Le vendredi 09 janvier 2026, les producteurs des syndicats de la Fdsea du Finistère et des Jeunes Agriculteurs, à leur appel, invitaient les élus du canton de Saint-Pol-de-Léon à se joindre à eux pour afficher leur soutien aux protestations contre l'accord de libre-échange du "Mercosur"*. Plusieurs élu.es, dont le maire de Saint-Pol-de-Léon, Stéphane Cloarec, acceptèrent de se joindre aux manifestants pour une mobilisation spontanée sur la place de la mairie. Ce qui choque dans cette initiative contestataire, ce n'est pas tant la présence de personnes physiques qui soutiennent un mouvement de colère, mais davantage le fait que ces élus bafouent plusieurs règles républicaines et dévoilent un certain nombre d'hypocrisies.
Dans les faits.
Même symbolique, le geste est fort, symptomatique d'un besoin irraisonné de trouver un responsable, surtout si il est lointain. En effet, il est décidé, au moment du rassemblement, avec l'aval du maire de la commune, arborant l'écharpe tricolore, de retirer le drapeau européen d'un mât municipal. Il est alors remplacé par un fanion reconnaissable d'un syndicat agricole. La mise en avant de leur drapeau sur un mât dans un lieu public, confié à la mairie, dépasse la liberté syndicale : elle donne une impression de légitimation officielle.
Ensuite, quand un maire porte l’écharpe tricolore, il n’agit plus comme une personne privée : il représente et engage la collectivité municipale pour des actes officiels (cérémonies, communication institutionnelle, décisions administratives). Par conséquent, le symbole de l’écharpe associe l’autorité publique aux actes posés dans ce contexte.
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| Combien de bénéficiaires des subventions de la PAC sur cette photo ? Le maire de Saint-Pol-de-Léon, S. Cloarec, avec un fanion des JA |
De plus, en droit administratif français, le principe de neutralité s’applique au personnel, aux services publics et aux bâtiments publics : les édifices publics ne doivent pas afficher de signes exprimant une opinion politique, philosophique ou idéologique, car cela reviendrait à utiliser l’institution pour diffuser un message partisan. Cela signifie que : un bâtiment public (comme une mairie) ne peut servir de support à un message politique ou idéologique déployé depuis ses façades ou ses mâts, même si l’élu prétend agir « par solidarité ». Concrètement, cet acte de pavoisement n'est pas conforme aux principes de neutralité du service public.
Quelles seront les sanctions ? Aucunes. Surtout si un large public adhère à ce type d'irrégularité, que l'opposition paraît atone et la presse locale complaisante. De leur côté, les autorités préfectorales, comme à leur habitude, n'agissent pas dans un contexte de crise agricole, surtout quand il s'agit d'actions de la Fdsea-JA. Pourtant des sanctions existent : même une mise en demeure est un rappel à la loi qui s'impose. Souvenons-nous dans un autre cas de figure que les autorités publiques étaient plus promptes à s'opposer à un tel affichage dans une autre circonstance : il avait été signifié et ordonné à certaines municipalités, qui décidèrent de hisser le drapeau palestinien, en soutien à la population de Gaza, de le retirer sur le champ. Encore une fois, en fonction des événements, le principe infondé du "deux poids, deux mesures" s'applique.
Sur le fond.
La position des élu.es de la communauté de communes du Haut-Léon en dit plus long sur l'état de santé de la république française et sur l'incohérence des postures : ce ne sont ni plus ni moins que des brêches qui apparaissent dans le contrat civique qui lie une personne dans sa fonction d'élu et un État que l'on nous rabâche de droits. À vrai dire, ces actions d'incivilité, menées par les garants des missions publiques, peuvent donner accès à d'autres positionnements plus extrêmes.
Dans un autre domaine comment des élu.es peuvent-ils expliquer à la fois leur désaccord avec des politiques européennes, tout en bénéficiant des financements en lien avec la Politique agricole commune ? Quand une collectivité affiche un symbole syndical, retire un drapeau européen, tout en bénéficiant massivement des fonds européens*, elle envoie ce message : « L’Europe est bonne quand elle paie, illégitime quand elle décide. » Ce n’est plus une critique politique normale : c’est une utilisation sélective de la République et de l’Europe. Cette critique ne fait qu'aller dans le sens de ceux qui prônent la désunion avec l'Europe, autrement dit, une aberration.
* Les désaccords sont défendables surtout dans le cas de la réciprocité. Mais là encore, on a affaire à une autre hyprocrisie. Des échanges existent déjà avec l'Amérique du sud, notamment avec l'importation de tourteaux de soja OGM, intégrés dans l'alimentation du bétail
* Première ligne du tableau des bénéficiaires de mesures dans le cadre de la PAC à Saint-Pol-de-Léon (période de paiement octobre 2023 - octobre 2024) : la communauté de communes "Haut-Léon Communauté" avec 28 700 euros alloués


Qu'attendent les autorités préfectorales pour rappeler à ses devoirs le maire de Saint Pol ? Une plainte de citoyen-ne révoltée par un tel abus de pouvoir (ou de faiblesse ?) ?
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