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mardi 26 novembre 2024

"La bête au coin du cimetière", un récit contre les oppressions

Grâce aux "éditions des montagnes noires", éditeur basé à Gourin, le livre "La bête au coin du cimetière", dont je suis l'auteur, sera édité courant mars 2025. En attendant sa publication, je dois fournir aux prochains lecteurs une explication de fond, sans rien omettre, en commençant par la genèse du récit. 




Parce que c'est bien de cela dont il s'agit, d'un acte de création, surgi à partir d'un fait réel, sournois et inhumain. Immédiatement, j'ai fait le lien avec les différentes formes d'oppression exercées sur nos existences et plus particulièrement celles traumatisant les femmes. A ce niveau d'inhumanité, il est inutile d'évoquer ici la condition de la femme. C'est justement ce que l'on a blâmé à Euphrasine, la condition même de son existence, celle qui régit nos consciences à nous extirper, à nous exprimer, à nous bonifier. 

Dans un premier temps, pour approcher ce que vécut Euphrasine, j'ai dû tenter, en tant qu'homme, d'enrôler son fardeau, celui d'une femme martyrisée, qui plus est enceinte de son amant. Cette recherche de similitude semble avoir bien ensemencée puisque parmi les personnes qui ont accepté de corriger l'écriture, beaucoup étaient des mères, aucune n'a émis un aveu douteux sur la façon dont j'incarnais l'une d'entre elles. C'était déjà un bon présage pour la suite.

Puis, il a fallu décrire les raisons pour lesquelles Euphrasine fut séquestrée dans une soue. A partir de ce drame, j'ai trouvé un prétexte pour dégueuler mon dégoût des dogmes en tout genre et en premier lieu celui de la religion car, en effet, le propos verse dans une opposition aux croyances nettement soutenue par une vision anticléricale. A ce stade, une précision s'impose, il ne s'agit pas d'une posture agressive contre les chrétiens, après tout, ils s'occupent comme ils veulent, mais bien d'une réaction contre l'oppression (la guerre est souvent une comparse de la religion, je ne l'ai pas oublié, ni la domination de l'homme sur l'homme).  Au fait, tous ces sujets, un siècle plus tard, ne sont-ils toujours pas d'actualité ? 

De quel type d'oppression s'agit-il dans ce livre ? Celle qui annihile la Connaissance. "Donnez des livres à un enfant et vous en ferez une menace. Donnez une croix à un ou une incrédule et vous en ferez une brebis." Euphrasine voulait fuir les carcans dont elle saisissait le dessein, faire d'elle une ignare et lui confisquer son ignorance car c'est elle qui vous grandit. On lui a fait comprendre par le pire que c'était inadmissible, à chacun sa condition, à chacun sa croix.

A votre avis, combien d'hommes et de femmes ont subi le joug des oppressions parce qu'ils revendiquaient une capacité à sonder le monde ? Vous ne savez pas ? Moi non plus. Puisque contraints au silence, ce sont toutes et tous des opprimé.es. Et que mieux qu'un Anarchiste pour leur réattribuer la parole.

D. Derrien

Vous pouvez dès à présent réserver un exemplaire en m'adressant un courriel à disentus@gmail.com.  Précisez s'il faut prévoir un envoi postal en m'indiquant une adresse. Premier tirage limité. Format 14 x 21 cm. Prix : 13 euro (hors frais de port)

"Avec ce livre, David Derrien rentre dans l’histoire de la littérature bretonne avec honneur. Belle narration biographique." Fatia Folgalvez, militante bretonne avec une carrière de professeure au lycée Diwan à Carhaix

" Terrifiant et beau." Michel, correcteur et professeur à la retraite

"Je suis sûre que vous trouverez l'éditeur qu'il vous faut. Votre manuscrit le mérite." Editions Lunatique

"Texte très intéressant." Editions Goater



vendredi 8 novembre 2024

"La petite algérienne" et le résumé du manuscrit

 

LA PETITE ALGERIENNE

 

Sources

Archives familiales d’A.M., née le 21 janvier 1935 à Bône (Algérie)

N.B. de l’auteur : Je tiens d’A.M. l’information comme quoi son grand-père, colon français, aurait participé activement au pogrom de Constantine le 05 août 1934. Pourtant, aucune source disponible ne mentionne la présence de colons français.

