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La vie file, ne s'accroche à rien et surtout pas à l'avenir

vendredi 14 août 2026

Ferrand and co, tueurs d'abeilles

Richard Ferrand, ancien député du Finistère et ancien homme fort de la majorité Macron, est aujourd’hui président du Conseil constitutionnel. Il le présidait lorsque celui-ci a statué favorablement sur les dispositions de Duplomb 2 relatives aux pesticides, le 14 août 2026.

L’important n’est pas de savoir comment on se mobilise, mais à quel moment on le fait. Tous les potagistes le savent : quand la larve est dans le fruit ou le légume, elle s’installe, grignote la pulpe et fait pourrir l'intérieur. Puis, devient généralement, une mouche ou un papillon.

Dommage que les 1 300 lecteurs de l’article n’aient pas davantage réagi à l’époque afin de tenter de se débarrasser de ce gros ver parlementaire. Ce n'est pas une loi qu'il faut condamner mais le système électoral qui la favorise. Tans que ce ne sera pas le cas, on aura encore des gros vers comme Duplomb. Étre consterné ne suffit pas.

Première publication, juin 2018

Ce matin, à Lindouar, pendant que je coupais quelques feuilles de consoude à l’usage d’un purin, je m’interrogeais sur plusieurs points concernant la décision des parlementaires et du gouvernement Macron de maintenir l’usage du glyphosate.

D’abord, sans remettre en cause la bonne volonté des organisateurs, je m’interrogeais sur l’efficacité des appels à des rassemblements citoyens pour tenter de mobiliser au-delà des apiculteurs et des militants environnementaux. Je pense que ce type de manifestation est désuet et n’apporte plus les résultats escomptés. Il me semble que la population est informée du sinistre en cours. Il me semble que des médias relaient cette information. Il me semble que le législateur ne l’ignore nullement.

Que se passe-t-il alors ? Il me semble que, comme M. Hulot l’affirmait dans un remarquable éclair de lucidité, peut-être pour justifier sa place au sein de ce gouvernement ou, plus simplement, pour alléger sa conscience, tout le monde s’en fout !

Tout le monde se fout de la disparition des insectes et, notoirement, des pollinisateurs. La résignation n’a pas non plus de frontières. La campagne se meurt pendant que la ville se goinfre. Et ce ne sont pas quelques ruches sentinelles perchées sur les toits qui inverseront la tendance.

Je m’interrogeais également sur le buzz de Sandrine Le Feur, députée de LaREM de la 4e circonscription du Finistère, qui déclarait hors micros et caméras que Stéphane Travert était un « salaud », à propos de l’amendement rejeté sur le glyphosate (voir l’article du 29 mai : https://dderrien.blogspot.com/2018/05/glyphosate-on-marche-sur-la-tete-mme-le.html.

Ça paraît tellement évident que, face caméra, elle aurait tenu les mêmes propos ! C’est assez rare qu’une députée traite de « salaud » un membre du gouvernement issu de la même majorité, devant un panel de journalistes.

Quand je vois le nombre de personnes qui l’encouragent : « Oui, bravo, elle a raison ! », je peux comprendre que tout le monde s’en fout ! D’ailleurs, ce ne sont pas les quelques syndicalistes de la Confédération paysanne qui applaudissent le discours public de Sandrine Le Feur, improvisé dans la rue, qui inverseront la tendance (bis).

(Si je peux me permettre une parenthèse, et à regarder de plus près, l’augmentation des surfaces agricoles cultivées en bio n’a pas empêché l’hécatombe prononcée de la biodiversité. Le modèle proposé présente certainement plusieurs failles systémiques. Je pense notamment à la tolérance de la mixité dans les conduites végétales.)

Mais en premier lieu, celui qui se fout royalement du silence des campagnes, c’est bien notre cher député de la 6e circonscription du Finistère, M. Richard Ferrand.

Il se fout des rassemblements citoyens. Il se fout des commentaires de Sandrine Le Feur. Lui, il vote contre l’interdiction du glyphosate dans la loi Alimentation. Lui, c’est une petite gâchette de Macron, une petite frappe, un tueur d’abeilles !

