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vendredi 19 novembre 2021

Comment l'Etat coule la pêche bretonne

Fidèle à son  histoire, l'Etat français a décidé de "baisser pavillon" devant le refus des britanniques d'octroyer des licences supplémentaires à des pêcheurs bretons, pourtant négociées lors des accords du Brexit. 

Pendant que les économistes nous ressassent que la pêche ne représente que 1 % du PIB européen, et qu'au fond il ne faudrait pas cristalliser les tensions sur ce seul désaccord, au risque de plomber d'autres volets des négociations, que la France après avoir bondé le torse, en menaçant les anglais de rétorsions économiques, se dérobe en proposant d'indemniser les navires bretons "bon pour la casse", c'est encore un secteur d'activité emblématique de la Bretagne que l'on sacrifie, tout autant l'Histoire qui lui est consacré, après bien des turbulences retentissantes du soulèvement de 1994, ou que l'on méprise comme l'a fait Nicolas Sarkozy lors d'une visite au Guilvinec en 2007.  

Cimetière de bateaux à Camaret

Les anglais, et à sa tête Boris Johnson, parviennent une nouvelle fois à obtenir gain de cause par un joli bras d'honneur adressé non seulement à la commission européenne mais aux Bretons eux-mêmes. Car ce n'est pas les seuls pêcheurs qui sont concernés, c'est toute la population bretonne, généralement si fière de ses pêcheurs, qui devrait se sentir en colère. En colère non seulement contre les anglais, peu scrupuleux, mais aussi contre les français, qui à l'image de ce qu'elle a fait subir à l'industrie, se désolidarise des pêcheurs que l'on mène vers une issue irréversible. Le président du conseil régional, Loig Chesnais-Girard l'a bien compris. Il prétendait d'ailleurs faire mieux que la ministre de la mer, Annick Girardin, en annonçant que "la Bretagne montre ses muscles". Le 01 octobre il déclarait : "Je veux que dans les 10 jours il y ait une réunion des trois régions (Bretagne, Normandie, Hauts-de-France), du gouvernement, de l'Union européenne face au Royaume-Uni et à Jersey pour définir et appliquer les règles." Il faut croire que seuls les goélands l'ont entendu à voir l'issue du rapport de force franco-anglais 1 mois plus tard; les navires jersiais pourront continuer à débarquer leur pêche dans les ports bretons sans être pénalisés. Les seuls qui le seront, sont ceux à qui l'on propose de détruire leur outil de travail, équipé certainement des dernières installations technologiques et obtenir en contrepartie une compensation financière qui démarrerait à 40 millions d'euro. 

Non seulement c'est un fiasco comme le tonnent les pêcheurs de St-Malo, mais c'est surtout une nouvelle aberration financière : détruire un outil de travail performant financé par de jeunes entrepreneurs pour qu'il soit compensé par la dette via l'Europe.... Entendons-nous les économistes libéraux sur ce point ? Eux qui soutiennent que les écologistes sont contre la technologie ? Non, il existe des écologistes bretons qui se nourrissent à partir des produits de la mer et qui par leur acte d'achat soutiennent la filière toute entière tant qu'elle s'adapte à ses obligations de respect des ressources et des méthodes artisanales de pêche,  en se dotant de moyens technologiques pour y parvenir s'il le faut. 

"La France a baissé son froc" a affirmé le président du comité des pêches des Côtes d'Armor, Alain Coudray. Certes. Mais si les Bretons doivent montrer les dents contre les britanniques, ce n'est pas en regardant vers Paris que les pêcheurs se feront respecter par leurs homologues anglais. Quant au président de la région Bretagne, il ne peut que se cacher derrière de l'affichage public car il sait l'impuissance d'un nain provincial dans le giron de la république française. S'il a en partie la main sur les ports bretons, il n'a pas la poigne, et pas grand chose dans le pantalon, pour s'opposer au revers des Anglais et à l'autorité de l'Etat. Il aurait peut-être déjà pu annoncer un boycott sur les produits de la mer en provenance de l'Angleterre félonne ? Si la France est fidèle à son histoire, la Bretagne aussi, coincée entre deux puissances qui la malmènent.



