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lundi 24 août 2026

La tentation de l'embourgeoisement des élu.es écologistes

« Je tiens à souligner que si les Verts (allemands) s'allient aux sociaux-démocrates, ils suivront une logique tragique : ils perdront leur identité. » Cette phrase, tirée du long entretien accordé par Murray Bookchin au magazine Kick it Over (1), trouve, quarante ans plus tard, un écho surréaliste en France, avec le ralliement du parlementaire écologiste Yannick Jadot à la candidature à la présidentielle du social-démocrate Raphaël Glucksmann. Elle est surréaliste à plus d'un titre, mais s'inscrit dans une tendance de fond déjà observée par le passé, notamment avec la transformation radicale de porte-parole des écologistes, à l'image de Daniel Cohn-Bendit, vers une forme d'embourgeoisement social et parlementariste.

On ne retracera pas ici les parcours de ces deux militants autrefois radicaux, car il ne faudrait pas limiter à ces deux seules personnalités, largement médiatisées, la tentation — ou plutôt la dérive — d'une partie des écologistes vers un conformisme de bon aloi, sans prise de risque ni tentative de bouleversement profond, ou à tout le moins de créativité démocratique. 

Ces deux personnalités politiques ont néanmoins en commun d'avoir goûté à la gamelle parlementariste, avec les avantages qui l'accompagnent, et ainsi éviter une aller simple vers l'anonymat dépressif ou la simplicité d'une vie. Car comment expliquer autrement la présence au Sénat de Yannick Jadot ? Le fait d'avoir été candidat à l'élection présidentielle lui confère-t-il un droit intangible à un parcours parlementaire compensateur ? On ne peut décidément pas s'en remettre au hasard, dans ce cas précis, si l'on se souvient du précédent de Dominique Voynet, devenue sénatrice en 2004 et restée au Sénat jusqu'en 2011.

Cet embourgeoisement d'une partie des écologistes se retrouve à tous les étages de la société et se diffuse discrètement au niveau local, retranchés qu'ils sont dans leurs maisons de paille et de torchis. Leur point commun ? Le renoncement à des engagements intrinsèquement liés au combat écologique sur un certain nombre de points stratégiques, comme le nucléaire. La dénonciation du capitalisme n'étant plus à l'ordre du jour, il devient difficile de critiquer la fabrication à l'échelle industrielle des voitures électriques, avec un impact non négligeable sur l'environnement.

Le cas Jadot est flagrant. Dans son interview sur France Inter, le 24 août, le journaliste politique Benjamin Duhamel l'a interrogé sur son soutien à la candidature de Raphaël Glucksmann. Pour promouvoir sa démarche auprès des électeurs et électrices de l'écologie politique, le sénateur a diffusé sur sa page Facebook quelques extraits sélectionnés de son passage à La Grande Matinale. Dans l'un d'eux, il espère que ces électeurs et électrices « vont rester fidèles à leurs valeurs ». Ou faut-il préciser : aux valeurs modulables des parlementaires, au gré des vents qui tournent ? Et puisque le monde politique a lui aussi ses archives, il est bon de rappeler que la parlementaire Dominique Voynet n'avait pas hésité, elle non plus, à s'écarter de ses valeurs en renonçant au principe du non-cumul des mandats (2).

Un dernier extrait de l'intervention de Yannick Jadot est éclairant sur les perspectives d'avenir en matière énergétique. « Je le regrette, mais il faut regarder la réalité en face : l'écologie politique n'est pas en capacité de rassembler et de jouer la gagne en 2027. Raphaël Glucksmann l'est. Et son engagement écologique est clair : sortir des énergies fossiles et adapter notre société au dérèglement climatique. »

Comment ne pas adhérer au principe d'une indépendance à l'égard des énergies fossiles ? Sauf que Benjamin Duhamel a pointé une contradiction flagrante entre les deux hommes politiques : leur positionnement sur la filière nucléaire française. À l'entendre s'entortiller dans les mots au sujet de la position du candidat de Place publique sur le maintien et le déploiement de réacteurs de nouvelle génération, on comprend que le sénateur n'ait pas retenu cet extrait pour le lancement de sa campagne de soutien (3).

L'embourgeoisement ne se limite pas à une apparence physique, une posture sociale ou une attitude ostentatoire. Il se glisse dans les commentaires politiques, dans les prises de position publique, dans un opportunisme fait de délégations par les suffrages indirects,  à plusieurs milliers d'euros, sans plus se soucier de la rigueur des propos ni de la probité des formules. Qu'il est plus confortable de s'associer à des revirements de circonstance et court-termistes que de relier son acte politique à une vision plus vitale, nourrie des révolutions sociales.