Archives du département de Vendée, « La Voix de la Vendée », « La Croix de Vendée »

Bnf Gallica, numéros du journal « L’Avenir de Tebessa », gallica.bnf.fr/BnF

Ouest-France «L’épiscopat contesté de Mgr Cazaux », article du 27 mai 2014, intervenant : Michel Gautier (historien)

Site Internet : Mémorial de la résistance et de la déportation en Vendée

Persée, Le développement géographique de la colonisation agricole en Algérie, Henri Busson, annales de géographie, année 1898, pp 34-54  (46)

Partir « coloniser » l’Algérie dans les années 1890 : Respect des règles, initiatives, affranchissement, Christine Mussard

Académie des Sciences et des Lettres de Montpellier. Séance du 14 février 2011. « Colons en Algérie, histoire d’une famille ordinaire ». Claude Lamboley

Presse Universitaire de Provence, « Antijudaïsme et antisémitisme en Algérie coloniale, 1830-1964. Chapitre « Un moment d’extrême tension entre populations » Constantine août 1934. Pp 181-202. Geneviève Demerjian

Site Internet de La Ligue de défense juive, article du 05 août 2016, « Ni pardon, ni oubli : 5 août 1934 le pogrom de Constantine en Algérie : 24 juifs tués »

Persée, Une émeute antijuive à Constantine – Charles-Robert Ageron, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, année 1973, pp 23-40

 

Documentaire écrit

Récit inspiré de faits réels (les noms et prénoms de certaines personnes ont été volontairement modifiés)

Reconstitution historique

Extraits des courriers authentiques

Café glacier, Tébessa


Résumé

A.L. Pignol fut un odieux personnage. Colon algérien. Il profita de son statut de notable pour exécuter avec ferveur sa monomanie viscérale : ratonner du Juif. A.L. Pignol se sentait à l’aise dans son époque, dans laquelle l’antisémitisme agissait comme un catalyseur pour toutes les aversions et les persécutions envers une communauté tout entière.

Il rencontra puis épousera Marie-Jeanne Gilbert en 1905. Marie-Jeanne Gilbert fut elle-même la fille de migrants cultivateurs partis du Tarn-et-Garonne pour échapper à la misère et qui voulaient profiter d’une concession agricole d’Ain-Charchar.

Parents de deux filles, Henriette et Laurette, le couple fit l’acquisition d’un hôtel à Tébessa en 1910, permettant à A.L. Pignol d’accéder au rang d’élu de la République, à la fois à Tébessa mais également dans la commune mixte de Morsott. L’arrivée des Nazis au pouvoir en Allemagne et l’instauration de la collaboration en France ne feront que légitimer l’adhésion d’A.L. Pignol à un nationalisme d’extrême droite en Algérie.

Sa fille aînée, Henriette Pignol se mariera, contrainte, avec Charles Mingam, Breton de Daoulas, capitaine dans l’Infanterie française. Charles Mingam étant mobilisé en 1940, ils devront quitter l’Algérie pour déménager vers La Roche-sur-Yon. Très vite, dans le conflit, l’officier sera fait prisonnier. Son épouse devra seule, pendant plus de cinq ans, avec leurs deux jeunes enfants, éprouver les affres de l’occupation allemande en Vendée, se réfugiant dans la religion catholique pour y trouver un semblant de béatitude. Seule la correspondance qu’elle entretiendra avec son mari, emprisonné dans un Oflag, maintiendra l’espoir d’un retour.

Tout comme en Algérie, l’antisémitisme métropolitain, s’il ne fut pas encouragé par une majorité de Vendéens, pourtant effacée et silencieuse, ne fut pas moins une discrimination extrême, à laquelle de nombreux Français, parmi lesquelles des notables religieux et des réactionnaires de droite, s’affilièrent soit avec frénésie et virulence, soit par allégeance au gouvernement de Vichy.

 

Ce récit d’une saga familiale, inspiré de faits réels, prend sa source à la fin du 19ème siècle lorsque des migrants français s’accaparèrent le territoire algérien. Il y est question d’implantation des populations, de l'antisémitisme ordinaire des Français, de conflits et de répits, de haine et d’amour, de vie et de mort.