dimanche 31 octobre 2021

Au coin du cimetière

J'ai cloué un cimetière dans mon salon. Il n'a pas d'enclos ni de murs hauts, et pas vraiment de cadavres. Aucun craillement de gravillons ni de vils voyeurs ni d'oiseaux de mauvaises augures grimés derrière des chrysanthèmes. Surtout pas. Le mien est perpétuellement visitable et s'expose à mes regards fugaces, à mes souvenirs doués pour la mélancolie. Il est silencieux et n'est pas encombré par de funestes apparats.

Les tombes sont des fenêtres sur leurs visages, à tout jamais blanchis sur le papier. Seule, une plaque fine et transparente nous sépare et je pourrais presque toucher de la main leurs vêtements démodés, salis par la poussière ou leurs cheveux rabougris par la pâleur du soleil. Mes visites sentent le printemps mais de préférence l'automne. Les feuilles blafardes, piétinées par la pluie, ou cramoisies par le vent, ont tout d'un linceul.

Il se dégage de ce cimetière des odeurs de tendresses familiales, des effluves d'amour amical. Il est sain d'être aimé et de pouvoir aimer à en mourir, de sentir l'accolade d'un ami ou les baisers de mémé quel que soit son prénom, Marie-Véronique comme Eldegarde; je ressens encore sur moi l'attention de leurs yeux qui laissaient échapper des frissons affectueux. Mon dieu... Papa... Pourquoi partir si tôt ? Marc et Thierry pouvaient attendre encore un peu... Mourir à l'âge canonique de Pierre ou même de pépé François n'est pas un fardeau.

Le cimetière m'a concédé temporairement 5 cadres avec 7 défunts empaquetés. Car l'effroi me saisit déjà à l'idée d'élargir sa concession en calfeutrant de nouveaux portraits. Jusqu'à ce que, à mon tour, je vienne m'allonger auprès d'eux. Alors, je ne sentirai plus les fleurs du printemps ni les feuilles d'automne mais de nouveau les bras de ma mère, ceux sa mère avant elle et puis les mains de celles que l'on n'a pas connu. 

Après que la mort ait agrippé ma carcasse, restera-t'il quelqu'un pour venir me voir au coin du cimetière ?


vendredi 29 octobre 2021

"Demeter" j'ai gouté, c'est délétère


Septembre 2020, Plougastel-Daoulas, récit inspiré de faits réels.

"Allo ! David ? C'est Vincent Esnault,
- Ah ! Salut Vincent, comment vas-tu ?"
Vincent Esnault est l'un des rares adhérents d'EELV, élu à Fouesnant, que j'apprécie pour son engagement sincère, ses actions concrètes et son franc-parler. Avec "A quoi ça serre" nous l'avions invité en 2018 pour qu'il évoque la loi Littoral lors d'une soirée-débat en compagnie d'un avocat spécialisé sur le sujet.
"Dis moi, j'ai mon collègue de Plougastel qui m'a parlé d'un truc qui se passait avec des extensions de serres et l'effacement de parcelles par un remblai et j'ai vu la publication de ta photo (ci-dessous). Est-ce que tu sais de quoi il s'agit ?
- Oui, je suppose que ton ami a évoqué la situation des extensions de serres de la famille Le Bot à Breilez,
- Je suis à Plougastel la semaine prochaine, tu pourrais me montrer ?
- Oui bien-sur. On confirme ton passage ?
- D'accord, bye !
- A bientôt."
Chantier du remblai. L'arbre a fini par être abattu

Quelques jours plus tard, nous finalisons le rendez-vous sur les réseaux sociaux, en mode public. Echanges : 