Murray Bookchin avait raison sur la perte d'identité des écologistes. Mais je nuancerais quelque peu son appréciation : il est peut-être davantage question de changement que de perte d'identité. Le discours de Yannick Jadot sur le nucléaire a changé en à peine cinq ans. Opposant hier, il dit aujourd'hui : « débattons. » Avec qui ? Avec les bourgeois sociaux-démocrates. Qui peut encore croire, aujourd'hui, à leur fiabilité ? À part les opportunistes.

Photo Greenbox — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

(1) Bookchin, Murray. “Democratizing the Republic and Radicalizing the Democracy: An Interview with Murray Bookchin.” Partie 2. Kick It Over, no. 14, Winter 1985–86, p. 9

(2) Cumul : Dominique Voynet se donne le temps de la réflexion https://www.nouvelobs.com/politique/municipales-2008/20080319.OBS5785/cumul-dominique-voynet-se-donne-le-temps-de-la-reflexion.html

(3) Présidentielles 2027 : l'écologiste Yannick Jadot choisit de soutenir raphaël Glusckmann https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-24-aout-2026-2695433  à partir de 6'52

lundi 17 août 2026

Climatosceptique. L'idiocratie a un QI

Contrairement aux idées reçues, l'Idiocratie n'est pas exclusivement un univers peuplé d'écervelé·es, figé·es au degré zéro de l'évolution. Ou, tout du moins, ce n'est pas nécessairement un univers dans lequel les moins compétents, les moins informés ou les plus démagogues exercent le pouvoir ou influencent fortement les décisions.



Car, pour exister et prospérer, un système idiocratique a besoin d'avis solides, d'arguments construits et de démonstrations présentées comme inattaquables, incarnés par des hommes d'envergure dans leurs domaines respectifs : scientifiques, ingénieurs, politiques, journalistes, influenceurs, etc. Certains finissent même par devenir des figures emblématiques sur lesquelles l'Idiocratie peut s'appuyer.

La doxa « climatosceptique » dispose précisément de ce type de personnalités : des idiocrates dotés d'un QI élevé, de compétences reconnues dans leur domaine et capables de produire des arguments concernant la part anthropique du dérèglement climatique. En voici quelques portraits.

Avant toute chose, une précision s'impose. Ces idiocrates mettent l'accent, dans leurs interventions, sur la notion de « réchauffement climatique ». J'insiste sur ce point, car il ne s'agit pas seulement d'une question sémantique. Les bouleversements observables relèvent plus largement du dérèglement climatique : en été, on aurait tendance, sciemment ou non, à oublier les inondations de l'hiver ; en hiver, les incendies de l'été. Le climat ne se résume pas à une simple courbe de température : ses dérèglements se manifestent par une multiplication et une intensification de phénomènes extrêmes, dont la succession et la répartition saisonnière peuvent brouiller notre perception du dérèglement. (1) 

On pourrait débuter cette galerie de portraits par le plus polémique d’entre eux : Claude Allègre. Même si sa voix a distillé un certain nombre d’allégations, cet ancien ministre socialiste, ardent défenseur du déploiement du nucléaire civil, était avant tout un géochimiste de métier. Il est décédé en 2025. Il mérite notre oubli.

D’autres, bien vivants ceux-là, peut-être inspirés par cette figure historique du climatoscepticisme, contestent à leur tour le rôle du CO₂ dans le dérèglement climatique et continuent d’alimenter cette mouvance, notamment grâce à la publication de nombreux ouvrages sur le sujet. Les relais qu'ils trouvent dans certains médias sont soutenue par des organisations libérales, de droite, voire d'extrême droite.

Benoît Rittaud est enseignant-chercheur en mathématiques (2). Il préside l'association des Climato-réalistes. Dans l'émission de Sud Radio animée par André Bercoff, le jeudi 9 novembre 2023, il intervenait sur la conception qu'il se fait de l'écologie qui, d'après lui, relèverait avant tout de l'univers du mythe et des légendes. Des extraits de cet entretien ont été relayés par le média en ligne « Méchant Réac » (3).

En cinq minutes de diffusion, l'ensemble de son argumentaire peut être balayé d'un revers de main. Selon ses dires, l'apparition du « mythe écologiste » remonterait au début de la guerre froide. En affirmant cela, il prend d'emblée des risques extrêmes. Premièrement, l'écologie n'est pas un mythe, mais une science ; deuxièmement, même au cours des siècles passés, on ne la nommait évidemment pas encore « écologie », mais de nombreux érudits s'intéressaient déjà aux interactions entre les activités humaines et la nature.

