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mardi 26 novembre 2019

Des urgentistes en panne de voix, à Plougastel

A Plougastel-Daoulas, les élections municipales de l'an prochain seront-elles marquées par l'absence de ceux et celles qui ont une vision juste des urgences qui accablent de plus en plus de personnes, de plus en plus l'environnement ? Au regard des protagonistes annoncés, je crains fort que nous puissions faire, encore une fois, le deuil d'un véritable changement de paradigme local. Parce que, contrairement aux idées reçues, la "déconstruction" nécessaire à la "construction" ne viendra pas d'en haut et des élites mais bien d'une modification en profondeur de notre mode de vie local; l'exemple ne viendra pas d'en haut, mais il naîtra du bas.
Quel est-il d'ailleurs ce mode de vie ? Il combine à la fois le déplacement, l'énergie, le logement, le loisir, l'économie, la citoyenneté, l'environnement, la scolarité, la solidarité et l'entraide, l'aménagement du territoire, l'urbanisme, l'alimentation, et peut-être ce qu'il y a à regarder en premier et de plus difficile, notre propre capacité de résilience.
Pour répondre aux besoins de "déconstruction" et d'agir dans l'urgence, ce n'est pas de moyens dont nous avons besoin mais bien plus de volonté, pour ne pas dire de courage politique. Les programmes, qui seront imprimés par les uns et les autres, resteront sans effets parce que édulcorés par la nécessité d'être populaires afin de convaincre le plus grand nombre de leur capacité à ne pas modifier les grandes lignes de la gestion municipale. Sauf qu'il est impératif de se rendre impopulaire pour de bonnes raisons, qu'elles soient d'ordre sociale ou environnementale. L'accueil des migrants est une nécessité d'intérêt général. Tout comme l’aménagement d'un territoire est d'intérêt général en cessant de construire dans la presqu'île (loi littoral, cohabitation riverains/industriels, circulation,...). Obliger des propriétaires à entretenir les friches est d'intérêt général, et devra passer par la contrainte si nécessaire, afin d'amoindrir la prolifération de sangliers par exemple, etc, etc, ... 
Heureusement il reste des mesures de salubrité publique à concevoir comme l'autonomie alimentaire, énergétique et d'assainissement. Plougastel-Daoulas possède une ressource dont elle ne fait rien ou si peu, sa terre, une terre destinée à une agriculture paysanne et diversifiée afin d'alimenter des îlots de consomm'actions ou pour approvisionner les écoles. Plougastel-Daoulas possède suffisamment de ressource en surfaces couvertes (bâtiments sportifs par exemple) pour installer des panneaux photovoltaïques. Plougastel-Daoulas possède suffisamment de ressources foncières pour expérimenter la phyto-épuration ou le lagunage dans les villages. 
Toute cette panoplie de mesures d'urgence, est une panoplie de bon sens. Donc l'urgence invite au bon sens et à la sobriété. Alors qui incarne le mieux l'urgence sociale à Plougastel-Daoulas ? Je salue l'initiative d'André Le Gac, ancien maire de la commune, de tenter de donner du sens à l'action sociale et d'alerter sur sa déperdition comme il le fait quand on le voit aux côtés des Gilets Jaunes, et je ne pense pas être le plus mal placé pour parler d'urgence environnementale. J'incite André Le Gac a prolonger son engagement pour regrouper autour de son appel un maximum de personnes désireuses de représenter cette urgence sociale. Je m'associe à cette démarche en tant qu'urgentiste environnemental. Et si la question de la tête de liste se posait, elle serait subsidiaire car un nouveau modèle de gouvernance est à instaurer (tirage au sort de la tête de liste, représentation communale tournante accessible à l'ensemble des éluEs,  création d'assemblée de quartiers,...). 
J'appelle de mes voeux à ce que l'urgence sociale et l'urgence environnementale se combinent et ne parlent plus que d'une seule voix, celle qu'il ne faut plus dévoyer. A défaut c'est toute notre société qui sera en panne. 


