Qui êtes-vous ?

Ma photo
La vie file, ne s'accroche à rien et surtout pas à l'avenir

mercredi 31 août 2022

La difficulté de l'émancipation - acte II

Après l'émancipation liée aux personnes (lire "La difficulté de l'émancipation": https://ddlabeillaud.blogspot.com/2022/08/la-difficulte-de-lemancipation.html), d'autres phénomènes revêtent un caractère similaire, d'ordres social, sociétal ou politique.

Sans surprise la première étape de l'émancipation sociale réside dans la didactique et la somme des connaissances dans leur diversité la plus éclectique dont l'enfant devrait bénéficier. A un stade précoce, cet apprentissage des savoirs technique, artistique, domestique, sportif... n'a rien à définir pour la suite mais bien plus à éveiller le sens critique, à offrir à l'enfant une âme qui s'épanouira dans l'affinité à se porter vers tel ou tel domaine puis à explorer encore davantage sa propre fascination de l'existence. L'émancipation se réalise également par rapport à autrui. Il faut accepter d'effacer les signes avant-coureurs de la désignation, de l'enfermement catégoriel; au lieu de favoriser la concurrence et la hiérarchisation, lancer déjà les bases de la coopération et de la mutualisation. A défaut, l'émancipation prend des formes de luttes sociales, involontairement supportées par les catégories les plus laborieuses, que Boaventura de Sousa Santos présente ainsi : "l'émancipation est un ensemble de luttes procédurières sans but défini." A part sûrement d'exploiter le plus grand nombre pour la richesse de quelques-uns.  Quand le nouveau ministre de l'éducation Pap Ndiaye annonce que "L'école est injuste avec les pauvres" on voit que le chemin de l'émancipation reste comparable à un parcours de combattant pour nombre d'enfants.

Dans d'autres circonstances, très souvent liées à des situations conflictuelles, l'émancipation, ou autrement nommée la Liberté par des Français dévoués à leur sacerdoce républicain, à l'Autorité gouvernementale prend des allures de contestations asymétriques tant l'objet de la rupture semble confus à trop vouloir assembler ce qui ne peut l'être. La pandémie de la Covid-19 est très révélatrice de l'insupportable sentiment de confiscation de liberté ressenti par une part dispersée de personnes allant de l'extrême-gauche à l'extrême-droite et regroupant des complotistes de toute nature. Plus qu'une vaccination indésirable, c'est l'instauration du "Pass sanitaire" qui a agité les foules bigarrées. Et à bien observer les évènements, il est rare que des manifestations, dans leur cortège même, aient rassemblé des personnes politiquement opposées, pour ne pas dire antagonistes, au point de rendre contagieuse la haine ressentie des uns contre les autres. Certes, on doit refuser que l'espace public ou les lieux de convivialité deviennent des points de contrôles en obligeant des acteurs économiques à se substituer au représentant des forces de l'ordre. Néanmoins la liberté si chèrement choyée des "anti-vax" ne peut pas supplantée l'inaliénable contrainte à préserver la santé d'autrui et même de l'inconnu (dénoncer l'accumulation des profits par les laboratoires est un autre débat). Ce cri de liberté individuelle peut devenir une menace mortelle pour des personnes fragilisées par la vie, à trop vouloir s'éloigner de l'objet de la rupture. Autrement, ne devient-on pas un ennemi de la liberté en voulant imposer la sienne ? C'est de notre responsabilité collective de protéger les plus exposés.

