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mercredi 28 janvier 2026

Le film plastique fait son show


Repartage. Première publication août 2015.
D'autres avant moi sur Plougastel-Daoulas avaient alerté sur la nocivité du plastique laissé à l'abandon dans la presqu'île. Depuis ils sont devenus naturalistes, préférant photographier les petits papillons posés sur les fleurs du printemps, à proximité du plastique en question. J'ai même entendu l'un d'eux prétendre qu'il valait mieux laisser le plastique en place pour ne pas perturber l'écosystème. Je rêve ! Le plastique devient un élément naturel et banalisé.
De mon côté, après une intense activité, variée et pérenne, il y a 10 ans, à mon tour, j'ai laissé tomber. Si j'étais trop ambitieux sur les objectifs ou sur une approche moins "écologie punitive", je ne savais pas que les habitants de la commune se foutaient autant de la calamité écologique que représente ce plastique présent dans le sol, la végétation et les cours d'eau. Mais ils s'en foutent, à un point !! À 99.99 %. J'ai découvert depuis qu'ils se foutaient également du déversement dans la rade de leurs propres excréments. Ces personnes figurent plutôt dans le haut du panier social.
Étonnamment, des personnes se mobilisent pour ramasser les déchets des criques. Ils délaissent les déchets des talus. Curieux. Sachant qu'il existe des pollutions invisibles comme l'E. coli des bords de mer. Mais là aussi, (presque) personne. Curieux ?
Personnellement, J'ai fait le choix, depuis longtemps, de ne plus ramasser le plastique des talus et des bords de mer. Mais strictement rien ! C'est foutu. Je ne suis ni compable de sa pollution, ni de son impact, ni de sa nocivité, ni de son avenir. Ni de la merde déversée dans la plus belle rade du monde.

Berge de l'Elorn - Plougastel-Daoulas


// Prod est une association qui entend sortir des sentiers battus pour mettre la création militante au service de la nature. Il s'agit de faire autrement, de manière décalée, pour accoucher de démonstrations éphémères afin d’alerter sur les risques encourus par des pollutions et de sensibiliser au maintien de la richesse de la biodiversité qui est menacée.
// Prod a investi le champ laissé sale par la prolifération de fragments de film plastique agricole, utilisé pour les cultures en pleine terre, puis, au mieux, rejeté et abandonné dans les talus de Plougastel-Daoulas, au pire brûlés en fin de cycle d’usage. Le principe est de sortir de la banalisation d’une pollution qui se généralise par délitement et devient calamiteuse faute de réponses adaptées de la part institutions pour gérer le passé et dégager des fonds publics pour financer des chantiers de collecte.
Chemin pédestre - Plougastel


L’idée de // Prod est donc de ramasser les morceaux de plastique noir, à nettoyer et dépourvus de salissure, puis de créer des atmosphères perturbantes. Ca peut être aussi bien :

+ utiliser la végétation morte, momifier les arbres déracinés ou des branches de gros calibres. Le concept est de reconstruire un paysage dénaturé en replantant ces arbres au cœur de l'écosystème intact et de créer un contraste entre une nature verdoyante et la souillure laissée sur place,
+ monter des mannequins à l’aide de grillage (formes humaines ou animales) et les enrubanner de la bâche agricole. Produire des mises en scène directement sur site avec un objectif narratif autour des menaces écologiques,
+ fabriquer des cercueils à partir de carton eux aussi recouverts de film plastique. Les suspendre aux arbres qui voûtent les chemins pédestres, devenant le symbole d’un cimetière végétal.
L’ensemble de ces réalisations est fixé par une colle naturelle(à base d'eau, de farine et de sucre).

Ci-dessous différentes réalisations

Où se glisse le danger ?


