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lundi 26 janvier 2026

Ve République : l'arnaque du général

Depuis plusieurs années maintenant, la Ve République française est reconnue comme étant dans l'impasse par un nombre croissant d'observateurs(1). Pas seulement dans son aspect politique et constitutionnel mais aussi dans l'adhésion de la population ainsi que dans le rapport qu'elle entretient avec elle. En 1962, le principe du vote au suffrage universel direct du président de la République devait pourtant accorder une stabilité prolongée au pays. Avec l'élection d'Emmanuel Macron, les limites de l'exercice de manipulation ont été atteintes, précisément parce qu'il s'agissait, dès le début de la réforme voulue par De Gaulle, d'un coup d'état constitutionnel(2), dès lors incompatible avec la justesse d'une démocratie directe. 

Revenons un peu sur le cours de l'histoire. Au début de la IVe République, la France est empêtrée en Algérie. Le climat est insurrectionnel dans les rangs des officiers. On frôle à chaque instant un renversement de régime par les militaires(3). L'Assemblée nationale est perpétuellement agitée, bloque les réformes, se recompose pour mieux se diviser. Ce qui renforce le sentiment de perte d'autorité de l'État. Ce fatras parlementaire légitime la décision du général de Gaulle, guidé par sa seule volonté : instaurer le vote au suffrage universel direct du président de la République, engagé lors de son élection de 1962. Les Français sont ensuite consultés par référendum pour approuver la révision de la Constitution de 1958. Cette révision renforce ainsi la mainmise de De Gaulle sur la République, mais sans que le peuple ne soit véritablement impliqué comme un acteur du changement(4)

Cependant, ce passage au rôle suprême du président hiérarchise désormais les missions du gouvernement et de l'Assemblée nationale. De facto, le transfert des pouvoirs s'opère du Parlement vers l'exécutif. Ce moment marque le passage d'un régime parlementaire représentatif à un régime présidentiel de fait. En réalité, dès l'origine, cette réforme ne pouvait pas être validée par une Assemblée constituante, car le général avait déjà tout verrouillé pour éviter que cela, justement, ne se produise. L'objectif était clair : rétablir la stabilité ! Et qui mieux qu'un haut personnage de la Résistance - d'abord depuis l'Angleterre - puis celui qui a libéré Paris - avec le soutien des Alliés - pour incarner cette stabilité ? La France a besoin d'une figure tutélaire, elle sera sculptée dans le granit du général ! 

La question de la légalité de la Ve République et de son bras armé que représente le vote aux élections, peut alors se poser. Après tout, des accusations justifiées pèsent sur sa genèse : n'y a-t-il pas matière à contestation ? De manière assurée, affirmer que l'on vote aux élections présidentielles pour représenter le peuple est structurellement faux car le régime ne remplit pas la mission qu'il invoque : la souveraineté populaire. De surcroît, attribuer plus de pouvoir à un seul individu ne sous-entend pas que sa doctrine doive adopter le bonapartisme. Mais à cause de cette position hégémonique, les tentations à plus de fermeté sont régulièrement murmurées dans les couloirs de l'Élysée, y compris chez les socialistes, et s'insinuent davantage dans les relais médiatiques. Et par mimétisme, le ruissellement n'est pas collectif mais accaparatif, chacun.e lorgnant sur son propre lopin de royaume. 

Aujourd'hui, les décisions arbitraires et incompréhensibles d'Emmanuel Macron, surtout lors de son second mandat avec l'organisation d'une nouvelle élection législative, ouvre une nouvelle brèche, béante, dans l'édifice républicain. À force de présider ce pays dans le plus absolu rapport de force avec la représentation nationale(5), les décisions d'un seul homme ont profondément sapé ce que le général de Gaulle avait laborieusement manigancé : l'illusion d'une procuration solide par le vote. Ainsi, ce qui fut présenté comme un instrument de stabilisation devient le cœur même du chaos institutionnel(6), désormais permanent et diligenté par l'exécutif, lui-même. Par conséquent, l'échec de l'égalité, de la fraternité et de la liberté est patent. Effectivement, il y a de quoi se sentir fier d'être Français et de se rouler dans son patriotisme.

