Qui êtes-vous ?

Ma photo
La vie file, ne s'accroche à rien et surtout pas à l'avenir

samedi 28 mai 2022

Elles, mes mères intérieures II

 Partie une https://ddlabeillaud.blogspot.com/2022/05/elles-mes-meres-interieures.html

Je n’ai jamais vu mémé avec une coiffe, qu’elle avait remplacée par une vulgaire perruque. Celle-ci camouflait une superbe tignasse blanche, dont la longueur des cheveux a toujours sidérée les yeux du petit garçon que j’étais. Je ne sais pas, réflexion faite aujourd’hui, pourquoi elle dissimulait une telle crinière. D’ailleurs son habillage avec blouses à petites fleurs, tuniques uniques de sa garde-robe, sertissant un corps alourdi, peu flatteur de ce qu’elle fut plus jeune, accentuait une impression de résignation. L’acharnement à humilier et à abaisser les Bretons de cette époque, y est peut-être pour quelque-chose. Je prends pour simple exemple la langue bretonne. Un jour qui avoisinait mes 10 ans je demandais à ma grand-mère de m’apprendre le breton, puisqu’elle le parlait couramment : « Mais pour quoi faire ? », me répondit-elle. Bien-sur, comme le formica, on lui avait tanné que parler le français était un ascenseur social évident et qu’il fallait radicalement qu’elle se débarrasse de son langage de plouc ! «Une tare vous dis-je. Vous n’arriverez à mater ces gueux que par la rupture brutale que vous leur infligerez en les coupant de leur vie rurale de bouseux et à commencer par le breton ! Envoyez-les à la ville et vous en ferez des domestiques dociles et corvéables à merci», aurait-on pu entendre dans la bouche de n’importe quel administrateur de l’Etat français, qui à priori n’était pas qu’antisémite sous la 3ème République.

Les femmes de Santec vivaient autant dans la simplicité
que dans la  ténacité (Mémé avec sa fille Marie-Hélène, ma mère) 

Comme beaucoup de femmes de cette époque mémé trimbalait beaucoup de certitude quant à la façon de se soigner, ce qui impliquait qu’elle n’allait pas souvent chez le médecin, car on se méfiait tout de même de ce charlatan. J’en prends pour preuve le jour où, suite à une chute tout à fait bénigne, il fallut tous les sermons de ma mère pour la convaincre de  diagnostiquer pourquoi elle souffrait autant de la main, après quelques journées sans se soucier de soins, pourtant nécessaires à sa guérison. Résultat : fracture du poignet. Quelque chose de plus émouvant était la façon dont elle pensait se prodiguer des soulagements. Sur la portion de la plage, que nous appelons « La Roche », située entre la Staol à gauche et le Theven à droite, se trouve encore aujourd’hui un amas de rochers et de goémons que nous nommons le « Kroazig ». A l’avant, une cuvette, qui retient l’eau lorsque la mer fait sa marée basse, avec à l’arrière une boursouflure rocheuse, protectrice du vent. Y sont piégés crabes et crustacés, mais aussi du varech, qui d’après mémé avait un effet curatif : « tu vois mon garçon, le fait de frotter mes jambes avec ce goémon facilite la circulation du sang ». Flac, flac, je l’ai souvent observée, là, penchée vers l’avant au milieu de l’étang, à saisir à pleine main une frange de verdure océanique, de l’autre main relever sa robe fleurette et frotter, frotter, devant, derrière, et encore devant. Flac, flac. Autour d’elle, le silence d’une mer éteinte, guère de vacarmes criards de mouettes affamées, si ce n’est le flac, flac du goémon, ni de touristes si mal fagotés, si peu nombreux, qu’ils ne faisaient pas le poids face à ce tableau « Gauguintesque ». J’ai respiré ce silence gargantuesque avec tant de vénération que j’en garde un souvenir d’allégeance à la Nature, inconsciemment surement mais si présent maintenant. Flac, flac. Même les bateaux amarrés-là se sont mis sur leur flanc en signe d’escale et se sont abandonnés dans ce décor que seule ma grand-mère faisait vivre. Au loin, le Roc-Santec, si opulent d’ordinaire, faisait pâle figure face à un tel déchaînement de gestes marins, flac, flac, mille fois répétés par elle, flac, flac et avant elle sa mère Jeanne, flac, flac et encore la mère de sa mère. Il existe quelque chose de plus solide que la pierre, de plus persistant que le temps qu’il fait, de plus patient que le faucon cendré, c’est la mémoire ; « la mémoire et la mer » comme chante Ferré. Mémé en était la réincarnation, la preuve vivante de la lavandière. Elle animait ainsi une flopée d’années, où les femmes de mon pays, proues face au vent, courbées dans le décor d’un champ, d’un lavoir, d’une flaque de mer, que surmontait une coiffe blanche, exaltaient la survivance. Peu enclin à la plainte, elles survolaient leurs conditions et ne s’agenouillaient que pour mieux se relever. Novembre n’était pas leur mois préféré, quand il fallait rejoindre St Pol, par une route peu carrossable, sur une charrette d’ânée qui te chahutait le dos à chaque passage chaloupé par l’ornière,  pour y vendre sur le marché, la récolte de l’instant, qu’elle soit de terre ou de mer ; les bigorneaux bigleux côtoyaient les carottes carotènes. Je rends hommage ici à leur Dignité, c’est une stèle granitique de Padrig Le Guen, que l’on aurait du ériger, à leur mémoire. Je suis si fier d’incarner aujourd’hui ce qu’Elles furent, car je le vît et le vis. Je sens dans mon intérieur, ma main posée sur leurs mains, mon pas à talon de terre effaçant leurs pas de sabot à sable. Je sens leurs souffles d’embruns sur mes paupières grenat, aux lucarnes pigmentées de vert, héritage qu’Elles m’ont laissé afin d’être leur fenêtre ouverte sur notre Monde.