dimanche 24 novembre 2019

A mon ami, Pêr Folgalvez

Le premier mot qui me vient à l'esprit pour définir, mon ami Pierre Folgalvez, décédé depuis plus de 10 ans, dans le courant humide d'un mois de novembre comme celui-là, est le mot : probité. Non pas parce que Pierre, après des siècles de combats contre l'oppresseur fasciste et pour la justice des Peuples, observait à la lettre le respect de règles très conformistes, trop "centralisées", mais bien parce qu'il tentait d'en démonter le mécanisme diabolique par une moralité politique d'une rareté exceptionnelle. Mais être doté d'une moralité exceptionnelle ne fait pas de vous un être doté de suffrage. Au contraire, comme il l'écrivait à juste titre en 2005 sur le conformisme établi à propos d'une affaire qui nous intéressait à l'époque : ".... Sans doute Derrien (ndlr : moi :) !) n'avait pas compris que seule est valable la thèse des "leaders" (ndlr : à l'Union démocratique bretonne), bien qu'elle ne soit pas forcément explicitée." Et à force de taper sur les "leaders", ils vous condamnent à l'arbitraire et finissent par vous traiter d'hérétique !


Pourquoi d'ailleurs me rappeler aujourd'hui aux bons souvenirs de cette amitié inoxydable, née dans les confins des années 90, dans l'inconfort d'une terre léonarde, déchirée par le productivisme agricole ? Peut-être est-ce le moment pour moi de renouer avec une certaine chaleur humaine. Peut-être aussi que mes visites, chez Pierre, près de la Penzé, îlot préservé au sein d'ornières labourées, me ramène à mon propre isolement politique actuel face à de nouveaux "leaders" locaux, qui s'émeuvent tout d'un coup, sur l'état de santé de la Planète, alors que ceux sont, ceux-là mêmes, qui ont laissé propager l'épidémie socialo-communiste ? Ces charlatans qui prodiguaient des bons soins à l'économie libérale en nous faisant avaler un élixir social frauduleux. Ayant asséché leur zone de confort, ils se trouvent de nouvelles vertus (en voilà), dans la "transition écologique".

En plus d'être munis d'une amitié durable et sans failles, nous avions en commun avec Pierre, le fait de déplorer, inlassablement, les alliances fortuites ou opportunistes de l'UDB avec les socialistes de Bretagne. Il va s'en dire que nous n'étions pas nombreux à l'UDB à regretter la collusion des "leaders" de cette période. Pierre serait content aujourd'hui de se rendre compte que l'histoire politique nous donnait déjà raison face aux "leaders" du mouvement. Pour ma part je me sens orphelin de sa présence quand je suis de nouveau réduit à affronter des "leaders", cette fois-ci "écologiquement improvisés".

Je pense que, à travers de nombreux entretiens en tête à tête, étant de mon côté un jeunot qui découvrait l'existence de la supercherie "France", Pierre m'a insufflé une part de lui-même, une part de philosophie politique, une part de l'histoire de Bretagne. Je ne l'ai jamais regardé comme un père que je n'ai pas eu. Encore moi comme un "guide politique". Je crois même que ça ne lui aurait pas plu. J'aimais tout simplement écouter les pages d'Histoire dont il avait été l'acteur. J'avais une infime reconnaissance pour cet homme qui avait fait la grande Histoire des hommes d'exception, que ce soit du côté de Morlaix, Paris, d'Alger ou Barcelone.

Il n'a jamais renoncé à remettre en question son engagement politique, et celui des autres, parce que la morale le lui demandait, comme en témoignent les extraits d'un de ses courriers que je vous livre ainsi :
"Je suis, moi, plutôt fier d'avoir contribué à créer, avec Prenant par exemple et quelques autres, la première "Opposition communiste" qui en 1956 dénonçait le stalinisme."
"N'est-il pas vrai aussi que des militants bretons pensent être meilleurs que les Bretons qui ne militent pas, ceux-là sont, tout à la fois, prétentieux, sectaires et imbéciles. Je préfère quant à moi, "la preuve" que j'administre pour fonder l'existence du peuple breton : C'est qu'il y a en son sein le même pourcentage de cons qu'ailleurs. Pas plus, pas moins !". (Si seulement il pouvait constater dans quelle abîme de médiocrité nous sommes tombés !).
"J'ai développé à l'UDB, depuis de longues années, l'idée que le centralisme démocratique s'est mué dans le parti en une démocratie centralisée. Ce qui ne me semble ni différent ni "intelligent." 

L'âge a commandé à Pierre de partir dans une année quelconque pour un homme qui ne l'était pas. C'est bien surement la seule fois où il aura dû abdiquer !
Ne m'en veux pas Pierre; je ne t'ai pas oublié mais déjà que c'est difficile de vivre avec les vivants, alors tu penses bien qu'avec les morts....


