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mercredi 17 décembre 2025

Déterminisme, misère et responsabilité de la gauche

 "Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.Discours à propos de la misère par Victor Hugo à l'assemblée nationale le 09 juillet 1849. Extrait.

« Un jour on nous a mis dans la rue, maman et moi. Elle disait : c’est les créanciers. Moi, je ne savais pas ce que c’était, je croyais que c’étaient des bêtes. Aujourd’hui je le sais. » — La Misère (1882)  - Louise Michel

"Avec les pauvres toujours — malgré leurs erreurs, malgré leurs fautes... malgré leurs crimes !"  Séverine (Caroline Rémy)

Force et sincérité : tels sont, indéniablement, les qualificatifs que l’on peut attribuer au discours de Victor Hugo devant ses pairs. Nul ne saurait remettre en cause son engagement envers les populations les plus démunies, d’autant plus qu’il était élu de la République au moment de cette déclaration. Pourtant, malgré le charisme du tribun, Victor Hugo, en tant que parlementaire, applaudi par les progressistes dans leur ensemble, n’a jamais réussi à empêcher le maintien de la misère — pire encore, sa banalisation.

À l’inverse des anarchistes, empêchés et écartés par l’État français dans leur tentative de faire advenir une société affranchie du déterminisme social, ils demeurent les seuls à ne concéder aucun compromis, quels que soient les domaines concernés. Dans une certaine lucidité, l’ennemi est identifié depuis longtemps et ne fait aucun doute : l’ennemi est la finance, l’ennemi est le patronat, l’ennemi est l'État quand il est corrompu ou devient une dictature. Aucune composante actuelle de la gauche ne porte aujourd’hui un tel déterminisme. On peut même avancer que l’ensemble des politiques de gauche a renoncé à « détruire la misère » du fait sûrement que trop de concessions ont été accordées aux ennemis des peuples du monde.

Quête alimentaire. La misère est-elle un apprentissage banalisé chez les jeunes ?
Va-t-elle déterminer leur position sociale ?

Dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, des occasions historiques ont été offertes pour endiguer le développement du capitalisme et, par conséquent, de son corollaire, la misère : nationalisation et transformation du statut de l’entreprise, compromis capital-travail, canalisation par la gauche des contestations de Mai 68, installations (avortées) d'organisations socialistes, le Programme commun en France, etc. À force de reculs, les catégories les plus exposées ont le plus souvent adopté une attitude d’abstention politique et de désengagement syndical, facilitant en retour les orientations vers plus de domination, servant les intérêts de ces mêmes forcesFaut-il alors aller jusqu’à soutenir que la gauche est devenue complice ? Un acteur neutralisé, ou un partenaire « mort » du système qu’elle prétendait combattre ?

Existe-t-il un déterminisme lié à la misère ? S’il n’existe aucun destin immuable, il existe néanmoins des mécanismes de production et de reproduction de la misère, d’ordre social, cumulatif et probabiliste. Parler de déterminisme de la misère revient à constater que la pauvreté tend à se reproduire : inégalités scolaires, segmentation du marché du travail, conditions matérielles dégradées, transmission intergénérationnelle, effets psychologiques et symboliques, addictions plus soutenuesLe foyer social d’origine demeure (on pourrait y ajouter le clivage rural/urbain et visible/invisible) ainsi le socle de l’« éligibilité » à un destin capable de rompre — ou non — avec les effets de ce déterminisme et de sa reproduction.

Si la place d’un individu dans la société est largement déterminée par sa catégorie professionnelle, est-il alors supportable d’avoir recours à une main-d’œuvre bon marché et d’accepter l’émergence des « travailleurs pauvres » ? Est-il acceptable que des agriculteurs, y compris lorsqu’ils disposent d’un capital en biens ou en patrimoine, perçoivent le RSA et deviennent la cible de politiques départementales de contrôle et de stigmatisation ?

Dès lors, en se résignant, par manque de moyens ou par absence d’ambition collective, au déterminisme originel, on adopte simultanément une posture de renoncement à l’émancipation sociale de tous et une forme d’obéissance à un système qui ne se maintient qu’au prix de la misère. La volonté de s’en extraire individuellement demeure forte, mais sans construction de solutions collectives, la misère est déplacée plutôt qu’éradiquée.

Faut-il, pour dénoncer la misère, la vivre soi-même et indépendamment de soi-même ? Et quels bénéfices pourrait-on en tirer, dès lors que l'on refuse un système capitaliste ? Il est toutefois une conviction qui demeure : l’état de misère n’est pas synonyme de honte. Le rationnement alimentaire et la sensation de faim ne sont que les conséquences des échecs et des défaillances de solidarité ou des protections collectives. Il peut, au contraire, contribuer à façonner des consciences tournées vers la décroissance, vers une vie sans encombrants matériels, à faible impact sur la Nature, et surtout vers l’adoption d’un autre déterminisme, cher aux anarchistes : celui de l’entraide.

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