Mes Mères parfument encore ces lieux, où les ajoncs jaunes d’antan ont laissé place à une steppe cotonneuse et désertique « trop dangereux, disaient-ils, le feu peut prendre en dedans. » Qu’importe l’absence des draps blancs qui couvraient les landes ! Errance depuis des lustres de voiles sans navire. Ils n’anéantiront pas ma vision contemplative. Ils n’y arriveront pas ! A travers moi ce sont ELLES qui reviennent. Je leurs laisse savourer l’instant, une poignée de temps. Revenir au Kroazig, chercher le goémon pour le champ, effrayer les mouettes en cri, savourer un brennig derrière la dune, réajuster sa coiffe quand le vent prend dedans, Sentir le froid frissonné dans l’échine rabattue. Digérer la faim viandarde, être happées par la brume, avaler sa congestion paralytique. Et puis, plus tard, ne retirer que les sabots et se baigner avec les blouses, par pudeur, sans se soucier de coquetteries. Rien ne doit m’être épargné, tant l’allégresse, tant la souffrance. Pour Elles je serai vainqueur des querelles citadelles et des batailles citadines. Pour Elles je lèverai le poing vers les étoiles. Pour Elles je braverai la Foi du dogme républicain.

Ha ni ‘z ey dre ma ‘z eyo, ya ni’z ey dre ma ‘z eyo. Mais ce n’est pas la peste d’Abernot qui nous rendra visite dans notre corps mourant. Je me joindrais à Mes Mères pour l’éternelle mémoire qui fait que nous restons vivants encore quelques décennies. A nous de l’entretenir et de la transmettre. Pour lors, Elles ne se souciaient pas de savoir qu’Elles allaient engendrer, plus tard et maintenant, un iconoclaste fantassin. Je peux d’ailleurs sentir aujourd’hui la lutte qu’engendre ce mot qu’est la mémoire. Il ne s’agit pas ici de saluer la nostalgie mais de s’interroger sur ce que l’on devient sans mémoire.

mardi 24 mai 2022

Serres à tomates. Le bourdon deviendrait-il une espèce invasive ?

Le bourdon terrestre (ou appelé aussi "cul blanc") deviendrait-il une espèce de substitution à d'autres pollinisateurs à proximité immédiate des serres industrielles ? Avec la pollinisation intensive par les bourdons sous serres pour la production de tomates hors-sol, devenue un leitmotiv du greenwashing des industriels des coopératives bretonnes, la question mérite d'être posée. 

