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dimanche 1 mars 2026

Affaire Durand. Le cas Ernest Lallemant, ou une logique d’État. Part. I

 « Le procès de Jules Durand, anarcho-syndicaliste du début du XXᵉ siècle, devient le théâtre d’une réflexion sur la justice, l’ordre social et la responsabilité individuelle. À travers le regard d’Ernest Lallemant, médecin-chef d’un asile, cette nouvelle explore le conflit entre pouvoir et conscience, l’impact des institutions sur les vies humaines et la tension dramatique entre vérité historique et fiction. » 

Parution de la nouvelle littéraire dans le hors-série de mars 2026. Le libertaire. Revue de synthèse anarchiste.

"Ta nouvelle a été bien appréciée par les compagnons". Groupe libertaire Jules Durand

Partie I

Le docteur Ernest Lallemant s’apprêtait à quitter l’asile public des Quatre-Mares dont il était le directeur. Il ôta sa blouse blanche, la suspendit au porte-manteau et enfila un lourd blouson. Par prudence, il tâtonna une poche pour vérifier que ses gants s’y trouvaient. « Oui… c’est bon, parfait ! » Il compléta sa tenue vestimentaire en posant soigneusement son chapeau melon sur le sommet de la tête. Avant de sortir de son bureau, il glissa dans sa serviette quelques dossiers de patients : octobre marquait le début de la rédaction du rapport annuel sur le mouvement de patients de l’établissement. Chaque année, il devait y résumer sous forme de tableaux et de statistiques, le flux des admissions, des sorties par guérison ou par transfert, ainsi que les décès, le plus souvent dus à la sénilité des patients ou à l’épuisement des plus âgés. Il jeta un dernier coup d’œil dans la pièce avant de fermer la porte. Rien ne devait, dans ce cabinet, indiquer la présence du chaos.

Statue de Jules Durand. Gaston Watking. Nantes

Après avoir franchi le vieux portail de pierre, Lallemant choisit ce soir-là de rentrer à pied. Il avait scruté le ciel : l’air était sain, la pluie absente. Il prendrait le fiacre un autre jour. La marche lui apporterait un regain de forme. Un bon quart d’heure le séparait de sa demeure, le temps nécessaire pour laisser derrière lui l’agitation des malades et les éclats de voix de l’asile. Il respira profondément, comme pour chasser de ses poumons les souillures de la folie avant de rejoindre le plateau, où se trouvait son quartier résidentiel. Il s’engagea dans une longue rue bordée d’ormes, qui camouflaient partiellement les contrebas sur lesquels s’étendaient les quartiers populaires. La lueur des réverbères guida ses derniers pas avant qu’il ne grimpe les quelques marches du perron et franchisse le seuil de sa maison, à l’architecture typique d’une élite sociale, moins somptueuse toutefois que certaines demeures voisines.

Dans le vestibule, la domestique avait déposé son courrier sur un élégant guéridon de style Louis XV. Délesté de sa tunique, Lallemant se déchaussa et glissa ses pieds dans de moelleux chaussons. Un sourire vague se dessina sur son visage. C’était l’instant qu’il préférait, celui où la journée basculait dans l’ordre et le confort. Les bruits feutrés de la cuisine lui indiquaient que Madeleine s’affairait autour des fourneaux. À l’étage, la voix ondulante de son épouse filtrait de l’ancienne chambre de leur fils unique : elle répétait ses vocalises pour la chorale paroissiale. Tout était harmonieusement à sa place.

