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lundi 8 décembre 2025

Le puritanisme nous tuera - l'anesthésie du bien-être

Lors de la Guerre civile en Espagne, les milices anarchistes ont introduit une mixité homme-femme (notamment la CNT-FAI) inédite pour l'époque. Les milicianas combattaient, portaient des armes, vivaient au front, ce qui bouleversait les normes sociales traditionnelles. Dans l'environnement révolutionnaire de 1936, il existait un discours puissant qui exaltait la liberté sexuelle, le rejet de la morale bourgeoise et l’égalité entre hommes et femmes. De là est née l’idée que les relations amoureuses et sexuelles étaient plus libres que dans le reste de la société. 

Face aux combats acharnés, à la confrontation directe avec la mort et aux ravages visibles de la guerre, les préoccupations de bien-être individuel, y compris les séances de yoga, pour ainsi dire, n’avaient évidemment pas leur place. L'égalité de genre, certes façonnée par les contraintes du conflit, a néanmoins favorisé une cohésion sociale forte et une coopération orientée vers l'effort commun. C'est dans cette unité d'individus que s'est forgée la volonté d'un destin collectif et libertaire. Presque un siècle plus tard, dans nos démocraties libérales, alors qu'une guerre de haute intensité se déroule aux confins de l'Europe, cette dynamique n'existe plus.

L'une des raisons de cet abandon tient à la quête récente du bien-être intérieur qui égratigne progressivement l'idée de collectivisme (d'où le "nous" dans le titre de l'article). Elle pousse toujours plus vers une forme de puritanisme contemporain, alors même que, paradoxalement, les multiples pollutions, délétères pour la santé publique, n'ont jamais autant envahi et empoisonné notre quotidien et notre espace de vie, sans pour autant provoquer de mobilisation massive et encore moins de contestation subversive. 

À quoi ressemble cette ambivalence ? D'un côté nous avons des pratiques alimentaires et des disciplines cosmétiques qui focalisent l'attention sur notre propre personne : hygiène bio, naturopathie, phytothérapie, aromathérapie, gemmothérapie, hydrolathérapie, alimentation vivante, véganisme, etc. De l'autre, une panoplie de matières toxiques, que l'on détecte par exemple dans l'eau ou dans le miel, et dont on ignore scientifiquement souvent les effets à long terme sur la santé et leur combinaison entre-elles (pot belge) : pesticides (glyphosate), E. Coli, métaux lourds, PFAS, TFA, dioxines, nanoparticules de plastique, perturbateurs endocriniens, monoxyde de carbone, etc. Collectivement, avons-nous réussi à réduire voire stopper la progression de tous ces polluants en modifiant ou rejetant nos modèles de fonctionnement, en réclamant une régulation plus stricte des complexes industriels qui les créent ? La réponse est évidemment, non. 

Campagne de dépistage du glyphosate par les pisseurs involontaires.
Finistère, octobre 2019. Photo Ouest-France

En revanche l’économie du bien-être constitue aujourd’hui un secteur florissant. En France comme ailleurs, elle fédère un ensemble hétérogène d’acteurs: marques d’aromathérapie, distributeurs bio, industries de compléments alimentaires, centres de pratiques corporelles, plateformes numériques de méditation. Le marché, alimenté par la quête de pureté et la recherche de protection individuelle, multiplie les offres: huiles essentielles (issues parfois du tiers-monde), stages de développement personnel, produits énergétiques, protocoles de détox, cours de yoga premium. Même les réseaux spécialisés distribuent des produits issus de chaînes logistiques globalisées, parfois éloignées de l’idéal de sobriété qu’elles revendiquent : sommes-nous devenus plus vertueux en réglant ces achats de bien-être avec un compte bancaire au Crédit Agricole ou à la BNP ? En les effectuant à la Biocoop de son secteur ? Ce contraste révèle un paradoxe central : c’est dans un monde de plus en plus pollué et anxiogène que le marché du bien-être prospère le plus.

Grâce aux travaux de la politologue américaine Wendy Brown(1), on voit bien comment les sociétés néolibérales transforment les individus en gestionnaires permanents d’eux-mêmes.  Il (le néo-libéralisme) représente les individus comme des créatures rationnelles et calculatrices, dont le degré d’autonomie morale dépend de leur capacité à « prendre soin » d’eux-mêmes - de leur aptitude à subvenir à leurs besoins et à servir leurs ambitions.(2) Dans ce modèle, le citoyen devient une “micro-entreprise” : il mesure, régule et optimise son corps, ses émotions, sa santé, sa productivité. Le bien-être s’inscrit dans ce mouvement. Il propose un cadre de gestion intérieure qui neutralise les tensions sociales et réduit la conflictualité. Le travail sur soi tient lieu de réponse au malaise collectif, au risque d’affaiblir la capacité d’engagement politique. 

Dessin de Dominique

L’enjeu n’est pas de condamner les pratiques de bien-être, qui peuvent apporter un réel soutien face au stress ou à la fatigue chronique. Le questionnement porte sur leurs effets sociaux : lorsqu’elles deviennent une alternative à la mobilisation collective, elles contribuent à un effritement du lien social et à une forme d’isolement politique. À mesure que la société encourage chacun à trouver sa propre solution — son alimentation, sa méditation, sa respiration, son rituel — le collectif se fragmente. Les pratiques apaisent, mais elles anesthésient aussi la colère, l’indignation, les revendications. Cette individualisation des réponses évite rarement un effet collatéral : la dépolitisation du problème. Le bien-être détourne parfois l’attention des transformations collectives nécessaires pour agir sur les causes. Et ce n'est pas la tisane du soir à la camomille qui soulagera cela.