Alors, je me demandais ce matin, à Lindouar, comment faire savoir que Ferrand est un tueur d’abeilles. Comment me rendre devant sa permanence de député à Châteaulin ?

Quoique peu occupé par mes activités de plein air, je fus interrompu par un appel de Joséphine (une amie de Plougastel que l’on appellera comme ça). Embêtée par une voiture en panne, elle me demandait si je pouvais l’accompagner jusqu’à son lieu de travail, qui se trouve à Châteaulin.

Quelle heureuse coïncidence pour quelqu’un qui ne croit pas au hasard.

Je motorisais donc Joséphine jusqu’à Châteaulin, qui devint alors une complice bien utile pour jeter mon dévolu sur ce monsieur insignifiant. Et, autant que faire se peut, je rendais aussi responsable la section locale du PS, qui décida d’apporter son soutien à la candidature de ce monsieur insignifiant.

Richard Ferrand = tueur d’abeilles !




 






mardi 11 août 2026

Décarbonation : l'impasse électorale de l'écologie

Acidification des océans, artificialisation des sols, extraction de minerais, pollutions chimiques et aux particules fines, effondrement de la biodiversité, destruction des zones humides et du bocage, présence d'espèces invasives, eutrophisation des milieux, agriculture intensive, alimentation industrielle... Cette liste, non exhaustive, rappelle que le seul dérèglement climatique — avec ses bouleversements visibles (inondations, incendies...) atteignant un niveau d'intensité jamais égalé — ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. L'accumulation de ces phénomènes devrait engager l'ensemble des sociétés libérales vers un objectif de décroissance afin de contenir la pression anthropique sur la nature et, paradoxalement, sur leurs propres conditions d'expansion. Leurs représentants avaient pourtant engagé des protocoles fixés par eux-mêmes et leurs partenaires de la mondialisation : la décarbonation d'un modèle économique hautement accumulatif. Pourtant, dix ans après les accords de Paris, signés lors de la COP21, le modèle démocratique, fondé sur l'électoralisme à outrance, montre ses défaillances collectives et sa vulnérabilité face aux moyens à mettre en œuvre pour parvenir à protéger l'ensemble de l'humanité. 

Ce n'est pas un scoop, mais l'écologie ne s'affiche pas comme une priorité chez les Français et, a fortiori, pour une majorité de partis politiques — surtout ceux plutôt situés à droite de l'échiquier. Aucune classe sociale n'échappe à ce constat amer. Toutefois, il convient de s'interroger sur les capacités de chacun à se mobiliser pour modifier profondément, voire structurellement, ses habitudes de consommation dans l'alimentation, le logement, les loisirs et les modes de transport. 

Que peut-on attendre des 15 % de la population la plus pauvre, qui se ronge les sangs quotidiennement pour payer les factures, faire le plein de carburant, remplir le réfrigérateur et s'occuper, parfois seule, du foyer ? Si, en 2024, l'empreinte carbone moyenne d'un Français s'établit à 8,2 tonnes de CO₂ par an (source : ADEME), les ménages modestes ne sont pas les plus émetteurs. Sont-ils responsables de la qualité des logements locatifs ? Des choix énergétiques de l'État, notamment du développement massif du chauffage électrique au cours de la période nucléaire ? À quoi pourrait-elle renoncer ? À un véhicule acquis d'occasion parce que les voitures électriques lui sont inaccessibles et qu'on ne trouvera pas sur chaque parking de chaque immeuble des bornes de recharge ? On le sait : Les ménages les plus modestes disposent de marges de manœuvre plus faibles pour modifier leurs modes de déplacement, notamment lorsqu'ils dépendent de leur véhicule pour accéder à l'emploi ou sont plus tributaires du déploiement des transports en commun quand ils vivent en zone periurbaine.



