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lundi 12 octobre 2026

Antisémitisme français. Le syndrome de Vichy

Le 28 septembre 2026, des journalistes de Mediapart ont dévoilé des propos attribués à Jordan Bardella au sujet de la communauté juive, partagés à partir de 2013 sur un espace d'échange en ligne, pendant au moins deux ans (1). Lors de sa conférence de presse de rentrée, le président du Rassemblement National a démenti en être l'auteur. Des messages tels que « les banques sont toutes détenues par des juifs » seraient, selon lui, de « faux grossiers ». Dans la foulée, entouré de Marine Le Pen et de leur garde rapprochée, Jordan Bardella a déclaré une guerre totale au site d'investigation, en annonçant d'abord une saisine de la justice.

Sans attendre les conclusions des tribunaux, il est permis de rappeler ce que les archives, accessibles à tous, montrent de la composition de l'ancien Front national : il comptait parmi ses membres d'anciens nostalgiques du régime de Vichy, aux côtés de son fondateur historique, Jean-Marie Le Pen.

Carte de propagande de l'État français,
1940-1944.
Source :Wikimedia Commons

Ce même Jean-Marie Le Pen n'a pas hésité à afficher des opinions antisémites, qui glaçaient tous ciels qui ont combattu, et combattent encore, toutes les formes de xénophobie et de racisme. Or, Jordan Bardella avait rejeté les accusations d'antisémitisme de son prédécesseur. (2)

On aurait pu penser que l'affaire Bardella, qui semble suffisamment étayée pour être prise au sérieux, provoquerait un tollé général, une réaction immédiate et unanime des médias généralistes, surtout après les attaques du 7 octobre 2023 en Israël. Ils auraient pu, dans un premier temps, décider de ne plus inviter ni interroger celui qui est accusé d'une grave entorse au principe de rejet de toute forme d'antisémitisme, visant ici une communauté à part entière de la République française, laquelle lui garantit sa protection constitutionnelle.

Il n'en est rien. Pire encore.

Depuis les révélations de Mediapart, des sondages ont été commandés (3) pour mesurer les intentions de vote à l'élection présidentielle. Le résultat est sans appel : dans les enquêtes disponibles, Marine Le Pen se maintient entre 33 et 35 % des intentions de vote (doit-on aussi comptabiliser les pourcentages de Dupont-Aignan et de Zemmour ?).

Autrement dit, plus d'un tiers des personnes interrogées ne semblent pas avoir modifié leur intention de vote à la suite de ces révélations. On peut dès lors s'interroger sur le poids que pèse l'antisémitisme attribué à certains membres ou responsables du RN, dans le choix électoral de ses sympathisants. L'antisémitisme pour l'essentiel d'entre eux ne semble pas être une priorité. Tout comme sous l'Occupation. 

Dès 1940, les Français avaient leur chef, le maréchal Pétain, auréolé de sa victoire de 1914-1918. On lui confiait la gouvernance du pays pour mener à bien son programme : " Travail, Famille, Patrie". Une partie importante du peuple français, ainsi qu'une part de ses élites intellectuelles, politiques et religieuses, s'accommodait de la politique antisémite du Maréchal et de son gouvernement.

Comment ne pas voir entre ces deux récits au moins une forme de continuité dans les attitudes à l'égard de la place des juifs de France ? Ces attitudes traduisent une forme de sympathie pour des pouvoirs autoritaires et xénophobes. On pourrait l'appeler le « syndrome de Vichy » : une adhésion aveugle à l’égard d’une force politique malgré des propos condamnables. 

On pourrait inviter les juifs de France, croyants ou laïques par choix, qu'ils condamnent le sionisme ou non, à rester particulièrement prudents face à une extrême droite française dont certains discours peuvent encore porter les traces d'un héritage raciste et antisémite (4). La vigilance démocratique reste nécessaire lorsque des représentations visant une communauté continuent de trouver une audience chez les Français de souche, sous des formes moins dévoilées ou révélées longtemps après les faits.

Nous sommes toutes et tous les tenants et les héritiers d'une histoire. À titre personnel, j'ai vécu en 2018 entouré d'Yonnais, dans la commune de Saint-Privé. S'ils n'avaient pas voté, dans leur grande majorité, pour Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2017, leur choix se portait sur le candidat Dupont-Aignan. Certains reprenaient dans des lieux publics le cri de ralliement « Reviens Jean-Marie, reviens ! » Les élus de la droite dite « républicaine » ne s'en offusquaient pas. Les juifs français auraient pu l'être.

La nostalgie française est forte lorsqu'il s'agit d'honorer les grands chefs de son histoire.

