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jeudi 19 décembre 2019

La clairière du lendemain

La clairière du lendemain

 
A tous ceux et celles qui ondulent entre les lignes.
Automne, Plougastel



Sous les arcades, envoûté dans l’entrelacs nu des ramures,
Se glisse à pas lents, le silence dans la clairière du lendemain.
Rien, non rien, ne saurait contrarier l’apanage de cette gravure
Trop prégnant, trop près du vivant transpire d’avenir le lopin

Pourtant moult jours d’hier ont défié au défoliant l’embrasure
Défrichant aux doutes et à la douleur les bourgeons bohèmes.
Mais rien n’y fit. Ni les fracas, ni les frasques n’ont planté l’usure.
Dans la clairière du lendemain, à foison, ont tonné les poèmes

C’est ainsi que s’assit le guerrier, à l’orée de ses sourires.
Le long des herbes molles, mouillées par la lumière haute
Il batifole, badin, et banderole en bandoulière, se met à rire,
Il est fécond pour fendre à la faux les sureaux qu’elle sirote

En doux amer s’extirpe l’hier pour des lendemains qui durent.
Dans cette nouvelle clairière où pétillent loin les bulles florales,
Allongés dans les herbes folles, ils s’éterniseront aussi pure
Qu’une arithmétique et idyllique synchro moisson automnale



lundi 16 décembre 2019

Les vicissitudes d'une abeille sauvage VII


suite II

suite III http://ddlabeillaud.blogspot.com/2019/11/les-vicissitudes-dune-abeille-sauvage.html

suite IV http://ddlabeillaud.blogspot.com/2019/11/les-vicissitudes-dune-abeille-sauvage_68.html

suite V
http://ddlabeillaud.blogspot.com/2019/12/les-vicissitudes-dune-abeille-sauvage.html

suite VI
http://ddlabeillaud.blogspot.com/2019/12/les-vicissitudes-dune-abeille-sauvage-vi.html

