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samedi 24 janvier 2026

L’inutilité parlementaire, à l’ombre de la présidentielle

Les fortes turbulences que traverse l'hémicycle de l'Assemblée nationale, depuis plusieurs mois, obligent à dresser quelques constats amers, en dehors des grands et lourds débats comme la dernière réforme des retraites. Elles interrogent sur la réelle mobilisation des parlementaires, au-delà de l'objectif inavoué de lorgner sur leur candidature à la présidentielle. Car, nous le savons tous et toutes, la Ve République est phagocytée par ce rendez-vous républicain. 

Photo : Buzzwebzine.fr

Autant le dire sans digression : la presque totalité des parlementaires est obsédée par le calendrier présidentiel(1). Beaucoup ont en ligne de mire, et parfois longtemps à l'avance, ces échéances électorales. Candidats potentiels, ils se rêvent tels, ou soutenant, à défaut de pouvoir l'être, leur guide. Et pour cela, il faut pouvoir se démarquer de la concurrence, hormis pour des groupes rigides dont la place du chef/de la cheffe reste essentielle dans la conquête du pouvoir (et non de la démocratie). 

Cet objectif traverse l'ensemble des élu.es du Parlement, et pour être encore plus précis, la presque totalité des partis de gauche. En parallèle, certain.es parlementaires de gauche font le choix - contraint, délibéré, heureux - de s'émanciper des partis et de leurs directions. Iels y gagnent une liberté d'expression relative, immédiatement convertie en capital médiatique. Aux médias traditionnels viennent s'ajouter les chaînes d'information en continu, les réseaux sociaux, et leur auto-publication (documentaires) ou l'auto-promotion (vidéos). Un seul objectif domine : percer l'écran, exister politiquement, se démarquer, durer. 

Mais cette quête permanente de visibilité accapare un temps et une énergie considérables. Pendant que l’on soigne son image, que l’on polit ses prises de position, que l’on ajuste ses postures, le travail parlementaire, lui, s’étiole (il faut observer le temps passé en commission et à élaborer un laïus...). Certes, certaines figures - François Ruffin, Clémentine Autain ou Delphine Batho - semblent user à bon escient de leur libre-arbitre, de leur prise de position percutante pour insuffler un peu de confiance, ce qui manque cruellement dans le milieu politique, et à juste titre. 

Alors, comment ne pas les solliciter sur des sujets qui ne semblent pas anodins pour une partie de nos concitoyens tels que le handicap et le logement ? Je laisse au lecteur le soin de découvrir le courriel que j'ai adressé aux trois parlementaires cités ci-dessus, début janvier 2026, et qui est resté sans réponse jusqu'à présent : 

"Accession encadrée à la propriété pour les locataires HLM en situation de handicap"

Mesdames les Députées / Monsieur le Député,

Je me permets de vous soumettre une proposition de réflexion législative portant sur le logement social et les personnes en situation de handicap. Je reconnais chez M. Juvin (député LR), l'audace d'avoir tenté de soumettre l'idée farfelue de la gratuité des logements HLM. Auriez-vous la même audace ? 

Cette proposition viserait à permettre aux personnes reconnues en situation de handicap, locataires d’un logement HLM depuis une durée longue (par exemple vingt années), de devenir propriétaires de leur logement, dans un cadre strictement encadré et sans remise en cause du parc locatif social.

Il est essentiel de préciser que, lorsque le handicap survient au cours de la location, l’ensemble des années de location antérieures serait intégralement pris en compte dans le calcul de la durée ouvrant droit à l’accession à la propriété. Est-ce que le cumul d'années en HLM peut être comptabilisé ? Le point de départ serait ainsi l’entrée dans le logement, et non la date de reconnaissance du handicap par les Mdph.

L’accession à la propriété serait assortie de plusieurs obligations :

  • le logement devrait demeurer la résidence principale du bénéficiaire, toute sous-location étant strictement interdite ;

  • le propriétaire serait tenu de verser des redevances obligatoires couvrant l’entretien courant, la consommation d'eau, la maintenance du chauffage collectif, des parties communes et l’enlèvement des ordures ménagères, etc ;

  • une participation à la taxe foncière serait maintenue, modulée selon les revenus, la situation familiale et le degré de handicap;

  • l'entretien général reste à la charge du nouveau propriétaire : sol, mur, plafond, décoration, aménagements domestiques, etc.