"D'am mignon Pierre Folgalvez, mab Yvonne, ar rezistant, ar c'homunour, an tisavour, an aljeriad, ar barselonad, ar breizhad, ar gwaz hag o zad, hag ar rezistant c'hoazh. Pep tra hag unan war un dro.
Tremenet eo d'an 11 a viz Du, devezh ma vez ar c'horfoù hag an anaon o tiboaniañ.

A mon ami Pierre Folgalvez, le fils d'Yvonne, le résistant, le communiste, l'architecte, l'algérien, le barcelonais, le breton, l'époux et leur père, et puis encore le résistant. Le tout et l'unique à la fois. 
Décédé le 11 novembre, jour de délivrance pour les corps et les âmes en souffrance.

David Derrien, éditeur. Le livre "1977-2007. Diwan, hiziv"

jeudi 21 novembre 2019

Les vicissitudes d'une abeille sauvage, suite III


suite II
L’engouement populaire local autour de l’Abeillaud cessa net lorsque Didier décida de faire savoir publiquement qu’il s’opposait au choix du site du centre de formation et d’entraînement du stade brestois sur Plougastel-Daoulas. Il est bien connu que l’on ne badine pas avec l’essor économique surtout s’il est porté par le football. Rien ne peut stopper le ballon rond, et surtout pas des emmerdeurs d’écolo. En lieu et place d’une trame verte, inscrite au Plan d’Occupation des Sols, le maire, soutenu par des industriels de la région brestoise, déposèrent leur dévolu sur un secteur couvrant 10 ha, qui, à leurs yeux, apparaissait attractif du fait d’une friche abondante et de quelques chemins abandonnés de la pratique de la marche, du fait d’inondations répétées provenant des écoulements des eaux de pluie du bourg. Démontrant au passage l’absence de scrupules pour bafouer des règles environnementales et d’urbanismes, ces protagonistes tout puissants, ne se souciaient guère de la découverte d’espèces protégées, dont le fameux escargot de Quimper. Le maire ne se contenta pas de se retrouver hors-la-loi. Il mouilla le maillot pour convaincre les différents propriétaires de céder leurs parcelles. A 10 euro le m2, il y avait de quoi se frotter les mains. Pas un ne refusa une proposition aussi alléchante. Emmenés par tant de certitudes, certains propriétaires, poussés par la cupidité, n’attendirent pas la fin des procédures de permission de construire le centre de formation pour abattre des arbres de plus de 50 ans, eux aussi protégés par le Code rural. « Mais qu’est ce qu’on en a foutre des Codes et des Règlements puisque Monsieur le maire est sur de son fait ! ». Ce dernier, gonflé par l’orgueil, ne devait pas tarir d’éloge devant une telle opportunité, une aussi belle opportunité pour sa commune ! Au point où les meilleurs éléments du club local pouvaient être sélectionnés pour rejoindre l’élite brestoise. On avait le droit d’y croire. Beaucoup y croyaient, à l’élite, aux emplois, à la force de frappe des métiers du bâtiment. On pouvait même entendre que c’était vital pour le département du Finistère, sinon, certains pronostiquaient qu’on se précipitait vers une nuée de dépôts de bilan, c’était même la fin du bâtiment dans le département. Didier le répétait à qui voulait l’entendre, si peu nombreux, qu’il ne s’opposait pas à la construction du centre de formation, mais bien au choix du site d’implantation. Dès lors qu’on découvrit l’escargot de Quimper, rendant plus aléatoires les ultimes décisions administratives, des supporters du stade brestois se déchaînèrent contre quelques écologistes, dont l’Abeillaud. Pris pour cible, menacé à plusieurs reprises, Didier décida de porter plainte contre X. Il fit connaître sa décision par voie de presse. La vindicte populaire se gonfla d’autant contre lui que Didier était le seul à s’exprimer sur le sujet, de l’aveu même d’un journaliste. La pression populaire s’exerça sur certains écologistes, au point qu’ils préféreront déguerpir tout un week-end afin de se terrer dans des contrées moins hostiles. Nullement affecté par cet environnement inhospitalier, Didier, lui, continuait à se comporter comme à ses habitudes. « Tu es encore en vie ? » avait-il entendu une fois dans la rue. Un peu étonné de voir les autres s’inquiétaient pour son sort, Didier ne se formalisait