Courriel du 13 juin.
« Bonjour Bénédicte.
Je n'ai pas de mots pour te dire à quel point je sens que cette situation est à la fois bouleversante et certainement douloureuse pour toi. Tu as fait un choix difficile et tu peux être digne de ce choix car tu l'as, je pense, fait en accord avec toi-même. Alors tu as beau me dire que tu es une grande fille, que le calme doit revenir (tu as raison) qu'il ne faut pas s'inquiéter mais ces périodes de tension doivent être assurées par une chose : la confiance en soi et dans celles des autres et notamment dans la mienne. Je te suggère de puiser dans cette énergie pour faire face car tu n'es pas maîtresse de toutes les émotions et situations qui peuvent en découler (regarde ta surprise face aux excès de colère de l’affreux). Je te remercie en tout cas d'avoir accepté de me faire confiance et ne m'en veux pas trop pour mon attitude d'hier et mon manque de patience mais je n'ai pas compris ce qui se tramait jusqu'à ce que tu m'expliques ce qui se passait et ce que tu comptais entreprendre. 
Par contre je suppose que tu le sais mais les oppositions risquent d'être fortes, je pense qu'il faut être réaliste, tes engagements pro avec l'affreux risquent de peser contre toi, quant à la façon que tu voudrais que ça se passe. Mais crois moi la ténacité finit par l'emporter et tu n'es pas toute seule.
Je te pok affectueusement ».
Didier avait bien reçu le chèque de 300 euro pour l’éolienne. Il consulta un jeune électricien qui l’accompagna aux dépendances en prévision de l’installation électrique. Muni des plans, il s’adressa à des entreprises de confections de pièces métalliques. Bien entendu, Bénédicte connaissait les démarches de Didier, comme il avait été convenu.
Sms de Bénédicte - 23 juin
- N’appl pas ce soir stp. L’affreux rentre et je voudrais parler calmement avec lui. Merci. XXX
- Ok mais c quoi xxx ? Pokou
- Bjr. Ca veut dire, pok, pok pok. L'affeux n’est pas bien. Il est de plus hyper jaloux. Tendu. Bonne journée. Bises ».
Courriel du 24 juin à Hub.
« Salut Hub,
Tu trouveras en PJ une copie du catalogue de Sefi pour la butée à billes P842 à lire à 30 (tout en bas). Il n'existe pas de diamètre 30.3 mais on a l'embarras du choix et je ne sais pas lire ces tableaux, qu'en penses-tu ?
Sinon je suis passé chez Hartereaux, je pense que j'aurais l'ensemble des éléments acier pour le devis, avec les côtes qui correspondent car chez espace émeraude ils n'ont pas les dimensions requises et à vrai dire pas grand chose. Ils m'ont tous posé la question si les diamètres indiqués étaient extérieurs ou intérieurs, je leur répondais que c'était extérieurs. Pour le morceau de tube d'acier de diam 20x80 mm ce sera plutôt 21.3/2 x 80 mm, c'est bon à ton avis ? Je téléphone demain à Méca ouest sur Ploudal, j'allais oublier mais les ressorts ont bien des crochets ? ».
Alors que les choses se mettaient en place, il reçut un appel de Bénédicte : « Je ne souhaite pas que l’on continue. En fait ce n’est peut-être pas une bonne chose que tu ailles habiter aux dépendances 
– Quoi ? Mais je ne comprends pas. Tu me proposes d’aller vivre là-bas soi-disant parce que cette maison est autant la tienne que la mienne ? Et puis tu m’adresses un chèque pour l’éolienne alors que je n’ai rien demandé… Attends j’ai le droit à une explication quand même ? Non ? 
– Ecoute, c’est assez compliqué comme ça. Tu vas trop vite. Je suis désolée. Et puis ton copain qui se prétend soudeur, n’a pas l’air de s’y connaître tant que ça finalement ». Le ton est inhabituellement colérique, presque hostile.
Trop vite ? Ah non alors ! Tout était au ralenti, tout s’embrouillait dans la tête de Didier, tout volait en éclats, en si peu de temps ! « Et je n’ai pas d’explications précises en plus ! Et elle remet en cause la bonne volonté de Hub ? Et nous ? Où c’est qu’on en est au fait ? ».
Courriel de Didier – 24 juin
« Je voulais juste prendre de tes news. C'est bon j'ai vu. Et ne dis pas que ça va. J'ai appris par les bouddhistes que lorsque nous avions une émotion négative il fallait trouver un antidote. Moi j'ai tiré la langue sur ta photo plusieurs fois, ça m'a fait du bien. Je peux comprendre que tu sois ainsi ».