Au chili, pour ne prendre que cet exemple, plusieurs centaines de reines ont été importées dans les années 80 pour mettre en place des colonies afin de polliniser des cultures sous serres comme l'avocat ou la tomate. Le phénomène a perduré dans le temps avec de plus en plus d'importation de spécimens du bourdon terrestre, jusqu'à 1 million sur les vingt dernières années (source : site consoglobe, article de mai 2019). A cause de sorties clandestines et répétées du bourdon européen, la compétition avec les autres espèces indigènes, dont le bombus dahlbomii, met en grave péril l'existence de ces bourdons d'Amérique Latine. Il parait donc très probable que la Bretagne n'échappe pas à ce phénomène de remplacement des pollinisateurs qu'ils soient sauvages ou mellifères, là où sont implantées massivement les serres à tomates. 

Un bourdon sur une fleur
de tomate industrielle

Pour répondre aux interrogations des producteurs québecois, une étude complète sur la pollinisation de la tomate par le bourdon a été menée en 2006 par le "Réseau d'avertissements phytosanitaires" puis mise à jour en 2015, et qui jusqu'à preuve du contraire n'a pas son équivalente en France. On peut tout de même s'accorder à penser que les pratiques, si elles ne sont pas exactement identiques, n'en sont pas moins éloignées. Cette étude peut donc apporter un éclairage manifeste concernant l'impact sur la biodiversité locale d'une telle pratique de pollinisation industrielle considérée comme incontournable par les coopératives de producteurs.

Que dit cette étude sur l'introduction de ruches à bourdons dans les serres ? En résumé 400 ouvrières sont nécessaires pour couvrir 1 ha de plants à butiner. Une ruche de type A (comprenant une reine très active) offre le plus grand potentiel avec au démarrage 70 à 100 ouvrières pour terminer à 250 individus. Pour une surface de 2000 m2 l'industriel aura besoin d'introduire 1 ruche de type A tous les 4 à 5 semaines durant tout le temps de la production, soit une production étalée sur 8-9 mois, avec un démarrage en fin novembre. Un passage de l'étude aborde le sujet de la sortie des bourdons vers l'extérieur des serres. Les recommandations apportées par les auteurs semblent faites pour limiter ces sorties et ne déterminent pas de solutions définitives d'empêchement. 

La haie de consoudes en floraison
Pour évoquer la situation dans la région brestoise, la consoude très mellifère, implantée par un adhérent de l'association "A quoi ça serre" de Plougastel (29) sur une parcelle en bordure de l'Elorn, attire tout type de pollinisateurs mais plus particulièrement le bourdon à "cul blanc". En effet, durant le temps passé à observer la haie de consoudes, il a remarqué une proportion bien plus importante de ces individus que d'abeilles mellifères et de leurs cousines sauvages réunies. A savoir que la parcelle est située à 600 m. à vol d'oiseau des premiers abords des serres industrielles du lieu-dit "Le cosquer Saint-Jean". Avec des serres régulièrement aérées, la probabilité que des individus s'échappent est donc extrêmement élevée. On peut assurément parier que cette invasion du bourdon s'exerce ailleurs dès que les serres à tomates s'enkystent dans le paysage. Il ne s'agirait pas alors uniquement d'un effondrement de la biodiversité locale mais bien plus encore d'une homogénéisation des butineurs dans le cas présent, avec un renouvellement de générations de bourdons plus prégnant encore. 

Pourrions-nous faire l'économie d'une étude d'impact d'un système économique qui révélerait que son modèle industriel de pollinisation est néfaste pour la biodiversité locale ? A l'heure des choix de sauvegarde impérieux des insectes pollinisateurs la réponse est évidemment non. "A quoi ça serre" ne manquera pas de saisir qui de droit.


vendredi 20 mai 2022

Les Français n'aiment pas les Arabes, des Bretons non plus acte II

 Acte I https://ddlabeillaud.blogspot.com/2022/05/les-francais-naiment-pas-les-arabes-des.html

Suite à la publication de l'article "Une humaine dégradée", les réactions au sein de l'UDB sont assez contrastées même s'il faut se l'avouer, la réprobation est quasi-générale. J'ai sélectionné des extraits de courriels ou de courriers afin de retranscrire l'ambiance qui régnait à ce moment-là en interne au Parti. Chaque passage est accompagné d'une annotation comprenant le type de document, la date et les initiales du nom de chaque contributeur. Il est en effet inutile d'exposer l'identité des rédacteurs sachant que certaines personnes, si elles n'ont pas quitté l'UDB, sont décédées aujourd'hui. Il est essentiel plutôt de retenir la tournure dramaturgique de la situation, à cause d'une proportion immodérée de l'offuscation, un positionnement émotionnel qui nous éloigne automatiquement, et volontairement pour certains, de la source du problème.