Il posa sa mallette — le travail pouvait bien attendre — et prit la pile de lettres. La chaleur de la cheminée l’enveloppa lorsqu’il entra dans le salon. Il traversa la pièce jusqu’à son fauteuil, installé dans une alcôve, tandis que Madeleine avait déjà allumé la petite lampe à pétrole. Dans sa main il tenait le Havre-Éclair, auquel il était abonné depuis des années. Il allait l’ouvrir quand une enveloppe attira son attention. Il la retourna deux ou trois fois avant de fixer l’adresse de l’expéditeur : Palais de Justice de Rouen. Il fronça légèrement les sourcils, signe d’une légère inquiétude. On ne lui avait pourtant signalé aucun incident impliquant d’anciens patients. À l’aide d’un petit couteau, il décacheta l’enveloppe avec une légère précipitation, puis relut l’en-tête : oui, c’était bien le Tribunal. La convocation disait :

« Monsieur Lallemant, Le tirage au sort vous a désigné comme membre du jury dans l’affaire concernant la mort de M. Louis Dongé, chef de bordée, à la suite d’une altercation survenue sur les quais du port du Havre, le vendredi 9 septembre 1910, impliquant M. Jules Durand, charbonnier et syndicaliste. D’autres prévenus, dans des actes secondaires, sont concernés(1).
Vous êtes convié à une réunion d’information au Tribunal afin de vous exposer votre rôle, le déroulement de l’instruction et du procès. Veuillez agréer… »

Lallemant demeura un instant immobile, le regard dans le vague, la lettre entre les doigts. Quelque peu stupéfait, il revint à lui. Ces noms… Oui, ils lui disaient quelque chose. Il se leva prestement et alla vers le meuble bas où s’entassaient les anciens numéros du Havre-Éclair. Comme tout bon conservateur, il gardait les journaux — Où est-il… pas celui-ci… ah, voilà… Il feuilleta rapidement les pages, puis retrouva un article sur cette affaire. Il se rassit, impatient. La signature attira son regard : Urbain Falaize. Urbain Falaize n’était autre que le rédacteur en chef du quotidien, proche du patronat, connu pour ses positions très cléricales et conservatrices, voire réactionnaires selon certaines sources que l’on prétendait douteuses, à moins qu’elles ne fussent subversives. Il parcourut un extrait, au surlendemain des faits, révélateur de la diatribe du journaliste.

« Un évènement s’est produit l’autre nuit qui a causé sur toute la population une émotion indicible. Un charbonnier qui revenait de travailler a été lâchement et férocement tué par une dizaine de grévistes ivres de colère et d’alcool. Le malheureux était père de trois enfants, n’avait que 42 ans. Trois de ses agresseurs sont arrêtés. Il faut espérer que leurs complices ne tarderont pas à être appréhendés et que tous subiront le juste châtiment réservé à de pareils forfaits. L’ivresse en effet ne saurait être invoquée comme circonstance atténuante, et il faudrait que les tribunaux en finissent une bonne fois avec cette thèse de l’irresponsabilité alcoolique. » Une phrase éveilla sa curiosité : « Comme circonstance atténuante… que signifiait-elle réellement ? »

Le papier continuait sur le même ton. Lallemant interrompit sa lecture et s’abîma dans une profonde réflexion. Les vocalises de son épouse, montant par vagues depuis l’étage, finirent par le ramener au réel. Il y avait d’abord des décisions urgentes à prendre pour l’organisation de l’asile. Et puis, comme le précisait le courrier, s’il devait s’absenter presque une semaine, il lui faudrait déléguer ses visites et la paperasse des malades à ses confrères.

Sans qu’il s’en aperçût aussitôt, une sensation diffuse se forma dans le bas-ventre. Elle n’avait rien de désagréable : une chaleur lente, insinuante, qui remontait le long de sa poitrine jusqu’à envahir son esprit. Un sourire involontaire plissa sa moustache encombrante, tout en écartant une barbe mal proportionnée. Dans le secret de sa suffisance, il se voyait déjà remplir, avec éclat, la fonction qui était la sienne : celle d’un serviteur zélé de l’État. Et pas n’importe lequel. Sa mission était de contenir les débordements, de canaliser les conduites jugées déviantes, de préserver l’ordre public. À sa manière, il purgeait la société de ses fauteurs de trouble, ces êtres instables et dangereux que l’on prétendait sacrifier au nom de l’intérêt général. Et cette population, il la connaissait bien : les pensionnaires de l’asile, qu’ils fussent atteints de folie systématisée, de confusion mentale ou de folie toxique née de l’alcool, provenaient presque tous de ces milieux misérables qu’il observait avec un mélange de répulsion et de pitié scientifique.