(1) Wendy Brown https://fr.wikipedia.org/wiki/Wendy_Brown

(2) Néo-libéralisme et fin de la démocratie, article du 02 octobre 2004 dans la revue VACARME



mercredi 3 décembre 2025

L’émancipation des esclaves noirs aux États-Unis : un exemple en trompe-l’œil. Part. 4

L'émancipation. Intro et première partie : naître à soi-même

https://dderrien.blogspot.com/2025/10/lemancipation-intro-et-premiere-partie.html

L'émancipation. Partie II : le combat des femmes et du peuple


L’émancipation collective et politique : le destin d’un peuple. Troisième partie


L’émancipation des esclaves noirs aux États-Unis : un exemple de liberté en trompe-l’œil

1. Une liberté proclamée, mais confisquée

L’émancipation, telle qu’elle fut proclamée en 1863 par Abraham Lincoln, marque sans doute l’un des tournants les plus marquants de l’histoire américaine. Mais cette proclamation, si elle abolit juridiquement l’esclavage, n’abolit pas pour autant les chaînes morales, sociales et économiques qui liaient encore des millions d’hommes et de femmes à la domination blanche. Comme souvent, la liberté fut décrétée avant d’être vécue.

L’histoire de l’émancipation des esclaves noirs américains ne raconte pas seulement la fin d’un système inhumain ; elle révèle aussi la violence d’un ordre social qui se recompose pour perdurer. La guerre de Sécession, que l’on veut croire libératrice, fut d’abord une guerre économique et politique. L’émancipation, instrumentalisée par le Nord, servait autant à fragiliser le Sud esclavagiste qu’à redéfinir le cadre d’une Union fédérale que l’on voulait indivisible.

Dans son livre "Désobéissance civile et démocratie", Howard Zinn aborde l'émancipation des esclaves noirs américains en soulignant que l’esclavage n’a pas été renversé sans agitation, sans une extrême agitation. Il insiste sur le fait que la fin de l’esclavage et l’avancée vers l’égalité raciale ont été le fruit de luttes et de résistances, souvent menées par les esclaves eux-mêmes et par des mouvements populaires.

Source : Révolution permanente. Auteur inconnu

2. Les chaînes invisibles de la dépendance

Pourtant, au-delà de cette logique institutionnelle, des milliers d’anciens esclaves crurent réellement à la promesse de liberté. Ils avaient entendu les mots de Lincoln comme une réparation morale, un commencement. Très vite, à leurs dépends,  ils découvrirent que la liberté ne signifiait pas l’égalité. Les plantations réduites donnèrent naissance au métayage, autre forme d’asservissement économique où les travailleurs noirs restaient dépendants du propriétaire blanc. L’école publique leur fut souvent refusée, le droit de vote contourné, et la ségrégation érigée en principe d’ordre. 

L’émancipation, ici encore, se heurtait à la frontière invisible de la peur et du privilège. Le 13ème amendement abolissait l’esclavage, mais tolérait le travail forcé comme punition judiciaire. Ainsi naquit un système pénitentiaire qui prolongeait l’exploitation sous une autre forme : la servitude légale des condamnés noirs.

3. De la liberté formelle à l’émancipation intérieure

Frederick Douglass, ancien esclave devenu orateur, l’avait compris avant beaucoup : “Ce n’est pas la liberté qui élève l’homme, c’est l’usage qu’il en fait — et les conditions dans lesquelles il peut l’exercer.” C’est pourquoi il milita pour l’éducation, pour la conscience, pour une émancipation intérieure avant toute chose. L’instruction devenait l’arme la plus redoutable contre l’ignorance, donc contre la servitude.

4. L’émancipation comme conquête et non comme un don

À travers ces luttes, l’on comprend que l’émancipation n’est pas un cadeau de l’État. Elle est toujours une conquête, souvent douloureuse, parfois sanglante, mais jamais docile. Elle exige de l’être humain qu’il se dresse, qu’il pense et qu’il agisse en dehors des cadres établis — ce que les anarchistes ont toujours pressenti.

L’émancipation des Noirs américains, comme celle de tout peuple opprimé, rappelle que la liberté sans égalité n’est qu’une façade. Et que l’égalité sans fraternité devient vite une contrainte. L’émancipation, véritablement, ne s’impose pas d’en haut : elle émerge du courage d’en bas, de cette volonté inébranlable de ne plus subir.

5. Une leçon pour tous

C’est pourquoi, des champs de coton du Sud aux usines du Nord, des voix se sont levées pour dire que l’homme libre n’est pas celui que l’on libère, mais celui qui se libère.

Et cette leçon vaut pour tous les peuples, de l’Amérique noire à la Bretagne, de l’ouvrier à la femme, de l’enfant à l’adulte : l’émancipation n’a de sens que si elle est Internationale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


vendredi 28 novembre 2025

Krouidigezh gerioù tri

Cliquez sur le lien ci-dessous

 https://crosswordlabs.com/view/krouidigezh-tri

Particularités :

"le tiret du 6" est accepté. Ex : Nevez-amzer

le "c'h" est inséré mais pas validé 

Les mots validés sont en vert




Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...