Détourner les regards pour désigner les 10 % les plus riches, dont l'empreinte carbone est plus de deux fois supérieure à celle des 10 % les plus pauvres, reviendrait à ignorer la source de la dégradation de la condition fondamentale d'une existence digne, accordée à chaque habitant de cette planète. Cependant, la gauche française, y compris les écologistes, fait, volontairement ou non, l'erreur de ne pointer du doigt que l'unique cible des multinationales, de l'économie de la rente et du profit. Celles-ci ont été tellement privilégiées et protégées (ou assistées) par les gouvernements successifs depuis que la République est passée de la IIIᵉ à son modèle actuel, que la classe dominante est devenue intouchable, inatteignable, invisibilisée, pourvoyeuse de médias d'opinions réactionnaires. Selon toute vraisemblance, l'application d'une nouvelle taxe, type Zucman, ne suffirait probablement pas, à elle seule, à produire leur décarbonation (1).

Reste alors la classe intermédiaire, répartie entre sa tranche supérieure et sa partie moyenne inférieure. Tous les enjeux socio-économiques de transition écologique reposeraient sur l'ensemble de cette classe sociale, avec un indice bourgeois assez conséquent, qui représente, selon les conventions retenues, autour de 40 % de la population active. Directement ou indirectement, elle influence les politiques publiques et les programmes électoraux par : sa capacité contributive et fiscale, sa souplesse électorale (entre socio-démocrates, centre-droit, voire écologistes, même si un nombre plus croissant se laisse séduire par les positions de l'extrême droite), son capital économique, social et culturel et sa possibilité financière de tendre vers une transition énergétique supposée moins impactante. Entrepreneurs, professions libérales, fonctionnaires, ingénieurs, cadres, retraités les plus aisés, les militaires-rentiers de la manne publique — même s'ils forment un ensemble hétéroclite —, ont le même objectif : le maintien de leur niveau de vie (biens matériels et patrimoniaux), qu'ils considèrent comme incompressible et inaliénable. Question : une majorité d'entre eux assurerait-il, de facto, le niveau de vie néfaste de la classe la plus élevée ?

Les dirigeants des partis n'ignorent pas la faculté de la classe moyenne à mobiliser sa conscience citoyenne lors des échéances électorales. Quelle organisation politique se risquerait alors à scier la branche sur laquelle elle est assise ? Pour une démocratie française, même en deuil, cette classe demeure un corps électoral puissant qu'il convient de ménager, dans le but de tenter de l'orienter vers des décisions individuelles plus sobres. Jean-Luc Mélenchon lui-même le résumait sans détour pendant la campagne des législatives 2022 : " Ce n'est pas normal que la classe moyenne porte sur son dos toute la société." Sauf que, contrairement au niveau le plus élevé, les écologistes — les moins nombreux, les plus investis et décidés à renoncer à un modèle sociétal destructeur — remarquent, partageant le même espace public, que les ménages concernés n'ont pas renoncé à l'achat du dernier modèle de SUV, d'une piscine à deux pas de la plage, d'habitations surdimensionnées, de voyages à l'étranger et de vacances hivernales à la montagne.

Contrairement à ce que l'on voudrait faire croire, la décarbonation drastique n'est pas à l'ordre du jour dans les états-majors politiques, surtout si l'on doit atteindre, comme le préconise l'ADEME, 2 tonnes d'émissions de CO2/habitant/an en 2050. De façon évidente, les rapports d'ONG ou de scientifiques réputés, les commissions ad hoc, les conventions citoyennes pèsent peu en comparaison aux bulletins que l'on glisse dans l'urne. En réalité, ce n'est plus l'écologie qui est dans l'impasse, mais la démocratie représentative et l'intérêt général. Avec les débats autour de l'écologie, la question de la lutte des classes n'a jamais été autant d'actualité.

(1)Climat: "compter sur les riches ne suffira pas" https://www.inegalites.fr/Climat-Compter-sur-les-riches-ne-suffira-pas?utm_source=chatgpt.com

dimanche 2 août 2026

Le carrousel

Il n'y a pas d'avenir. À moins d'affirmer et de reconnaître que la mort est le point d'orgue de l'avenir. Soit. Il ne peut donc pas y avoir d'avenir sans la mort. Certains, emplis de chimères séculaires, affirmeront que la mort n'est qu'une étape — une énième, peut-être — vers un univers si curieux qu'aucun sur cette Terre n'en connaît la forme, l'odeur, la couleur, la texture. Ni les innombrables beautés disparues et ensevelies. La nature et ses torrents impétueux n'ont pas de place dans la mort. Au point que l'on suppose qu'ils s'en moquent ! On peut s'agripper à des Dieux antiques ou aux nouveaux Dieux, le ciel n'y changera rien.