Pour autant, Lallemant ne se voyait ni comme un individu brutal, ni comme un patron cynique, ni comme un adversaire déclaré du mouvement ouvrier. Il se croyait homme de science, discipliné, obéissant à une rationalité supérieure, convaincu que l’ordre de l’État devait toujours l’emporter sur l’individu. L’affaire Durand, à ses yeux, n’était pas tant une tragédie humaine qu’un problème d’ordre public : le syndicalisme révolutionnaire représentait une contagion sociale qu’il fallait endiguer. Les asiles, tels que le sien, faisaient partie de cet appareil discret mais essentiel de régulation de la société. On y soignait, certes, mais on y classait, on y enfermait, on y neutralisait.

Il se répétait qu’un médecin d’asile ne pouvait ignorer les soubresauts politiques de son temps. Le gouvernement républicain, inquiet, surveillait étroitement les ports et les industries stratégiques. Le Havre, verrou maritime du pays, avait été secoué peu auparavant par la grève des charbonniers, perçue comme une menace directe pour l’économie et la sécurité publique. Il n’avait aucun doute : le préfet suivait cette affaire de près, et l’administration attendait de lui une attitude inflexible. Et même s’il n’était pas « fonctionnaire d’État » au sens strict et moderne, il dépendait du ministère de l’Intérieur, de ses budgets, de ses nominations et de ses notations.

La clémence, face à un meneur syndical comme Jules Durand, serait interprétée comme une faiblesse. Cette certitude le rassura.

Il se replongea alors dans d’autres journaux. Bientôt, il fut récompensé dans ses recherches et tomba sur le numéro du 4 septembre : on n’y parlait que de la « chasse aux renards », ce mot de haine par lequel on désignait les non-grévistes promis aux coups, aux humiliations et aux séquestrations. Ces pratiques, nota-t-il, révélaient une violence primitive, incompatible avec l’essor d’une civilisation plus sécurisée. Plus loin, un article du même Urbain Falaize, intitulé Réflexions sur une grève, dénonçait les dérives anarchisantes du syndicalisme actuel : action directe, sabotage, antimilitarisme, néo-malthusianisme, .... À ses yeux, le diagnostic était clair : le mal descendait profondément et s’installait.

Grisé par la perspective d’un rôle décisif dans le procès, Lallemant ne put garder pour lui son excitation. Il fallait la partager. Son épouse répétait encore ses gammes à l’étage.

« Marie-Amélie ? Marie-Amélie ? » Une voix fluette lui répondit, étouffée par la distance.

·         Que se passe-t-il, mon cher époux ?

·         Descendez, je vous prie. J’ai une nouvelle tout à fait extraordinaire à vous annoncer », s’égosilla-t-il.

En tant que juré, Ernest Lallemant arrivait au terme de sa troisième journée de procès. Demain, le 25 novembre 1910, le Président de la cour d’assises, Casimir Mourral, annoncerait le verdict contre l’accusé principal, Jules Durand. Depuis trois jours, la salle d’audience était pleine à craquer. On y dénombrait d’un côté un nombre majoritaire de journalistes et de notables ; de l’autre, des curieux, des représentants syndicaux tels que Cornilles Géeroms ou des ouvriers du port, sous-représentés car empêchés ou dissuadés de venir. Malgré la forte tension sociale liée à la grève des charbonniers, le public, même s’il n’était pas neutre, restait discipliné, manifestant par chuchotements son approbation, ou non, lors des interventions des témoins à charge ou de l’avocat de Jules Durand, Maître Coty. Aux côtés du Président de la cour, on retrouvait le Procureur général, Henri Destable, pour l’accusation et le Juge d’instruction, Georges Vernis, que l’on entendit à l’ouverture du procès expliquer l’enquête préliminaire.