pas. Il leur laissait, volontiers, cette inquiétude. L’insouciance qu’il affichait n’était pas comprise de tous, à voir cet échange malheureux avec un autre, accusé d’hérésie : « Ecoute, prends-le comme un divertissement ! – Comment ça comme un divertissement ? Mais c’est grave quand même ! » S’était-il emporté. Oui grave mais pas mortel. De toutes les façons, d’après le plus grand nombre, la messe était dite, le centre allait être construit. A voir le rassemblement de plus de 200 supporters à quelques encablures du futur projet, écoutant à tour de rôle le président du club de football de Brest et le maire de Plougastel, et à les entendre juchés sur une remorque agricole, rien ni personnes, et encore moins des « intégristes d’écolo » (dixit M. le maire) ne pourraient entraver la bonne conduite de la construction de la future structure sportive, pourvoyeuse de prochains champions. Mais au coup de sifflet final, quel carton rouge ! Voyant la situation administrative lui échapper le président tenta, dans les arrêts de jeu, de revoir ses exigences à la baisse. Il n’était plus question que du centre de formation. L’entraînement des jeunes se feraient ailleurs. Ils ne lorgnaient dorénavant que sur 5 ha de terres agricoles. Didier annonça, puisque la presse le lui demandait, qu’il n’allait pas se battre, seul, pour 5 ha de champ de maïs, malgré tout engloutis sous une infrastructure nouvelle. L’épilogue administratif donna finalement gain de cause aux associations de protection de l’environnement. Le Tribunal compétent retoqua le permis de construire déposé par le Stade Brestois, au grand dam des élus locaux, d’ailleurs plus affectés que les investisseurs qui avouèrent, quelques mois plus tard, lors d’une annonce faite par la voix du nouveau président du club, qu’ils n’auraient pas pu réunir les sommes nécessaires à l’édifice d’un tel projet.
Cet épisode, qui exacerba les tensions entre les défenseurs de l’application des règles en matière d’environnement et des irresponsables, aveuglés par le sectarisme de la croissance à tout prix, couplé en cela par le fanatisme le plus abject et le plus dérisoire, démontra que sous le costume de l’abeillaud, il y avait un homme. Un homme avec des engagements qui ne se limitaient pas à la préservation de la biodiversité. De façon peut-être inattendue, on découvrit que l’Abeillaud ne se contentait pas d’être un trublion de service, un hurluberlu sympathique qui impressionnait les enfants avec son kazoo. Il y avait là une question de cohérence : comment se prétendre défenseur de l’environnement, et s’opposer par exemple à l’aéroport de NDDL, s’il fermait les yeux, da façon complaisante, sur les atteintes, à cet environnement, qui se déroulaient sur sa propre commune ? Il ne suffisait pas d’arborer l’autocollant de NDDL pour se prétendre défendre une cause qui dépassait le seul cadre du bocage nantais. Il faut bien se l’avouer, se mobiliser à plus de 3 heures de route de Plougastel-Daoulas est bien moins contraignant que de se frotter à quelques dépositaires de l’ordre seigneurial qui appliquent des règles qui leur sont propres : l’intimidation et les menaces. Pour les tous autres, les rideaux restent tirés et les chaussons font office de refuge même pour de vertueux acariâtres qui se planquent dans leur maison de pailles. Ce qui à contrario, n’empêcha pas Didier de se faire allumer par ceux-là mêmes qui se satisfaisaient de se complaire dans la lâcheté : « Vous vous rendez de ce que vous avez fait ? Il y avait des emplois en jeu ! », « C’est toi dédé l’Abeillaud ? T’es qu’un con, on va te péter la gueule ! ». « Tiens d’ailleurs, je suis sure que c’est vous qui avez emmené l’escargot de Quimper sur place ! ». La renommée de Didier s’était donc désagrégée, à l’image du plastique noir abandonné sur les talus et dans les friches de la presqu’île suite à la culture volumineuse de fraises. Ce qu’il ne savait pas encore, c’est qu’il n’en était qu’au début de son impopularité. Surtout, il ne se doutait pas que c’était sa popularité qu’il entrainerait vers une rencontre irréversible.