Au-delà de la recherche d’une plastique artistique, que nous dévoile cette mise en scène perturbée car dénaturée ?
Au début il y a l’arbre, symbole de la puissance de l’élévation et du cycle de la vie. Mais affaissé sur le flanc, il personnifie la fragilité de la nature, contrariée par l’emprise d’une calamité écologique, aliénée par une pollution, celle du film plastique agricole. Son déracinement renvoie à la condition humaine qui se fige de façon compulsive dans une organisation urbaine, venant rompre la symbiose de l’homme à son environnement. Perturbé par sa propre futilité, il ne saisit plus l’essentiel et s’éloigne des vraies attitudes à adopter, comme le suggère l’introduction des deux personnages dans ce paysage. On y voit un référent adulte, tout aussi bien un père, un animateur socioculturel ou bien encore un éducateur spécialisé.
Il est accompagné d’un enfant qu’il surveille. Cet enfant, qui dévale sur un toboggan, peut à chaque instant chuter et se faire mal. Au demeurant, la vigilance du référent est légitime. Mais son attention n’est-elle pas détournée du véritable danger que représente le plastique qui l’entoure et dont il a banalisé la nocivité ? Car en effet que devient ce plastique quand il se désagrège ? Transformé en fragment, ce plastique, avec la complicité des éléments (ruisseau, vent, …) rejoint les estuaires, puis file dans la rade de Brest, s’incruste sous la forme de micro-résidus et contribue à l’intoxication de la chaîne alimentaire. Certainement que le référent et l’enfant consomment régulièrement du poisson. Ils viennent, à leur tour, sans le suspecter, d’être contaminés par l’ingestion de plastique. A-t’on alors bien évalué le sens des responsabilités ?

Cimetière végétal
Bois classé. Bordure du domaine maritime. Loperhet (29). Le propriétaire du bois autorise un serriste de Plougastel à faire brouter son bétail dans la parcelle. Conséquence : les animaux arrachent les écorces des arbres, mettant la chair à nu. La surpopulation du troupeau entraîne un pâturage excessif, ce qui conjugué à de fortes intempéries durant l'hiver 2013 provoqua à la fois la chute des arbres malades sur un terrain en pente mais également d'arbres sains en bordure de l'Elorn. Le signalement par l'assocation "À quoi ça serre" des dégâts occasionnés dans ce bois, aurpès du propriétaire, a semble-t-il été efficace, car depuis aucune présence de bêtes n'a été relevée.




Lieux au culte

Sanctuariser un lieu de culte ne sauvera pas le sacré de la nature.

Chapelle St Jean - Plougastel


Chapelle St Claude - Plougastel

Chapelle St Tremeur - Plougastel


Poème

Foutu film

Foutu film ! Il se faufile fossoyeur
Se défile habiller le lit des estuaires
Se prélasse sous une plastique noirceur
Tel un brai résidu délavé au polymère

Squatteur, il scarifie les murets à mûrier
Se plait en plaie, une pléiade de rats du sol
Immondice famélique de peu de fraisiers
Dès lors dévore les environs de Kergolle

Opportuniste, il se tapit végétal
Rivalise et s’enracine à se fossiliser
Dans le charnier d’une chimie létale
Dans la chimère boisée des prieurés 

Outrancier, il outrepasse son sort
S’éternise dans la friche défraîchie
S’abandonne atone dans le décor
Pour un temps décuplant sa gabegie

Kergolle - Plougastel

Certains textes et certaines photos font l'objet d'un supplément à la revue brestoise, Kraspeck. Publication d'août 2015.

lundi 26 janvier 2026

Ve République : l'arnaque du général

Depuis plusieurs années maintenant, la Ve République française est reconnue comme étant dans l'impasse par un nombre croissant d'observateurs(1). Pas seulement dans son aspect politique et constitutionnel mais aussi dans l'adhésion de la population ainsi que dans le rapport qu'elle entretient avec elle. En 1962, le principe du vote au suffrage universel direct du président de la République devait pourtant accorder une stabilité prolongée au pays. Avec l'élection d'Emmanuel Macron, les limites de l'exercice de manipulation ont été atteintes, précisément parce qu'il s'agissait, dès le début de la réforme voulue par De Gaulle, d'un coup d'état constitutionnel(2), dès lors incompatible avec la justesse d'une démocratie directe. 