Le géographe libertaire Élisée Reclus, dès le XIXe siècle, consacrait ainsi une grande partie de son œuvre à l'étude des relations entre les sociétés humaines et leur environnement. Dans L'Homme et la Terre, publié à partir de 1905, il analyse notamment la manière dont les activités humaines transforment les milieux naturels. Faire de la guerre froide le point de départ de la pensée écologique revient donc à faire l'impasse sur plusieurs décennies de réflexion consacrées aux rapports entre l'homme et son environnement.

Autre aspect de l'intervention de Rittaud (que l'on retrouve d'ailleurs chez les autres idiocrates) : la peur irrationnelle. Le mathématicien présente des figures telles que Rachel Carson (3) comme des sortes de prédicateurs ayant contribué, notamment à travers son livre à succès Le Printemps silencieux, à distiller dans les esprits une peur irrationnelle de la fin du monde. Il soutient ainsi que « la pollution des sols par des composants chimiques allait faire qu'il n'y aurait plus d'oiseaux, c'était déjà très poétique ».

Il n'y a pourtant rien de poétique à constater la disparition des oiseaux. Quant à la « peur irrationnelle » qu'il évoque, encore faudrait-il démontrer en quoi l'alerte lancée par Rachel Carson relevait de l'irrationalité. 

Chritian Gérondeau. Nucléiste obsessionnel, haut fonctionnaire, Christian Gérondeau fustige depuis plusieurs décennies le « dogme écologique », selon lequel l'homme serait responsable de la transformation du climat, ainsi que l'ampleur du dérèglement climatique qui en résulterait. À l'écouter, le climat a toujours changé et obéit à une succession de cycles alternant « périodes chaudes » et « périodes froides ». Dans un entretien accordé en février 2025 au média Tocsin (5), il affirme ainsi que, depuis le milieu du XIXe siècle, « la période actuelle est un nouvel optimum, la Terre se réchauffe, c'est une très, très bonne nouvelle ». Curieusement, pour cette dernière période, il ne fait pas le lien entre la naissance de l'ère industrielle et ses conséquences sur le climat.

À ce stade, inutile d'être exhaustif à moins de vouloir attraper la nausée, surtout s'il faut nommer tous les idiocrates de droite et d'extrême-droite. Malgré tout, on pourrait citer : 

Vincent Courtillot
Géophysicien, Académie des sciences

Proche d’Allègre et probablement l'un des scientifiques français les plus associés à au climato-scepticisme après Allègre (les autres se présentent plutôt comme climato-réalistes) . Il a défendu l’importance de facteurs naturels, notamment solaires, dans les variations climatiques récente.

François Gervais
Physicien
A publié L'Innocence du carbone, conteste notamment l'importance du CO₂ anthropique et certaines conclusions du GIEC. Il est régulièrement cité parmi les scientifiques français climatosceptiques.

Rémy Prud'homme
Économiste
Critique du discours climatique et surtout du coût économique des politiques climatiques ; auteur de L'Idéologie du réchauffement

Que faut-il de plus pour démontrer que des certitudes solidement encrées, orientées vers la droite et le nucléaire, peuvent perturber les meilleures décisions à prendre ? Pendant que le dérèglement climatique métamorphose dangereusement les conditions du vivant sur Terre, les Idiocrates continueront de régner sur un monde de cendres. Ils trouveront certainement encore à disserter sur leur propre échec en Idiocratie.

(1) Déréglement climatique ou changement climatique ? https://www.socialisme-libertaire.fr/2024/11/dereglement-climatique-ou-changement-climatique.html

(2) Benoît Rittaud. Enseignant chercheur en mathématiques https://www.futura-sciences.com/sciences/personnalites/mathematiques-benoit-rittaud-140/

(3) J'ai lu et aimé : le déraisonnement climatique  https://mechantreac.blogspot.com/2023/11/jai-lu-et-aime-le-deraisonnement.html

(4) Le printemps silencieux https://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps_silencieux

(5) Tocsin média https://www.youtube.com/watch?v=zbf8iA7rYGI



vendredi 14 août 2026

Ferrand and co, tueurs d'abeilles

Richard Ferrand, ancien député du Finistère et ancien homme fort de la majorité Macron, est aujourd’hui président du Conseil constitutionnel. Il le présidait lorsque celui-ci a statué favorablement sur les dispositions de Duplomb 2 relatives aux pesticides, le 14 août 2026.

