Même si le discours de la sortie de l'Europe de politiques comme Dupont-Aignan ou Asselineau, partisans du Frexit, n'est pas majoritaire, il n'en demeure pas moins que l'adhésion des Français à cette option évolue de concert avec la montée du populisme souverainiste en France. En effet, dans un récent sondage réalisé par Eurobazooka, pour le site du Grand Continent (1), pas moins de 30 % des Français se déclareraient favorables à une sortie de l'U.E., sans que l'on dispose pour autant, de données détaillés selon l'âge, le niveau d'éducation et la catégorie socioprofessionnelle.
Pour différentes raisons, jugées légitimes par leurs disciples, si le sentiment d'eurosceptisisme s'est accru ces dernières années au sein de la population(2), sans pour autant remettre frontalement en cause le rôle et l'importance de l'U.E. dans le quotidien des institutions, des politiques publiques et des particuliers, on est tout de même en droit de s'interroger sur les effets qu'impliquerait un scénario à l'anglaise, et notamment sur la Bretagne.
Après tout, pourquoi ne pas s'attarder sur leurs arguments ? Les Frexiters utilisent souvent le chiffre de la contribution de la France à l'Europe pour soutenir leurs diatribes. En 2025, le montant versé par la France s'établissait dans une fourchette de 40 à 45 milliards d'euros pour l'année. En contrepartie, elle recevrait l'équivalent de 30 à 35 milliards d'euros d'aides et de subventions et notamment dans le cadre de la PAC (Politique agricole commune). Cela fait de la France un contributeur net. Mais il y a plusieurs nuances à retenir en particulier sur les effets indirects positifs sur le commerce et le libre échange. Dans les faits, les anti-européens ont raison sur le plan budgétaire, mais ils omettent systématiquement les gains économiques indirects pour la France.
À n'en pas douter, les conséquences économiques et sociales en cascade, et ce point est loin d'être mineur, dans le secteur monétaire, seraient objectivement catastrophiques, notamment pour l'économie bretonne. D'abord, le départ de l'U.E. occasionnerait une instabilité financière : la perte de l'Euro avec pour perspectives sérieuses une inflation marquée ou une dévaluation, une hausse des taux directeurs, la volatilité des actions et obligations françaises. Faut-il ajouter à cela l'alourdissement probable du coût de la dette française ?
Ensuite, il serait mis fin aux accords commerciaux existants : les exportations comme l'agroalimentaire seraient fortement impactées (hausse des quotas ou des taxes), les entreprises devraient s'adapter aux règles internationales du commerce, souvent plus rigides et moins protectrices que les règles européennes, avec une risque réel d'une baisse des investissements de l'étranger. Jusque là, ce tableau semble plutôt conforter la vision "lucide", cohérente et harmonieuse des Frexiters.
En Bretagne, les effets seraient immédiats, surtout pour les filières agricoles et les activités agroalimentaires. D'une part, la Bretagne est l'une des régions agricoles les plus exportatrices. Les filières bovine, porcine et laitière perçoivent des aides importantes de la PAC (ces aides pouvant représenter jusqu'à 15 % du revenu pour un exploitant laitier). Globalement, la Bretagne obtient environ 1,5 à 2 milliards d'euros via la PAC, une partie étant fléchée vers la production végétale à l'exemple du maïs.
D'autre part, concernant les exportations bretonnes, on peut évaluer les pertes, en cas de mesures douanières et de l'abaissement de l'attractivité des produits bretons, à presque 2 milliards, dans le cas d'un Frexit. Les retombées pour les agriculteurs et pour l'emploi dans l'agroalimentaire seraient incommensurables, très certainement dévastatrices.
Alors, pourquoi pas ? Disons "chiche au Frexit !". Au lieu de combattre cette orientation politique, cette conjugaison de destins de gaulois réfractaires, ce patriotisme vaillant seul contre le reste du monde, il faudrait activement soutenir le Frexit. Dans cette hypothèse, certes chaotique, mais presque souhaitable par effet de contraste, combien de Breton.nes s'interrogeraient alors instinctivement et sérieusement sur l'option d'un Brittoxit ? Décideraient-ils enfin à se rallier à la cause d'une Bretagne émancipée, dans un contexte d'une Europe fédérale ? L'option est ténue, mais particulièrement tentante. Alors, "Oui au Frexit !"
Finalement, le signal donné par les maires bretons, qui ont retiré le drapeau européen, en soutien aux agriculteurs, va dans le bon sens. Au moins en ce qu’il révèle, par la provocation, les contradictions profondes de ce débat.
(1) Le sondage Eurobazooka est conduit techniquement par l’institut Cluster17 (présidé par Jean-Yves Dormagen, spécialiste des sondages). Le Grand Continent est une revue en ligne française de géopolitique et d’analyse européenne, fondée en 2019 et publiée par une association indépendante appelée le Groupe d’études géopolitiques (GEG), basée à l’École normale supérieure (ENS) à Paris. Sondage publié en décembre 2025
(2) Détail sur l'adhésion au Frexit, selon l'orientation politique
| Catégorie | Tendance pro-Frexit |
|---|---|
| Sympathisants RN | Élevée (~60 %) |
| Sympathisants Reconquête | Moyenne/élevée (~53 %) |
| Sympathisants LFI | Minoritaire mais présente (~31 % selon formulation) |
| Sympathisants centristes/pro-UE | Très faible |
Sources :
Observatoire environnement Bretagne
Draaf Bretagne
AgriEco


Cette thématique, ou approchante, a souvent été utilisée...et exploitée par l'antiparlementarisme, l'extrême droite française, bretonne, etc. Ex. "Na ruz, na gwenn, Breizad hepken" ou encore ces phrases ambiguës : "je ne connais qu'un parti, celui des honnêtes gens", "je vote pour le plus c...", etc. Michel
RépondreSupprimerJe voulais surtout faire le point sur les faiblesses de nos institutions et de la démocratie. La conclusion est à prendre comme une légère provocation. Maintenant, pour ciels qui me suivent un peu sur ce blog, ils connaissent maintenant mes positionnements et savent que je suis antiparlementariste. Que tous Bretons et bretonnes qui s'intéressent à la Bretagne sont fédéralistes, et donc plutôt consensuels. Et ça ne date pas d'aujourd'hui (lire le livre des presses populaires de Bretagne : Goulven Mazeas, Social-fédéralisme). Nous n'avons pas grand chose à voir avec ces souverainistes et d'autres plus jacobins. Avec une Europe fédéraliste nous échapperions à ce type de gageures politiques. David
RépondreSupprimer