L'exception culturelle française réside dans le fait qu'elle peut encore célébrer un antisémite comme Céline sans être jugée par la condamnation 

samedi 19 octobre 2024

Extrait du manuscrit "La petite algérienne"

Documentaire écrit

Récit inspiré de faits réels

Reconstitution historique

Philippeville, 1917














La clarté peinait à s’imposer sur Saint-Paul-d’Espis pendant que la famille Gilbert se résignait à abandonner ce qui avait été le foyer de plusieurs générations. La brume, aveuglante, s’étalait et s’attardait encore entre les vergers, fuyant sur les toits de tuiles rouges et les collines environnantes, comme pour envelopper d’un linceul cet endroit qui leur avait été si familier. Antoine Gilbert, s’était dressé bien avant l’aube. Ses mains, rendues calleuses par des années de travail de la terre et du bois, ajustaient les harnais sur les chevaux attelés à la charrette. La carriole, modeste mais solidement construite avec ses propres moyens, était bondée de tout ce qu'ils avaient accumulé : quelques meubles, des outils précieux, et une poignée de souvenirs soigneusement emballés qui surchargeait le convoi. Jeanne Gilbert s’affairait autour des jeunes enfants à l’intérieur de leur maison étrécie de l’enlèvement du principal mobilier. Elle fit l'inventaire mental de ce qu'ils allaient reléguer aux souvenirs. Dans chaque objet, dans chaque recoin de la maison surgissait un moment de leur vie éprouvée ensemble: la boustifaille maintes fois bectée autour de la robuste table, l’agitation des enfants qui trottinait autrefois dans la pièce, les soirs d’hiver clapis au coin de l’âtre. Les yeux confus, elle jeta un dernier regard autour d’elle, le cœur amolli par l’émotion. Ses mains tremblèrent légèrement lorsqu’elle glissa le crucifix familial dans un sac en toile, une relique transmise de mère en fille, qui devait leur garantir une protection dans ce nouveau monde vers lequel ils confiaient leur sort. Antoine Gilbert-fils, âgé de treize ans, observa la scène en retrait. À son âge, il comprit déjà la gravité du moment, bien que son esprit fût encore plein des rêves d’aventure qu’éveillait en lui l’idée de partir pour l’Algérie. À ses côtés, ses sœurs plus jeunes ne saisirent pas l'ampleur du changement qui devrait plus tard les stupéfier. Ils regardaient leurs parents avec une confiance naïve, sécurisés par la présence imposante de leur père, dont la stature et la force semblaient capables de tout submerger.
Leur décision de migrer vers l'Algérie, cette inconnue lointaine que les rumeurs ajoutaient à l’envoûtement, avait été empreinte d’interrogations. Toutefois et peut-être sur injonction pressente de Michel Gary, les ultimes réticences s’effacèrent devant l'ombre de la misère qui s’abattait sur leur village, les mauvaises récoltes successives et l’absence de perspectives pour leurs enfants. Tout s’enchaîna ensuite selon les prévisions de Michel Gary. Trois mois avaient suffi à l’exécution des différentes obligations administratives. Une certaine somme d’argent avait été versée à Michel Gary en prévision des dépenses liées au transport et aux premières nécessités dès la traversée de la Méditerranée achevée. 
Le ciel, ce matin-là, se barbouillait d’un bleu indéfini, à mesure que le soleil s’extirpait des ténèbres, crispé sur l’horizon. Antoine Gilbert sentit une boule se tapir dans sa gorge en s’attardant sur les vécus de ses parents, de ses grands-parents, et à tous les Gilbert avant eux qui avaient soulagé par leur travail cette terre. Il se demanda, au point de le tracasser, si partir serait pareil à une infliction qu’il ferait subir à leurs existences ou, au contraire, une tentative hasardeuse de poursuivre leur héritage ailleurs. Il inspira profondément, cherchant à déjouer ces ressentiments. Il n’avait pas le choix, il fallait être robuste pour sa famille, pour Jeanne et les enfants. La charrette était enfin complète. Antoine Gilbert aida son épouse à monter, suivie des enfants qui s’installèrent tant bien