Sms de Didier, 24 juin
« Regarde tes mails. Les choses pourraient être plus simples si tu acceptais de me dire que tu m’aimais, de l’assumer tout comme je le fais, et que tu reviennes sur ta décision. Sinon tu vas me manquer mais je dois me protéger ».
Anéanti, bouleversé, crispé. Que m’arrive-t-il ? Plus de nouvelles. Qu’à t’elle fait ? L’incertitude totale.
Courriel de Didier, 30 juin
« Bonsoir Bénédicte,
Entre deux sanglots je parviens à taper sur le clavier. Donc tout va mal. J'ai hésité ce soir entre la voddka et la bière (et du vin). Je suis raisonnable : demain matin j'ai rdv avec le dentiste, pas besoin de lui faire trop sentir ma tristesse.
D'ailleurs dame blanche est revenue. Pour se venger elle a rappliqué avec toute sa famille (chalope !). Donc nuit entrecoupée de rien, nuit chahutée, nuit épuisante. Je suis fatigué....
Dame blanche est un réconfort qui s'évapore dans l'alcool car j'ai trouvé de la bière portant son nom. Le seul avantage du bio c'est que je ne serai pas une nuisance pour notre terre mère.
Pour tout te dire j'ai rencontré une femme jeudi dernier pour un concert de soutien aux intermittents du spectacle à Brest. En fait c'était assez particulier puisque c'est Sophie (je t'en ai parlée au téléphone). Elle est comédienne, jolie,... ce n'était pas un rdv à vrai dire. j'espérais qu'elle soit accompagnée de son mec. Bon pour le coup elle était avec une copine et pas forcément dispo, tant mieux ! Je suis parti vers 22H en nous promettant une nouvelle rencontre. Donc on a peut être prévu autre chose.
Je ne sais pas où tu es (tu devais aller au Mans) je ne sais pas ce que tu fais, je ne sais rien, à part le néant ».
Courriel de Didier, 04 juillet
« Bonjour Bénédicte,
Que tu ne souhaites pas m'appeler pour l'instant peut être compréhensible si tu ne veux pas m'entendre pleurer sur mon sort, et à l'inverse je n'essaye pas de le faire non plus mais tu peux quand même m'adresser un mail pour me dire comment tu vas,... le silence est apaisant quand il s'agit de méditer il peut à l'inverse être destructeur.
J'avais rdv ce soir avec Sophie, elle a annulé hier soir pour cause d'angine et elle m'appelle Denis.... De toute façon je ne recherchais que la compagnie d'une personne pour ne pas me sentir seul ».
Second courriel, 04 juillet
« Re,
comme j'ai un peu de temps, je t'adresse un second mail. Pour être plus précis, tu es trop présente dans mon esprit pour que je puisse entrevoir autre chose. C'est une souffrance pour l'esprit ou le corps du matin jusqu'au soir. Je n'ai qu'une fois ressentie cette sensation d'addiction, c’était avec mes enfants lorsqu'au bout d'1 semaine mon corps et donc mon esprit étaient en manque de leur présence. D'ailleurs puisque à tes yeux je suis une personne de grande valeur, pourquoi as-tu tant de mal à dire que tu m'aimes. Je crois que tu n'as pas compris que j'avais déjà précisé dès le départ que je te laisserai le temps nécessaire.
La soirée sur l'agent orange présentée par André Bouny n'a fait déplacer qu'une dizaine de personnes. J'ai de plus en plus l'impression que les gens ne veulent plus ou pas sentir la souffrance des autres, pas bon pour leur karma, non ? Ce n'est pas une déception mais un regret, pour André j'aurais aimé un peu plus d'audience. On a parlé d'un voyage de dédé au Viêt Nam. Il trouve l'idée de distraction bonne mais cela peut prendre du temps de monter quelque chose car pour lui, la proposition doit venir d'eux. Je pense qu'en même qu'il va en parler. Je suis en vacances ce soir, et avec mon essaim pendant 15 j à partir de Lundi. 
Je ne suis pas retourné à la maison. Je crois que j'ai été fortement choqué par ton avis défavorable pour que j'aille habiter là-bas. 
Après les 15 j avec les enfants, je serai quelques jours au festival de Cornouaille à Quimper pour faire dédé et parler de "l'argent orange". J'ai des amis qui m'hébergent, ils habitent au-dessus de l'Odet, c'est chouette ! Et je pense faire un chantier nettoyage de la bande côtière qui mène à ta maison si on est sur le domaine public,
A bientôt ».

