Décembre 1964, un Noël au rabais
Sur un coin du buffet, un peu de sable étalé, rejeté par la mer, et quelques touffes de mousse arrachées qui defiguraient un caillou oublié. Des figurines lasses, fourbues, censées cependant incarner l’Eternel, mais furent surtout décrépites par une succession de noëls fadasses. Un miroir judicieusement calé à l’arrière simulait une multitude d’animaux arrangés dans la crèche. Il manquait un roi mage ? L’accessoire servait d’illusion. Derrière une large plaque de bois endimanchée, une fresque enfantine se parait d’une constellation d’étoiles en papier brillant, maladroitement découpées. Par dessus un sapin amaigri, bancal, dénudé de ses épines, une guirlande et quelques boules supportaient cette siccité extrême.
C’était le moment de la photo souvenir avec les enfants, positionnés au-devant de la mini crèche et du sapin mal fagoté, condamnés également à rallier des figurines immarcescibles. Invariablement, une unique photo en noir et blanc. La pellicule et son développement coûtaient cher. Pas de petits jouets, de petites économies pour des petites joies sans saveur. Le cliché, muet, dévoré par le gris, orphelin des figures parentales, épreignait toute la misère d’une soirée dédiée pourtant à la chaleur familiale. Pour cela, il suffisait de distinguer certains vêtements défraîchis, chamarrés non pas d’étoiles mais d’une variété de taches grisées, et s’attarder sur certaines menottes douteuses.
À défaut de jouets, que l’on recevait plus tard, en dehors de l’heure bénie, au retour du père, après sa saison au sucre, une orange, laborieusement épluchée mais gobée goulûment comblant partiellement l’appel au secours de l’estomac. Des jouets ? Mais pour quoi faire ? Deux frères mécontents, car ils voulaient des patins à roulettes, dépiautèrent un petit train en bois. A partir de sa carcasse, ils essayèrent de fabriquer des patins. Peine perdue. Perdus eux aussi dans le miroir des illusions. Les Mages avaient dû déserter ce foyer-là.


Illusion et, ou minimalisme, il y avait une débrouille qui se rapproche de la recherche d'une magie des fêtes.
RépondreSupprimerMagie des fêtes ? À moins de me démontrer le contraire, l'angélisme béat n'a jamais réglé les problèmes de pauvreté. Et même pendant les fêtes.
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