L'avenir, on le cajole depuis la naissance. On le prévoit. On le promet. On le planifie. À force, on le verrait presque planqué derrière un léger brouillard de certitudes. Il vient bercer tous ceux et celles qui s'inquiètent du présent. Il est une sortie de tunnel, une vision pleine et entière, sans doute sans mystères — seulement faite de désirs. Et puis, tant qu'à faire, puisqu'ils ont confiance en l'avenir, ils y emmènent leurs mômes. Ils les trimbalent, les poussent souvent, à travers des routes droites, jalonnées par le confort de ne jamais se tromper. « L'avenir est une promesse ! » avait-on écrit sur un bout de papier. Comment le perçoit-on d'ailleurs, l'avenir ? Comme une maison solidement bâtie. Ou bien comme un parent qui vieillit, tout en souriant. Enfin... qui peut prévoir sa mort ?

On vend du baratin pour se plonger dans l'avenir. Des publicités. Des destinations. Des études. Un emploi dans la fonction publique. Un arc-en-ciel, sans noir et blanc. Et des enfants. Les enfants. Nous. À peine nés, déjà projetés — encombrés ou piégés — dans la mort. Et sans aucun doute, nous ferons la fierté de la famille, tout au long de ces années qui nous séparent de l'avenir. Mais jamais, ô grand jamais, on ne nous vendra l'avenir comme une fin. Cramoisi. Périlleux. Perdu. Mort. 

Alors, puisqu'il n'existe pas d'avenir, parlons du passé. Qu'a-t-on fait du passé ? À quoi s'identifie-t-il, en fait ? Aux souvenirs ? Aux expériences ? Aux rencontres ? Aux possibilités offertes par l'avenir ? Le passé se fout bien de nous. Il s'est barré, harassé de porter tout le fatras de la mémoire — tout ce qui n'a pas pu se construire, se réaliser. Il nous laisse seuls avec l'oubli. Et des miettes. Peu généreux, le passé éparpille quelques miettes, histoire de nous rappeler que nous avons été vivants. Joyeux, câlins, honteux, vigoureux, lamentables, aimants. C'est parfois soyeux tout de même d'oublier.

Le passé, pour le commun des mortels, est ennuyeux. Il se répète dans le présent afin de s'accorder à la nostalgie. « C'était mieux avant. » Un concert de Johnny, ou son vinyle qu'ils cylindrent en boucle. Au mieux, on s'achètera un ticket pour une tournée nostalgique. Un peu cabossés, ou flasques, mais ce sont eux — revenus du passé en le grimant ! La mélancolie, elle, a quelque chose de plus sacrificiel. Elle ne fait pas du passé une compagne. Leur différence ? Pendant que la première regrette les temps anciens, la seconde sait qu'ils ne reviendront plus. C'est certainement plus mortel à vivre.

À présent, à l'instant même où ces mots défilent sur l'écran, le présent s'est éclipsé. Il a pris la tangente, préférant sûrement s'acoquiner avec le passé, trop effrayé par l'avenir.

Passé, présent, avenir. Il n'y a rien de tout cela. Une vague idée de la tournure des événements, d'un carrousel en bois patiné par les efforts et dont le mécanisme s'épuisera pour s'arrêter définitivement. Piteux. Rabougri. Gras et sali. 

J'ai plongé mes yeux dans ceux de l'amour et je n'y ai vu qu'une petite mort.

Les punks du monde entier ont raison. Ce sont eux les véritables visionnaires et fossoyeurs, ces chacals : No future ! 

Ni Dieu ni maître.

La vie file, ne s'accroche à rien et surtout pas à l'avenir

Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...