Tout d'abord, l'avertissement qui suit s’adresse à la lectrice ou au lecteur qui pourrait être irrité.e en lisant cet article : l'histoire contemporaine récente nous rappelle une évidence cruciale : on ne discute pas avec l'extrême droite, on la combat, quel que soit le sujet, et surtout s'il concerne l'écologie.
Paul Watson et Hugo Clément sont indéniablement deux personnalités publiques dont l'engagement en faveur de la cause animale et de leur bien-être ne peut être remis en cause. C’est sur ce thème, en particulier, qu’ils ont bâti leur notoriété médiatique, bien que chacun dispose d’une aura et de moyens de communication et d'action différents. Dans leurs espaces respectifs, les deux militants dérangent : ils provoquent de l’animosité à leur encontre et subissent des pressions de lobbyistes, tout comme n’importe quel autre militant écologiste à travers le monde. Beaucoup d’anonymes ont même été assassinés pour avoir résisté à des manœuvres hostiles envers leur environnement. Il s’agit plutôt de chercher un positionnement politique différent afin d’éclaircir certains points, ce qui est utile dans des sociétés de plus en plus endoctrinées par des discours et des postures nationalistes. Cet endoctrinement ne peut être banalisé.
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| Rassemblement en soutien à Watson, animé par Clément |
En dehors de leur préoccupation légitime pour la préservation de la biodiversité et le bien-être animal, Paul Watson et Brigitte Bardot partagent un autre lien : leur amitié.
À première vue, en tant qu’ami, Paul Watson ne peut ignorer que l’icône française a été condamnée à plusieurs reprises par la justice pour provocation à la haine ou à la discrimination raciale (1). Il ne pouvait pas non plus faire abstraction sur les positions politiques publiques de Brigitte Bardot, favorables au Front National de Jean-Marie Le Pen. Cependant, il est possible que le vieux militant connaisse moins l’histoire du régime de Vichy, la collaboration française et la création du Front National. Faut-il lui rappeler qu'en France, le racisme n’est pas une opinion mais un délit.
Un autre point les rapproche : la question de la démographie. Brigitte Bardot déclare :
« Mon pays, la France, ma patrie, ma terre, est de nouveau envahi par une surpopulation d’étrangers, surtout de musulmans. »
Paul Watson, pour sa part, affirme :
« Nous devons réduire radicalement et intelligemment la population humaine à moins d’un milliard… Guérir un corps atteint d’un cancer nécessite une thérapie radicale et invasive, et, par conséquent, guérir la biosphère du virus humain nécessitera également une approche radicale et invasive. »
Ces propos auraient pu être qualifiés par Murray Bookchin d’« anti-humanistes », tandis que d’autres figures écologistes, comme Hubert Reeves, jugent la méthode de Watson « ridicule » et « totalement improductive ». Certains activistes vont même jusqu’à le qualifier d’« écofasciste ». (2) (3)
Un autre lien moins connu relie Watson à Dave Foreman, cofondateur du mouvement Earth First! aux États-Unis. Foreman défendait une stabilisation ou une réduction de la population humaine non pas pour des motifs politiques ou sociaux, mais pour protéger la vie sauvage et les habitats naturels. Là encore, Murray Bookchin a critiqué ces positions, reprochant à Foreman de placer la nature au centre de l’engagement radical sans vouloir réformer profondément les structures sociales pour préserver l’environnement. (4)
Murray Bookchin aurait-il pu rencontrer Hugo Clément ? Impossible : le philosophe social est décédé en 2006, tandis que le journaliste est né en 1989. Pourtant, les théories de Bookchin continuent d’influencer certains médias et acteurs engagés, qui peuvent s’en inspirer sans déformer sa pensée.
Le 24 février 2026, Hugo Clément est convoqué devant une commission parlementaire à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Que lui reproche-t-on exactement ?
Une députée de LFI, Ersilia Soudais, l’accuse de « réhabiliter » l’extrême droite après sa participation à un débat avec Jordan Bardella, président du Rassemblement National, publié dans la revue Valeurs actuelles en 2023 (5). Pour se justifier, Clément explique :
Le problème ne réside pas dans son plaidoyer pour le débat, mais dans le contexte: Valeurs actuelles a été condamnée en 2021 pour injure publique à caractère raciste, dans le cadre d’une publication sur la députée Danièle Obono (6). La condamnation a été confirmée en appel en novembre 2022, puis définitivement en janvier 2024. En tant que journaliste de premier plan, Clément ne pouvait omettre ces antécédents judiciaires. De plus, d’autres controverses viennent renforcer le caractère sensible de la ligne éditoriale de ce journal.
En théorie, Clément aurait pu intervenir dans le journal en tant que simple citoyen, garantissant son droit à l’expression. Mais il a choisi d’utiliser sa plateforme médiatique et son expertise journalistique pour informer et sensibiliser le public, plutôt que pour défendre des opinions personnelles. Cela pose la question suivante : jusqu’où va la responsabilité d’un journaliste lorsqu’il utilise un média controversé pour diffuser un débat?
Ensuite, l'animateur audiovisuel prétend qu'il faut dialoguer avec l'ensemble des partis politiques et que la programmatique dans le domaine de l'écologie, qui, selon lui, est une science, n'appartient pas à un parti ou à un groupe d'activistes. Il a raison sur ces deux points. Sauf qu'il n’est pas complet : oui, l'écologie est une science, mais elle devient politique lorsqu’on se positionne autrement en adoptant les principes de l’écologie sociale.
Enfin, l’ambition, louable, d’élargir les débats à l'extrême droite, dans une recherche d’évitement des conflits a, par le passé, été extrêmement préjudiciable à la paix en Europe. Deux films illustrent cette problématique : Les Vestiges du jour, du réalisateur James Ivory, sorti en 1993, et prochainement Les Rayons et les ombres, réalisé par Xavier Giannoli.
Avis personnel : si Watson et Clément ont trouvé dans l’écologie une raison d’exister, pour ma part, j’y ai trouvé une raison de vivre. Dans ces deux cas cités dans l'article, il s'agit, à minima, d'une grossière erreur d'appréciation.
(4) http://atelierdecreationlibertaire.com/Quelle-ecologie-radicale,957.html



























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