Revenons un peu sur le cours de l'histoire. Au début de la IVe République, la France est empêtrée en Algérie. Le climat est insurrectionnel dans les rangs des officiers. On frôle à chaque instant un renversement de régime par les militaires(3). L'Assemblée nationale est perpétuellement agitée, bloque les réformes, se recompose pour mieux se diviser. Ce qui renforce le sentiment de perte d'autorité de l'État. Ce fatras parlementaire légitime la décision du général de Gaulle, guidé par sa seule volonté : instaurer le vote au suffrage universel direct du président de la République, engagé lors de son élection de 1962. Les Français sont ensuite consultés par référendum pour approuver la révision de la Constitution de 1958. Cette révision renforce ainsi la mainmise de De Gaulle sur la République, mais sans que le peuple ne soit véritablement impliqué comme un acteur du changement(4)

Cependant, ce passage au rôle suprême du président hiérarchise désormais les missions du gouvernement et de l'Assemblée nationale. De facto, le transfert des pouvoirs s'opère du Parlement vers l'exécutif. Ce moment marque le passage d'un régime parlementaire représentatif à un régime présidentiel de fait. En réalité, dès l'origine, cette réforme ne pouvait pas être validée par une Assemblée constituante, car le général avait déjà tout verrouillé pour éviter que cela, justement, ne se produise. L'objectif était clair : rétablir la stabilité ! Et qui mieux qu'un haut personnage de la Résistance - d'abord depuis l'Angleterre - puis celui qui a libéré Paris - avec le soutien des Alliés - pour incarner cette stabilité ? La France a besoin d'une figure tutélaire, elle sera sculptée dans le granit du général ! 

La question de la légalité de la Ve République et de son bras armé que représente le vote aux élections, peut alors se poser. Après tout, des accusations justifiées pèsent sur sa genèse : n'y a-t-il pas matière à contestation ? De manière assurée, affirmer que l'on vote aux élections présidentielles pour représenter le peuple est structurellement faux car le régime ne remplit pas la mission qu'il invoque : la souveraineté populaire. De surcroît, attribuer plus de pouvoir à un seul individu ne sous-entend pas que sa doctrine doive adopter le bonapartisme. Mais à cause de cette position hégémonique, les tentations à plus de fermeté sont régulièrement murmurées dans les couloirs de l'Élysée, y compris chez les socialistes, et s'insinuent davantage dans les relais médiatiques. Et par mimétisme, le ruissellement n'est pas collectif mais accaparatif, chacun.e lorgnant sur son propre lopin de royaume. 

Aujourd'hui, les décisions arbitraires et incompréhensibles d'Emmanuel Macron, surtout lors de son second mandat avec l'organisation d'une nouvelle élection législative, ouvre une nouvelle brèche, béante, dans l'édifice républicain. À force de présider ce pays dans le plus absolu rapport de force avec la représentation nationale(5), les décisions d'un seul homme ont profondément sapé ce que le général de Gaulle avait laborieusement manigancé : l'illusion d'une procuration solide par le vote. Ainsi, ce qui fut présenté comme un instrument de stabilisation devient le cœur même du chaos institutionnel(6), désormais permanent et diligenté par l'exécutif, lui-même. Par conséquent, l'échec de l'égalité, de la fraternité et de la liberté est patent. Effectivement, il y a de quoi se sentir fier d'être Français et de se rouler dans son patriotisme.

Le dogme de la Ve République se révèle à présent être une machine à concentrer le pouvoir, où le peuple, parce que hypnotisé, et acteur indirect, assiste (de plus en plus indifférent) à l’érosion progressive de sa souveraineté. Tandis qu'on exhorte le citoyen à se rendre toujours aux urnes, cette République est-elle, en fin de compte, encore légitime ? Et par extension, le vote aux élections majeures ?

Un vieil adage rappelle que "le ver est dans le fruit".