Manifestation à Lorient en faveur des prisonniers politiques bretons.
Je suis l'auteur de la photo (04/08/02)

Dans un premier temps ce qui me frappe le plus à travers les nombreux commentaires, c'est l'état de stupéfaction dans lequel se trouve certains adhérents quand ils découvrent que je me serais attribué, par je ne sais quelle volonté, un grade honorifique, le titre de "directeur de publication" de l'An Emsaver. Il n'en est rien, comme déjà évoqué dans l'acte I, c'était plus une question de formalité administrative. D'ailleurs ma successeuse au bulletin de l'An Emsaver a conservé ce titre, ce qui démontre bien qu'il n'y avait pas besoin de suspecter chez moi une dimension surestimée de ma petite personne. Mais puisqu'ils sont animés par le goût du pouvoir ou par leur confusion dans le rôle surfait de Haut responsable, je ne pouvais pas en être exempt à leurs yeux.

Courrier du 20 juin 2005, K.G.


courriel du 18 juin 2005, M.G.

 A ce stade, il est quand même justifié de rappeler quelques faits établis

courriel du 14 juin 2005, D.D.

courriel du 24 juin 2005, F.F.

Avant de basculer dans le caractère majoritairement réprobateur, une petite douceur

courriel du 11 juin 2005, G.Q.

Il est question dans le passage ci-dessus d'engager une enquête interne pour clarifier la situation. D'autres s'expriment dans ce sens :

courriel du 20 juin 2005, M.G.

 Je propose dans ce contexte, et en tant que membre, d'inviter la principale victime au Bureau Politique (organe décisionnel du parti) qui a lieu à Becherel le 25 juin 2005. Sauf que :

courriel du 17 juin 2005, R.L.P.



Les principaux intéressés n'ont jamais participé à ce Bureau Politique et en définitif, sous la menace de la démission d'un des hauts responsables, l'idée d'une commission d'enquête a fini par être enterrée. Il ne fallait pas ajouter une crise à la crise. Le même R.L.P. (directeur de publication du Peuple Breton) interdit la publication d'un texte de Fatia Folgalvez dans le mensuel, alors que son remplaçant qui assure l'intérim en son absence l'accepte sans tergiversation. C'est une décision que R.L.P. prend seul et conformément à ses propres règles.

courriel du 17 juin, K.G.

Voilà, nous y sommes. Je me souviens encore qu'à la première lecture de ce qui suit je fus étonné de la grandiloquence des propos, l'outrance à son paroxysme, une méthode bien connue chez les politiciens. 

courrier du 20 juin 2005, K.G.

Ca vocifère sur une seconde page

courrier du 20 juin 2005, K.G.

Je retiendrai un point parmi ces tirades dithyrambiques : "son incapacité à placer l'intérêt général au-dessus de ses motivations personnelles". Lors de mon passage à Carhaix au début des années 2000, je fus responsable de la section locale du Kreiz Breizh. Avec ses 30 adhérents, nous n'avions plus regroupé autant de personnes à l'UDB depuis fort longtemps dans le Poher. Je m'engageai même au-delà du parti en étant à l'initiative de la coordination antirépressive de Bretagne (comité de soutien aux prisonniers politiques et à leurs familles) à Carhaix, avec une réunion publique réussie dans les locaux du centre culturel "Egin". L'intérêt général je le plaçais ailleurs que l'auteur, qui avait une vision bien plus opportuniste quand il se revendiquait de "l'intérêt général". 

A la sortie de cette période, je restais dans l'ombre des petits évènements marquants qui émaillaient l'Emsav et notamment celui de la présence d'élu.es de l'UDB au conseil régional de Bretagne. Et même si on cherchait à effacer cet engagement sincère, presque dévoué, au sein de l'Emsav à Carhaix, on ne pourrait pas me l'enlever. Je ne suis pas celui qui accueillait par le mépris la détresse d'une personne. 

A suivre...








Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...