Que se passait-t-il à Plougastel-Daoulas ? La délivrance de permis de construire par la mairie semblait décidément se faire de façon partielle et partiale. En tout cas, leur conséquence suscitait des situations de blocage, favorisant l'éclosion de tensions inacceptables. La situation qui suit, ne s'apparenterait pas à de la littérature sublimée par Simone de Beauvoir mais pourrait faire l'objet d'un récit loufoque avec de nombreux rebondissements, les circonstances paraissant tellement improbables.
Au lieu-dit Beauvoir à Plougastel-Daoulas, on ne trouve pas de Simone mais une autre femme avec une certaine trempe. Cette dernière est excédée, à bout de patience et remontée par son voisin expansionniste. Serriste industriel produisant une culture intensive de tomates, ce cher nettoyeur, pour satisfaire ses besoins, toujours plus croissants, entreprend de décalaminer quelques hectares de terres agricoles, fond de vallée, parcelle boisée, pour favoriser l'extension des nouvelles serres. Celui-ci ne se contente pas de défoncer les chemins et de détourner les cours d'eau. Il entreprend dans le courant des années 90 de prévoir les fondations de son ouvrage en y entreposant tout ce dont la terre réclame pour se nourrir (exemple de bidons ayant contenu des produits chimiques, appelés nutritions végétales, utilisés pour les plants cultivés en hors-sol et sous serres). La présence de ces déchets ne peut-être qu’une vision partielle d’une pollution invisible et plus conséquente. L’érosion n’a pu qu’aggraver  le phénomène, en rejetant durant cette dernière décennie, les résidus chimiques de ce dépotoir vers l’Elorn toute proche. Alors qu'ils interviennent sur un feu de déchet sur la zone du Cosquer, un pompier prévient la propriétaire du manoir : "Et bien dis-donc c'est un  Tchernobyl que vous avez là !". Depuis la plaignante a réclamé le PV de l'intervention pour prendre connaissance du type de produits répertoriés. En vain....
15 ans après, des vidéos réalisées par l’association de protection de l’environnement, « A quoi ça serre », dont Didier en est à l’initiative, permettent d'apprécier l'ampleur de l'édifice : plus de  10 mètres de haut au point culminant. On se retrouverait presque face à un phénomène tellurique rappelant le déplacement des continents. Ayant entrepris ces travaux depuis belle lurette, le serriste ne se contente pas de défigurer la nature, il impose ses pratiques et ne respecte pas les procédures pour les permis de construire. Conformément aux déclarations d'ouverture de travaux, l’affichage des permis de construire doit être visible à partir de la voie publique. Or après examen sur le terrain par Didier, aucun panneau n’a été installé sur deux parcelles concernées (Le non-respect de l'obligation d'affichage d'un permis de construire est passible d'une sanction pénale entraînant une contravention). Les irrévérences sont trop nombreuses à relever, à savoir tout de même que ce remblai a été réalisé en l’absence d’études d’impact sur les zones humides. 
On dit le bonhomme hargneux, menaçant, qui terrorise des voisins, avec la gâchette facile (la société de chasse ne lui a pas renouvelé son permis : un comble !). Le maire actuel voudrait résumer cette affaire à une complexe querelle de voisinage, où deux propriétaires bien installés se battraient pour des peccadilles. Croire ceci serait inconcevable. Il s'agit en fait de laisser à d'autres les responsabilités qui lui incombent, ne pas ouvertement prendre partie et ménager la chèvre et le chou, se délester de conflits entretenus depuis trop longtemps, s'abstenir de ne pas utiliser son autorité d'élu; ce sont des éleveurs d'autruches que l’on devrait avoir à Plougastel-Daoulas. Enfin, c’était l’avis de Didier qui ne comptait pas en rester là. Le serriste, de son côté, non plus. Il commençait à épier de plus près les contributions écrites de l’écologiste, diffusées sur son blog. Alarmé par un communiqué de presse paru dans le Télégramme de la présence de Didier, appelant à un rassemblement sur la voie publique pour montrer l’étendu des dégâts, le pollueur préparait un comité d’accueil, un « contre rassemblement ». Car ce fut un véritable front hétéroclite qui attendait Didier au lieu-dit du Cosquer, rassemblement qui aurait du permettre, aux personnes présentes, de voir par eux-mêmes, l’extension disproportionnée et préjudiciable d’une serre. 