Sources

Généalogie Lallemant – Gérard Mannig

Ernest Lallemant (1856-1923)

Épouse Marie-Amelie Fossard

Fils Maurice Lallemant

« L’affaire Durand » - Patrice Rannou – Éditions Noir et Rouge – octobre 2013

 (1) Les ouvriers impliqués dans la rixe : Mathien, coupable d’assassinat (15 ans de travaux forcés, suivi de relégation), Couillandre, coupable de meurtre (8 ans de travaux forcés), Lefrançois, coupable de meurtre (8 ans de travaux forcés). Autres prévenus acquittés : Bauzin et les frères Boyer

Gaston Watking

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Watkin

https://le-libertaire.net/statue-jules-durand/

jeudi 26 février 2026

P. Watson, H. Clement : leurs liens avec l'extrême droite

Tout d'abord, l'avertissement qui suit s’adresse à la lectrice ou au lecteur qui pourrait être irrité.e en lisant cet article : l'histoire contemporaine récente nous rappelle une évidence cruciale : on ne discute pas avec l'extrême droite, on la combat, quel que soit le sujet, et surtout s'il concerne l'écologie.

Paul Watson et Hugo Clément sont indéniablement deux personnalités publiques dont l'engagement en faveur de la cause animale et de leur bien-être ne peut être remis en cause. C’est sur ce thème, en particulier, qu’ils ont bâti leur notoriété médiatique, bien que chacun dispose d’une aura et de moyens de communication et d'action différents. Dans leurs espaces respectifs, les deux militants dérangent : ils provoquent de l’animosité à leur encontre et subissent des pressions de lobbyistes, tout comme n’importe quel autre militant écologiste à travers le monde. Beaucoup d’anonymes ont même été assassinés pour avoir résisté à des manœuvres hostiles envers leur environnement. Il s’agit plutôt de chercher un positionnement politique différent afin d’éclaircir certains points, ce qui est utile dans des sociétés de plus en plus endoctrinées par des discours et des postures nationalistes. Cet endoctrinement ne peut être banalisé. 

Rassemblement en soutien à Watson,
animé par Clément

En dehors de leur préoccupation légitime pour la préservation de la biodiversité et le bien-être animal, Paul Watson et Brigitte Bardot partagent un autre lien : leur amitié.

À première vue, en tant qu’ami, Paul Watson ne peut ignorer que l’icône française a été condamnée à plusieurs reprises par la justice pour provocation à la haine ou à la discrimination raciale (1). Il ne pouvait pas non plus faire abstraction sur les positions politiques publiques de Brigitte Bardot, favorables au Front National de Jean-Marie Le Pen. Cependant, il est possible que le vieux militant connaisse moins l’histoire du régime de Vichy, la collaboration française et la création du Front National. Faut-il lui rappeler qu'en France, le racisme n’est pas une opinion mais un délit.

Un autre point les rapproche : la question de la démographie. Brigitte Bardot déclare :

« Mon pays, la France, ma patrie, ma terre, est de nouveau envahi par une surpopulation d’étrangers, surtout de musulmans. »

Paul Watson, pour sa part, affirme :

« Nous devons réduire radicalement et intelligemment la population humaine à moins d’un milliard… Guérir un corps atteint d’un cancer nécessite une thérapie radicale et invasive, et, par conséquent, guérir la biosphère du virus humain nécessitera également une approche radicale et invasive. » 

Ces propos auraient pu être qualifiés par Murray Bookchin d’« anti-humanistes », tandis que d’autres figures écologistes, comme Hubert Reeves, jugent la méthode de Watson « ridicule » et « totalement improductive ». Certains activistes vont même jusqu’à le qualifier d’« écofasciste ». (2) (3)