Comme convenu nous nous retrouvons sur le parking, je convie pour l'occasion un autre adhérent d"A quoi ça serre". Avec Franck O. nous expliquons à Vincent le cas des serres "Le Bot". Ces serristes, producteurs industriels de fraises en hors-sol, sont l'exemple même d'une dérive litigieuse, en amassant des terres excavées probablement polluées, provenant du site de la nouvelle école publique "Mona Ozouf". Une terre qui aurait dû être entreposée sur un site spécifique, mais qu'"on" a préféré acheminer sur une parcelle par un ballet incessant de camions-bennes dans des ruelles de villages, dont les largeurs sont inadaptées au gabarit des engins. Ces manœuvres sont donc faites en toute illégalité, à la convenance des serristes. L'opacité reste une règle dans des chantiers municipaux à Plougastel. C'est ce que l'on pourrait qualifier de "petits arrangements entre amis". 
Je propose de servir de chauffeur dans une AX qui ne passe pas inaperçu. Comme la fourgonnette de la gendarmerie que je finis par distinguer dans le rétro. Je comprends quand je tourne à droite dans la ruelle qui descend au village de breilez, que la gendarmerie nous piste. J'en informe mes passagers quelque peu sidérés. Nous avions en effet prévu qu'une visite de terrain, sans pénétrer sur les parcelles visées, sachant que le chantier en cours est visible de la route et plus particulièrement d'un sentier communal que les serristes avaient tout de même tenté d'effacer en le privatisant. 
Je me gare sur le bas côté à l'entrée du site. Les gendarmes font de même. Je sors : "Bonjour, c'est pour quoi ? demandais-je peu crédule,
"Vous savez pour quoi, me répond un gendarme passablement agacé,
- Ah non je ne vois pas pour quoi". Ce que l'on finit par voir par contre c'est l'attroupement qui vient de se former autour de nous : les 3 gendarmes et la famille Le Bot, dont le patriarcat et les fils qui sortent soudainement de nulle part.
S'en suit une série d'échanges infructueux, de propos grotesques et d'attitudes nerveuses. Mes camarades préfèrent vainement discuter avec les serristes pendant que je m'exerce à freiner l'ardeur des assauts du père Le Bot. "Moi aussi je vais venir prendre des photos chez toi ! Oh ben t'as qu'à venir j'habite dans un immeuble". "Garde la distance physique, t'approche pas de moi Le Bot !" (mesures sanitaires obligent). Ce n'est pas la première fois que j'ai affaire à ce genre d'énergumènes, je finis par me lasser. Un gendarme s'approche avec un carnet : "Votre identité s'il vous plait ? Vous la connaissez déjà". "Pourquoi êtes-vous ici ? Je me promène." Fermer le ban. Ils ne peuvent rien entreprendre, nous sommes restés sur la voie publique, sachant que la loi ne condamne pas l'accès à une parcelle qualifiée de privée.
Le retour jusqu'au parking du Super _ nous permet de faire le point. Déjà on relève que mes publications sont épiées, puis que nous avons été suivis à partir de notre point de départ. Inquiétant tout de même que des gendarmes se mobilisent activement dans ce cas de figure (et sur ordre de qui ?)  alors que lorsqu'il s'agit d'enquêter suite à ma plainte pour détérioration volontaire de matériel professionnel, la plainte est archivée et que dans certaines situations dénoncées par "A quoi ça serre", les gendarmes semblent décidés à faire le strict minimum.
Par contre quand il s'agit d'appliquer à la lettre voire à la marge comme cette fois-ci (ce qui nous interroge donc sur les abus de pouvoir et sur leur volonté d'intimidations) le dispositif de la cellule "Demeter" conventionnée entre la Fnsea et l'Etat, est exécuté avec zèle. Car en effet à aucun moment les agriculteurs se sont retrouvés dans une situation d'insécurité manifeste. Je peux donc conclure à un abus de pouvoir qui en dit long sur l'ambiance délétère, dégradée à cause de ce type d'agissements préoccupants et qui piétinent notre droit à l'information citoyenne. En fin de compte je reste sidéré de voir la gendarmerie, et par voie de conséquence l'Etat français, protéger de probables pollueurs et nous faire passer pour de véritables délinquants.

de g. à d., Vincent Esnault et David Derrien

Les opposants à l’agriculture intensive dans le viseur de la cellule Demeter

Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...