que mal sur les ballots. Puis il se retourna une dernière fois vers la maison, vers les champs qui s’étendaient à perte de vue, convoités par la seule lumière pâlotte et blafarde du matin déshabillée avec paresse de la brume collante. Une prière muette s’échappa des lèvres de Jeanne Gilbert. Après un claquement de langue, Antoine Gilbert fit avancer les chevaux. La charrette se mit en branle, titubant sur le chemin qui les emportait loin du village. A les écouter, le bruit âpre des roues sur les cailloux résonnait tel un piteux orchestre. À mesure qu'ils s'éloignaient, le village de Saint-Paul-d’Espis devint indéfinissable, jusqu'à ne plus être qu'une croûte sur son monticule. Le cœur engourdi mais empli d’une détermination indéfectible, Antoine Gilbert ne déviait plus les yeux du chemin qui se perdait maintenant devant eux, un chemin long de jours et de nuits avant d’atteindre Marseille. Leur avenir, imprévisible et pourtant si prometteur, séjournait à Gastu sur une concession de plus de 25 ha de terres.
Après une traversée périlleuse due à une sérieuse tempête, le port de Philippeville qui se soumettait enfin à leur vision, scintillait dans la lumière éclatante du soleil méridional prétendu enlaçant. Après des instants éprouvés par le voyage, la famille Gilbert surprit la périphérie littorale d’un pays dont on leur avait tant rabâché la beauté. Antoine Gilbert, le regard figé sur cette côte qui se détachait à mesure qu’ils approchaient de leur destination, ressentait un mélange complexe de soulagement et d’appréhension. Derrière lui, Jeanne Gilbert serrait la main de leur plus jeune fille, tentant de combattre son inquiétude par un sourire arrangeant. Pour les enfants, ce nouvel environnement était source d’excitation, une aventure que leurs jeunes esprits associaient avant tout à des histoires de pirates et de trésors perdus. Autour d’eux, le tintamarre du bateau qui accostait, se mêlait aux vociférations des marins, aux raillements des mouettes, et à l’agitation des passagers impatients de poser pied à terre, soulagés à l’idée de se désamarrer définitivement de cette embarcation. Mais à peine accédèrent-ils au sol algérien que l’atmosphère s’imposa à eux avec une rudesse inattendue. Le port grouillait d’une activité incessante de dockers outragés par une chaleur qui déferlait sur leur peau particulièrement badigeonnée, tandis que les colons, fraîchement soulagés de leur ballonnement, tentaient de se repérer au milieu de cette effervescence chaotique. La langue arabe, impénétrable, mélangée au français parfois criard des officiers coloniaux, qui supervisaient le débarquement des nouveaux venus, bruissait de tous côtés. Pour les Gilbert, ce premier contact avec l'Algérie fut un choc culturel. Rien ne ressemblait à ce qu’ils avaient auguré. A part Michel Gary qui les accueillit comme indiqué à l’entrée du port. Il arborait un large sourire, comme pour dissimuler la tension palpable des quais. « Bienvenue en Algérie ! » S’écria-t-il en les rejoignant, bras béants, trop peut-être au goût d'Antoine Gilbert. Son enthousiasme sonnait curieusement creux à ses oreilles. Les promesses d’une vie prospère qu'il avait tant accommodée, s’effilochaient déjà face à la dureté du climat et à l'agitation désordonnée qui les enserrait. « Alors ? Et ce voyage ? Vous n’avez pas été trop secoués au moins ? Michel Gary était à son aise, étrangement accoutré selon les premières observations d’Antoine Gilbert, détail qui ne l’avait pourtant pas alerté lors de leur entrevue à Saint-Jean-d’Aspis,
-    Compliqué, lui rétorqua évasif et avare de mots le cultivateur, tout absorbé à l’ambiance grouillante des quais,
-          Bien. Suivez-moi, nous allons nous éloigner du port. Nous allons pouvoir continuer à discuter à notre aise dans un troquet tout proche. Nous viendrons récupérer les chevaux et vos affaires quand la douane aura fait son travail. J’ai fait le nécessaire pour les formalités. »





Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...