Un autre lien moins connu relie Watson à Dave Foreman, cofondateur du mouvement Earth First! aux États-Unis. Foreman défendait une stabilisation ou une réduction de la population humaine non pas pour des motifs politiques ou sociaux, mais pour protéger la vie sauvage et les habitats naturels. Là encore, Murray Bookchin a critiqué ces positions, reprochant à Foreman de placer la nature au centre de l’engagement radical sans vouloir réformer profondément les structures sociales pour préserver l’environnement. (4)

Murray Bookchin aurait-il pu rencontrer Hugo Clément ? Impossible : le philosophe social est décédé en 2006, tandis que le journaliste est né en 1989. Pourtant, les théories de Bookchin continuent d’influencer certains médias et acteurs engagés, qui peuvent s’en inspirer sans déformer sa pensée.

Le 24 février 2026, Hugo Clément est convoqué devant une commission parlementaire à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Que lui reproche-t-on exactement ?

Une députée de LFI, Ersilia Soudais, l’accuse de « réhabiliter » l’extrême droite après sa participation à un débat avec Jordan Bardella, président du Rassemblement National, publié dans la revue Valeurs actuelles en 2023 (5). Pour se justifier, Clément explique :

« Cette période nous montre que le débat est toujours préférable au lynchage. »
« Si débattre, c’est débattre avec les gens qui pensent comme vous, ça n’a aucun intérêt. Il est très important d’arrêter d’opposer les gens et de ne pas tomber dans une logique sectaire. »

Le problème ne réside pas dans son plaidoyer pour le débat, mais dans le contexte: Valeurs actuelles a été condamnée en 2021 pour injure publique à caractère raciste, dans le cadre d’une publication sur la députée Danièle Obono (6). La condamnation a été confirmée en appel en novembre 2022, puis définitivement en janvier 2024. En tant que journaliste de premier plan, Clément ne pouvait omettre ces antécédents judiciaires. De plus, d’autres controverses viennent renforcer le caractère sensible de la ligne éditoriale de ce journal.

En théorie, Clément aurait pu intervenir dans le journal en tant que simple citoyen, garantissant son droit à l’expression. Mais il a choisi d’utiliser sa plateforme médiatique et son expertise journalistique pour informer et sensibiliser le public, plutôt que pour défendre des opinions personnelles. Cela pose la question suivante : jusqu’où va la responsabilité d’un journaliste lorsqu’il utilise un média controversé pour diffuser un débat?

Ensuite, l'animateur audiovisuel prétend qu'il faut dialoguer avec l'ensemble des partis politiques et que la programmatique dans le domaine de l'écologie, qui, selon lui, est une science, n'appartient pas à un parti ou à un groupe d'activistes. Il a raison sur ces deux points. Sauf qu'il n’est pas complet : oui, l'écologie est une science, mais elle devient politique lorsqu’on se positionne autrement en adoptant les principes de l’écologie sociale.

Enfin, l’ambition, louable, d’élargir les débats à l'extrême droite, dans une recherche d’évitement des conflits a, par le passé, été extrêmement préjudiciable à la paix en Europe. Deux films illustrent cette problématique : Les Vestiges du jour, du réalisateur James Ivory, sorti en 1993, et prochainement Les Rayons et les ombres, réalisé par Xavier Giannoli.

Avis personnel : si Watson et Clément ont trouvé dans l’écologie une raison d’exister, pour ma part, j’y ai trouvé une raison de vivre. Dans ces deux cas cités dans l'article, il s'agit, à minima, d'une grossière erreur d'appréciation.