Afin d’éviter toute spéculation immobilière et de préserver le parc social :

  • en cas de vente ou de déménagement, le logement serait obligatoirement réintégré dans le parc locatif social ;

  • le bailleur social d’origine disposerait d’un droit de rachat prioritaire, à un prix strictement encadré ;

  • toute cession sur le marché privé serait interdite.

Cette mesure, amendable forcément, aurait pour objectif de garantir une stabilité résidentielle durable aux personnes handicapées, discriminées pour l'accès au travail, détentrices de salaires minimales, souvent contraintes d’adapter leur logement sur le long terme et faire appel à une assistance extérieure, vivant parfois seule, tout en reconnaissant l’effort financier consenti par des décennies de loyers. 

Il ne s’agit pas d’un dispositif d’assistance, mais d’un mécanisme de sécurisation sociale fondé sur la durée d’occupation, la contribution effective du locataire et le respect de l’intérêt général. Un discours récent et nauséabond contre les locations longues durées commence à émerger.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir étudier cette proposition, blablabla, blablabla. 

Néanmoins, le constat demeure. À moins d’être le représentant d’un groupe constitué ou d’une institution influente, la sollicitation isolée d’un individu ne suscite aucun intérêt, alors qu'elle concerne l'intérêt général. Et sauf à être contraint·es par des événements qui les rattrapent, et les obligent à réagir dans l’urgence, les parlementaires démontrent leur incapacité persistante à anticiper les mouvements sociétaux. C’est cette passivité structurelle qui nourrit, en partie, la défiance.

Un exemple concret s'illustre dans un autre domaine. Sans s’attarder sur d’autres élu·es comme Sandrine Le Feur(2) (LREM du Finistère) ou Paul Molac(3) (ex-LREM du Morbihan), dont leur poste doit beaucoup à leur ralliement à Emmanuel Macron, arrêtons-nous sur les parlementaires écologistes. Dans ce cas précis, on est en droit d’attendre une réaction — ne serait-ce qu’un retour écrit ou même un appel téléphonique d'un.e attaché.e parlementaire — face à la contrainte que représente le bourdon d’élevage échappé des serres industrielles sur les populations sauvages d’insectes mellifères(4).

Collète du lierre

Le travail a pourtant été fait en amont. Un document solide, argumenté, a été produit par l’association environnementale À quoi ça serre basée à Plougastel-Daoulas. Sa qualité a été reconnue, y compris par un journaliste du média indépendant breton Splann !. Résultat ? Là encore, aucune réaction. Enfin si — une promesse écrite de l’instance régionale des Écologistes, indiquant que des représentants locaux prendraient contact avec l’association. On pouvait toujours attendre.

Et la députée socialiste de la 6ème circonscription, Mélanie Thomin ? Celle dont la dernière profession de foi ne contient pas une seule occurrence du mot « écologie », pourtant socialiste ? Rien non plus. Ni réponse, ni position, ni engagement.

Conclusion qui paraît définitive : plébiscitez l'abstention. Ils et elles finiront, à terme, par comprendre que la politique, ce n’est pas seulement de l'affichage électoraliste ou un strapontin au seul avantage de leurs partisan.es. Et même s’iels pensent avoir une mission suprême à accomplir, ou se croient investis d’un destin unique et universaliste, leur action publique elle-même est jalonnée par cette seule dévotion à la présidentielle. Mais en définitive, suis-je VRAIMENT surpris ?


(1) François Hollande briguerait un second mandat présidentiel 😳❗❓

(2) Loi alimentation : mais où est passée Mme Le Feur ?

https://dderrien.blogspot.com/2018/09/loi-alimentation-mais-ou-est-passe-mme.html

(3) Loi Molac. Un cas d'école de la farz bretonne

https://dderrien.blogspot.com/2021/06/loi-molac-un-cas-decole-de-la-fars.html

(4) Les bourdons d'élevage polluent depuis 30 ans

https://dderrien.blogspot.com/2023/08/les-bourdons-delevage-polluent-depuis.html

lundi 19 janvier 2026

Disons : "Oui au Frexit !"