Il y a pourtant dans l'idée d'émancipation des orientations plus nobles et plus existentialistes comme celle dédiée à l'émancipation des peuples, à commencer par celle du Peuple breton. Sans s'égarer dans une analyse historique, l'Emsav (Mouvement breton) démarre bon en mal an dans son aspect politique vers 1910.  L'idée d'émancipation taraude déjà l'ensemble des courants existants qu'ils soient Fédéraliste ou Nationaliste, sans que cela émeuve davantage les Bretons, ignorants surement l'agitation intellectuelle qui gagne quelques jeunes bourgeois instruits, pourtant libertaires (Camille Le Mercier d'Erm, en autre) ou celle des notables plus enclin à maintenir des privilèges de classe que soutient de surcroît le clergé. Bien après la seconde guerre mondiale, les revendications des militants politiques s'orientent plus vers "un entre deux", en s'accaparant le principe d'autodétermination pour les mouvements de gauche, certes louable mais laissant le champ libre à l'extrême-droite qui si elle s'empare sans retenus du discours émancipateur c'est pour mieux justifier sa position intenable contre l'immigration dont elle rend responsable la France. Passer de l'autodétermination à l'autonomie chez des militants politiques dans les 50 années clôturant le 20ème siècle est un signe de féodalité qui les jettent dans les bras de la République française. Pire en ce qui concerne l'Emsav qui comme le relève très justement Yann Ollivier (juriste) "S'est laissé récupérer par le Parti Socialiste". Pour lui, la principale victime de ce clientélisme est l'émancipation. Rien que ça. Malgré tout, l'émancipation reste un sujet d'actualité qui traverse l'échiquier politique breton. Quant à l'autodétermination, elle s'exprime toujours dans les mouvements indépendantistes d'extrême-gauche qui ne se sont jamais séparés de cet objectif. Elle se manifeste notamment dans l'organisation d'un référendum pour consulter les Bretons et leur demander si l'indépendance est une option d'avenir pour la Bretagne, dont la première étape passe par la Réunification. 

La conclusion revient au philosophe Jacques Rancière qui définit la politique comme une "Organisation et exercice du Pouvoir qui prend le pas sur son autre versant, c'est-à-dire le principe d'émancipation pour parvenir à l'égalité", que Yann Ollivier reprend en expliquant simplement que "La politique française nous prive (nous, Bretons) de la politique entendue comme la capacité d'affronter les véritables problèmes qui se posent à la société."


vendredi 26 août 2022

"A quoi ça serre" 10 ans d'une lutte esseulée avec des résultats

📅D'abord constituée en collectif fin 2012, la poignée des premiers volontaires s'est orientée en 2 ans vers un statut associatif en ciblant ses missions sur la protection de l'environnement. Avec une omniprésence des serres de production hors-sol à Plougastel-Daoulas, le nom de l'association "A quoi ça serre" s'est naturellement imposé. Le constat de départ étant suffisamment alarmant, les premiers adhérents se focalisent sur les dérives environnementales liées à des comportements délictueux des serristes, prenant différentes formes visibles ou pas, facilités en cela par l'indifférence totale et coupable des élu.es dans leur expression la plus représentative, y compris chez les Verts locaux 💩.

📣L'objet de l'association permettait dans un premier temps de localiser les situations les plus vulnérables, de faire un état des lieux, de commencer à identifier et répertorier les différents types d'infractions. Sans faire un inventaire complet, les phénomènes les plus visibles se matérialisaient par la combustion massive de déchets plastiques en plein air et de bois traités pour les chaudières, de dépôts de déchets verts industriels en tout genre, allant jusqu'à l'entrepôt de mâchefers. Concrètement et se limitant aux interventions en lien avec les serres, A quoi ça serre  c'est :

👉 une quinzaine de plaintes contre des serristes avec une condamnation et plusieurs mises en demeure 👍👋,

👉👉 plusieurs menaces physiques, des propos calomnieux et insultants (y compris d'habitants insignifiants) 💥,

👉👉👉 une absence de soutien des élus quel que soit l'échelon, d'implication d'associations environnementales ou même d'acteurs de la filière biologique souvent complaisants avec les pollueurs, de militants préférant préserver les zones humides de Notre-Dame et sécher celles de Plougastel, une indifférence des habitants dans leur très grande majorité qui ont parfois même manifesté leur hostilité. Seul le soutien d'une quinzaine d'adhérents a permis à quelques membres actifs de continuer avec détermination leur mission dans une abnégation désintéressée 👭👬 👋. A souligner tout de même une écoute constructive de la part de la DDTM 29 depuis 5 ans,

👉👉👉👉 un relai médiatique local inexistant à la TV, à la radio 📺📻 et peu d'empressements des rédactions de la PQR (Presse quotidienne régionale) à relayer les constatations d'"A quoi ça serre" concernant les adhérents de la coopérative Saveol 😠.