De gré ou de force, le personnel employé par les serristes incriminés s'était joint au comité d'accueil, hostile à toute condamnation des abus constatés, afin de faciliter l'extension de serres à Beauvoir. Il y avait dans ce groupe de soixante personnes (en face ils étaient cinq personnes, dont un couple de retraité qui s’étonnait surement d’être là), à la fois des serristes, le représentant de la société de chasses, la famille, des salarié(e)s d'origines étrangères ou pas. Ces derniers, selon Didier, ont été instrumentalisés pour considérer la propriétaire de Beauvoir comme une emmerdeuse et dédé l'Abeillaud comme un paria. La gifle, administrée par une tapette à mouches par le propriétaire des serres, ramena Didier à sa condition pitoyable d'insecte nuisible. « Toi, maintenant que je vois qui tu es, tu as intérêt à faire gaffe ! », s’époumona le vieux fusil à l’encontre de Didier. Ce qui frappe dans un premier temps c'est le parallèle à faire avec la manifestation de  ce même mois de novembre 2013, organisée par les bonnets rouges à Quimper pour contester les portiques de l’écotaxe : patron-salarié, pour certains, main dans la main. D'ailleurs une des salariés arborait fièrement un bonnet rouge avec une pancarte à leur attention "re zo re", « trop c’est trop », salariée qui ne se contenterait pas de travailler dans ces serres et aurait, à priori, des liens avec une des membres de la famille du Cosquer
Habituellement le conflit social se focalise sur le respect du code du travail et le maintien de l'emploi face au patronat, qui  cherche à maintenir ou améliorer ses privilèges. Ici l'adhésion des salarié(e)s aux méthodes déployées par les employeurs pour réduire à néant toutes revendications sociales, pour s'abroger des règles fixées, est symptomatique d'une population prête à tout pour conserver son emploi, même si ce dernier est stigmatisant pour la condition humaine et donc la leur: pénibilité liée à la chaleur, gestes répétitives (inflammation des articulations), accélération des cadences avec pointeuse (2 T de tomates cueillies/pers/jour), salaire minimum de longue durée, pression psychique sur le personnel, poussée à la concurrence entre salariées, absence de la constitution de groupe d'intérêts sociaux, accentuation des embauches d'étrangers plus corvéables (10 % de la main d’œuvre dans le grand ouest) avec pour conséquence une pression accrue sur le reste du personnel. "Laissez tranquille mon patron", aurait-on pu lire aussi sur les pancartes. Des patrons qui ont bien compris que leur intérêt réside dans la fuite en avant. La course à l'agrandissement des serres est peut-être plus qu'une course à la rentabilité. C'est davantage la nécessité de ne pas disparaître. D'ailleurs, ce phénomène d'agrandissement est connu, pour ceux qui sont en capacité d'investissement, dans d'autres domaines agricoles (cochon, lait,...),  au détriment d'une agriculture paysanne,  de l'environnement, d'une production de qualité et du respect des uns et des autres. 
On dit que la direction de Saveol, la coopérative qui conditionne et commercialise les tomates, est sceptique sur les perspectives de maintien d'une activité de production industrielle, telle qu'on la connait aujourd’hui et qu'elle s'essoufflerait dans une dizaine d'années, face à la concurrence de la tomate marocaine ou espagnole. Signe des temps ? Un serriste, face à l'incertitude des prix sur le marché de la tomate, a fait l'impasse en 2013 sur l'achat de plants, car menacé d'une vente déficitaire.
Si les pronostics de Saveol sont exacts, où seront alors ces employeurs le jour où il faudra prendre en charge et soutenir des personnes jetées à la rue ? Ce sont ceux-là mêmes qui poussent les gens à la confusion et à la colère qui les chasseront sans ménagement en cas de crise. Ce que traversa l'entreprise Gad (abattoir de Lampaul-Guimiliau), ou la société Doux (volaille industrielle) n'est pas réservé à ces seuls secteurs d'activité agro-industrielle en Bretagne. Il y aura de la casse, pour Didier c’était certain, mais une casse sociale. Les serres, elles, resteront figées dans le paysage d'une friche industrielle.
Malgré la tension ambiante, les regards belliqueux, l’absence délibérée de vouloir échanger avec Didier et l’impertinente du manoir, Didier ne se sentait pas dépassé par un tel déferlement de colère, ni même inquiété. Son repli constituait plutôt une volonté d’interrompre une situation de blocage. Avant de partir, il alla bien jusqu’à apostropher la compagne de l’homme aux 10 ha de serres : « Si vous me menacez, si vous essayez de vous en prendre à moi, déjà je porte plainte et puis je fais venir mes copains altermondialistes de Notre Dame ! ». Ca ne coûtait rien de le dire. Ca pouvait la faire réfléchir. Un peu. Peut-être imaginerait-elle voir arriver des gros camions, remplis de punk à chiens. Encore fallait-il qu’elle soit pourvue d’une telle capacité.


Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...