Même si le discours de la sortie de l'Europe de politiques comme Dupont-Aignan ou Asselineau, partisans du Frexit, n'est pas majoritaire, il n'en demeure pas moins que l'adhésion des Français à cette option évolue de concert avec la montée du populisme souverainiste en France. En effet, dans un récent sondage réalisé par Eurobazooka, pour le site du Grand Continent (1), pas moins de 30 % des Français se déclareraient favorables à une sortie de l'U.E., sans que l'on dispose pour autant, de données détaillés selon l'âge, le niveau d'éducation et la catégorie socioprofessionnelle. 

Pour différentes raisons, jugées légitimes par leurs disciples, si le sentiment d'eurosceptisisme s'est accru ces dernières années au sein de la population(2), sans pour autant remettre frontalement en cause le rôle et l'importance de l'U.E. dans le quotidien des institutions, des politiques publiques et des particuliers, on est tout de même en droit de s'interroger sur les effets qu'impliquerait un scénario à l'anglaise, et notamment sur la Bretagne.

Après tout, pourquoi ne pas s'attarder sur leurs arguments ? Les Frexiters utilisent souvent le chiffre de la contribution de la France à l'Europe pour soutenir leurs diatribes. En 2025, le montant versé par la France s'établissait dans une fourchette de 40 à 45 milliards d'euros pour l'année. En contrepartie, elle recevrait l'équivalent de 30 à 35 milliards d'euros d'aides et de subventions et notamment dans le cadre de la PAC (Politique agricole commune). Cela fait de la France un contributeur net. Mais il y a plusieurs nuances à retenir en particulier sur les effets indirects positifs sur le commerce et le libre échange. Dans les faits, les anti-européens ont raison sur le plan budgétaire, mais ils omettent systématiquement les gains économiques indirects pour la France.

À n'en pas douter, les conséquences économiques et sociales en cascade, et ce point est loin d'être mineur, dans le secteur monétaire, seraient objectivement catastrophiques, notamment pour l'économie bretonne. D'abord, le départ de l'U.E. occasionnerait une instabilité financière : la perte de l'Euro avec pour perspectives sérieuses une inflation marquée ou une dévaluation, une hausse des taux directeurs, la volatilité des actions et obligations françaises. Faut-il ajouter à cela l'alourdissement probable du coût de la dette française ? 

Ensuite, il serait mis fin aux accords commerciaux existants : les exportations comme l'agroalimentaire seraient fortement impactées (hausse des quotas ou des taxes), les entreprises devraient s'adapter aux règles internationales du commerce, souvent plus rigides et moins protectrices que les règles européennes, avec une risque réel d'une baisse des investissements de l'étranger. Jusque là, ce tableau semble plutôt conforter la vision "lucide", cohérente et harmonieuse des Frexiters

En Bretagne, les effets seraient immédiats, surtout pour les filières agricoles et les activités agroalimentaires. D'une part, la Bretagne est l'une des régions agricoles les plus exportatrices. Les filières bovine, porcine et laitière perçoivent des aides importantes de la PAC (ces aides pouvant représenter jusqu'à 15 % du revenu pour un exploitant laitier). Globalement, la Bretagne obtient environ 1,5 à 2 milliards d'euros via la PAC, une partie étant fléchée vers la production végétale à l'exemple du maïs. 

D'autre part, concernant les exportations bretonnes, on peut évaluer les pertes, en cas de mesures douanières et de l'abaissement de l'attractivité des produits bretons, à presque 2 milliards, dans le cas d'un Frexit. Les retombées pour les agriculteurs et pour l'emploi dans l'agroalimentaire seraient incommensurables, très certainement dévastatrices.

Alors, pourquoi pas ? Disons "chiche au Frexit !". Au lieu de combattre cette orientation politique, cette conjugaison de destins de gaulois réfractaires, ce patriotisme vaillant seul contre le reste du monde, il faudrait activement soutenir le Frexit. Dans cette hypothèse, certes chaotique, mais presque souhaitable par effet de contraste, combien de Breton.nes s'interrogeraient alors instinctivement et sérieusement sur l'option d'un Brittoxit ? Décideraient-ils enfin à se rallier à la cause d'une Bretagne émancipée, dans un contexte d'une Europe fédérale ? L'option est ténue, mais particulièrement tentante. Alors, "Oui au Frexit !" 

