« Takotsubo » (蛸壺) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut prendre le ventricule gauche pendant le syndrome du « cœur brisé » : une partie du cœur se dilate suite à un stress émotionnel et rappelle un récipient traditionnel japonais utilisé pour capturer les poulpes.
— Vous seriez disponible pour le sapin de Noël de la gendarmerie ?
— Je vous
remercie, mais je crains de devoir décliner votre invitation. Je pourrais fort
bien séduire vos épouses en apparaissant dans cette tenue.
Cet échange
cocasse et insolite avec un commandant des forces de l'ordre scellait vingt-quatre
heures d'occupation de la CECAB, usine de transformation de tourteaux de soja
OGM importés d'Amérique latine, implantée dans le Morbihan. Paul découvrit, au
cours de cette action de désobéissance civile menée par les Faucheurs
volontaires d'OGM, que l'intervention improvisée de l'Abeillaud avait marqué
les esprits, même au-delà des gardes mobiles qui les avaient virés manu
militari au petit matin, et notamment celui de Dominique Legeard, dit Marcel de
la gare.
Pourtant, Paul
pressentait qu'il devait renforcer son personnage afin d'honorer pleinement son
intervention, prévue à court terme, devant la Commission européenne, au sujet
de la préservation des innombrables populations d'abeilles sauvages et de celle
dite mellifère. Il n'avait pas d'autre distraction.
Malgré tout, au
contact du public, dans la rue ou au cours d'événements festifs, beaucoup de
gens se trompaient sur ses intentions premières :
— Tu es
apiculteur ?
— Entre
apiculteur et abeille, j'ai choisi abeille, déclarait-il invariablement,
légèrement détaché, bien que soucieux de défendre son objectivité.
Derrière ce
costume, Paul gardait son libre arbitre, insistant sur le fait qu'il était
avant tout un individu de la société civile, sans parti pris visible ni intérêt
personnel. Il avait sa propre marque de créativité, une sincère contribution
détachée de toute valeur pécuniaire. Il ne représenterait les apiculteurs que
s'il obtenait leur confiance et leur aval dans sa démarche citoyenne. Ce qui
fut admis sans sourciller lors de sa représentation décalée, juché sur une
ruche devant une centaine d'apiculteurs au Jardin du Luxembourg, à Paris. Leurs
applaudissements répétés et enthousiastes avaient consacré ses choix.
Un essaim,
échappé d'un univers inconnu, avait survolé la scène, éparpillant ainsi
l'annonce du prochain rôle de l'Abeillaud. Paul avait des certitudes profondes,
pour ainsi dire naturelles, et croyait aux signes qu'elles éparpillaient dans
les histoires. Il n'y avait qu'à se laisser guider, ou tenter, pour les
discerner.
À la suite d'un
défilé d'abeilles.
Pour préparer sa
rencontre avec les représentants de la Commission européenne à Bruxelles, il avait convaincu la FFAP,
Fédération française des apiculteurs professionnels, de lui apporter un appui
technique, avec des argumentaires sur les pesticides, notamment sur les
néonicotinoïdes. Il sollicita également l'appui institutionnel de la région
Bretagne, qu'il obtint. L'adhésion militante fut quasi immédiate. Plus
inattendu, et inespéré, fut le soutien financier que lui apportèrent
l'association des Dessin'acteurs et le Comité breton de soutien aux Faucheurs
volontaires. L'Abeillaud avait maintenant une certaine légitimité, et ses ailes
en feutrine lui donnèrent de l'allant.
Alors que
l'entretien qu'il avait obtenu auprès d'un membre du cabinet de John Dalli, en
charge des questions de santé au sein de la Commission, fut assez rapidement
acté, Paul rencontra davantage de difficultés avec des députés européens du
groupe « Les Verts/ALE » au Parlement. Il faudrait agir autrement. Dans
l'immédiat, l'Abeillaud rencontrerait Monsieur Vassallo, collaborateur du
commissaire.
Bruxelles.
À peine avait-il
quitté la rue où stationnait le véhicule que des gens, fumant une cigarette
pour leur pause, l'apostrophèrent et le soutinrent dans sa démarche. Il captait
leurs sourires et la sympathie qui se dégageait de ce bref échange. Il prenait
de la hauteur, parce qu'il devait lever la tête pour apercevoir le sommet du
bâtiment. Il n'avait pas sa ruche aujourd'hui. Elle lui aurait pourtant été
bien utile pour se hisser plus haut !
Dès l'entrée,
des regards amusés, impassibles ou interloqués se posaient sur lui. Il essayait
de les oublier pour se concentrer sur son seul objectif : l'accueil.
— Monsieur
l'Abeillaud ?
— Oui ?
— Vous êtes
attendu. Je prépare votre accréditation.
Le type de
l'accueil, plutôt solennel, austère au premier abord, méticuleux dans son
style, engagea la conversation.
— Vous savez,
mon frère est apiculteur et il a énormément de pertes d'abeilles. Ça devient
vraiment problématique ! Je vous souhaite bon courage.