(1) "Antisémitisme : nos révélations sur Jordan Bardella. https://www.mediapart.fr/journal/politique/dossier/antisemitisme-nos-revelations-sur-jordan-bardella?page=2%3Fpage%3D2

(2) Le Monde a rappelé cet épisode dans son article consacré aux révélations de Mediapart : en 2023, Bardella avait estimé que Jean-Marie Le Pen n’était « pas antisémite », avant de tempérer son propos face au tollé

(3) Sondage de l'élection de 2027 https://sondage-presidentielle.fr/

(4) À lire : « La petite Algérienne », https://dderrien.blogspot.com/2024/11/la-petite-algerienne-et-le-resume-du.html


vendredi 2 octobre 2026

Takotsubo - Morlaix (extrait)

  « Takotsubo » (蛸壺) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut prendre le ventricule gauche pendant le syndrome du « cœur brisé » : une partie du cœur se dilate suite à un stress émotionnel et rappelle un récipient traditionnel japonais utilisé pour capturer les poulpes.

8 h 18

Au-delà des contours de la ville, la lueur avait du mal à s'extirper de la nuit. Tout comme Paul avec ses pensées. Elles n'avaient ni épaisseur ni cohérence. Elles stagnaient dans une hébétude vicieuse. À ressentir les lieux, elles le ramenaient à ce point d'ancrage : quinze ans plus tard, il l'aimait encore. Atrocement. « Annabelle… »

Elle avait marqué, de façon intemporelle, sa présence dans la ville vers laquelle le TER cheminait, imperturbablement, avec ses habitudes et ses tics de voyage. À tel endroit, un écart sur la voie, en tanguant de tout son long ; à d'autres, des rebonds entre les rails qui semaient la pagaille sur les tablettes. Il se faufilait, sans se hâter, vers une rangée d'anciennes maisons d'ouvriers d'un côté du réseau et une route, au-dessus, qui dévalait de la commune voisine, Saint-Martin-des-Champs, pressée de rejoindre la gare de Morlaix.

— Mesdames et Messieurs, nous approchons de la gare de Morlaix. Deux minutes d’arrêt. Deux minutes d’arrêt. Merci pour votre attention.

Un pont sans valeur. Une parenthèse entre deux communes.

Puis, le quai avec Annabelle, debout sur la droite, redoutablement brune, évanescente, devant de vieux murs paisibles datant de la fin du XIXe siècle.

Après que le train se fut immobilisé, Paul remarqua les bancs, derrière une troupe casquée et armée, en faction. Même si l'agencement général avait été transformé et modernisé, on avait eu l'excellente idée de conserver les bancs. Des bancs en ferraille gondolée, avec le vert métal, sombre, le même depuis la construction de la gare. Paul et Annabelle s'étaient assis sur celui du centre, près de l'entrée, ou de la sortie — tout dépendait de la destination, d'un aller ou d'un retour.

Mais auparavant, ils avaient parcouru, à quelques reprises, le dédale d'escaliers vertigineux de la cité morlaisienne. Main dans la main, dans un vague bonheur de début d'été ou de milieu d'automne. Ils grimpaient à la verticale, en gardant un œil sur l'extérieur, dans l'étranglement des corridors, dont la hauteur des marches variait selon l'usure provoquée par les semelles cloutées de la multitude des passants d'hier.

Un effort…

— … Attention à la fermeture des portes.

Leur aspect patiné et argileux, avec l'humidité qui tombait des parois en pierre lourde, serait immortalisé dans leurs photos souvenirs, amassées dans son portable. Elle prenait des photos, lui était dans l’instant.

Un tremblement.

Elle et lui. Lui et elle. Il oubliait l'ordre. Par déni. Invraisemblable d'avoir autant d'amour dans ces photos, les seules preuves qu'il ne déraillait pas, qu'elle était encore auprès de lui, délibérément. Oui. Ils étaient bien passés par là. « Je m'en souviens… c'était bien, ces escaliers-là. Ils mènent sous le viaduc. »

Il avait le cœur irrité et gonflé.

En montant ensemble, ils savouraient l'étroitesse des remparts. Lui particulièrement, à lorgner sur les hanches et les fesses d'Annabelle, tout juste effleurées par la longueur de ses cheveux. Chez elle, tout était idéalement proportionné, en dessous le pantalon noir, sous sa veste noire et son pull-over mauve. Il suffisait d'un unique regain d’excitation pour la déshabiller entre deux respirations et se perdre sur sa peau. Encore quelques marches après la vue panoramique sur l'artère principale et ils accédaient au niveau intermédiaire du viaduc par la venelle de La Roche.

Sous les alcôves, l'air iodé de l'anse déambulait depuis le port vers le centre-ville, sans parvenir à assécher l'étroite passerelle solidement empierrée. Elles formaient un parapluie en cas d'averse et protégeaient les badauds et les amoureux d'éventuels déluges ou de fortes chaleurs. Au même niveau, les sommets des toitures toutes proches étaient régulièrement ornés de couronnements en terre cuite, de cheminées dressées sur les côtés très pentus des toitures, couvertes d'ardoise gris bleuté, une couleur volée aux nuages. Même l'église Sainte-Mélaine avait sa place dans ce fatras de pans resserrés et encombrés, un peu bancal, de lignes singulières, de murs cloîtrés et, tout en bas, de larges marches que le regard biaisant ne saisissait que partiellement l’itinéraire.