Finalement, le signal donné par les maires bretons, qui ont retiré le drapeau européen, en soutien aux agriculteurs, va dans le bon sens. Au moins en ce qu’il révèle, par la provocation, les contradictions profondes de ce débat. 


(1) Le sondage Eurobazooka est conduit techniquement par l’institut Cluster17 (présidé par Jean-Yves Dormagen, spécialiste des sondages). Le Grand Continent est une revue en ligne française de géopolitique et d’analyse européenne, fondée en 2019 et publiée par une association indépendante appelée le Groupe d’études géopolitiques (GEG), basée à l’École normale supérieure (ENS) à Paris. Sondage publié en décembre 2025

(2) Détail sur l'adhésion au Frexit, selon l'orientation politique

CatégorieTendance pro-Frexit
Sympathisants RNÉlevée (~60 %)
Sympathisants ReconquêteMoyenne/élevée (~53 %)
Sympathisants LFIMinoritaire mais présente (~31 % selon formulation)
Sympathisants centristes/pro-UETrès faible

Sources :

Observatoire environnement Bretagne

Draaf Bretagne

AgriEco


samedi 17 janvier 2026

Affaire Durand. Le cas Lallemant ou la logique d'État

Extrait. Procès de Jules Durand en novembre 1910, accusé à tort de meurtre.

Curieusement, Lallemant ressentait chez les onze autres jurés, un supplément d’agitation, ou plus exactement d’inconfort. En effet, ils n’étaient pas sans ignorer la pression qui pèserait sur eux, lors de la décision finale à adopter. Parmi cette surreprésentation de notables et de rentiers, où se perdaient quelques ouvriers, Lallemant faisait figure d’exception : il était le seul représentant de la fonction publique, ou tout du moins assimilée. Ce siège unique lui accordait un poids central par rapport aux autres jurés. Agé de plus de 50 ans, fort d’une expérience solide auprès d’une population aliénée, d’apparence stricte dans des costumes sobres, Lallemant s’attribuait une place singulière : on l’écoutait. Il n’avait pas besoin de convaincre longuement, et son influence ne passait pas par un discours flamboyant mais plutôt par une ou deux phrases dites calmement, sur un ton posé, proposant une reformulation « raisonnable » du problème. On aurait pu l’entendre défendre, dans le confinement de leur salle, que : « Nous ne sommes pas ici pour juger des idées, mais des conséquences », ou encore : « L’homme n’est peut-être pas violent, mais ce qu’il incarne l’est. » Lallemant ne se vit jamais comme violent. Et c’était précisément ce qui le rendait pertinent. Il pouvait présenter Durand non comme un assassin, mais comme un homme dangereux, un catalyseur, un facteur de désordre. C’était une rhétorique basée sur la prévention, et non sur la vengeance.

 

Jules Durand, avant le procès, puis pendant son isolement à l'asile

Dans cette ambiance tendue qui ne déstabilisait nullement Lallemant, ce qui le frappait, après une série d’observations pointues, était l’attitude du prévenu. Dès le début du procès, Jules Durand fit preuve d’une grande maîtrise de soi, malgré l’intimidation du président, du public et d’un séjour en prison qui commençait à durer. Son comportement digne et silencieux pouvait probablement amadouer certains jurés et observateurs : il montrait qu’il était un homme ordinaire face à l’accusation, renforçant l’idée qu’il n’était pas un criminel de sang. Ce qui aurait pu rendre crédible le récit de Jules Durand résidait dans son abstinence vis-à-vis de l’alcool. On pouvait donc supposer qu’il maîtrisait à la fois ses réactions et ses propos, ce qui le distinguait d’une population réputée bruyante et querelleuse en raison d’abus de consommation. Derrière de légers hochements de tête, à peine visibles, et une écoute sans émotion apparente, fixant les témoins qui s’exprimaient difficilement, légèrement penché en avant, il ne répondit pas une seule fois aux provocations. Cependant, le système judiciaire et social ne laissait aucune place à la compréhension émotionnelle : la loi et le contexte politique primaient sur la posture de l’accusé. Lallemant, quant à lui, ne se laisserait pas duper par une telle attitude figée, il pouvait s’agir d’un subterfuge de la part de Jules Durand.

Intégralité de la nouvelle littéraire dans le journal "Libertaire"


Pour en savoir plus sur Jules Durand : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Durand


Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...