💪Après 10 ans d'une lutte acharnée, méthodique et esseulée, plus que des résultats qui se concrétisent, et même si l'association n'a pas pu intervenir dans certaine situation lamentable comme le remblaiement du bocage, c'est un changement d'attitude des acteurs de la filière et de comportements de certains serristes que nous sentons évoluer dans le bon sens grâce à notre engagement. Les derniers "Arrêtés départementaux de mise en demeure" confirment cette tendance à mieux contrôler les serristes dans leurs insupportables atteintes à l'environnement et de briser leur sentiment d'impunités. 

Toutefois, des plaintes sont encore instruites et l'implantation de plus de 200 ha de serres et de tunnels peut sans cesse occasionner des désagréments. La vigilance reste donc de mise surtout que de nouveaux phénomènes apparaissent comme la surpopulation du bourdon terrestre🐝.

Les premiers engagements du collectif en 2013


jeudi 25 août 2022

La difficulté de l'émancipation - acte I

Le recueil* du colloque consacré au socialiste-libertaire Emile Masson en 2003 se termine par l'intervention de Daniel Colson et Ronald Creach (la solitude du rebelle) et dit ceci : "La révolution c'est toi" disait Emile Masson. En s'intéressant à lui, en découvrant la violence et l'intensité d'une vie (...) c'est à toutes ces expérimentations que nous nous intéressons (...) à ce dont nous sommes nous-mêmes porteurs comme source de révolte et d'émancipation." Emile Masson, comme loyal anarchiste, a intimement lié sa vie à la recherche de l'émancipation, pas seulement pour un idéal socialiste, ni pour lui-même, mais pour tout un peuple paysan, une civilisation bretonne qui éclatera dans la 1ere guerre mondiale, et même au-delà.  Plus généralement, quel que ce soit le domaine, l'émancipation n'a pas meilleur ambassadeur que l'anarchiste. Peut-être même qu'elle diffère, et par conséquent qu'elle s'éloigne, de l'idée que l'on se fait de la liberté.

Dans un premier temps l'émancipation fait référence à un acte de droit civil par lequel l'autorité parentale (de plus en plus monoparentale) ne s'exerce plus sur un adolescent toujours mineur. Pour autant, bénéficie-t-il alors d'une liberté de manœuvre, de va-et-vient selon ses propres convenances ?  Certainement que les droits nouvellement acquis se heurteront aux règles de vie commune déjà connues, vécues et instaurées par les parents qui doivent être vus également comme des référents tout en soumettant leurs prérogatives à un devoir d'aimants. La collaboration parent/adolescent peut alors se briser dans un rapport de force, voire de violences, dès lors que l'enfant se croit autorisé à considérer les rues d'une ville ou les chemins de la campagne comme un espace d'émancipation parce qu'il aurait bravé la règle convenue et concertée de rejoindre la cellule sociale à une heure acceptée ensemble. Quand la règle est expliquée en ayant obtenu l'accord de l'enfant, elle ne devrait plus être vécue comme une injonction. En possession d'un droit juvénile, l'adolescent ignore que sa liberté se confond avec celle des autres même si elle n'est pas à l'identique. Son émancipation ne lui donne pas que des droits, elle l'oblige à des devoirs à se construire individuellement. Elle devient factice si l'ordre commun est constamment remis en cause. Elle fragilise la paix sociale intrinsèque aux choix  considérés comme bienveillants des parents. Ces choix n'expriment rien d'autres que des souhaits et une expérience transmise par les générations antérieures qui ne demande qu'à progresser dans le bon sens. Ils ne doivent pas être aliénants mais écoutés et entendus sinon, et à défaut, d'autres dispositifs plus contraignants surgiront et l'autorité parentale prendra le relai aux désordres occasionnés. Comment ne pas mieux dire la parentalité quand le référent s'est déjà libéré d'un certain vocabulaire tel que "obéir", "chef" ou "commander" ? Mais l'exemplarité n'est toujours pas saisi dès lors que le fantasme de liberté s'écrit ailleurs et se colporte inaudible dans d'autres bouches et dans d'autres réseaux.