(1) Marie-Anne Cohendet, Thomas Snégaroff, Alain Duhamel

(2) La révision constitutionnelle de 1962 a été juridiquement contestée par le Parlement parce qu’elle a été réalisée en dehors de la procédure prévue par l’article 89, en recourant à l’article 11. Vote du mention de censure du Parlement contre le gouvernement de Georges Pompidou. Dissolution de l'Assemblée qui est neutralisée

(3) En 13 mai 1958,  à Alger, militaires et colons prennent le contrôle, créant un Comité de salut public. https://fr.wikipedia.org/wiki/Comit%C3%A9_de_salut_public_%281958%29?utm

(4) La révision constitutionnelle et le référendum de 1962. https://www.vie-publique.fr/fiches/38016-la-revision-constitutionnelle-et-le-referendum-de-1962?utm_source=chatgpt.com

(5) À l'exemple du recours au 49.3 pour la réforme des retraites de 2023

(6) Il y a des tentations persistantes à désigner l'anarchie comme vecteur de turbulences...

"Les naufragés de St-Pol-de-Léon". Du manuscrit au livre


Le gérant de la Maison des Éditions des Montagnes noires a confirmé la publication dans son catalogue de mon prochain livre : Les naufragés de Saint-Pol-de-Léon, en juin ou septembre prochain.

Synopsis 

À partir de 1924, le quartier de Creac’h Mikael, dit Kermi, est construit à l’écart de Saint-Pol-de-Léon pour loger une population ouvrière issue des milieux populaires. Pensé comme une solution pragmatique à la pénurie de logements, il devient rapidement un espace de relégation sociale. Isolés géographiquement et symboliquement, ses habitants vivent entre précarité économique, conditions de travail pénibles — notamment dans l’emballage légumier — et méfiance persistante de la population locale.

Le récit s’attache à décrire le quotidien de ces hommes, femmes et enfants, pris dans un système social qui les maintient aux marges. À travers une chronique nourrie de faits historiques et de trajectoires humaines, le livre explore la formation d’un microcosme singulier, fait de solidarités discrètes, de conflits internes, de résilience, mais aussi d’échecs. Kermi apparaît comme un monde en soi, régi par ses codes, ses silences et ses fractures.

Sans héroïsation ni misérabilisme, l’ouvrage met en lumière les tensions sociales qui traversent le quartier : rapports de classe, sentiment d’exclusion, poids du travail saisonnier, fragilité des structures familiales. Certaines trajectoires basculent dans l’indigence, révélant les limites des mécanismes de solidarité et l’absence de véritables perspectives d’ascension sociale. Toutefois, l'auteur décrit, à travers des scènes particulières, des moments de communion.

En croisant personnages réels et figures fictionnelles, Les Naufragés de Saint-Pol-de-Léon propose un portrait inédit et collectif de la condition ouvrière dans le Haut-Léon au XXᵉ siècle. Le livre interroge la mémoire d’un lieu longtemps ignoré et restitue, avec rigueur et distance, l’histoire de ceux et celles qui y ont vécu, travaillé et parfois sombré. Un siècle après la construction du quartier, cette chronique s’impose comme une tentative de restitution fidèle d’un monde disparu, sans chercher à orienter l’émotion du lecteur, mais en donnant à voir les mécanismes sociaux à l’œuvre.

Marie Goasdu, à droite sur la photo. Avec le chien Pinard


Extrait

La première fois que Suzette Riou rencontra, ou plutôt entendit Marie Goasdu, c’était il y a plus de 20 ans, en avril 1947. Sa voix, criarde, variant dans les graves avec un fort accent breton, tonnait sur le marché, près des Halles. Sa colère se faufilait jusqu’à la grande place du parvis face à la cathédrale, ondulant dans les rafales, à travers les tentes des déballeurs. Son outrance se fracassait sur la façade imperturbable, imperméable de la cathédrale, tambourinait sur le portail à deux baies puis rebondissait dessus sans que celui-ci voulût céder. Avant même de la voir, Suzette comprit à qui elle avait affaire.

À ce niveau, Suzette qui remontait la Grand-rue, ne percevait que des fragments d’indignation, un mélange d’éructation dit en français et en breton. Le tintamarre ordinaire créé autour des étals ne parvenait pas à éteindre l’intonation courroucée de Marie Goasdu. Goasdu, homme noir, homme sombre : un nom qui convenait à l’humeur de Marie Derrien. 













Takotsubo - Landerneau (extrait)

« Takotsubo » ( 蛸壺 ) est un terme japonais signifiant littéralement « pot à poulpe ». Le nom vient de la forme caractéristique que peut pren...