(1) https://www.lexpress.fr/societe/15000-euros-d-amende-pour-brigitte-bardot_507009.html?utm_source=chatgpt.com

(2) https://www.ledevoir.com/actualites/societe/184768/les-ecoterroristes-des-impatients-marginaux-et-anti-humanistes

(3) https://www.nouvelobs.com/ecologie/20251031.OBS109295/paul-watson-un-pirate-reac-pourquoi-le-fondateur-de-sea-shepherd-divise-les-ecologistes.html

(4) http://atelierdecreationlibertaire.com/Quelle-ecologie-radicale,957.html

(5) https://www.ladepeche.fr/2026/02/25/hugo-clement-responsable-de-la-montee-de-lextreme-droite-selon-linsoumise-ersilia-soudais-le-militant-ecologiste-recadre-la-deputee-13243538.php

(6) https://www.ladepeche.fr/2021/09/29/daniele-obono-depeinte-en-esclave-valeurs-actuelles-condamne-pour-injure-raciste-9820729.php?utm_source=chatgpt.com












mardi 17 février 2026

L'anormalité du palmier

Le Chamaerops humilis, ou plus communément nommé palmier, se caractérise par sa propension à envahir les jardins pavillonnaires. On le distingue entre tous, avec ses proportions ostentatoires et sa silhouette hérissée. Ce qui n’est pas, chez lui, un signe de rébellion, ni une marque d’extravagance, ni même une quelconque menace — à l’image de Sideshow Bob dans Les Simpsons— pour l’irremplaçable et indétrônable hortensia. 

On le plante surtout dans le carré de pelouse pour des raisons infiniment plus futiles comme l'affichage. Cela prêterait à sourire, voire à le ridiculiser, si son indice écologique n'atteignait pas un score désastreux et ne rendait pas ce sourire nettement plus amer.

Pourtant, au tout début de la colonisation, son esthétisme était l’apanage de quelques demeures cossues. Il évoquait de lointains rivages, des vacances exotiques en Outre-mer ou dans les pays du Maghreb. Doté d’une maturité exceptionnelle et érigé en marqueur d’une flatterie dite « chic », le palmier est progressivement devenu l’étalon banal du mimétisme esthétique

Il pulule comme pulule le pavillon, avec le même gabarit, la même uniformité, la même illusion de distinction. Car c’est bien le cas : une illusion. Il est le symbole végétal de la standardisation des gestes sans effort ni cueillettes. D’un mimétisme sans créativité, d’un ennui visuel, de rêves interchangeables pour des destinations où l’on s’entasse sous les cocotiers.

Et pourtant. Il est devenu un exemple patrimonial, capable de s’acclimater, pensait-on, dans des zones tempérées comme sur l’Île-de-Batz. Le palmier donne l’illusion d’un ailleurs alors que, sur ce récif, nous y sommes déjà, ailleurs. Même si sa portée scientifique et botanique, au sein du jardin de Georges Delaselle, s’illustrait dans un site classé « Jardin remarquable », les effets de la tempête Ciarán sur lui ont été dévastateurs. Ils soulignent, par cet exemple, la fragilité des paysages exotiques face aux aléas du dérèglement climatique en Bretagne.

Nonobstant cet épisode hivernal d’une intensité qui s'installe, la normalisation du palmier dans les jardins ornementaux présente, en termes environnementaux, bien des inconvénients, loin de la passivité qu’il exhibe. Empreinte carbone élevée (production et transport), utilisation intensive d’engrais, modes de culture — notamment sous serres énergivores —  derrière la silhouette décorative se cache une mécanique coûteuse et peu vertueuse.

Le plus inquiétant, dans la généralisation d’un paysage pavillonnaire banalisé, où le palmier désigne une certaine forme de paisibilité factice, est que l’on en revienne toujours à la même observation : une passivité non coupable, une oisiveté sans autre horizon que d’attendre les beaux jours afin de caler le barbecue sous le palmier, comme si l’ombre exotique suffisait à donner sens au quotidien.

Ainsi, le palmier n'explique rien du voyage, rien de l’exotisme, ni même de la botanique. Il dit le confort d’un imaginaire prêt-à-planter, l’économie d’un effort, la reproduction immobile d’un décor standardisé. Sous ses palmes, ce n’est pas l’ailleurs qui se pavane, mais l'anormalité.

Calcul de l'empreinte écologique de l'auteur : 2.5 T de rejets de CO2 en 2025 (niveau de soutenabilité : 2 T selon les données de l'Ademe)



Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...