4) Les bourdons d'élevage polluent depuis 30 ans

https://dderrien.blogspot.com/2023/08/les-bourdons-delevage-polluent-depuis.html

"Les naufragés de St-Pol-de-Léon". Du manuscrit au livre

Le gérant de la Maison des Éditions des Montagnes noires a confirmé la publication dans son catalogue de mon prochain livre : Les naufragés ...