L’important n’est pas de savoir comment on se mobilise, mais à quel moment on le fait. Tous les potagistes le savent : quand la larve est dans le fruit ou le légume, elle s’installe, grignote la pulpe et fait pourrir l'intérieur. Puis, devient généralement, une mouche ou un papillon.

Dommage que les 1 300 lecteurs de l’article n’aient pas davantage réagi à l’époque afin de tenter de se débarrasser de ce gros ver parlementaire. Ce n'est pas une loi qu'il faut condamner mais le système électoral qui la favorise. Tans que ce ne sera pas le cas, on aura encore des gros vers comme Duplomb. Étre consterné ne suffit pas.

Première publication, juin 2018

Ce matin, à Lindouar, pendant que je coupais quelques feuilles de consoude à l’usage d’un purin, je m’interrogeais sur plusieurs points concernant la décision des parlementaires et du gouvernement Macron de maintenir l’usage du glyphosate.

D’abord, sans remettre en cause la bonne volonté des organisateurs, je m’interrogeais sur l’efficacité des appels à des rassemblements citoyens pour tenter de mobiliser au-delà des apiculteurs et des militants environnementaux. Je pense que ce type de manifestation est désuet et n’apporte plus les résultats escomptés. Il me semble que la population est informée du sinistre en cours. Il me semble que des médias relaient cette information. Il me semble que le législateur ne l’ignore nullement.

Que se passe-t-il alors ? Il me semble que, comme M. Hulot l’affirmait dans un remarquable éclair de lucidité, peut-être pour justifier sa place au sein de ce gouvernement ou, plus simplement, pour alléger sa conscience, tout le monde s’en fout !

Tout le monde se fout de la disparition des insectes et, notoirement, des pollinisateurs. La résignation n’a pas non plus de frontières. La campagne se meurt pendant que la ville se goinfre. Et ce ne sont pas quelques ruches sentinelles perchées sur les toits qui inverseront la tendance.

Je m’interrogeais également sur le buzz de Sandrine Le Feur, députée de LaREM de la 4e circonscription du Finistère, qui déclarait hors micros et caméras que Stéphane Travert était un « salaud », à propos de l’amendement rejeté sur le glyphosate (voir l’article du 29 mai : https://dderrien.blogspot.com/2018/05/glyphosate-on-marche-sur-la-tete-mme-le.html.

Ça paraît tellement évident que, face caméra, elle aurait tenu les mêmes propos ! C’est assez rare qu’une députée traite de « salaud » un membre du gouvernement issu de la même majorité, devant un panel de journalistes.

Quand je vois le nombre de personnes qui l’encouragent : « Oui, bravo, elle a raison ! », je peux comprendre que tout le monde s’en fout ! D’ailleurs, ce ne sont pas les quelques syndicalistes de la Confédération paysanne qui applaudissent le discours public de Sandrine Le Feur, improvisé dans la rue, qui inverseront la tendance (bis).

(Si je peux me permettre une parenthèse, et à regarder de plus près, l’augmentation des surfaces agricoles cultivées en bio n’a pas empêché l’hécatombe prononcée de la biodiversité. Le modèle proposé présente certainement plusieurs failles systémiques. Je pense notamment à la tolérance de la mixité dans les conduites végétales.)

Mais en premier lieu, celui qui se fout royalement du silence des campagnes, c’est bien notre cher député de la 6e circonscription du Finistère, M. Richard Ferrand.

Il se fout des rassemblements citoyens. Il se fout des commentaires de Sandrine Le Feur. Lui, il vote contre l’interdiction du glyphosate dans la loi Alimentation. Lui, c’est une petite gâchette de Macron, une petite frappe, un tueur d’abeilles !

Alors, je me demandais ce matin, à Lindouar, comment faire savoir que Ferrand est un tueur d’abeilles. Comment me rendre devant sa permanence de député à Châteaulin ?

Quoique peu occupé par mes activités de plein air, je fus interrompu par un appel de Joséphine (une amie de Plougastel que l’on appellera comme ça). Embêtée par une voiture en panne, elle me demandait si je pouvais l’accompagner jusqu’à son lieu de travail, qui se trouve à Châteaulin.

Quelle heureuse coïncidence pour quelqu’un qui ne croit pas au hasard.

Je motorisais donc Joséphine jusqu’à Châteaulin, qui devint alors une complice bien utile pour jeter mon dévolu sur ce monsieur insignifiant. Et, autant que faire se peut, je rendais aussi responsable la section locale du PS, qui décida d’apporter son soutien à la candidature de ce monsieur insignifiant.

Richard Ferrand = tueur d’abeilles !




 






Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...