Ensuite, toujours dans une période contemporaine, l'émancipation est associée à la place et aux rôles des femmes. Tout au long du 20ème siècle, les femmes occidentales, pour les plus engagées, ont tenté de s'éloigner de la tutelle écrasante des institutions et du conservatisme que leur imposait une domination autocratique masculine. Les exemples d'émancipation, parfois héroïques souvent justifiés, ne manquent pas sur le droit de vote, sur le droit de disposer de leurs corps comme elles l'entendent, sur l'accès au travail,.... Dans une société devenue complètement capitaliste, le féminisme a osé défier ce que les hommes d'âge mûr avait construit pour eux, et dans bien des domaines, et même si les inégalités persistent les militantes obtiennent gain de cause. Il faut toutefois qu'elles se souviennent, toutes ces féministes, que leur combat, avant toute chose, est d'inspiration anarchiste. Pour autant, leur supposée liberté retrouvée dans le travail, au sein du ménage, dans la société civile leur garantit-elle une émancipation vécue face au capitalisme ? Est-ce que l'Etat prévoit aux épouses un accompagnement total face à la violence de leurs conjoints ? Très souvent séparées, parviennent-elles à assurer sereinement une protection sociale quand il s'agit d'élever seules les enfants quand les ex se défilent ? Confrontées aux remous professionnels, les femmes ne sont pas plus à l'abri que les hommes quand elles doivent rendre des comptes sur les cadences, sur le rythme de productivité, sur le chiffre à atteindre. Pour celles qui ont privilégié leurs plans de carrière, on pourrait croire qu'elles finissent par se confondre avec l'homme de crainte que l'on puisse remettre encore en cause leurs compétences au sein de l'entreprise. En admettant même l'indépendance liée au travail, les aléas climatique, économique, conjoncturel, feront rappeler que récolter des légumes dans de bonnes conditions pour une maraichère devient aléatoire quand elle subit les événements extrinsèques et n'est donc plus en capacité de vivre en toute liberté ses choix. Toujours est-il que, et contrairement à ce que l'élite voudrait faire croire, le travail n'est pas un facteur d'émancipation ni pour l'un ni pour l'une, surtout s'il est subi et oppressant voire esclavagisant (quand on pense surtout que le progrès social des femmes se serait développé lors de la guerre 14-18 au nom de l'Union sacrée, il y a de quoi être interloqué).  

De la même manière on peut s'interroger sur leur accessibilité au droit de vote que l'homme politique a fini par octroyer aux femmes, au nom de la démocratie censée égalitaire. Non pas qu'il faille remettre en cause la légitimité à leur accès au droit civique mais bien plus de constater le peu d'éthique insufflée dans l'acte politique lui-même. Tout de même et si ce n'est pas forcément le meilleur cas de figure, il aura presque fallu 1/2 siècle pour voir la parité à l'assemblée nationale. Mais peut-être qu'à vouloir trop chérir la liberté, les femmes se sont piégées elles-mêmes dans leur contradiction féministe; au lieu de réclamer une contraception pour elles, mieux aurait-il fallu suggérer également la vasectomie chez l'homme puisque les progrès de la médecine le permettaient déjà dans les années 70. Là où on peut tout de même se réjouir c'est de voir l'évolution de la femme dans la culture et le sport, si toutefois ces deux univers ne deviennent pas des alibis pour prétendre que tout se règle.

Beaucoup ont écrit sur la liberté comme Paul Eluard, on façonne même des femmes pour la représenter. Mais peu ont compris la difficulté de l'émancipation comme les anarchistes. L'émancipation est certes une rupture, mais une rupture sans concessions aux pouvoirs et n'est pas faite pour quelques arrangements avec les institutions dominantes. L'émancipation devrait presque être confiée à la naissance, une sorte d'assurance vie. Au nom de la Liberté, des mouvements contestataires se sont perdus dans des illusions complotistes. Ne souhaitons pas le même destin au souhait d'émancipation et surtout pas pour la Bretagne dans le cadre d'un confédéralisme libertaire.

 * "Emile Masson, prophète et rebelle", J. Didier et Marie Giraud, aux éditions PUR, 2003

Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...