Le dogme de la Ve République se révèle à présent être une machine à concentrer le pouvoir, où le peuple, parce que hypnotisé, et acteur indirect, assiste (de plus en plus indifférent) à l’érosion progressive de sa souveraineté. Tandis qu'on exhorte le citoyen à se rendre toujours aux urnes, cette République est-elle, en fin de compte, encore légitime ? Et par extension, le vote aux élections majeures ?

Un vieil adage rappelle que "le ver est dans le fruit".


(1) Marie-Anne Cohendet, Thomas Snégaroff, Alain Duhamel

(2) La révision constitutionnelle de 1962 a été juridiquement contestée par le Parlement parce qu’elle a été réalisée en dehors de la procédure prévue par l’article 89, en recourant à l’article 11. Vote du mention de censure du Parlement contre le gouvernement de Georges Pompidou. Dissolution de l'Assemblée qui est neutralisée

(3) En 13 mai 1958,  à Alger, militaires et colons prennent le contrôle, créant un Comité de salut public. https://fr.wikipedia.org/wiki/Comit%C3%A9_de_salut_public_%281958%29?utm

(4) La révision constitutionnelle et le référendum de 1962. https://www.vie-publique.fr/fiches/38016-la-revision-constitutionnelle-et-le-referendum-de-1962?utm_source=chatgpt.com

(5) À l'exemple du recours au 49.3 pour la réforme des retraites de 2023

(6) Il y a des tentations persistantes à désigner l'anarchie comme vecteur de turbulences...

"Les naufragés de St-Pol-de-Léon". Du manuscrit au livre


Le gérant de la Maison des Éditions des Montagnes noires a confirmé la publication dans son catalogue de mon prochain livre : Les naufragés de Saint-Pol-de-Léon, en juin ou septembre prochain.

Synopsis 

À partir de 1924, le quartier de Creac’h Mikael, dit Kermi, est construit à l’écart de Saint-Pol-de-Léon pour loger une population ouvrière issue des milieux populaires. Pensé comme une solution pragmatique à la pénurie de logements, il devient rapidement un espace de relégation sociale. Isolés géographiquement et symboliquement, ses habitants vivent entre précarité économique, conditions de travail pénibles — notamment dans l’emballage légumier — et méfiance persistante de la population locale.

Le récit s’attache à décrire le quotidien de ces hommes, femmes et enfants, pris dans un système social qui les maintient aux marges. À travers une chronique nourrie de faits historiques et de trajectoires humaines, le livre explore la formation d’un microcosme singulier, fait de solidarités discrètes, de conflits internes, de résilience, mais aussi d’échecs. Kermi apparaît comme un monde en soi, régi par ses codes, ses silences et ses fractures.

Sans héroïsation ni misérabilisme, l’ouvrage met en lumière les tensions sociales qui traversent le quartier : rapports de classe, sentiment d’exclusion, poids du travail saisonnier, fragilité des structures familiales. Certaines trajectoires basculent dans l’indigence, révélant les limites des mécanismes de solidarité et l’absence de véritables perspectives d’ascension sociale. Toutefois, l'auteur décrit, à travers des scènes particulières, des moments de communion.

En croisant personnages réels et figures fictionnelles, Les Naufragés de Saint-Pol-de-Léon propose un portrait inédit et collectif de la condition ouvrière dans le Haut-Léon au XXᵉ siècle. Le livre interroge la mémoire d’un lieu longtemps ignoré et restitue, avec rigueur et distance, l’histoire de ceux et celles qui y ont vécu, travaillé et parfois sombré. Un siècle après la construction du quartier, cette chronique s’impose comme une tentative de restitution fidèle d’un monde disparu, sans chercher à orienter l’émotion du lecteur, mais en donnant à voir les mécanismes sociaux à l’œuvre.

Marie Goasdu, à droite sur la photo. Avec le chien Pinard


Extrait

La première fois que Suzette Riou rencontra, ou plutôt entendit Marie Goasdu, c’était il y a plus de 20 ans, en avril 1947. Sa voix, criarde, variant dans les graves avec un fort accent breton, tonnait sur le marché, près des Halles. Sa colère se faufilait jusqu’à la grande place du parvis face à la cathédrale, ondulant dans les rafales, à travers les tentes des déballeurs. Son outrance se fracassait sur la façade imperturbable, imperméable de la cathédrale, tambourinait sur le portail à deux baies puis rebondissait dessus sans que celui-ci voulût céder. Avant même de la voir, Suzette comprit à qui elle avait affaire.