Paul, un peu
médusé, fut ravi par ce premier contact. Soulagé, admettait-il. Aucune hostilité
dans les propos du frère de l'apiculteur. Au contraire, même. Le personnage de
l'Abeillaud suscita plutôt chez lui un encouragement imprévisible, une
approbation curieuse, compte tenu du fait qu'une abeille XXL s'était présentée
à son guichet.
Il dut ensuite
attendre que l'on vienne le chercher, sous les mêmes regards qui continuaient à
le scruter du coin de l'œil, distraits par un élément incongru que leurs
objectifs de la journée dissiperaient aussitôt. Il fixa un point sur un écran
géant qui diffusait les débats des députés dans le vaste enclos du Parlement
européen. Paul n'écoutait pas vraiment ces débats interminables et
inaccessibles puisque formulés en anglais. Il rencontrait d'ailleurs des
difficultés à se concentrer.
Ce fut Catherine
Saermans, secrétaire de Monsieur Vassallo, qui vint finalement le secourir. Dès
les premiers instants, son empathie lui fut des plus agréables et, tout en
plaisantant, ils se déplaçaient tous deux dans un dédale de couloirs feutrés,
béats devant l'architecture bruxelloise que la merveilleuse lueur du jour
étendait très loin. Dans une salle patientait l'eurocrate.
Paul ne venait
pas les mains vides. Il lui remit une bouteille de vin bio, transportée par
bateau à voile, ainsi qu'un bel ouvrage sur l'art en Bretagne. Après des
échanges courtois, tout aussi déconcertants pour eux trois, la conversation
s'engagea. À leur demande, il ne filma que la première partie de la discussion.
Quel contenu pour quel objectif ? Elle dura une demi-heure. Les sourires
étaient de circonstance lorsque Paul devenait l'Abeillaud dans un dédoublement
de personnalité, mais les positions étaient clairement définies, et, sans que
Paul n’ait à l’ignorer, ce court interstice n'entraverait en rien la grande
manœuvre du monde. Catherine Saermans le raccompagna jusqu'à la sortie et lui
confia, discrètement, et si les lieux avaient été tout autres, plutôt
intimement :
— C'est bien ce
que vous faites. C'est une jolie cause que vous défendez là.
Il supposa
qu'elle savait ce qu'il savait. Elle disparut à son tour.
Sur le trottoir,
l'Abeillaud fit une pause. Se remplit de l'énergie qui l'enveloppait. Ferma les
yeux et respira à fond. Vivant. Il se sentait vivant. Il gravissait l’espace dans
un vol nuptial, tout droit vers le soleil, au risque de se brûler les deux paires d’ailes.
Il n'avait plus qu'à reprendre une apparence humaine pour embarquer l’insecte
géant jusqu'à la prochaine étape, Colmar, où se déroulait le procès des
Faucheurs volontaires. Mais avant cela, il avait décidé d’entreprendre un
détour vers Strasbourg, au Parlement européen, pour y introniser l'Abeillaud.
Cette fois-ci, il ne devrait pas être seul, car Zabeille, en costume elle
aussi, débarquée à Colmar pour le procès, lui avait confirmé sa présence.
Paul quitta
Bruxelles au petit matin. Il venait à peine de traverser le Luxembourg qu'il
reçut un appel de Zabeille lui indiquant qu'elle prenait le train pour
rejoindre Strasbourg. Phénoménal. Phénoménal fut le mot qui lui apparut avec
évidence. Il y avait quelque chose d'euphorisant à se confronter à l'inattendu,
à improviser hors d'un cadre fabriqué pour d'autres, ce qui supposait une
vaillance arbitraire, empreinte d'une authenticité sans fard ni dard ! Le
costume d'abeille convenait à Paul comme une seconde peau. La cravate ou le
bleu de travail n'avaient décidément pas ses faveurs.
Arrivé à
Strasbourg, il récupéra Zabeille à la gare. Après de chaleureuses accolades, ils
élaborèrent dans la voiture l'intervention de chacun : lui sur son entretien de
Bruxelles et les pesticides, elle sur la question des OGM. Il était déjà 11
heures et il fallait anticiper la suite, précipiter les événements, car « on »
avait fixé un rendez-vous à 11 h 30, sans avoir de rendez-vous. Le « on », en
l'occurrence, était Michel Dupont, attaché parlementaire de José Bové.
Auparavant, ils avaient échangé par téléphone et, lui semblait-il, ils étaient
parvenus à se mettre d'accord pour une rencontre.
Il s'agissait
surtout d'interpeller les parlementaires en séance à Strasbourg. L'actualité
était de surcroît brûlante autour de la question de la présence de pollen OGM
dans du miel retrouvé en Allemagne et de la décision de la Cour de justice
européenne d'émettre un avis défavorable à la commercialisation de produits
contaminés.
Abeillaud = faux-bourdon


slt David
RépondreSupprimertu as bien raison, l europe ce sont des fils de…… abrutis par leur incompétence notoire, seulement pour eux seul compte le NET A PAYER en bas de la page.. alors les pesticides sont loin de leur préoccupations, cependant les labos , ce sont leur papa ,leur maman , tata et tonton
et l europe ,c était non!
voila le problème
tout les produits naturel sont tabou ,comme l'exemple le purin d'ortie que l état a voulu enlever du catalogue… le problème c est qu il ya pas d omelette sans casser d oeufs 😂 Christian