En tendant le bras vers les bouches étroites des cheminées, on parvenait presque à caresser la chaleur de l'âtre, même assoupie, soupir d'une vie invisible à l'œil, mais ô combien pugnace dans l'imagination de Paul. La multitude des chapeaux, parfois mal posés, avisait le curieux d'un habitat dense, de petits appartements historiques, dans lesquels le craquement des pas sur les planchers faisait vibrer à la fois les mémoires et les âmes, à moins que ce ne fût le trafic ferroviaire au-dessus de Paul et d'Annabelle. Tous deux s'attardaient dans cet espace, habitant, ne serait-ce que dans un baiser, l'un de ces monuments qui cimentaient leur union, soutenue par des « je t'aime, moi aussi » emportés par les courants. Il suffisait de se pencher à distance raisonnable, derrière de petites fenêtres sournoises, à l'abri de pignons abrupts et de recoins décrépis, pour que certains aient pu avoir le bonheur de les épier. Tant mieux alors. Il était regardable pour cela, pour leur bonheur.

Le viaduc, à certaines jointures dans ses fondations, suintait en continu. Soit l'eau dévalait par habitude dans les mêmes usures, soit elle s'échappait de la masse et coagulait pour former un goutte-à-goutte parfois inaudible à cause du vacarme ordinaire. « Toc, toc, toc. » Une cadence dérangée qui se dissiperait sans tarder. Les choucas, eux, avaient décampé, au fur et à mesure, de la ville pour aller dépérir à la campagne.

Que les terrasses de café et les étals du marché de Morlaix avaient de l'élégance à cette époque, quand Annabelle les faisait siennes au gré de haltes improvisées, auprès de lui. « Toc, toc, toc. » Pas de patrouilles du PEP, ni de drones au-dessus des toits et des ruelles. La vie s'écoulait discrètement dans les pas d'Annabelle et de ce goutte-à-goutte qui, en l'absence de circulation, devenait plus insistant — il cognait contre une paroi bien plus fine dorénavant. On percevait même le brouhaha des conversations, d'abord indistinct, puis plus précis, inamical, même s'il paraissait encore étouffé à l'oreille de Paul.

jeudi 1 octobre 2026

handicap et logement : être dans le DUR, le Droit à Usage Renforcé

Il faut être dans le DUR (Droit à Usage Renforcé) pour que les personnes en situation de handicap puissent être entendues.

Merci au conseiller départemental du Finistère, Philippe Guillemot, (groupe régionaliste de gauche) de m’avoir écouté. Maintenant, il faut soutenir une mesure de justice sociale : pour un logement pérenne pour les personnes en situation de handicap (PSH) et les personnes âgées.

La dégradation du lien ou du contrat social prend différentes formes et vise avant tout les plus démunis et les plus fragilisés.

On atteint aujourd’hui un niveau de pression de la part de certains bailleurs sociaux avec des méthodes dignes du XIXᵉ siècle, notamment lorsque surviennent des difficultés passagères chez un public déjà confronté au handicap ou aux aléas de la vieillesse.

Menaces d’huissier, rigidité bureaucratique, absence d’empathie : après seulement quelques semaines de retard, cette pression devient insupportable !

Après plusieurs années à verser un loyer chaque mois, certains locataires sont soudain considérés comme des voyous par des bureaucrates zélés.

Et cela alors même que les logements sociaux mis sur le marché sont souvent construits à moindre coût, tandis que leur maintenance peut s’avérer très coûteuse : chauffage, ascenseur, infiltrations, inondations, etc. sans compter l'augmentation des charges en énergie pour les parties communes.

Le logement est un droit essentiel. Pour les personnes handicapées et les personnes âgées, la stabilité du logement est aussi une condition de dignité, de sécurité et d’autonomie.

Il est temps de défendre un logement social réellement protecteur, humain et pérenne.

Les propositions pour le DUR :

10 années minimum d'occupation continue et cumulative (même sur différentes périodes) du logement social pour les + de ... ans et les personnes en situation de handicap :

  1. logement occupé comme résidence principale
  2. ressources inférieures à un plafond déterminé par la loi
  3. maintien du logement dans le patrimoine du bailleur social
  4. droit d'usage renforcé accordé pour une durée indéterminée, tant que les conditions sont respectées
  5. contrôle annuel du bailleur, principalement consacré à la salubrité, à l'entretien et à l'état général du logement
  6. s'acquitter d'"une contribution habitat" en fonction des revenus et régler les charges communes (entretien, maintenance) : fin du versement d'aides au logement. Les travaux (sol, mur, plafond, etc) sont à la charge du résident en cas de nécessité
  7. maintien au domicile garantie en fonction de la situation du locataire

·     Au décès du locataire, le logement retourne dans le parc locatif.

À l'ombre du Menez moc'h. L'infirmerie (extrait)

Il y avait eu d’abord le froid métallique du lit militaire. Une table d’opérations, offerte par un médecin gradé américain en remerciement d...