À ce niveau, Suzette qui remontait la Grand-rue, ne percevait que des fragments d’indignation, un mélange d’éructation dit en français et en breton. Le tintamarre ordinaire créé autour des étals ne parvenait pas à éteindre l’intonation courroucée de Marie Goasdu. Goasdu, homme noir, homme sombre : un nom qui convenait à l’humeur de Marie Derrien. 













samedi 24 janvier 2026

Mon iPhone est un livre

Voici mon iPhone. Il est de belle dimension, genre 11 x 18 cm. Il est stylé. La coque est personnalisée en permanence, avec le nom d'un influenceur et le titre d'une séquence qui s'ouvrira. Son épaisseur n'est ni une faiblesse ni un handicap : on scrolle de l'Histoire naturelle des morts d'Ernest Hemingway au Frères Karamazov de Dostoïeski avec frénésie. Étonnamment, il est toujours léger et, le plus souvent, tient dans une main.

Mon iPhone, contient des histoires ou des applications et je lui donne une occurence : "livre", et "bibliothèque" à force de choisir des applications et de les entasser dans un espace de stockage. Je sélectionne des petites capacités, de manière à le glisser dans une sacoche mais je peux les laisser à disposition dans les toilettes si leur volume est trop imposant comme Arbres remarquables du Finistère de "Locus solus".
Mon iPhone je l'emporte partout. Je le dépose sur la table de chevet comme sur une étagère sans me formaliser de sa surveillance. Pour ce modèle, je n'ai pas besoin de code PIN ni d'empreinte digitale. En un simple clin d'oeil, je le déverrouille. Et dès que je le souhaite, au bout d'1/4 heure, ou davantage, je peux le mettre en mode avion.

Le plus souvent, l'application me fait du bien et m'aide à faire une sieste, elle navigue encore dans mon esprit. Elle est un somnifère et je m'endors sur le canapé ou dans mon lit. Elle est le compagnon de mon intimité que je sois nu, en pyjama ou bien en jogging, sous la couette et souvent dans mon doudou. Je n'ai pas besoin de me mirer dedans : c’est plutôt elle qui occupe mon esprit.

Quand je glisse mon doigt pour ouvrir le livre, je ne sais pas toujours à quoi m'attendre. Quelquefois, ça rame comme La condition humaine de Malraux. Dans ce cas-là, je zappe l'application. Mais très souvent, elle est très tactile à l'exemple de Sang noir de Louis Guilloux. Je l'ouvre puis je la ferme. Je l'ouvre puis je la ferme. Ce papillonnage se répète jusqu'au moment où j'ai apaisé mon accoutumance. Parce que cela peut devenir compulsif. Si je suis accro ? Évidemment. La navigation est illimitée.

La lecture fatigue comme toute activité qui sollicite le cerveau et les yeux. Je verrouille l'iPhone. Toutefois, un léger signal dans la tête me rappelle bientôt sa présence. Une envie soudaine traverse le corps et au bout d'un moment, presque fébrile, il faut le reprendre entre les mains puis créer un nouveau chargement mental.

Cette fébrilité varie en fonction de l'intensité du contenu. Ici, il s'agit de Demande à la poussière de John Fante. Je n'apprécie pas trop le personnage principal, mais le style me touche et il est de la même veine que celui de Charles Bukowski. J'irai jusqu'au bout. De toute façon, l'application était gratuite. J'aurai à peine éteint l'iPhone qu'une autre application m'attend dans la mémoire, L'affaire Quinot d'Émile Danoën.

Mon iPhone, je peux le prêter. Je ne crains rien. Je demande juste qu'il revienne. Il peut prendre la poussière, ça fonctionnera toujours. Il ne sera jamais délaissé ni recyclé. Les métaux rares qui le composent n'ont d'impact que sur ma nature humaine, pour mieux l'enrichir.

Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...