Didier a passé la première soirée des vacances dans des bars, à Brest. Il a pris soin de prendre le bus. Il ne souvient pas de l’heure à laquelle il l’a ramené. De la fin de soirée non plus. A peine une vague impression d’avoir appelé Bénédicte. A plusieurs reprises. Le répondeur. En vain.

dimanche 15 décembre 2019

Dispute entre la louve et le bélier

Le long du front pionnier de la montagne s’allonge longtemps l’allure longiligne de l’animal. C’est la lune, elle, qui découpe, mal à l’aise, son corps hirsute sur des copeaux de mélèzes. La bête ne jappe pas, halète plutôt, s’alerte aussitôt, s’immobilise et, portée à nouveau par l’effort, s’épuise encore. La charge sur les reins n’arrange rien. À cran et racornie, la prédatrice erratique erre à la recherche d’un abri, une soupente pour soulager la portée. Elle parvient enfin au crépuscule de la forêt. La gueule pointée vers le haut, la louve a flairé une odeur familière, presque menaçante, quoique tout de même alléchante. L’approche est prudente, hésitante. Se profile au flanc de la pente, un refuge alpin. La louve sait qu’elle pénètre dans le domaine des humains. Habituellement elle s’avise bien, et même en meute, de ne pas aller plus loin, mais l’épuisement la saisit tant, que ses pattes chancellent sous le fardeau des siens. Le temps la presse de mettre bas. L’absence d’aboiements l’incite à franchir le pas.
« Qui va là ? », s’étrangle une voix pareille à celle venue d’une potence. La louve, pétrifiée plutôt par la fatigue, faisant fi du bélier, s’abandonne dans le silence. Le bélier, entravé par une corde, ne voit de travers qu’une masse affaissée. Plus que la crainte, c’est la sénilité qui le tient ankylosé. Le passage de la lune dans l’embrasure dévoile les détails de l’intruse. Inutile pour l’instant de s’inquiéter, la louve demeurant encore enkystée dans l’inanité.
Les soubresauts de la louve annoncent les prémices d’un réveil prochain. Le bélier, en vigilance, se maintient. « Nonobstant votre férocité, ne discernez pas dans mes propos une offense mais je devine chez vous une mollesse. Ne seriez-vous pas atteinte de grossesse ?, diagnostique le bélier,
- Le mouton, ne vous fiez pas à ma fragilité, vous devriez tarir votre curiosité» lui répond la louve, reprenant de la vigueur. « Si en effet, j’expose l’expression d’une souffrance à délivrer, je peux vous croquer tout à mon désir et ce n’est pas le mufle désossé d’un de mes semblables, attaché à la terrasse, qui vous affranchira de m’offrir votre râble.
- La louve, laissez-moi l’outrecuidance de vous souligner que même si vous vous éloignez de votre défaillance, vous manquez encore de clairvoyance. N’attisez point la hargne envers moi. Je ne suis qu’une vieille carne qui abdique devant la vie et qui n’a que pour compagnon ses souvenirs,
- Ne manquez pas, le moment venu, chère pitance, d’en appeler à ma clémence. Rabougri vous êtes à l’évidence mais votre sang flatte toujours mes sens.
- Votre popularité vous a précédé, c’est vrai. À défaut de quelques brebis amaigries, vous faites grand mets d’une hécatombe inassouvie. Ce serait tout à votre honneur de me renseigner sur le sens de votre présence dans les montagnes de  Haute-Provence. Vous prétendez représenter la vie sauvage, mais vous assouvissez votre chasse par un menu domestiqué. N’y a-t-il rien d’autres de moins aisé à avaler dans les alpages ?
- Ne prenez pas la peine de vanter le pleutre peuple dont vous prônez la pitié. Vous êtes des proies traquées car aisément apeurées et votre docilité, qui est une seconde nature, incite au carnage pour un autre carnivore. Et puis vous colportez le mal haut dans les cols, ce qui pour les bouquetins est un bien grand tort.
- Si l’homme est un boucher, il est aussi mon berger. À ce propos, du fait de vos visites voraces, il semblait avisé pour le pasteur de rehausser les fils pour dissuader les tueurs. La méthode a déjoué bien des tourments, moins de blessures, d’avortements et de refus de chaleur.
- À voir le nombre de moutons en divagation, peu sont ceux qui s’interdiront de faire l’impasse sur les indemnisations… ». La louve s’interrompt car la douleur des contractions s’intensifie : l’accouchement l’oblige à se taire. Mettre bas sur la paille n’est pas pour lui déplaire. Reste une chose qui la tracasse, le retour du maître.
« Dîtes moi, vous qui de ces lieux êtes locataire, quand revient le propriétaire ?
- À vous entendre, et sans que vous en preniez ombrage, votre attitude altière atténuée, atteste d’une posture bien mal ordonnée mais pour votre gouverne, sachez tout de même, et si cela neutralise votre anathème, que le rationnement en foin est dispensé pour un long terme.
- Alors que ce foin soit un festin. N’omettez aucun brin. Mâchez fort jusqu’à la fin. Garnissez bien vos intestins. Car c’est avéré, vous serez dévoré. Il ne peut pas y avoir d’entorses, vous le comprendrez, j’aurai nécessité de reprendre des forces.
- Comme je l’ai auparavant indiqué, je n’attends plus rien de la vie, je pense que vous l’avez saisi. Et puis, qu’ai-je comme échappatoire, le croc de l’abattoir ou les crocs de vos mâchoires ? Tout compte fait, et puisque je n’ai pas choisi ma mort, je préfère être affecté à votre sort.
- Qu’à cela ne tienne. Votre vie je fais mienne ».
Au matin, très tôt, la louve a déjà protégé deux de ses louveteaux. Quand elle revient pour récupérer les derniers de la fratrie, l’étable se remplit d’inertie. Seul, le balancement banal d’un bout de corde prouve que la louve a délivré le bélier, avant son retour dans la horde.

Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...